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Regards croisés - Page 4

  • Guinée Bissau – Sur les traces du héros, l'esclave Benkos Biohò

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    2410698101.jpgLes bagages sont bouclés, la valise de livres offerts par tous mes amis pour les enfants de l’île de Gorée est déjà en surpoids ; sur la recommandation de quelques sportifs j’y ai rajouté deux ballons de foot que j’ai choisis, vêtue de mon plus beau training de sport. Le vendeur était ému de choisir ces ballons pour des enfants sénégalais, épuisé par l’hystérie des achats de Noël : « Madame, si vous saviez combien ce geste me fait du bien, je suis certain qu’eux apprécieront vraiment ! » Je repars d’un pas léger et me remémore la place du village de Gorée visitée il y a 10 ans,  un peu caillouteuse et les enfants y jouer au foot. A deux pas du terrain improvisé aire de jeux,  quelques chiens assoupis, écrasés par la chaleur du jour daignent lever une paupière paresseuse sur cette agitation juvénile tissée de cris et de rires.

    Mon manuscrit en poche, -  en lecture auprès de trois grandes maisons d’édition françaises dont une qui a donné un préavis favorable et qui tranchera en janvier- ,  j’organise au mieux ce voyage. Dakar, île de Gorée pendant quelques jours puis la Casamance et là ça se corse, prévoir dans les meilleures conditions un départ en Guinée Bissau : voiture, taxi-brousse, bus, avions privé avec des pêcheurs de gros qui seraient d’accord de faire un prix s’il reste des places ? On surveille du coin  de l'oeil les élections présidentielles fixées au  29 décembre. Je voulais éviter Bissau puisque je me rends sur les îles Bijagos, le lieu précis de naissance de Benkos Biohò, mais impossible ! Le bateau part à l’aube force est d’y rester une nuit, veille du voyage. On m’a prévenue le check-point est le haut lieu de la « délestation » du portefeuille, si un douanier n’aime pas la couleur de l’encre de votre visa, vous feriez mieux de lui laisser un billet. Je lui brandirai mon roman sous le nez et lui donnerai un cours d’histoire en hispano-portugais-anglais, mon palenquero à moi, langue créole des voyageurs.

    Les habitants colombiens de San Basilio de Palenque - prévenus par mon amie Rrom de Bogotà - dans la département de Bolivar, à 70 km de Carthagène des Indes, savent que je pars sur l’île de leur héros, Benkos Biohò, l’esclave de Guinée Bissau qui résista jadis et créa une cité africaine toujours vivante et fière dans cette province. En Guinée Bissau, certains se préparent à accueillir l’histoire de leur ancêtre dont ils n’ont jamais entendu parler ou alors que très vaguement. L’auteure que je suis fait office de trait d’union entre l’Afrique et l’Amérique latine, à travers un récit et de se demander si ce n’est pas en cela que réside le rôle de tous les écrivains : faire office de trait d’union.

    Et quand l'histoire que vous écrivez vous mène par le bout du nez aux quatre coins du monde, vous y allez sans hésiter. J'ai imaginé le lieu de naissance du héros, comment il y vivait et après coup je me rends sur les lieux et voir si l'imagination est restée fidèle à la  réalité, comparer, décider s'il faut modifier le texte ou pas. C'est le récit devenu le centre de tout qui ne vit plus que par lui-même et pour lui-même; l'écrivain n'a plus qu'à suivre son histoire traîné comme par une laisse invisible. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'on y guerroie, qu'on s'y étripe, menacé de mille maux s'il se rend dans tel ou tel pays, il y va résolument du pas du conteur qui trace de larges et profonds sillons dans les esprits;  le plus important consiste à raconter et nourrir la mémoire des générations à venir!

     

    Un village africain au coeur de la Colombie San Basilio de Palenque

    https://regardscroises.blog.tdg.ch/archive/2019/04/27/un-village-africain-au-coeur-de-la-colombie-298511.html

     

    @photo D.Chraïti

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  • Léonard de Vinci au Louvre, le chemin de croix

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    Évidemment, je commencerai par dire que c'est une exposition unique à ne pas manquer. Malgré le monde fou, l'obligation d'acheter ses billets en ligne et choisir un créneau horaire qu'il faut respecter avec une marge de 30 mn de retard tolérée. Puis accepter de se coller par groupe de 50 personnes devant chaque  œuvre et d'avancer pas à pas pour passer au tableau suivant dans une chaleur étouffante. Plus d'un demi-million de visiteurs sont attendus d'ici la fin de l'exposition.

    163 œuvres pour commémorer les 500 ans de la mort du "Maestro" toscan, génie de la Renaissance, un choix a été fait de se concentrer sur sa peinture, pour ceux et  celles qui aimaient tous les objets qu'il a imaginés, ils seront un peu déçus.

    Dessins, essais, croquis, carnets. L'exposition démarre avec la statue imposante du "Christ et Saint Thomas" en bronze réalisée par le maître de Léonard de Vinci, Andrea del Verrocchio et qui se reflète de façon magistrale en ombre chinoise contre le mur du musée.

    Pour ma part, j'ai   définitivement craqué après  l'original de" l'Homme de Vitruve", - dessin qui ne restera que deux mois et  prêt de la Gallerie dell'Accademia di Venezia échangé contre cinq toiles de Raphaël en partance pour Rome,-  devant ses carnets de notes. Croquis de Sainte Anne, machines, observations de toutes sortes. On  découvre la curiosité insatiable du génie, zoologie, botanique, astro-physique, machinerie complexe, armes de guerre, l'œil vu sous tous les angles.

    Il aura fallu 10 ans pour mettre sur pied cet événement unique et on admire ce travail de patience sur fond de tensions politique entre la France et l'Italie, Bill Gates a transmis les carnets scientifiques, la reine d'Angleterre, les vingt-quatre dessins de la collection royale  et pourtant, on reste un peu sur sa faim. Le choix a été porté sur la peinture et l'artiste est bon de rappeler a été plus qu'un peintre, mais aussi un inventeur, une dimension presque occultée et qui ne doit pas  nous empêcher de courir voir l'exposition à Paris.

     

     Exposition du 24 octobre au 24 février 2020 au Musée du Louvre/Paris.

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    @Mathias Lucas- un grand merci pour les photos du Louvre autorisées pour ce blog et si vous voulez découvrir les talents du photographe suivez les liens suivants  :

    https://www.flickr.com/people/64263295@N06/

    https://mathiaslphotos.wordpress.com/

     

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  • Chronique d'un nu annoncé

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    carton expo - copie.JPG« Muse » une exposition qui appréhende de façon originale l'esthétique du nu qui nous a été arrachée, détournée, manipulée, abaissée, avilie. Les réseaux sociaux ont banalisé le corps, l’ont réduit à la chose, à l'objet. Une esthétique bafouée, on ne sait plus comment redonner ses lettres de noblesse à ces corps qui ne demandent qu'à exister pour eux-mêmes et par eux-mêmes. 

    L'objectif d'Iris Mizrahi ramène au premier plan, la forme, les nuances; l'artiste redonne à la beauté du corps son sens originel, la création du monde, la nudité d’ Adam et Ève dans sa pleine innocence et qui annonce l’émergence de l'humanité. Sans rappeler Courbet et son "Origine du monde", le corps mis à nu renvoie une image du début du monde, de la puissance invocatrice de cette chair qui annonce la chair future. Une esthétique des sens qui invitent à des mondes oubliés, là, où la matière rayonne de sa propre vie.
    La volonté de l'artiste est évidente, se réapproprier un regard décomplexé où les nuances nous rappellent notre propre quête existentielle, comment offrir et déplacer ce corps qui est le nôtre dans un espace qui nous appartient. Dans la pureté des formes, ombre et lumière jouent et glissent entre pudeur et dévoilement.
    Un objectif sans concession qui interroge sans juger, qui interpelle sans donner de réponse. Une autre façon de voir le monde, une autre façon de voir l'autre et ce regard posé nous renvoie nos propres interrogations en miroir.
    On pourrait aussi questionner ce regard qui fixe l'objectif, se découvrir à travers le regard de l'autre, l'objectif posé sur sa nudité et qui vous transforme et vous renvoie une image nouvelle de vous. La force de ces photos en noir et blanc offre des perspectives inattendues au sujet observé et qui se révèle sous un angle étrange, sous le regard de l'autre qui ne le juge pas, mais propose des horizons nouveaux dans ce regard neuf, un regard chrysalide dont la puissance vous transforme à tout jamais.
    Un dialogue silencieux entre la photographe et son sujet où les regards entrecroisés déconstruisent les images que l'on croyait figées pour une dynamique du perpétuel renouvellement.

    Née à Jerusalem, Iris Mizrahi a grandi à Genève mais c’est dans son pays natal qu’elle poursuit ses études. Elle est diplômée de Betzalel Academy of Art de Jerusalem en photographie. De retour à Genève, elle délaisse un temps l’image pour l’écriture. Avec cette exposition « Muse », elle renoue avec ses premières amours, une photographie à la lisière entre l'académisme et l’érotisme dans un discret hommage à Robert Mapplethorpe. A la recherche d’une beauté originelle, elle sculpte d’ombre et de lumière la ligne d’un corps, la profondeur d’un regard.
    Et le corps comme le regard troublent, séduisent, tourmentent, interrogent, se mettent à nu.

     

    "Muse" Cinéma Bio-Carouge

    15 novembre 2019- 15 janvier 2020

    Vernissage 15 novembre dès 18h

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  • "Nous, les bras !"

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    Image-Nous-saisonniers-300x262.jpgNous, saisonniers, saisonnières… Genève 1931 — 2019
    Nosotros, temporeros, temporeras
    Nós, trabalhadores temporários e temporárias
    Noi, lavoratori e lavoratrici stagionali
    Ne, punëtoret dhe punëtorët sezonalë
    Mi, sezonski radnici, sezonske radnice.

    Une exposition à ne pas manquer proposée par la Ville de Genève conçue et réalisée par les Archives contestataires, le Collège du travail et Rosa Brux.
    Une exposition qui rappellera le statut de saisonnier qui autorisait la Suisse à engager des travailleurs pour une durée de 9 mois par an avec l'obligation de garder le même employeur. Le Permis A créé en 1931 sera aboli en 2002. Venus d'Italie, d'Espagne, du Portugal et des pays de l'Ex-Yougoslavie, ils ont contribué à la construction et au développement de la Suisse.
    Une mémoire retrouvée qui permettra à tous de se souvenirs de ces bras que l'on faisait venir d'ailleurs, indispensables le lendemain de la Seconde guerre mondiale et qui ont dû âprement lutter pour rappeler qu'ils étaient avant tout des hommes dans la plupart des cas avec des familles qu'ils n'avaient pas le droit de faire venir, - certains enfants vivaient de façon clandestine en Suisse et qu'on surnommait les "enfants du placard." Ces travailleurs immigrés   vivaient dans des conditions inhumaines, dans des baraquements insalubres sans protection sociale et subissaient les humiliations du contrôle sanitaire à leur arrivée dans les gares avant de recevoir leur permis de travail. Ils revenaient chaque année comme les hirondelles au printemps construire des ponts, des tunnels, des cités entières. Ils ont participé à l'expansion de l'hôtellerie-restauration et de l'agriculture genevoise. Des campagnes anti-immigrations s'opposaient régulièrement à l'arrivée de ces saisonniers.
    Cette exposition est un hommage à ces hommes et femmes qui ont participé au développement de Genève et trop souvent occultés.

    Archives,photographies et films mettront en avant ces acteurs de l'histoire de la Suisse et de son développement. Des témoignages de saisonniers et de saisonnières et de leurs descendants à travers des productions audio-visuelles seront diffusées tout au long de l'exposition. Des narrations différentes qui appréhendent la vie de ceux qui sont restés trop souvent invisibles et qui étaient plus que des "bras".

    Belle initiative Bravo ! Merci à tous ces travailleurs de l'ombre enfin mis en lumière.

     

     

    Exposition Nous, saisonniers, saisonnières… Genève 1931-2019

    29.10 – 24 .11 Espace « Le Commun », rue des Bains 28.

    Vernissage mardi 29 octobre 2019, 18h.

     

    dépliant de présentation et programme

    https://www.collegedutravail.ch/content/files/4_2019Saisonnier-ere-s_depliant_web.pdf

     

    http://rosabrux.org/category/saisonnier-ere-s/

     

    À mon petit frère, Marco de Katharine Dominice.


     

     

    Les Traces de Pablo Briones 


     

    Un excellent documentaire de la RTS

    Les saisonniers

    https://www.rts.ch/play/tv/continents-sans-visa/video/les-saisonniers?id=3444031&startTime=97.751

     

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  • « L’art est la rupture du silence»

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    images.jpg« L’art est la rupture du silence » dixit le compositeur Dimitri Chostakovitch. Je viens de terminer ses mémoires et reste persuadée que nous avons rendez-vous avec les livres. Je suis tombée sur un ouvrage traitant de la vie du compositeur Chostakovitch en me promenant aux Bastions, posté entre les grilles du parc à hauteur de la rue Saint-Léger, parmi une trentaine d’autres livres ainsi exposés dans la rue.

    D’emblée, il a attiré mon regard, un livre noir, épais de 321 pages,  édité chez Albin Michel et qui semblait me faire de l’œil, sur la première page d’une minuscule écriture, on peut y lire Sarah Dorian, novembre 87 et qui rappelle à qui appartenait l’ouvrage.

    Hallucinant ! Terrorisant, les rapports des artistes sous Staline tous mis sous tutelle.  Le compositeur russe sait décrire avec une précision toute chirurgicale les folies du « Coryphée des Arts ». Staline contrôlait tout de façon démentielle avec une passion perverse particulière pour le cinéma et il fallait craindre chaque succès qui aurait pu lui faire de l’ombre comme autant de clous dans le cercueil.

    Symphonies adorées puis critiquées comme « formalistes » « anti-prolétariennes » »bourgeoises » et il fallait s’attendre à des coups contre votre porte, frappés aux poings, à l’aube et un départ pour un camp en Sibérie. A chaque critique, le compositeur n’en dormait plus faisant des cauchemars terribles, il décrit cette peur qui ne vous lâche plus. Combien d’artistes morts en camps et de poètes assassinés. Pour exemple, Staline fit réunir sous prétexte que "leur vie devienne meilleure et plus gaie" tous les chanteurs populaires aveugles de  l'Ukraine pour un premier congrès réunissant tous  les "lyrniks et "bandouristes".  Il les fit alors tous fusiller pour ne plus les avoir dans la rue car il était impossible de les censurer, ils chantaient à tout va tout ce qui leur passait par la tête, leur cécité leur permettant de dire tout ce qu’ils voulaient sans écrit et sans preuve.

    Mais nombreux artistes ont résisté et immanquablement aux dépens de leur vie. Le poète Evgueni Evoutchenko dénonce dans son poème « Babi Yar » le pire massacre de Juifs qu’on connaisse qui s’est déroulé dans un ravin près de Kiev en Ukraine. Les 29 et 30 septembre 1941, les Einsatzgruppen tuent à bout portant plus de 33'000 juifs. Staline imposera le silence sur ce massacre, il ne vouIait pas se mettre à dos son grand copain Hitler.

    Dimitri Chostakovitch en mémoire de ce massacre et inspiré par le poème de Evoutchenko composera la Symphonie n°13 « Babi Yar », le compositeur très féru de musique yiddish a toute sa vie dénoncé l’antisémitisme crasse qui régnait en Russie et n’a jamais caché son goût pour cette musique qu’il trouvait passionnante et qu’il aurait fallu taire. Montrer un intérêt pour la musique juive ou tzigane pouvait vous conduire aux camps comme personne déviante.

    L’art devrait toujours être la rupture du silence et briser ce silence en ces temps de terreur équivalait à signer son arrêt de mort.

    Les Mémoires de Dimitri Chostakovitch, propos recueillis par Solomon Volkov est une œuvre inoubliable car non seulement le compositeur est pris dans les filets de l’Histoire sous une des plus féroces dictatures mais il décrit de façon précise son processus créatif et montre un lien entre littérature et musique avec une préférence pour Tchekhov. Il devrait toujours y avoir une sonorité musicale dans l’écriture conclut le compositeur russe, il pense à Shakespeare qui aimait assurément la musique.

    Je remercie celui ou celle qui a posé ce livre entre les grilles du parc des Bastions, côté rue Saint-Léger. Depuis,  j’ai écouté toutes les symphonies du maestro russe en lisant ses Mémoires et lu du Tchekhov en écoutant la musique de Chostakovitch inspirée du Violon de Rothschild, une démonstration magnifique de l'inextricable lien musique-littérature et comment un art devrait se  nourrir de l'autre.

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    J’en profite pour vous demander de pardonner mon silence, je viens de terminer la rédaction du roman Benkos Biohò, il est en cours de correction et part chez les éditeurs. Deux ans de travail, je suis entre deux états d’âme, un peu sonnée par l’absence de mes personnages, avec cette sensation de vide quand on met le point final.Il faut retrouver ses repères, c'est comme si vous aviez accueilli  des invités pendant deux ans chez vous.  Bruits, récits, couleurs, odeurs, fêtes, drames et puis soudain plus rien. Ils sont tous partis, la maison est vide. Et puis, il a fallu que je fasse vérifier la traduction en hébreu de mon ouvrage précédent publié sur Amazon, "Eliahu Itzkovitz - La vengeance d'un enfant juif" et qui laisse songeur.

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  • Eclairage public et sécurité : un tandem mis à mal

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    6fcdcbcbd4a388f4af2c0cb814528f77-1513242848.jpgBientôt, on vivra une nuit sans lumières et voir relancer le débat sur l'insécurité; une bonne vieille controverse. Sous Louis XIV, on décide d'éclairer à tout va , la ville appelée aujourd'hui "ville lumière" vivait au Moyen-Âge dans des ténèbres où évoluaient des bandes de voyous prêts à vous délester sous un cri "La bourse, il faut se rendre!". Arcades sombres, tunnels, étroites ruelles coupe-gorges, la nuit était synonyme d'insécurité et de larcins et pour y remédier le couvre-feu était d'usage sous peine d'être amendable. Puis on invite locataires et propriétaires à éclairer leurs maisons ou fenêtres dès 9 heures du soir et se munir d'un seau rempli d'eau en cas d'incendie. Puis des milices portant des falots déambulent dans la nuit pour protéger le bien des bourgeois mais aussitôt assaillies par des brigands sans peur lorsque ce ne sont pas  eux-mêmes qui étaient les voyous qu'il fallait pourchasser.

    Il faudra attendre 1558 pour voir les falots être installés dans la rue, ancêtres des réverbères, mais qui dégagent une fumée irrespirable au grand dam des habitants . Ce système est abandonné durant 100 ans et on revient à la question de la lumière avec l'apparition des porte-lanternes fournis par les épiciers. L'éclairage public fera définitivement son apparition sous Louis XIV.

    L'éclairage sera aussi un excellent élément d'analyse des classes et des privilèges; les bourgeois et le clergé s'éclairaient aux chandelles à la cire d'abeille, tandis que le pauvre se contentaient de la suif qui fallait toujours surveiller et entretenir pour en obtenir une triste lumière jaune et fumeuse pour la voir finalement charbonner après vous avoir admirablement graissé les doigts.

    Donc lorsqu'on se souvient de la lutte pour obtenir cette lumière, on se délecte de nous voir nous acharner à l'éteindre au XXIème siècle au nom de l'écologie et de lumière devenue pollution, nous allons tous plonger dans le noir le plus absolu, au nom des étoiles, de l'univers et du climat. On sera curieux de voir si comme au Moyen-Âge des hordes de brigands feront main basse sur nos goussets, ou alors comment les plus trouillards porteront une lampe-frontale pour avancer à tâtons dans la rue.

    Et puis finalement, le plus intéressant comme on sait que toute activité en lien avec le climat et l'écologie a toujours une bourse prête à se remplir à quelque part, quelle économie avec ces lumières éteintes ? Où iront-elles ? Comment les nouvelles classes se forment avec ces nouveaux paradigmes écologiques de la masse qui se sert la ceinture et de ceux qui se remplissent le porte-monnaie?

     

    Quelle nouvelle forme ont pris les heureux aux chandelles de cire d'abeille et les autres à carburer à la suif ?

    Une petite anecdote personnelle à ce sujet, j'avais emménagé dans mon appartement avec chambre sous les toits uniquement parce que mon velux donnait sur le ciel et donc les étoiles. L'éclairage public de la rue située devant mon immeuble inondait ma chambre et m'empêchait de jouir du spectacle stellaire. J'écrivis au maire qui m'envoya un technicien, un peu bourru qui me dit.

    - Ma p'tite dame c'est quoi votre problème? Ah! bon les étoiles ? Ben faites comme moi dormez la nuit.

    Neuf ans plus tard, la commune éteint l'éclairage dès minuit. J'étais trop à l'avant-garde, je suppose.

    Sur le modèle du  Moyen-Âge nous pourrions ainsi instaurer le couvre-feu sous peine d'être amendable et éteindre l'éclairage public dès minuit.

     

    Reportage de  la RTS sur l'histoire de l'éclairage  public

    Lumières  sur ville

    https://pages.rts.ch/docs/10173856-lumieres-sur-la-ville.html

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  • La fabrication de Greta Thunberg - pour consentement

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    GretaThunbergClimateMarch_02_-1-696x340.jpgUn excellent article circule sur les réseaux sociaux et dont le lien m’a été envoyé par un ami- que je remercie au passage – et qui met en perspective la manipulation « avec la peur climatique » et surtout l’utilisation qu’on en fait. L’auteur Cory Morningstar, elle-même écologiste, environnementaliste engagée, se définit comme journaliste indépendante d’investigation orientée artiste et intellectuelle qui vit et agit loin des règles de conventions standard. Et du reste, on s’en est aperçu, une voix qui s’élève dans la broussaille verte inextricable des réseaux d’intérêt qui tirent les ficelles et qu’on ne peut que remercier ; une voix bienvenue qui décortique les enjeux financiers et économiques de la grande peur verte et qui annonce sans doute le plus grand mouvement fasciste qu’on ait jamais de mémoire d’hommes vu et à côté duquel , Hitler, Staline et Mao pourront se rhabiller. Une dictature mondiale de contrôle sous prétexte de respect de l’environnement, tous sous caméra, suivis, contrôlés, punis et puis on pourra taxer certains peuples plus pollueurs que d’autres et les considérer comme citoyens de seconde zone juste bon à faire disparaître.

    Il est vrai qu’il y a 40-50 ans, on ne parlait que du refroidissement climatique, diffusé sur toutes les chaînes de radio-tv françaises tandis qu’en 1972, 42 climatologues écrivaient au président américain afin de l’alerter sur la gravité du refroidissement climatique, en cours à l’époque . Ensuite, vinrent la peur des pluies acides,véritable fléau, surnommées par un Ministre canadien « paludisme insidieux de la biosphère »puis on se mêle un peu les pinceaux, en expliquant la diminution des pluies acides par le réchauffement climatique mais flûte, on réalise un peu trop tard qu’on en avait besoin de ces pluies acides qui jouaient un rôle fondamental, «  Les pluies acides aidaient l’arctique à contenir sa fièvre. Une fois dans l’atmosphère le soufre a la particularité de renvoyer une partie du rayonnement solaire vers l’espace, comme un parasol. Il combat sans le savoir le réchauffement climatique."

    Sur la lancée, on a continué avec la couche d'ozone et le danger des  CFC (ces composés utilisés notamment comme fluides caloporteurs dans les machines frigorifiques).   Ce  sont les satellites lancés dans l’espace qui nous ont annoncé les trous d’ozone avant on ne le savait, on trouve un coupable, les gaz à effet de serre. Dupont de Nemours propose alors la solution miracle en remplacement des CFCs.

    Autre grande peur, la disparition du Groeland. En 2007 , effet d’annonce,  la glace de la mer Arctique disparaîtra en été d’ici 5 ans, en mars 2008, on nous prédit la disparition du pôle Arctique  pour l’été de la même année, puis on annonce sa disparition totale en 2012 pour quatre ans plus tard, en 2013. La BBC news dans un communiqué alarmiste déclare que les scientifiques nous annoncent la plus terrible nouvelle, à savoir la disparition complète de la glace de ladite mer. Autre drame, la fin du pétrole , alors qu’on découvre encore en Afrique des gisements non exploités, etc.

    Si vous remarquez,  il y a un déplacement du curseur sur la peur, il y a des sujets qui débarquent comme effet de mode, il y a des acteurs qu’on fabrique de toute pièce, un article de 2000 clamant la disparition de la neige en Grande Bretagne a été retiré du journal, heureusement qu’il y a toujours un malin pour l' avoir téléchargé. Allez demander aux aborigènes pourquoi il faut que la forêt brûle pour se régénérer, pourquoi les Lapons vous diront que les chiens de traîneaux que l’on voit courir dans l’eau c’est normal à certains moments de l’année alors qu’on en a fait les une des journaux avec des accents anxiogènes, les pauvres chiens qui courent dans l’eau, à défaut de neige. Mais qui pour les écouter?Ce qu'on veut c'est angoisser les gens et obtenir leur consentement aveuglément sur tout ce qui va se décider au plus haut niveau y compris, parfois, souvent, toujours passer à la caisse.

    Il serait temps de commencer à surveiller de près les « fake news «  en lien avec le climat, la peur est si grande que tout se gobe du premier coup. Gare à l’indigestion. Mais, il n’empêche qu’il y a des écologistes sincères qui travaillent avec de vraies données sans manipulation des chiffres et qu’on n’entend plus tant la cacophonie verte rend sourd.   On préfère balancer une gamine de 14 ans qui vous crie « We don’t have time» et derrière laquelle vous trouvez tous ceux qui tirent les ficelles en attendant les trillions alors que nous aimerions qu’ils prennent un peu de temps pour nous expliquer comment ils vont s’enrichir sur cette vague verte.

    Nous ne prétendons pas remettre en cause le changement de climat, mais c’est l’exagération multiple au cours de 20 et 40 dernières années avec des données manipulées et erronées. Les fausses prédictions ne sont jamais remises en question, mais d’autres « Fake news » suivent et fait faire oublier les premières, celles-là même qui ont permis de déclencher la guerre en Irak pour ses armes de destruction massive ou au Viêtnam, où des torpilleurs nord-vietnamiens auraient attaqués des destroyers américains dans le Golf du Tonkin. Des officiels de l'agence ayant caché auprès de l'administration Johnson l'erreur de la NSA, une résolution prévue depuis de longs mois put être présentée au Congrès, afin de donner au président des États-Unis les pleins pouvoirs militaires pour déclarer la guerre à la République démocratique du Viêtnam et engager résolument son pays dans la guerre du Viêtnam.  Sans investiguer le New York Times relatera cette attaque reprise en écho par la presse américaine. Un rapport en 2005 rendu par la National Security Agency indique qu’il n’y jamais eu d’attaque à cette date-là, on cachera l’erreur NSA. On sait que les « Fake news » permettent de déclarer les guerres et d’attaquer des pays et tuer un maximum de civils, « faits à l’appui .»

    Alors que nous réserve ce green washing où les plus grands pollueurs tentent de se faire passer pour les sauveurs de la planète ?

     

     

     

     

     

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  • Moral suprême pour nage extrême

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    IMG_20190803_141441.jpgIls l'ont fait et ils ont réussi. Victor Mellerín et Sergio Bianchini, surnommés les deux moustachus ont réalisé un exploit, le 3 août, à savoir, la   traversée en 28 heures de 75 km de nage, au départ du Château de Chillon direction Genève Bain des Pâquis. Un relais continu entre les deux nageurs équipés d'une loupiote sur la tête pour s'éclairer et être repéré par le bateau qui les suit a permis cette folle traversée effectuée de jour et de nuit.

    Tous deux se sont jetés à l'eau pour une cause, la   recherche du cancer de la prostate, du cancer des testicules et de la prévention de suicide chez le jeunes. Les dons récoltés ont été versés à la Fondation Movember.

    Conditions météorologiques, entraînement, condition physique, courants marins autant de défis à relever, mais le plus important c'est ce qui se passe au niveau du mental et là ça devient passionnant, n'importe quel coach d'entreprise pourrait reprendre ces fondamentaux pour réussir.

    A ma question, quelles sont les conditions mentales qu'il faut regrouper pour relever de tels défis, Sergio Bianchini commence par un large sourire et son visage s'illumine. Il répond.

    Un moral d'acier, une détermination à toute épreuve, un principe de réalité, une bonne évaluation des risques, un objectif clair de ce qu'on veut atteindre, une pensée positive et pendant qu'on nage chasser toute idée négative qui pourrait vous couper dans votre élan, du type : "je vais jamais y arriver, j'ai mal partout, je ne suis pas assez entraîné, l'eau est trop froide, trop chaude" surtout ne pas écouter la petite voix qui aurait toujours tendance à se plaindre ! II faut un mental infaillible, le moindre relâchement et vous jetez l'éponge et parfois c'est dur, l'hypothermie atteint le nageur alors saisi de diarrhée et de vomissement, mais vous continuez coûte que coûte. Vous croisez des tortues qui nagent évidemment plus vite que vous et des dauphins à l'aube en bande qui semblent converser gentiment entre eux tandis que vous les dépassez à la nage.

    Sergio Bianchini, n'en est pas à son premier coup et comptabilise de nombreuses performances telles que la traversée du détroit de Gibraltar de Tarifa en Espagne à Cires Point au Maroc soit 16,3 km sur une durée de 4,40 ou la traversée du Fleuve Uruguay dans son pays d'origine, 100 km dans des conditions difficiles avec une chaleur extérieure à 40 degrés et une eau à 28 , craignant l'hyperthermie, il ne nagera que 50 km sur les recommandations du médecin. Mais encore, le trajet effectué par Papillon de son vrai nom, Henri Charrière,  le bagnard qui s'est sauvé des Iles du Salut pour rejoindre la ville de Kourou en Guyane, 6 heures pour 16km.

    L'entraînement se fait tout au long de l'année, entre 25 et 30 kilomètres de nage par semaine entre la piscine et le lac. Vélo, marche, une bonne condition physique s'impose et une hygiène de vie irréprochable.

    La cause et le sens de cet effort aident beaucoup, aider les autres est un but qui donne des aile pour pas dire des bras dans ce cas. Le prochain défi sera à nouveau la traversée du détroit de Gibraltar pour lutter contre le cancer du sein.

    Forcer son être à se surpasser dans l'effort pour une belle cause, quoi de plus beau ? Bravo à nos deux nageurs Victor Mellerín et Sergio Bianchini.

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  • Deux oursons et leur mère froidement abattus

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    IMG_1494.JPGA Coquitlam dans la périphérie de Vancouver,  c’est la consternation. Deux oursons et leur mère ont été abattus par des gardiens de l’environnement sous le regard médusé des habitants. Trois résidents ont essayé d’intervenir et ont été arrêtés pour obstruction à une décision d’un représentant officiel et leurs portables qui filmaient la scène saisis. 

    Une chasse à l’ours qui aura duré six semaines selon l’agent, un résident confirme qu’il cohabite pacifiquement avec les ours depuis trois ans.

    La méthode choque tout le monde en Colombie-Britannique et de se demander s’il n’y aurait pas eu une autre alternative que leur massacre. L’officier se justifie en précisant que les petits et leur mère s’étaient habitués à fouiller dans les poubelles et se nourrir ainsi, les renvoyer dans la nature n’aurait pas permis leur survie, le choix s’est ainsi porté sur leur élimination.

    Une pétition circule pour dénoncer cette tuerie. Mais reste entière la question de la co-habitation humaine et animale dans une logique de construction et de déboisement massif. On voit ce phénomène apparaître aussi en Sibérie avec les tigres qui voient leur étendue de terre diminuer ou  des ours qui font les poubelles dans les villes du Nord. Faut-il les tuer pour autant lorsqu’on a empiété ou réduit leur territoire?

    *photo prise par une résidente et que je remercie

     

    Témoignages

    https://globalnews.ca/news/5707009/3-arrested-bears-killed-coquitlam/

     

    La pétition

    Https://www.thepetitionsite.com/enca/242/028/609/mummy-bear-with-two-cubs-got-killed-in-coquitlam-british-Colombia

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  • La nouvelle de l'été - La leçon

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    mer.jpgMon invitée Iris Mizrahi. 

    Elle nage toujours plus loin, s’éloigne de la plage en direction de l’horizon. Le sable ondoie à l’infini sans la moindre aspérité dans une eau limpide et vide, tout au plus un poisson égaré à la recherche d’un rocher, pas une algue, pas un corail, rien d’autre que le dessin régulier du courant sous-marin sous son corps entraîné. Elle s’éloigne jusqu’à ce qu’il la perde de vue, qu’il se redresse de son linge et scrute la mer, sans réelle inquiétude, à peine une légère morsure à l’égo. Une de plus. Il a un avis sur tout. Surtout sur ce qu’il ne connaît pas. Elle a cessé de le contrarier, laisse couler sa logorrhée jusqu’à ce qu’elle se tarisse d’elle-même.

    - Regarde.

    Ses éclaboussures dérangent la quiétude du lagon. Qu’importe, il lui donne une leçon de natation. Elle sait qu’il ne tient pas la distance malgré une plastique honorable. Il se lève même la nuit pour fumer. Plus rien ne s’imprime durablement dans une mémoire traitre abîmée par les somnifères dont il s’auto-prescrit la posologie. Un complexe inavoué qu’il contourne habilement en s’instruisant à la superficie, juste ce qu’il faut pour impressionner les impressionnables. Il n’y est jamais parvenu avec elle. Il se rassied sur son linge quand enfin il l’aperçoit nageant en sens inverse, lentement, régulièrement, ondulant discrètement comme un poisson-chat jusqu’à ce que son corps effleure les galets.

    - J’ai trouvé une épave au loin.

    Les épaves le font rêver, presqu’un talon d’Achille. Il la questionne pour en connaître l’endroit exact, quelque part tout droit, c’est assez loin mais tu devrais. Elle l’encourage à peine, pas besoin d’insister, elle sait qu’il se jettera à l’eau, qu’il relèvera le défi. Et il plonge. Ses battements de bras et de jambes sont plus spectaculaires qu’efficaces. Elle lève de temps à autre les yeux de son livre, scrute l’avancée du nageur en souriant. A cette distance, il doit déjà être à bout de forces. Lorsqu’il gesticule pour lui demander si c’est encore loin elle lui fait signe de continuer encore, nage encore, c’est beaucoup plus loin, continue. Et il continue de s’enfoncer dans l’horizon jusqu’au point de disparaître, puis réapparaître et disparaître à nouveau en tournant autour d’un cercle imaginaire, comme si quelque chose d’exceptionnel captait durablement son attention. Il espère au moins qu’elle l’observe, effectue encore plusieurs rondes sur l’horizon dans un douloureux effort puis revient vers la plage avec l’énergie d’un noyé. Il ne montre rien de son exténuation. Affiche le masque de celui qui a découvert un trésor enfoui dans les tréfonds.

    - Tu l’as trouvée ?

    - Oui !

    Il la décrit dans les moindres détails, la proue brisée, le mât encore fièrement dressé, les nuées de poissons dorés tétant les pointes des coraux incrustés dans le bois. Elle l’écoute, ravie, au diapason de son émerveillement feint.

    Au fond du lagon, il n’y a aucune épave.

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