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Eloge de la lenteur (21/03/2020)

ob_2bc097_eloge-de-la-lenteur.jpgDes aurores boréales aux "horreurs coronales," je suis restée clouée au sol. Mes vols prévus pour le Canada ont fondu comme beurre au soleil et ont été annulés les uns derrière les autres et aujourd'hui, comme la plupart d’entre vous,  le confinement est devenu mon pain quotidien;  un pain noir et dur que je mange non sans quelque gourmandise.
Là où certains n’y voient que malheur, j'entrevois cette période aussi comme un retour à une "normalité"qui nous a échappée. Le temps s’égrène lentement, on le sent s’écouler comme ce long fleuve tranquille tant promis et rarement vu. Le temps s’effiloche en bandes généreuses sur fond d’épidémie. Les oiseaux sous ma fenêtre piaillent joyeusement tout affairés à leur nid; les brindilles éparpillées sur mon balcon prouvent l’agitation d'une construction fébrile et maladroite.
Avant de filer faire mes courses et parfois celles de ma voisine, j’ évalue ma bibliothèque à vue d’oeil et constate que je puis tenir un siège de cinq ans de lecture; à raison de deux livres par semaine et nourrir aussi bien mon esprit que mon corps.
Que ce soient les versions bilingues de la poésie de Paul Celan, en Allemand, de Pier Paolo Pasolini en Italien ou de Darwich en Arabe, le temps nous est offert de plonger dans la langue originale des auteurs. Etudier les partitions musicales en toute sérénité, parce que oui, la poésie c’est avant tout de la musique.
Et redécouvrir à travers "l’Histoire Ancienne" de Pline l’Ancien (mort en 79 lors de l’éruption du Vésuve) les épidémies. Et que n’a-t-il point décrit sur elles et leurs remèdes ?

""Maladies nouvelles, médecines nouvelles." Le visage de l’homme a éprouvé des maladies nouvelles et inconnues à toute l’antiquité, non seulement en Italie, mais presque dans l’Europe entière.Elles n’étaient ni dangereuses pour la vie ni douloureuses; mais elles étaient si dégoûtantes qu’on eût préféré la mort, sous quelque forme qu’elle se fût présentée." Le lichen ou le mentagra est un fléau selon Pline inconnu des aïeux et des pères qui se glissa pour la première fois en Italie et apporté d’Asie par un certain chevalier romain, un simple baiser suffisait à le contracter et qui se manifestait par une éruption cutanée dartreuse se manifestant sur le visage et certaines parties du corps et qui laissait des cicatrices hideuses. Et Pline de conclure, "des épidémies soudaines surviennent dans certaines contrées, s’attachent, comme par une sorte d’élection, à certaines parties du corps, à certains âges, et même à certaines conditions sociales; les unes frappent les enfants, les autres les adultes; celles–ci les grands, celles-là les pauvres."

Rien de nouveau sous le soleil? Sans doute, un phénomène nouveau de notre époque, la mondialisation comme celle du virus qui nous concerne et frappe la planète entière.

"Aujourd’hui, il faut profiter de chaque souffle, car chacun de tes souffles est un trésor.....Agis ainsi et ne sois pas désespéré. " sur les bonnes paroles de Rûmi, je vous souhaite de profiter pleinement de cette lenteur retrouvée par la force des choses, pensez à tout ce que vous n’avez pas pu faire jusqu’à présent par manque de temps.

Et gardons une pensée émue pour les malades et les soignants qui risquent aujourd'hui leur vie pour sauver la nôtre. Paix à l'âme des disparus.

 

L’éloge de la lenteur

 

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