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Syrie : la guerre d'après (14/05/2019)

Mon témoin d'origine syrienne est assise à une petite table de bistrot devant moi, les yeux écarquillés encore par l'horreur entr'aperçue,   elle baisse la voix pour me raconter ce qu’elle a vu après deux mois passés en Syrie. Ses yeux s'emplissent de larmes tandis qu'elle décrit la situation.

- Si tu savais le courage que ces femmes ont. Ce sont des villages entiers où il n'y a plus un seul homme. Ils ont tous été tués; pères, frères, fils, oncles, grands-pères, tous du plus vieux au plus jeune, embarqués, liquidés. Les rebelles les ont emportés et tués, les uns après les autres, certains après avoir été  soumis à la torture.

Aujourd'hui, les femmes se retrouvent à réparer leur maison, travailler aux champs ou se rendre en marchant des heures durant vers les villes les plus proches pour y vendre leurs babioles, des produits artisanaux ou des fruits et légumes. Puis, il faut s'occuper des seuls hommes qui restent, des handicapés, des lambeaux de chair qui ont réussi à s'enfuir des geôles des fous.

Une mère m'a raconté une histoire incroyable continue-t-elle ! Ses cinq fils ont été emmenés et tués par les rebelles, elle a supplié le cadet de résister quoiqu'il arrive, de tenir au-delà de tout ce qu'il pourrait supporter. Emprisonné, il réussit pourtant à s'échapper. Un soir, une ombre traînante se profila dans le jardin, un corps se hissait péniblement sur les coudes.

- Maman, j'ai tenu ma promesse, me voilà de retour ! Le fils est  revenu de l’Enfer  comme il l'avait promis, et,  qui deviendra tétraplégique après des semaines de torture.

Mon témoin ne peut plus parler, elle ravale ses larmes.

- Quel courage, si vous pouviez imaginer l'état de ce pays et cette force de vie !

 Puis elle me parle longuement de créer des centres sanitaires avec des bus qui circuleraient de village en village pour soulager ces femmes et leur apprendre à s'occuper de leurs enfants dorénavant handicapés.

- Tout reste à faire, il faut commencer à quelque part, alors commençons déjà par le plus urgent, la santé  dans ce pays qui compte, aujourd'hui, presque trois millions d'invalides victimes de guerre,conclut-elle en soupirant. C'est une nouvelle guerre qui démarre, celle contre la pauvreté et la maladie.

 

 

  1.  Mon témoin est devant moi , elle baisse la voix pour me raconter ce qu’elle a vu après avoir passé deux mois en Syrie, ses yeux se remplissent de larmes tandis qu'elle décrit la situation.

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