31/01/2010

Les poissons de la colère !

bouches_poissons.pngChow était un minuscule Chinois, maigre et nerveux, il  s'activait, sans relâche  dans sa cuisine,  royaume où il régnait en maître absolu,   dans un restaurant lausannois. Il excellait dans la soupe aux ailes de requin et le canard laqué. Le soir, lorsque tous les clients étaient partis, il demandait souvent à ses enfants encore petits de lui marcher sur le dos pour un massage.  Il s'allongeait les bras écartés et les enfants marchaient prudemment sur le dos de leur père, on entendait alors ses os craquer et lui râler de plaisir.

Sa tout aussi minuscule femme anglaise, assurait le service et  nous répétait tout ce qu'il disait, il est vrai que nous avions un peu de peine à comprendre son anglo-sino-français . Son accent un brin nasillard chatouillait agréablement l'oreille mais confondait l'entendement. Quelques sakés et bières par-dessus rendaient le tout incompréhensible, en toute fin de soirée son épouse,  en désespoir de cause, finissait pour tout simplement lui parler en chinois.

Soit, nous mangions régulièrement chez Chow. Cela faisait presque dix ans qu'il tenait son restaurant. Un jour, une nouvelle fracassante le rendit très maussade et sombre.

Le propriétaire un autre Chinois qui possédait déjà des restaurants à Genève,  souhaitait reprendre le bail, sans payer naturellement le pas-de-porte qui était d'usage autrefois. Chow voyait des années de labeur et de sueur s'effacer, réduites à néant. Il rencontra des avocats, discuta, implora, rien n'y fit. Le propriétaire demeurait intraitable.

Il vida les lieux au jour dit comme le courrier le lui imposait. Il nettoya impeccablement  le tout. Le propriétaire très satisfait  entreprit des travaux en vue de la réouverture du restaurant, chinois naturellement. Mais une odeur étrange se mit à régner dans les lieux, d'étrange, elle tourna à fétide,  voire insoutenable.  Ils cherchèrent partout sans trouver la provenance exacte de ces émanations nauséabondes. Les ouvriers refusèrent même de continuer à travailler dans ces conditions.  Le propriétaire chinois se crut  maudit, il imaginait un sort lancé contre lui. Rien n'était assez puissant pour chasser la mauvaise odeur, l'ouverture du restaurant pris des semaines de retard.

Pendant ce temps, de son côté, Chow se mit à déprimer, boire plus que de coutume. Puis, il tomba malade, il se mit à maigrir à vue d'oeil. Moins de quatre mois plus tard, les médecins lui diagnostiquèrent un cancer, réponse  au choc  probablement de ce qui lui était arrivé. Il finira par mourir très peu de temps après, laissant derrière lui deux enfants en bas âge.

Les travaux se déroulaient péniblement dans le restaurant, un ouvrier en observant le mur du restaurant se rendit compte qu'on venait de poser du papier peint sur une bonne partie du mur, ils se mirent à vérifier ce qu'il y avait derrière, quelques pans de mur déplacés et ils découvrirent des rangées de poissons alignés et emmurés  pourrissant depuis des semaines.

Ce fut la dernière signature posthume de Chow !

 

 

 

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