06/02/2013

Tunisie - Les fossoyeurs des aspirations populaires

chokri-belaid-250.jpgL'assassinat du dirigeant de gauche tunisien Chokri Belaïd, 48 ans, avocat et défenseur des droits de l’homme, secrétaire général du parti des patriotes démocrates unifiés membre du front populaire, père de deux petites filles   a été abattu devant chez lui ce matin par 3 balles tirées à bout portant. Cette voix courageuse s’est éteinte, mais d’autres voix s’élèvent et grondent  dans tout le pays où des manifestations surgissent du Nord au Sud.  On exige une condamnation ferme de cet assassinat, premier assassinat politique en Tunisie ainsi que la dissolution du gouvernement taxé de fasciste et intégriste.

 Il ne fait aucun doute que les regards se portent sur les islamistes, Salafistes ou Ennahda. Dans des prêches haineuses,  un imam a particulièrement visé par un appel au meurtre,   le défenseur des droits de l’homme qui se savait menacé par les forces obscurantistes,  sans que le gouvernement ait réagi. Ce même défenseur qui sous Ben Ali avait défendu des militants d'Ennahda alors pourchassés; ironie du sort. 

 Ce tournant est grave car  ce type d’assassinat n’appartient pas aux traditions du pays. Une liste avec des noms de femmes et d’hommes à abattre aurait déjà été constituée. 

Le processus révolutionnaire ne se laissera pas intimider par les manœuvres des islamistes qui condamnent et répriment les expressions les  plus diverses par une violence inouïe : artistes, syndicalistes, militants des droits de l’homme,  féministes sont principalement visés. Une tentative par les islamistes d’étouffer le printemps arabe et le transformer en saison sèche et stérile démontre leur volonté farouche d’enterrer les aspirations populaires, de les museler. les étouffer sous les coups et menaces et maintenant assassinats.

 Le parti au pouvoir est entièrement responsable de la mort de Chokri Belaïd et doit démissionner. Au-delà de ce drame, le peuple tunisien dénonce un gouvernement incompétent qui plonge le pays dans un profond marasme économique avec des dettes toujours plus grandes,  et   une augmentation du chômage sans précédent.

 Une grève générale est prévue  pour le jour des funérailles, repoussées à vendredi, de Chokri Belaïd.

 

Ce qui était peut-être jusque là  qu’une révolte, voire une insurrection populaire annonce la REVOLUTION. A bas le fascisme, à bas l’intégrisme. Vive LA REVOLUTION !

 

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24/01/2013

Tunisie- "Salafistes, dégagez !"

safe_image.php.jpegTunisie- L'humour ne manque pas en Tunisie, le dernier objet des moqueries, c’est la chute de deux Saoudiens qui lors du match opposant  Tunisie-Algérie auraient été poussés  par des supporters déclenchant aussitôt  l’enthousiasme des internautes faisant écrire à l’un deux sur la page officielle du roi saoudien Abdallah Ben Abdelaziz Al Saoud :  «Le peuple tunisien est navré de l'humiliation de deux de vos concitoyens et vous propose d'appliquer le principe ''œil pour œil, dent pour dent''. A vous de choisir n'importe quel ministre présent dans la délégation tunisienne (en visite actuellement en Arabie saoudite, Ndlr) et le jeter par-dessus la plus haute montagne du royaume. Si cela ne vous satisfait pas, nous allons vous envoyer l'ensemble des députés de l'Anc».*

 

L’intervention française  au Mali fait dire à bonne part de Tunisiens , bien qu’ils n’apprécient pas forcément la présence française en Afrique  que c’est un excellent avertissement pour les Islamistes qu’ils jetteraient volontiers aussi au fond d’un puit. Un jeune très créatif me propose la solution suivante et  intéressante, soit de renvoyer les Salafistes à la case départ chez les Qataris ou les Saoudiens avec leur barbe, soit les envoyer aux USA avec leur Nike, au choix,  et profiter de l’occasion pour leur enlever leur citoyenneté tunisienne puisqu’ils se prennent dorénavant pour des qataro-saoudiens en bonne connivence avec les Américains. On leur offrirait même des billets gratuits, un aller simple.

Quant aux bâtiments français  en Tunisie, et particulièrement l’ambassade, ils  sont sous haute surveillance, protégés par des barbelés qui bloquent des rues dorénavant interdites aux voitures pour parer à toute attaque en représaille à l’intervention française au Mali contre des Islamistes.

On aurait retrouvé à Médenine des dépôts d'armes. Plusieurs personnes liées à des réseaux terroristes, dont deux Libyens, ont déjà été arrêtées en relation avec la découverte de ces dépôts d'armes.

Devant la mosquée Al-Fath (Conquête) , lieu de ralliement des Salafistes, quelques rues plus loin, et devant laquelle   les jihadistes  vendent leurs livres, produits et habits importés du Golfe persique se montrent plus discrets et un peu nerveux. « S’ils pouvaient,ils voileraient toute la Tunisie ! » lance une Tunisienne en regardant une femme en niqab et baskets Adidas et de rajouter :  « On n’a jamais vu ça dans ce pays, ça nous vient droit des Emirats arabes, ces costumes  !  Nous sommes envahis !  Pourquoi, ne partent-ils pas là-bas ? Salafistes, dégagez! Les Islamiste nous ont promis une réduction du chômage de 30%, nous sommes à une augmentation de plus 40%, à force de se voiler la face, on n’y voit plus rien, on voulait la diminution du chômage nous voilà,  en réponse à la crise,  avec du niqab, ma parole, c'est encore un truc pour cacher la misère ».  Mon accompagnatrice soliloque tout en marchant à mes côtés.

En attendant,  la vidéo des deux  Saoudiens bousculés dans le stade, - certains prétendent-même qu’ils auraient exhibé leur drapeau - fait le buzz depuis quelques jours et montre le ras-le-bol des Tunisiens quant à l’intrusion culturelle, religieuse et vestimentaire des wahhabites et à leur sale manie de vouloir changer les habitudes locales.

Autre sujet de discorde, c’est le braconnage en Tunisie  des outardes, espèce en voie de disparition  et des gazelles pratiqué par les Qataris et dénoncé par l'ornithologue et militant écologiste Abdelmajid Dabbar qui accuse le gouvernement et l'armée de ne pas réagir au braconnage des outardes et des gazelles que l'on retrouve éventrées et abandonnées par centaines par les émirs du Golfe (essentiellement saoudiens et qataris) dans le désert tunisien.

Les Qataris ont  passé 94 jours à chasser au coeur du désert, sous la protection de l'armée nationale et cela malgré des conventions signées par la Tunisie et les pays du Golfe interdisant la chasse. Autre fait intéressant, en arrivant dans le désert tunisien , l’ornithologue a reçu un message SMS dans cette  zone non couverte par le réseau national, de « Bienvenue au Qatar ». 

 

* Source kapitalis.com

19:58 | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, salafistes | | |  Facebook

22/11/2012

Tunisie - L'agonie d'une révolution

282573_1964367424966_1116272412_31952914_3345677_n (2).jpgTunisie – Le jeune homme qui se tient devant le Centre de la presse et de la liberté d'expression me dit brusquement,  en réponse à ma question sur l'après-révolution que,  la prochaine fois ce n'est pas la révolution,  mais c'est la guerre qu'il nous faudra déclarer. Les mâchoires serrées qui jouent sous la peau, les prunelles incandescentes, il s'auto-consume dans sa colère noire et se prépare à participer à une conférence en lien avec l'impunité des ex-responsables du RCD (le parti de Ben Ali) qui semblent encore en place et capables de toutes les nuisances. Ils ont investi les administrations et n'en sont jamais sortis, en réalité.  

 

 

Je posai la question à un professeur d'Université en philosophie qui  soulève le sourcil gauche en accent circonflexe  et un brin moqueur me répond :"quelle révolution? Je ne sais pas de quoi tu parles. " -Le jasmin  de la Révolution semble desséché, il a perdu de sa fraîcheur, seule  l'odeur de putréfaction plane sans qu'on sache précisément d'où vient cette senteur désagréable, mais tout le pays en est imprégné.

En déambulant au centre ville, je vois devant une grande mosquée financée par les Saoudiens, des Salafistes qui encombrent le trottoir et vendent des corans qu'ils ont reçu gratuitement de leur copains qataris et saoudiens; à cela s'ajoutent les habits pour femmes fabriqués dans ces mêmes pays et qui contrastent avec le type de vêtement local, afin de les voiler et de les grillager, puis  de l'encens, en veux-tu en voilà,  plein les stands, sans doute, pour aveugler tout le monde dans un écran de fumée épais. Les hommes portent une barbe longue et des baskets américaines, le code vestimentaire résume à lui tout seul, les influences auxquelles ils sont soumis :  qataro-saoudien en haut avec la barbe, américain en bas avec les chaussures.  Une signature significative.

Ghannouchi ? s'exclame un autre. il se prend pour le nouveau "Khomeiny" tunisien, il joue les modérateurs contre les Salafistes pour faire croire aux gens que Ennahdha est plus réservé, mais si tu grattes bien sous le masque, c'est le salafiste que tu vas trouver et payé et soutenu par les Qataris et donc par les Américains. Un vendu aux puissances étrangères !

 Marzouki ? ricane une jeune femme :"c'est la marionnette de Ennahda, il ne résiste à rien, il accomplit, il marche aux ordres. Il n'a aucun pouvoir."

 Du côté des Tunisiens juifs , c'est la prudence. Une femme me dit louer son appartement à l'année et ne rien oser acheter :" parce que tu sais on peut tout te voler du jour au lendemain, elle se souvient avec amertume comment en 1967, un homme lui a craché dessus alors qu'elle n'avait que 12 ans. " Depuis elle vit entre Paris et Tunis. Son fils a ouvert, après la révolution, une entreprises de webmaster, à Tunis, il y a engagé une vingtaine de jeunes;  doublé les salaires et huit mois après , il a tout fermé et rapatrié ses affaires en France. Les Tunisiens n'ont pas compris qu'il fallait se mettre vraiment au boulot ! Ils ne sont pas compétitifs. Tandis qu'elle me raconte cela, elle achète une "mloukhia" pour la congeler et la transporter en France pour ses enfants, des vrais "Tunes" me lance-t-elle en me montrant leur photo.

Sur l'avenue Habib Bourguiba, les "attentistes" n'attendent plus que boire leur café, dans la vie, qu'ils sirotent à longueur de journée;  en commentant les bombes israélo-palestiniennes et en maudisssant Israël et en pleurant sur les Palestiniens. Il faut rendre toute la dignité aux Palestiniens clament-ils, en regardant passer une vieille française, ils se la montrent de la tête . Allez qui y va ? Un visa pour la France peut-être ou au moins un peu d'argent. Elle est vieille répond l'un . L'argent n'a pas de rides ! rétorque un autre en riant.

 Finalement, j'entends partout la même chose, la corruption continue à sévir, rien n'a changé, les voyous sont restés en place et continuent comme avant. Pareil à la peste, le clientélisme paralyse toute énergie. On n'engage pas sur les compétences mais en fonction de son réseau. Et l'incompétent qui n'ose en général pas prendre de responsabilités parce que justement il n'est pas homme de décision  n'a pas les moyens de juger d'une situation; il faut le sortir de sa léthargie avec quelques centaines de dinars ou quelques milliers selon l'importance de l'affaire. Et chacun craignant  la dénonciation, ou le chantage  car tout se sait, on finit toujours par savoir qui  a touché précisément combien,   ne voit  comme seule issue pour s'en sortir  de ne plus rien faire pour ne pas être susceptible de voir les agissements dénoncés.  Bref, une  paralysie générale .

A l'aéroport des chauffeurs de taxi se battent, on comprend qu'il y a du "mic-mac", les policiers touchent de l'argent pour laisser passer d'abord un tel, ou un autre qui n'est pas chauffeur de taxi et ne paie donc pas de patente et qui lui glisse quelques euros qu'il vient de soutirer à une touriste à qui il fait croire qu'une course jusqu'à Tunis coûte 40 euros, en réalité quatre fois moins cher, tandis que les autres qui paient leur dû patientent durant des heures sans voir les clients arriver. Des policiers qui continuent à faire pression et à toucher de l'argent, exactement comme autrefois, parce que rien n'a changé. En passant, notre maison familiale est squattée par un policier de la Police nationale et qui est entré par effraction en explosant la serrure et qu'on a un mal fou à sortir, tant les administrations sont léthargiques et tant il est couvert. Après le viol, le vol ! 

 

Le clientélisme est pratiqué à tous les échelons, en fonction du parti auquel tu appartiens, en fonction de ton réseau, de ton argent. Les jeunes le savent bien, alors ils haussent les épaules et concluent que maintenant, pour sortir du gourbi, c'est la guerre qu'il faut déclarer.

Sans doute une guerre redoutable, une lutte de tous les jours contre le corruption qui paralyse tout projet et atteint toutes les couches, tous les secteurs  et surtout  toute velléité de changer les chose. Un pays qui a connu la domination de l'empire ottoman, la colonisation française, puis 50 ans de dictature et qui aujourd'hui continue à fonctionner avec ce que les Tunisiens ont toujours vu et connu : corruption , oligarchie et népotisme.

 Un homme se plaint : "tu sais j'aimerais bien changer et ne plus donner de l'argent à gauche et à droite, pour arrêter la corruption,  mais qui va nourrir alors mes enfants ? Comment je vais faire pour gagner le peu que je peux, si je distribue pas un peu à tous les échelons, du plus bas au plus haut. "

 Une révolution qui se meure, gentiment, or  ce sont les mentalités qu'il faut changer, une auto-révolution qui commencerait par soi-même. Accepter de sortir de la spirale infernale de la corruption qui installe des dictatures dirigées par des incompétents; une peste invisible qui contamine le système et tue tout projet. Une plaie purulente sur laquelle tout ce qui se construit est aussitôt infecté.

 Il est temps en Tunisie de créer, une commission neutre et indépendante de lutte contre la bête immonde qui dévore tout sur son passage. Un organisme qui ne soit pas financé par l'Etat et qui permette un vrai travail pour arrêter cette chose odieuse  qui continue et continuera à s'attaquer aux plus pauvres d'abord, et à faire le lit de l'intégrisme qui ne fera,  naturellement pas mieux que ses prédécesseurs,  voire pire. Ce même intégrisme  qui ose  faire  croire à des jeunes que seul Allah les sortira de cette spirale infinie et qui y croient dur comme fer, tandis que sous leurs yeux, une nouvelle oligarchie s'installe avec son lot d'injustice et de mépris  et que du travail leur  sera donné ou pas  en fonction de la longueur de leur  barbe, de leur obéissance et de leur capacité à courber profondément l'échine et qui ne marquera que le passage d'une dictature,  à l'autre.

 

La fin de la corruption au nom de la justice sociale ! C'est ça la vraie révolution, le  début de la démocratie. 

 

mon site www.djemaachraiti.ch

05/10/2012

Tunisie- Le président Marzouki présente les "excuses de l'Etat" à la femme violée

moncefinvesti.jpgLe président provisoire de la république Moncef Marzouki a présenté, jeudi 3 octobre, à la jeune femme violée par les 3  policiers les excuses de l’Etat tunisien pour les graves dommages subis qui ont touché chaque Tunisienne et Tunisien.

Au cours d’une rencontre avec la jeune femme  et son fiancé accompagnés de Sihem Ben Sidrine, Moncef Marzouki a fait part de sa profonde déception et de sa condamnation vigoureuse des actes qui ne porteront atteinte qu’ à leurs auteurs, selon un communiqué de la présidence.

Il a salué les agents de police  intègres qui ont refusé de couvrir leurs collègues ce qui prouve que le dysfonctionnement ne réside pas dans l’institution sécuritaire mais dans la mentalité de certains membres qui n’ont pas compris que le pays a fait une révolution pour que tous les fils et filles de la Tunisie vivent libres et dans la dignité.

Le président tunisien Marzouki a présenté les excuses de l'Etat à la jeune violée et à son fiancé. Le président a indiqué dans son communiqué qu’il n’est plus admissible de tolérer les violeurs ni ceux qui les couvrent ou ceux qui veulent travestir la vérité.

Le communiqué affirme que la présidence va poursuivre l’affaire afin qu’aucune considération politique ne prime sur le droit et la justice ni sur la confiance des Tunisiens dans les  institutions de leur État.

Une intervention forte qui devrait rassurer les Tunisiens et surtout les Tunisiennes qui finissaient par croire qu'il y a avait une légitimation du viol . Un cas qui fera jurisprudence, on n'aura jamais vu un viol être traité à un si haut niveau. On sait qu'ils restent étouffés derrière les barreaux du silence et de la honte.  Un acte courageux post-révolutionnaire qui démontre que la Révolution n'a pas été vaine. Les bouches se délient, les Tunisiens savent qu'ils ont fait cette Révolution parce qu'ils ont soif de justice et que cette justice mérite qu'on se batte pour elle, envers et contre tous.  

Malgré, les larmes, la honte, la victime et son fiancé ont défié tous les regards, toutes les critiques pour monter au créneau et défendre leur droit absolu à l'intégrité physique et psychique. Véritable acte  de bravoure. Quant  au Président Marzouki, il nous rappelle que la Tunisie malgré les menaces passéistes reste un Etat de droit;  il est grand temps de le marteler afin que plus personne ne l'oublie. 

"LA TUNISIE RESTERA UN ETAT DE DROIT OÙ CHACUN S'Y SENTIRA LIBRE ET PROTÉGÉ!"


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09:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, marzouki, tunisie femme violée, excuses de l'etat | | |  Facebook

12/01/2012

"Pour voir la lumière, il faut sortir la tête du cul du chameau "

chameau-4.jpgUn an après le début de la  révolution des pays du printemps arabes avec la Tunisie en chef de file,   que dire ? Une joie timorée, beaucoup de vigilance et très très loin de l'euphorie.  Une Révolution n'est que les prémices d'un chantier où tout est à reconstruire. Des années s'écoulent avant de voir émerger les premières constructions solides. Le lendemain de la Révolution française de 1789 , ce sont des charettes surchargées d'humains que l'on voyait traverser la ville et  qui menaient les défenseurs de liberté à la guillotine.  On pouvait apercevoir avec horreur,  des  morts flotter par centaines et cela durant des mois  ;  la Terreur s'était installée et cela au nom de la Révolution qui se fêtait sur des corps de suppliciés exposés sur la place publique.

La « Terreur » des pays arabes serait le tentative d'entraîner ces pays fraîchement libérés du joug des dictateurs vers  un obscurantisme qui n'aurait rien à envier aux prédécesseurs et cela avec des méthodes identiques ; les personnes changent mais pas les rôles ,

Dans les pays du printemps arabes, nous n'avons pas d'autruches  qui auraient pu se mettre la tête dans le sable; fort heureusement il y a un bon vieux proverbe bédouin qui fera parfaitement l'affaire : "Pour voir la lumière, il faut sortir la tête du cul du chameau "

Certes, si prosaïque mais si imaginé qu'il n'est pas nécessaire d'avoir passé un doctorat en biochimie pour deviner le sens caché de cet adage populaire.  Un enfant  en maternel  comprendra d'instinct,  qu'il fait bien noir,  là -dedans et que pour avoir un peu de lumière, il faudrait la sortir cette tête.

L'obscurantisme équivaut à se retrouver dans le cul d'un chameau, un regard court, épais, impossible de tourner la tête ni à gauche, ni à droite, pris dans les noirceurs immondes et malodorantes, celui qui même malgré la plus grande passion du monde ne peut décrire que ce qu'il voit :  un trou profond, obscur et abject.

Ainsi,  l'obscurantiste est  l'aveugle si sûr de sa science qui croit que ce qu'il voit est l'unique vérité et prêt à vous la matraquer à coups de sermons sentencieux quand ce n'est pas à coups de matraque. Un rétrograde qu'on invite de toute urgence, pour son bien et celui du monde, à  revenir à l'ère des Lumières, de la tolérance, de la culture ouverte sur le monde et sur les autres et à revenir bénéficier des lumières  du XXI ième siècle.

Quant à nous autres, plus sages, plus  éclairés et plus lettrés ,  nous refusons de mettre, à notre tour, la tête dans le cul du chameau pour voir le monde. On préfère la lumière, le scintillement, les couleurs joyeuses de la vie, une pensée universelle qui englobe le monde.

On préfère la tolérance au fanatisme, la liberté au dogme, le respect entre hommes et femmes plutôt que la domination, la connaissance large à la monoculture radicale et à son corollaire, l' ignorance. A choisir, on préfère la coexistence pacifique à la haine et à la violence à l'encontre de tout ce qui pourrait être différent. On préfère une religion humaniste, intelligente et respectueuse que celle vue du fond d'un trou par un ignorant dont la vue restreinte et l'étroitesse d'esprit résument sa vision à un gouffre de ténèbres et d'abrutissement.

Nous avons résolument et ce depuis très longtemps, voire des siècles sortis la tête du cul du chameau pour trouver la Lumière, il n'est pas question de l' engrouffrer ou de nous la plonger , à nouveau et par la  force brutale et violente,  dans ces noirceurs sombres et immondes d'un autre temps.

Nous n'avons pas soutenu la Révolution pour nous laisser soumettre, une fois encore  !

Profitons de ce premier anniversaire pour soutenir   de tout notre cœur la résistance du peuple Syrien et gardons une pensée émue pour tous les révolutionnaires qui sont morts au nom de la liberté qui nous est devenue d'autant plus chère et d'autant moins  négociable. On ne la veut ni en pièces détachées, ni en alternance, ni fractionnée, ni en pointillé, ni en point d'interrogation, ni sous condition : La liberté, on la veut tout entière, ici et maintenant  !

 

 

 

 

 

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10/01/2012

Un seul Tunisien Juif insulté et c'est l'esprit de la Révolution qui est trahi et bafoué

Synagogue-Tunis[1].jpg

Nous n'avons pas fait la Révolution pour laisser insulter nos concitoyens Tunisiens de confession juive. Nous ne sommes pas montés au front pour laisser s'installer la haine et la discrimination en Tunisie.

C'est avec force que nous dénonçons les slogans antisémites qui ont fusé jeudi passé à l'aéroport de Tunis - Carthage lors de l'arrivée du représentant du Hamas et de rappeler que ces actes de violence sont contraires à l'esprit de l'Islam;  contraires à l'esprit de démocratie , contraires au respect entre citoyens, contraires à l'esprit d'égalité.

C'est l'occasion de rappeler que les tribus Berbères juives se trouvaient en Afrique du Nord il y a déjà 3'000 ans et que tous leurs descendants sont légitimement chez eux, et cela bien avant l'arrivée des Arabes et de l'Islam.

La loi doit sanctionner ces dérapages qui sont le fait de quelques obscurantistes qui n'ont pas compris l'esprit de la Révolution et que si nous les laissons prendre corps dans cette nouvelle Tunisie post-révolutionnaire, ils feront taches d'huile et nous  subirons  bien d'autres dérives à l'encontre de tout autre groupe minoritaire.

Nous demandons pardon à nos compatriotes pour ces actes d'incivilité et demandons que de tels agissements  soient punis et empêchés à l'avenir.

 

 

Un autre billet qui tombe à pic sur mon autre blog, un conte chamanique sur  :Les frontières

http://tangalle.hautetfort.com/archive/2012/01/08/conte-c...

16:51 | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : tunisie | | |  Facebook

27/02/2010

LA GRANDE CARRIERE DU MULET CONTREBANDIER AWAX

le-vieux-mulet-1.jpgAWAX est un mulet qui a défrayé la chronique en 1996 en Tunisie.  Sa mort a peiné les foules nombreuses. Ignorés les droits de l'homme dans le quotidien La Presse, indifférents aux  Islamistes emprisonnés et longuement cités dans le Temps, aux  grandes escroqueries largement décriées  dans La Dépêche, les lecteurs n'étaient passionnés que par la mort de la pauvre bête.  Les politiciens, le jour de la mort du mulet, avaient beau s'égosiller, emplir les colonnes de la presse de tous leurs mensonges, les journalistes dénoncer les malversations de toutes sortes, on n'entendait que cris, pleurs et grincements de dents  sur la mort d'AWAX- montré à pleines pages, éclipsant,  du coup,  les plus grandes personnalités politiques qui auraient payé cher pour avoir une telle audience. Ils auraient payé bonbon pour se mettre dans la peau du mulet ne serait-ce qu'un seul jour. Politiciens et journalistes étaient inexorablement relégués dans l'ombre du mulet tunisien, grand  contrebandier entre la frontière tunisienne et algérienne. Awax, ainsi se nommait-il. Son nom faisait référence à l'avion-radar espion américain.

 

Awax est né dans un petit village proche de Tabarka - au Nord-est de Tunisie-  et situé à flancs de montagne couverte d'épineux. Dès sa naissance, on le déclara intelligent et vif et son maître lui prédit une glorieuse carrière - celle de contrebandier habile et discret.

Dès ses deux ans, son maître le prépara à craindre les uniformes de policiers tunisiens et algériens et des douaniers des deux frontières.  Après avoir confectionné de manière parfaite les quatre  uniformes, le maître dès qu'il montrait un uniforme tapait le mulet. A force de coups répétés face à des mannequins fabriqués de toutes pièces et arborant ces habits étranges, le mulet sur le modèle  pavlovien finit par  avoir le juste réflexe quant au  danger de la chose: la fuite . Il avait compris de la façon la plus évidente du monde :  un uniforme,  un coup. Il avait conclu que tout ce qui portait un uniforme pouvait s'avérer être dangereux pour son dos.

Après trois ans d'exercices quotidiens, Awax était prêt enfin à traverser la frontière à  Babouch.  Chargé comme un mulet de matériel électronique de pointe, devenu spécialiste malgré lui de transfert de technologie. Le tout glissé dans les deux couffins  en osier, étroitement attachés sur chaque côté de la bête.  Il connaissait par coeur le sentier qui passait près des douanes. A la vue d'un douanier, ou d'un policier, il augmentait le pas de charge pour s'enfuir le plus vite possible et épargner sa peau des méchants coups de bâtons auxquels il fut soumis durant des années et qu'il pouvait encore être amené à recevoir.

Durant quatre  ans, à raison de 30 à 40 km par jour. Awax s'en allait par les sentiers escarpés livrer le fruit de la contrebande. Son maître et l'acolyte algérien voyaient leur fortune grossir à vue d'oeil et tous les efforts fournis sur la bête leur rapportaient beaucoup d'argent.  Leur mulet était la  poule aux oeufs d'or. Un comparse récupérait la marchandise sur sol algérien et renvoyait le mulet avec des nouvelles marchandises de contrebande dont des cigarettes de contre-façon et de l'essence libyenne à moitié prix qui transitait par l'Algérie.  Celle-là même qui se vend au bord de la route et que des malhonnêtes mélangent à de l'eau. Quand vous croyiez avoir fait une bonne affaire, vous vous retrouviez en panne quelques kilomètres plus loin avec en guise d'essence de la mauvaise huile mélangée à de l'eau.

Un  douanier algérien finit par remarquer cet étrange manège du mulet fuyant à leur vue. Ils finirent par le suivre, et plus vite ils couraient, plus vite le mulet les distançait, malhabile dans sa course,  freiné par son lourd chargement. Un jour, ce qui devait arriver, se produisit,  les  douaniers algériens le rattrapèrent et le trouèrent de plusieurs balles.

Ainsi s'acheva la grande carrière de contrebandier du mulet. Durant ses années d'exercices, il passa environ vingt  tonnes de marchandises non déclarées, ignorant tout ce qui avait de fastidieux à remplir les formulaires TVA et le carnet ATA et à devoir glisser, sans cesse, sous table  des backchiches pour accélérer  la procédure interminable de dédouanement des produits.

 

 

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14/07/2009

- Six jours pour grandir !


TmarrakechBW.jpg1967- Il y a des années qui sont marquées au fer rouge, elles restent définitivement ancrées et au fil du temps on finit par donner un sens à ce que l’on a vu et vécu.

Enfant suisso-tunisienne, je me retrouvai plantée à la Goulette dans une famille tunisienne d’origine africaine. Ma grand-mère d'origine valaisanne avait cru bon de me laisser chez cette ancienne nounou pour venir travailler quelques mois en Suisse. A cinq dans une chambre d'un  appartement qui donnait de plain-pied  sur la ruelle animée et où les enfants y jouaient du matin au soir, je découvris avec émerveillement ce quartier qui devait devenir le mien par la suite.
Il fallait véritablement se l’appropier à une époque où la Tunisie multiculturelle vous offrait la chance de frayer avec plusieurs langues et plusieurs religions. A l’époque, les portes des maisons restaient ouvertes et on pouvait passer ses journées à aller chez les uns et les autres, les enfants étaient toujours bien reçus et particulièrement moi qui devais décrire la Suisse sous tous ses angles , parfois,   je devais lire pour l'un ou pour l'autre, tant bien que mal,  les lettres en français que certains recevaient de France ou des journaux français sans rien y comprendre surtout lorsqu'il s'agissait de lettres administratives.

Dans cette ruelle d’un quartier populaire, il y avait les Siciliens installés en Tunisie depuis plus de 20 ans et qui jouaient aux cartes en riant et en se disputant, ils allaient pêcher le dimanche. Un jour, la Madalena m’invita à rentrer dans la chambre de son père mourant; un homme fort vieux qui ne pouvait s’empêcher de parler de la Sicile sans ravaler un sanglot qui finissait par le faire longuement tousser au point de l'étouffer.  Au-dessus du lit,  un crucifix énorme, je restai bouche bée, horrifiée devant le spectacle de ce crucifié dégoulinant de sang, je pris un air dégoûté et Madalena me demanda si je ne le trouvais pas magnifique. Du haut de mon innocence, je répondis :”Je le trouve affreux!”- Elle s’en est allée quérir un balai et m’a couru après dans toute la maison. Soit, je compris qu’il y des choses qu’il fallait éviter de dire, que cet homme souffrant sur une croix  était supposé être très beau !

Entre l’agneau adorable dans la cour et auquel on s’attachait irrémédiablement et qui finissait égorgé et quelque temps après la circoncision du fils aîné qui hurlait à vous déchirer les  tympans, je naviguais curieuse dans ce milieu relativement nouveau et populaire, chamarré et bruyant. Ayant appris à danser le twist en Suisse, j’étais le clou du spectacle des mariages du quartier, on m’invitait à faire ma danse “zazou” aux sons des darboukas.

Puis il y eu des inondations épouvantables, dans tous les foyers on ne parlait que d’enfants aspirés par des bouches d’eau, des morts par noyades. J’osai à peine sortir de crainte d’être moi même engloutie par je-ne-sais-trop-quoi. Mes visites régulières se faisaient le plus souvent chez Sarah, la belle et jeune voisine qui vivait plus loin, pâtisserie et bonbons, j’y trouvais toujours quelques bonnes surprises et de surcroît elle parlait le français. Lorsque ses amies venaient l’aider pour les grandes festivités, elles se mettaient à plusieurs dans la cuisine, et parfois elles baissaient la voix pour parler , j’imagine des anecdotes drôles et pas pour les oreilles d’une enfant.

Les semaines se transformèrent peu à peu en mois et  se déroulaient plus ou moins bien. Le mari de ma logeuse qui travaillait sur les ferries français, ramena, une fois, une télévision. Très fiers de cette grande nouveauté, ils la posaient sur le bord de la fenêtre avec un cintre en guise d’antenne et des gens du quartier s’asseyaient dans la rue, qui sur des chaises, qui sur des coussins, qui sur des tapis pour écouter des discours auxquels je ne comprenais rien, mais chargés de cris, de haine. Les gens dans le quartier s’échauffaient, la colère grondait.  Un beau matin, on décréta que je ne pouvais plus aller chez Sarah, la voisine sous prétexte que les “juifs mangent les enfants arabes”- Stupéfaction, incompréhension de ma part.  Sarah,  au fur et à mesure  des jours pleurait davantage, je continuai à me glisser en douce chez elle pour papoter comme nous avions pris l’habitude de le faire et continuer à manger des pâtisseries.
Un matin, je trouvai les volets de sa maison clos, le portail  cadenassé. Ils étaient partis. J'arpentais inlassablement la ruelle en espérant voir quelque chose se produire, un jour, deux jours passèrent, puis il fallut se rendre à l’évidence, ils ne reviendraient plus.

J’avais tout supporté jusque là, mais je compris que quelque chose de grave s’était produit, qu’en quelques jours tout avait changé. Du coup, je restai couchée , refusant de manger, une colère sourde, quelque chose d’injuste s’était passé mais je ne savais  comment l’expliquer, les journées se noyaient dans mes larmes.  Après trois jours de mutisme absolu durant lesquels on me força à manger, un marabout vint très sérieux faire des prières en vue de ramener mon âme. Ils avaient conclu que Sarah était partie avec elle et que la voisine juive m’avait maudite, voire ensorcelée.

Bien des annés plus tard, je compris que nous avions vécu la guerre des six jours.

Aujourd’hui, le deuxième prénom de ma fille est Sarah, je refuse d’avoir une  télévision et j'abhorre les fascistes de tous bords qui du reste étonnamment se ressemblent sur tous les points du globe, dans toutes les religions et dans toutes les cultures.

23:52 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : la guerre des six jours, la goulette, tunisie | | |  Facebook