01/10/2009

TSUNAMI ET TERMITIERE


TermitPlanCoupe_432.jpgAprès les images de destruction suite au passage du tsunami dans le  Pacifique récemment, la vision des termitières qui résistèrent au tsunami au Sri lanka me revint d’emblée. Quelle surprise alors de constater que des immeubles entiers s’étaient  effondrés tandis que les termitières avaient résisté au tsunami et étaient demeurées intactes. Ceci m’a amenée à m’intéresser à la construction des termitières.

Insectes aveugles, les ouvrières construisent leur édifice en mortier dur et résistant qu’elles élaborent en mélangeant leur salive avec de la terre. La structure des termitières est labyrinthique et largement ventilées par des alvéoles. Ses propriétés de résistance sont exceptionnelles,  elles  résistent très bien aux vents et pluies des zones tropicales, et à la chaleur du soleil .La muraille de ces termitières, très dure, faite ainsi d'un mélange de terre et de salive est cuit par le soleil. Véritables bâtisseuses, excellents ingénieurs thermiques, elles maîtrisent la régulation de la température. L’arrondi architectural fait que l’eau tourne autour de la termitière sans pouvoir saisir un angle d’attaque.

 

 

 

pt38168.jpgDSCF0087.JPGsrilanka051.jpgCe qui nous amènerait à dire que les constructions au bord de l’eau devraient en fait être rondes  sur le modèle aussi de la mosquée de Banda Aceh où  dômes, voûtes, kiosques aérés ont épargné l’édifice, resté quasi intact.

 

 

Au milieu de ce gravas qui était autrefois un hôtel, seules les termitières ont tenu au choc de l'impact des vagues de 12 mètres.

 

Les termites sont capables d’anticiper les grands désastres naturels, elles possèdent des capteurs et des détecteurs sismographiques. Elle sont aptes à analyser les séismes d'origine terrestre, les tremblements de terre, les tsunamis, les éruptions volcaniques. Non seulement, elles les détectent mais peuvent déceler leur niveau d’importance et les classer selon leur origine. A l’annonce d’un séisme elles montrent une activité intense, il suffirait  à l'homme d’observer une termitière pour comprendre qu’un événement majeur va se produire, elles ressentent les ondes avant même que les sismographes les aient enregistrées.

Que l'humain  observe donc  la nature et s’inspire de modèles  de constructions adaptés de manière parfaite à l' environnement.

 

Au Zimbabwe l'Eastgate building réalisé en 1996,  par l’architecte Mike Pearce,  a été construit sur le principe  de la termitière: de nombreuses cheminées créent un courant d’air rafraîchissant et rend inutile toute climatisation dans ce pays où la température journalière peut dépasser les 35°C.


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A: lamelle d'argile; B: base; C: cavité centrale; F: champignons spongieux; G: galerie souterraine; PA: piliers d'argile; R: cellule royale; S: amas de particules filandreuses.
(Graphique : Grassi B. e Sandias A/ Domaine public)

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27/05/2009

A chacun son tsunami- Le retour à Genève ou la troisième vague

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A l’aéroport de Colombo de nombreuses photos sont épinglées par des familles de touristes disparus. Un couple de parents âgés vient d’arriver de France, probablement pour chercher leur enfant ou petit-enfant, on remarque qu’ils n’avaient jamais certainement voyagé aussi loin. Ils parlent à peine l’Anglais. Ils ont déjà l’air totalement perdu. Je les plains en me demandant ce qu’ils vont découvrir précisément, peut-être le savent-ils déjà.

Dans l’avion qui nous ramène en Suisse via la France, des sapeurs pompiers,  une quinzaine voyagent avec nous. Ils sont épuisés. De leur carrière, ils n’avaient jamais vu cela.  Ils sont intervenus près de Trincomalee dans le nord est du Sri Lanka, ils ont assisté des gens d’un village qui avait reçu de plein fouet une vague haute de 12 mètres. Une femme sapeuse-pompier compare cela à un immeuble qui se serait effondré sur le village, plus de la moité des gens sont morts, faisant du coup  un nombre incroyable d’orphelins,  de nombreuses autres personnes sont  blessése au niveau des hanches et des jambes surtout.

Fermer les oreilles, les yeux, je ne veux plus rien entendre, plus rien savoir …… C’en est  trop, trop de tout.

Le retour sera pour nous comme une  troisième vague. Après le 26 décembre , les gens ont surconsommé  des images d’horreur, spectaculaires. Je suis surprise de constater combien nous avons été plus réactifs qu'eux en rapport à ce qui nous est arrivé. A Genève, les personnes que je croise et qui nous regardent un peu comme des bêtes de cirque et qui nous  interrogent sans égards  ont l’air plus marquées que nous autres qui pourtant avions vécu ce drame au Sri Lanka. Ils ont subi l’évènement, nous l’avons affronté :  en cela résidait toute la différence.

Après quelques jours, nous finissons par être fatigués de répondre aux mêmes questions, répétitives, les enfants aussi montrent des signes d'agacement, un grand sentiment de lassitude nous envahit, un rien m’épuise. Je me couche tôt, je dors mal.

Chacun reprend ses activités, école, travail. Mais cette sensation de flottement ne me lâche plus tout à fait, une distance légère,  la vie se déroule   à travers l'écume des vagues, une impression de flotter, un peu cotonneuse pas tout à fait inconfortable. Les nuits sont remplies de mêmes cauchemars:  courir, se perdre , ne plus savoir où sont les  enfants tandis que l’Océan nous fonce dessus.

Quatre mois de ce sentiment étrange, puis un à mon tout grand étonnement, de la façon la plus inattendue comme ces choses-là arrivent, un jour surprise ! Un tsunami de type inattendu, sentimental celui-là  !  Je croise un homme que je connaissais mais de très loin, néanmoins  sa sensibilité et son intelligence ne m'avaient pas échappées, il passe devant moi, je suis en grande discussion avec quelqu'un d'autre, je souris tout en parlant.  Lui est entouré de gens, je regarde distraite ce groupe avancer, arrivé à ma hauteur, mon regard s'accroche au sien, velours brun, je plonge délicieusement dans  ses yeux; tangue, bouleversée. Et voilà que la vie vient me chercher, si délicieuse, elle  se met à courir avec passion dans mes veines, l'émotion me submerge, le coeur bat la chamade, sacré atterrissage .  Quel beau retour à la vie !

FIN


Epilogue : par la suite, nous lancerons une association d'aide au micro-crédit Tangage et je retournerai deux fois dans ce cadre au Sri-Lanka. Nos amis ont participé financièrement à la réalisation de petits projets qui avaient pour but de racheter les outils de travail:  filets de pêche, bateaux, tuk-tuk, machines à coudre...etc

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26/05/2009

A chacun son tsunami - Passer par le conduit de la cheminée

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Elle s'appelle Ishanka, c'est un minuscule bout de femme qui est assise sur un lit  dans une pièce très simple. Elle m'a carrément entraînée chez elle de force pour m'offrir à boire. Ses trois enfants sont assis dans  un vieux canapé en face de nous, ils sont figés, pas un trait sur leur visage froid et impassible. Je suis étonnée de les voir si "retirés."  Ils écoutent leur mère raconter pour la  énième fois son histoire de tsunami. Elle vient de Galle, la vague est arrivée en trombes  dans leur demeure,  les enfants se sont enfuis en sachant qu'ils avaient laissé leur mère derrière eux  tandis que l'eau s'engouffrait dans leur maison dans un fracas terrible. Elle se réfugie dans la cheminée très large et se retrouve portée en haut du conduit   et elle redescend avec le retrait  de la vague. Les enfants terrifiés et croyant leur mère morte, la voient sortir indemne de chez eux. Sur un ton hystérique, elle décrit cette scène qui me paraît surréaliste tandis que je constate avec efffroi que les enfants sont atrocement atteints et choqués.

Il bégaie depuis le tsunami et se plaint "Maintenant ma femme me déteste, elle dit que nos deux enfants sont morts noyés par ma faute." Il avait décidé de rester quelques jours chez ses parents qui vivaient au bord de l'Océan à Galle , elle n'y tenait pas particulièrement, il a insisté, elle a cédé. Le tsunami les emportera,  ses parents et ses enfants. La femme le lui reproche tous les jours :"Je ne voulais pas, c'est toi qui as insisté"

Des scène de ce type par milliers, avec à  chaque fois un individu touché et choqué, chacun a vécu son "évènement traumatisant". Beaucoup de personnes âgées mourront de crise cardiaque peu de temps après le tsunami, aphasie, bégaiement, apathie complète, dépression, alcoolisme, toutes la gamme des maux qui sont des manifestations du choc post-traumatique. Et tous les dégâts collatéraux qui découleront de cette tragédie.

Pourquoi raconter encore cela direz-vous ?  Pour la simple raison qu'il y a encore beaucoup à dire, aujourd'hui, loin de la surmédiatisation et autant de leçons à retenir sur ce qui s'est produit.

 

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25/05/2009

A chacun son tsunami - La nature est-elle si cruelle ou sommes-nous si dénaturés ?

 

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La première nuit après le tsunami fut très  mouvementée. On s'endort épuisé et moins d'une heure après on a les yeux grands ouverts. Au moment de se coucher ma fille se met à pleurer, elle se souvient avoir laissé sa poupée dans le bungalow. Elle sanglote en se lamentant :" j'ai laissé ma poupée se noyer, je suis une mauvaise maman" et à nous de la convaincre et de lui démontrer qu'on l'avait  seulement oubliée dans la précipitation du départ mais qu'elle sera assurément adoptée par une enfant sri lankaise qui sera très heureuse de s'en occuper de sa poupée "Vanessa"

 

Au milieu de la nuit je réfléchis et m'interroge :  la  nature peut-elle tuer autant de personnes sans prévenir ?  Je passe tout en revue et admets qu'il y avait de forts signes avant-coureurs de tsunami,  mais en ce qui me concerne je n'étais pas apte à mettre un nom sur ce qui se produisait. J'ai identifié les maux sans pouvoir poser de diagnostic, mais n'importe quel scientifique qui aurait repéré les signes de  la veille déjà entre 15h30 et 17h30 aurait pu décrire exactement ce qui se passait et dire quelle était la cause précise des manifestations visibles :  à savoir un tremblement de terre sous-marin.

 

Le 25 décembre entre  15h30 et 17h30 , c'est-à-dire  le jour d'avant, j'était assise sur la plage de Tangalle, entrain de laisser tranquillement le sable glisser entre mes doigts. . Un bruit  étrange sous moi qui m'a étonnée. Mais j'étais à peine sûre de l'avoir senti. Normalement une horde de 4 ou 5 chiens couleur sable se baladaient ensemble, ils se sont enfuis peu de temps après ce boum souterrain, et un seul qui est resté s'est mis à pousser des hurlements pareil à un loup.

Finalement, les filles  jouaient  à plonger dans les vagues en compagnie d'une sage-femme française venue au Sri Lanka en voyage de noces. Pas très finaude à ce jeu de cache-cache avec les vagues en général, lorsque je me baignai je  les surveillai de très près   et étudiai le moment précis de plonger profondément  sous la vague pour repasser de l'autre côté . Mais ce jour-là impossible, elles étaient secouées, brisées, cassées comme de l'eau dans un verre qu'on secouerait fortement. Je suis immédiatement sortie de l'eau, puis  ensuite un homme s'est mis à dériver avec son surf sur lequel il était couché.

 

A partir de ce moment, je suis restée debout à surveiller les baigneuses et très inquiète je leur ai dit de sortir de l'eau, à la sage-femme également.  Vous sortez de l'eau immédiatement ! Elles étaient surprises, mais je leur ai dit " vous ne voyez pas que l'Océan est bizarre aujourd'hui."

 

Certes, la théorie du complot on la connaît tous, mais je puis affirmer qu'avec une bonne communication ad hoc, on aurait épargné des milliers de vie et que les phénomènes nombreux sont apparus bien avant. Ose-t-on le dire ? Si oui, on sera obligé de constater le déficit d'information et l'incapacité à réagir rapidement et qui aurait épargné tant de souffrances .

 

Je confirme persiste et signe que la veille nous avions déjà des signes anticipateurs du désastre.

 

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A chacun son tsunami- Les deux roseaux de Tangalle

 

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Ils sont assis côte à côte, ils forment un couple, ils mesurent environ 1m95 et 1m97 et me font penser à deux roseaux fragilisés par la tempête. Ils habitent dans un village au Sud de Tangalle, le Français est longiligne et très souriant, l'Allemand, costumier de décors de films,  tout aussi mince a un beau visage harmonieux mais sérieux. Dès les premières minutes, ils me racontent l'horreur du tsunami. Tandis que le Français parle, l'Allemand reste silencieux mais suit intensément ce que dit son ami. Le Français, peintre, raconte avoir à peine entamé sa tartine lorsqu'il voit la vague arriver. Ils s'enfuient et se réfugient dans une maison en construction plus loin, ils sont restés là , recroquevillés , toute la journée à trembler de peur. Le Français se penche vers moi, avec une grande pudeur de sentiments je deviens le réceptacle de ses émotions, je l'écoute en hochant la tête entièrement concentrée sur ce qu'il me raconte. Parfois, il interrompt son récit, il inspire longuement, la gorge serrée, il est gêné de me balancer tout son flot de craintes, de peurs, sa voix tremble légèrement,  je me penche encore davantage vers lui et j'acquiesce et l'encourage à continuer :"Je ressens exactement ce que vous me dites ! Continuez ..." Il soupire puis lâche "ça m'a fait du bien de vous parler, on sent que vous comprenez ce que je vous raconte !"- Oh ! oui, bien sûr que je le comprends et ô combien " je le sais aussi bien que lui pour l'avoir vécu, ce manque d'écoute attentive, cet instant où les interlocuteurs veulent coller à tout prix votre récit aux images qu'ils ont vues en boucle et qui du reste étaient loin de la réalité parce qu'entièrement et uniquement mortifères.

En réalité, au coeur du drame les gens s'entr'aidaient, se tenaient par la main, par les épaules, se consolaient. Quelques heures après le tsunami, le pays tout entier s'organisait pour envoyer des vivres, des médicaments. Les étudiants de fac de médecine de première année,  dès le lendemain,  avaient improvisé des stands, les plus avancés foncaient vers le Sud prêter main forte. De longues files d'attente se créaient devant les pharmacies où tout le monde achetait des médicaments de première urgence pour les collectes. J'ai même vu un mendiant cul-de-jatte faire la queue pour acheter du désinfectant pour contribuer lui aussi à sa manière avec les quelques pièces qu'il avait réussi à mendier. Nous étions dans une dynamique plus saine et plus constructive que le téléspectateur qui engloutissait les images au kilomètre de façon morbide jusqu'à l'écoeurement, passif, lui-même victime d'une surmédiatisation d'images-chocs qui finissaient par créer une apathie émotionnelle encore plus grande que ceux qui avaient vécu la tragédie en question.

Chacun  racontait avec une telle urgence, avec un tel  besoin irrésistible de se libérer  ce qu'il avait vécu sans pouvoir même avoir la force d'écouter l'autre, sans entendre le vécu de chacun si différent par rapport à  ce qui s'était produit.  Il y a eu autant de réactions différentes pour un seul événement. Chacun réagissait en fonction de son vécu, de son passé, de sa capacité de résistance émotionnelle, psychologique, de son histoire, de sa capacité à survivre.

Il y a eu autant de tsunamis que d'individus touchés par le drame.

 

Durant 3 jours, il leur a été  impossible de contacter leurs proches et ceci en raison d'un problème de réseau. Leurs parents quant à eux appelaient partout craignant le pire. Ils ne rentreront à Paris qu' un mois plus tard. Le Français a perdu depuis 10 kg - il est maigre- l'Allemand  admet avoir aussi pendant des mois fait des cauchemars. Puis de retour de France, il faut en sus confronter l’incompréhension, expliquer le choc,  personne ne peut vraiment partager avec eux ce qu'ils ont vécu.  Ils y renoncent et même décident alors de fuir les images atroces qui défileront pendant des semaines.
Plus tard, lors d'une nouvelle alerte au tsunami annoncée à la TV française, ils se trouvaient être alors au 5 ème étage d'un immeuble à Montmarte, instinctivement ils ont regardé par la fenêtre pour voir si l'eau ne montait pas jusque vers eux.

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24/05/2009

A chacun son tsunami - Une grand-mère sauvée par ses petits-enfants

 

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A Unawatuna située au Sud de Galle ,  Dan un Zürichois vivant entre la Suisse et le Sri Lanka  me raconte son tsunami. Il était sur la terrasse lorsqu'il a vu l'eau arriver dans leur jardin qui ne donne pas directement sur l'Océan. Il court, réunit les 16 personnes  qui vivent dans leur guesthouse  -  une magnifique demeure coloniale - et dont la plupart sont des touristes. Ils  se réfugient tous sur la colline.

Pendant ce temps, l'eau monte inexorablement, charrie des frigos, des tables, des portes, même un générateur de 200 kg au bas mot. Une grand-mère n'arrive pas à les suivre dans leur course effrénée, ses petits-enfants l'attendent. Elle reste paralysée de peur sur un pont qui commence aussi à être submergé d'eau, les petits-enfants,  deux garçons et une fille qui doivent avoir entre 8 et 12 ans , sont décidés à ne  pas abandonner la grand-mère qui leur commande de partir.  Ils refusent d’obtempérer et s’accroche à elle pour la décider de quitter le pont auquel elle s’agrippe désespérement. Dan rebrousse chemin, enlève sa chemise et plonge, il attrappe une table et les invite à s'y accrocher. Les petits-enfants arrivent à persuader leur grand-mère qui ne sait pas nager d'entrer dans l'eau et de s'accrocher à la table que leur tend Dan. Il réussira à les  emmener  de l'autre côte de la rive.
Ils passeront la nuit sur la colline avec  300 autres personnes. Sans eau, sans nourriture, des hélicoptères passent au-dessus de leur tête. Ils font des signes désespérés pour demander des vivres, rien. Les hélicoptères  s'éloignent dans un bruit assourdissant.
Le lendemain, après une nuit à dormir dehors, bouffés par les moustiques, ils redescendent et découvrent avec stupeur une vision dantesque. La maison est détruite, les meubles balayés. A ce choc, vient s'ajouter celui des vols, leur meilleur employé a fracturé le coffre, ce sont des collègues qui l’ont vu faire tandis que l’eau entrait dans la pièce.

Un  vieux monsieur qui est tour à tour, portier, gardien de nuit, jardinier, bénisseur,  sa tâche consiste aussi à bénir les lieux le soir, à l'aide  un encensoir, il parcourt les pièces et les bénit en  murmurant des prières supposées vous protéger et protéger l'endroit. Ce petit monsieur de 1m50 portait un uniforme de capitaine de bateau tout blanc à épaulettes jaunes et une casquette à visière jaune également. Toujours sur le pont, en l'occurrence la terrasse de la guesthouse,  à aller et venir, aux aguets, il  déambulait  fièrement dans  son costume. Il est choqué et n’a pas encore réalisé  que ses deux uniformes de capitaine sont partis emportés par le tsunami. Il est dégoûté de voir que l'Océan ne respecte rien ni personne, même pas les galons de son uniforme, symboles de force et de pouvoir.

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23/05/2009

A chacun son tsunami - Le train fantôme d'Hikkaduwa


train01.jpgLe soir après des heures de route, on  arrivait enfin  à Kandi.  A l’hôtel, on tomba nez-à-nez avec  des touristes belges qui se trouvaient être dans la même résidence que nous,  à Palm Paradise. Ils nous tombèrent dans les bras, soulagés de nous voir tous présents. Eux-mêmes qui étaient partis tôt ce matin-là avaient plongé, à Hikkaduwa, ville au bord de l'Océan,  hors des fenêtres du train*  en marche qui les menait à Colombo et qui fut frappé par la vague mortelle, faisant  mille cinq cents morts d’un coup. On imagine aisément l'horreur, le train se trouvait être à moins de cinq  mètres de la mer. Nous paraissions tous être dans un état d’excitation étrange, surréel. Nous nous serrions dans les bras, émus, en silence comme des frères, alors que nous étions jusque là quasiment que des inconnus,  les uns pour les autres .

Les premières images que je vis à la télévision et qui par la suite tourneront en boucle pendant des semaines et qui me firent découvrir l'étendue des dégâts dans une bonne partie de l'Asie du Sud Est,   me faisaient  frémir et surtout avoir cette impression si étrange après avoir entendu le nombre de morts, impression qui consistait à n'avoir pas survécu à une telle catastrophe, je m'imaginai encore être vivante alors que j'étais certainement morte............ je me pincai pour être  sûre de n'être pas noyée, cette sensation de ne plus être de ce monde  restera pendant des semaines. Quel doute affreux !


*LE TRAIN FANTÔME D'HIKKADUWA

Ce qu'il adviendra de ce train par la suite
Il est resté là durant des mois, les vitres brisées, tout rouillé au milieu d'un camp de réfugiés, victimes du tsunami. La vie , ma foi, reprenant son bonhomme de chemin, et la curiosité aidant, Sri lankais et touristes s'arrêtaient voir ce train fantôme. Une espèce de musée s'est organisé naturellement et spontanément avec ticket d'entrée, visite, parking et buvette le tout improvisé par les gens du camp.

Les autorités d'Hikkaduwa ont décidé que c'était manqué de décence que de transformer ce train en site touristique incontournable sur la route menant vers le sud. Donc, ils l' ont déplacé,  malgré la farouche résistance des guides improvisés et l'ont stationné sur une plate-forme de la gare d'Hikkaduwa.

Je racontai ceci à un Sri Lankais à Colombo et nous faisions  un parallèle avec Pompéi, site touristique où on paie pour voir  des gens figés par la lave rattrapés dans leur course folle par cette rivière de feu.
Conclusion :  ceci n'est   que question de temps.

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22/05/2009

A chacun son tsunami - Des cauchemars en boucle

 

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Le matin est bien là, le soleil mon meilleur ami m’invite à m’extraire du lit. Il glisse ses rayons me cherchant en vain à travers les persiennes, et tente de jouer à cache-cache, tandis que le coq  cocorique à s’arracher la voix, marquant la mesure avec la cloche tintinabulante de  l’église du village proche.
Rien n’y fait. Mes draps blancs sont épars dans le  lit, on croirait qu’une grande bataille a eu lieu.  Je reste figée, incapable de bouger, le coeur bat encore la chamade et résonne dans mes oreilles, au souvenir du cauchemar de la nuit : le tsunami. Dans cette nuit atroce et comme bien d'autres, je vois de longs couloirs aux portes nombreuses et  sens la vague déferlante se rapprocher détruisant tout sur son passage, je ne sais plus où les enfants dorment, je me sens perdue, je ne sais plus où aller, l'angoisse monte.

Aur réveil, les épaules sont lourdes, chargées d’un poids colossal, une profonde tristesse m’assaille. Je retiens mon souffle espérant pour quelques minutes m’éclipser de la vie. M’annoncer partie pour quelques secondes, laisser comme dans les hôtels à l'attention des femmes de ménage, le panneau suspendu à la porte de  ma vie avec écrit dessus "Absente pour un moment" revenir plus tard : ne plus rien sentir, ne plus rien penser, ne plus rien dire.


Hier, j'observai  la Méditerrannée, assise dans une chaise longue sur une petite plage privée de Théoule. Pendant des heures,  je regarde la mer, j’écoute le ressac de l’eau, flux et reflux des vaguelettes qui viennent mourir discrètes sur les cailloux. Les images de mon enfance  ressurgissent de mes souvenirs les plus enfouis.  Je me  revois, petite, me rendre tous les jours au bord de la grande bleue, à cloche-pied.   Mai  maison blanchie à la chaux et aux volets turquoises se situait  à 500 mètres de la plage. Mon seau à la main, je marchai  pieds nus en pleurant parce que l’asphalte étiat trop chaude, mais j’y courrai à la mer avec une joie si débordante et sans cesse renouvelée. Ici,  le même bleu,  la même mer.

Maintenant, la  mer de mon enfance, m’interpelle, je l’observe avec  suspicion. Peu importe que ce ne soit pas l'Océan, ces grandes flaques d'eau sont simplement et potentiellement dangereuses, maintenant je le sais. La Méditerranée est devenue à mes yeux, une mère qu’on aurait adorée, douce et aimante et qui se montrerait capable de la plus grande cruauté. Je la surveille sans cesse du coin de l’oeil, évite de lui tourner le dos. En attente du prochain coup qui viendra, à l’improviste, sans crier gare,  bouleverser votre vie.

 

 

 

 

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21/05/2009

A chacun son tsunami

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Il y a un peu de tsunami en moi.  Le monstre marin est tapi à quelque part dans mon inconscient prêt à se réveiller au moindre bruit de vagues. Le jour du tsunami la lune était pleine. Etrangement, mon existence s’est laissée envahir profondément par les éléments :  eau , lune. Associée à eux, dorénavant,  ils m’investissent profondément, nous coexistons par la force des choses.

Je vous raconterai et enfin je peux le faire, à travers  plusieurs billets, cette vague destructrice vécue par moi et par d’autres à travers des témoignages. Alors donnez-moi la main, serrez-la très  très fort pour que la vague ne m’emporte pas définitivement ……………

 

Sri Lanka Tangalle -



26 décembre - 8h45 - Nous avons empaqueté nos affaires, le chauffeur nous attend pour partir vers le nord. Palm Paradise est une résidence touristique à Goyomboka au Sud du Sri Lanka,  Ce sont des cabanes construites sur pilotis, entourées de cocotiers, de palmiers, des fleurs odorantes. L’endroit à est la hauteur de son nom, petit paradis terrestre. Ce matin-là du 26 décembre 2004, nous avions terminé le petit-déjeûner, nous étions en famille, sept personnes en tout.  Joyeuse équipée pour qui le moindre départ donnait des airs de colonie de vacances.



Habituellement, après le petit déjeûner, ma fille de 4 ans, partait se balancer près de la plage avec d’autres enfants. Les autres  filles se rendirent toutes ensembles dans leur bungalow pour se préparer au départ. Imaginez trois ados, il fallait se maquiller, s’habiller.  Mon compagnon  s'apprêtait à  payer la note finale du séjour et se rendit à la réception située  vers l’entrée de la résidence un peu plus haut. Moi, je buvai un dernier café sur une terrasse proche de la mer, le serveur me racontait de quel village il venait, son travail, sa famille, je me préparai à lui laisser un pouboire en guise de remerciement,   avant notre départ.  Tout était calme, paisibe, serein.

Soudain, des cris s’élèvent de la plage, un craquement terrible de bois qui éclate en mille morceaux. Le temps de me lever de ma chaise, j’ai  juste pu voir arriver la mer déferlante vers la première rangée de bungalows et les exploser pareils à de simples jouets qu’on écraserait.  J’observe le visage du serveur Sri lankais et réalise en même temps que lui qu’il n’avait jamais vu ça, auparavant,  de toute sa vie d’homme.  La balançoire où se rendait  après le petit-déjeûner l’enfant de quatre ans, est frappée par l’eau, elle se balance dans tous les sens, vide.  Où est l’enfant ? Mon sang se glace dans mes veines.  J’arrache mon sac de ma chaise, je devais pour sortir de l’endroit ouvrir un portail bas fermé d’un loquet, dans ma précipitation, incapable de l’ouvrir, je sautai par-dessus, malgré mes tongs.

Courir, crier, crier, courir en hurlant. La mer ! La mer ! – je suis sûre de ne pas courir assez vite, de ne pas crier assez fort. Je ne me retourne pas mais cours désespérée, où sont les enfants ? Derrière moi, un bruit épouvantable de destruction, de hurlements. Ne pas se retourner. A ce moment-là on ne pense qu’à la survie, même la peur ne vous atteint plus immédiatement, elle vous paralyserait. Il suffit de quelques secondes pour me déshumaniser, tout entière devenue animale, seul l’instinct de survie paraît me dominer. Il me faut sauver les enfants, toujours courir, courir encore plus vite.

Mon  compagnon sort du bureau de la réception,  il me voit affolée, regarde derrière moi et voit la mer qui semble me courir après tel un chien enragé. Il se précipite vers le bungalow des filles qui se préparaient, monte les marches des escaliers quatre à quatre. Les deux grandes qui avaient entendu mes hurlements s’étaient enfermées dans les toilettes en croyant à une attaque tamoule, il leur somme d’ouvrir la porte.  Lorsque j’ai l’ai vu revenir avec la petite dans les bras, alors que le doute s’était installé dans ma tête qu’elle se trouvait être sur  la balançoire, déjà disparue, m’émut tellement que je faillis m’affaisser et sangloter de soulagement.

 

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