13/03/2010

LE TALISMAN – désolée, il n’est pas à vendre !

P1010591.JPGAu passage douanier, il ne passe jamais, irrésistiblement ça se met à sonner. Une sonnerie qui vous vrille les oreilles et vous hérisse les cheveux sur la tête. Attaché autour de mon cou, le douanier m'ordonne de l'enlever, il saisit le bijou,  le triture, le regarde, l'observe longuement. C'est quoi  ? Un talisman. Ça s'ouvre ? Oui, mais, c'est un objet sacré, il est préférable de ne pas l'ouvrir.

En six ans,  pas un seul douanier et malgré mes dix voyages par avion, n'a pu effectivement contrôler ce qu'il y avait dans cet ancien  bijou en argent à la forme oblongue.  Un pressentiment étrange, une force irrésistible qui empêchait la volonté du douanier, ses doigts hésitaient puis ils renonçaient soudainement. Le fonctionnaire me remettait précipitamment l'objet, comme s'il lui brûlait les doigts. J'aurais pu y mettre du cyanure, de la drogue,  toute autre substance illicite dans cet objet de 4 cm de diamètre et de 10 cm de longueur. Rien n'y fait ! Nul ne voulait ou ne pouvait  l'ouvrir.

 

A-t-il vraiment un pouvoir comme le prétendait la vendeuse de Kandi au Sri lanka ? En 2002, je me baladai dans les ruelles étroites de  cette petite ville concentrée autour de son lac artificiel, dans un environnement qui  rappelerait n'importe quelle station de montagne sans  neige. En déambulant d'un pas lent et paresseux, je flânai, m'inspirant de l'ambiance des lieux. Si proche de la relique de la dent de Bouddha.  En lançant un regard indifférent sur les vitrines des bijouteries qui regorgaient de bijoux en or et de pierres précieuses du pays, connu pour son extraction de pierres à la pureté rare, issues  pour la plupart des mines de Ratnapura, au pied du pic Adam.

 

Parmi tout ce dégoulinement de scintillements, mis en valeur par force lumière, se trouvait  à côté de la bijouterie chic en question , un vieux magasin d'antiquités où tout était jeté pêle-mêle dans la vitrine sans souci de présenter quoique ce soit de manière agréable à l'oeil. Ce désordre magnifique, ce bazar-foutoir attira mon attention. En entrant, je vis à gauche dans une armoire vitrée, le talisman en question.  Ce fut le coup de foudre immédiat ! Il me fallait l'obtenir coûte que coûte. De longues négociations s'ensuivirent et comble de malheur, la propriétaire de la boutique, une vieille dame grecque installée depuis plus de 30 ans au Sri Lanka, au visage parchemin, aux longs cheveux grisonnanst flottant sur les épaules, au regard délavé,  refusait de le vendre.  Elle s'entêtait, je compris qu'il ne s'agissait pas d'argent, le problème était ailleurs. Mais où précisément ?

Non ! Non ! insistait-elle, je ne veux pas vous le vendre, je ne peux pas le faire. Il a des pouvoirs dont j'ignore tout, mais c'est certain, il en possède. Et elle se mit en tête de me raconter l'histoire, ou la légende du talisman.

 

(suite à venir)

 

 

 

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27/05/2009

A chacun son tsunami- Le retour à Genève ou la troisième vague

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A l’aéroport de Colombo de nombreuses photos sont épinglées par des familles de touristes disparus. Un couple de parents âgés vient d’arriver de France, probablement pour chercher leur enfant ou petit-enfant, on remarque qu’ils n’avaient jamais certainement voyagé aussi loin. Ils parlent à peine l’Anglais. Ils ont déjà l’air totalement perdu. Je les plains en me demandant ce qu’ils vont découvrir précisément, peut-être le savent-ils déjà.

Dans l’avion qui nous ramène en Suisse via la France, des sapeurs pompiers,  une quinzaine voyagent avec nous. Ils sont épuisés. De leur carrière, ils n’avaient jamais vu cela.  Ils sont intervenus près de Trincomalee dans le nord est du Sri Lanka, ils ont assisté des gens d’un village qui avait reçu de plein fouet une vague haute de 12 mètres. Une femme sapeuse-pompier compare cela à un immeuble qui se serait effondré sur le village, plus de la moité des gens sont morts, faisant du coup  un nombre incroyable d’orphelins,  de nombreuses autres personnes sont  blessése au niveau des hanches et des jambes surtout.

Fermer les oreilles, les yeux, je ne veux plus rien entendre, plus rien savoir …… C’en est  trop, trop de tout.

Le retour sera pour nous comme une  troisième vague. Après le 26 décembre , les gens ont surconsommé  des images d’horreur, spectaculaires. Je suis surprise de constater combien nous avons été plus réactifs qu'eux en rapport à ce qui nous est arrivé. A Genève, les personnes que je croise et qui nous regardent un peu comme des bêtes de cirque et qui nous  interrogent sans égards  ont l’air plus marquées que nous autres qui pourtant avions vécu ce drame au Sri Lanka. Ils ont subi l’évènement, nous l’avons affronté :  en cela résidait toute la différence.

Après quelques jours, nous finissons par être fatigués de répondre aux mêmes questions, répétitives, les enfants aussi montrent des signes d'agacement, un grand sentiment de lassitude nous envahit, un rien m’épuise. Je me couche tôt, je dors mal.

Chacun reprend ses activités, école, travail. Mais cette sensation de flottement ne me lâche plus tout à fait, une distance légère,  la vie se déroule   à travers l'écume des vagues, une impression de flotter, un peu cotonneuse pas tout à fait inconfortable. Les nuits sont remplies de mêmes cauchemars:  courir, se perdre , ne plus savoir où sont les  enfants tandis que l’Océan nous fonce dessus.

Quatre mois de ce sentiment étrange, puis un à mon tout grand étonnement, de la façon la plus inattendue comme ces choses-là arrivent, un jour surprise ! Un tsunami de type inattendu, sentimental celui-là  !  Je croise un homme que je connaissais mais de très loin, néanmoins  sa sensibilité et son intelligence ne m'avaient pas échappées, il passe devant moi, je suis en grande discussion avec quelqu'un d'autre, je souris tout en parlant.  Lui est entouré de gens, je regarde distraite ce groupe avancer, arrivé à ma hauteur, mon regard s'accroche au sien, velours brun, je plonge délicieusement dans  ses yeux; tangue, bouleversée. Et voilà que la vie vient me chercher, si délicieuse, elle  se met à courir avec passion dans mes veines, l'émotion me submerge, le coeur bat la chamade, sacré atterrissage .  Quel beau retour à la vie !

FIN


Epilogue : par la suite, nous lancerons une association d'aide au micro-crédit Tangage et je retournerai deux fois dans ce cadre au Sri-Lanka. Nos amis ont participé financièrement à la réalisation de petits projets qui avaient pour but de racheter les outils de travail:  filets de pêche, bateaux, tuk-tuk, machines à coudre...etc

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26/05/2009

A chacun son tsunami - Parents, amis, connaissances, la folle angoisse

 

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A peine trois heures après le tsunami, les appels nous proviennent de nos parents inquiets. Il est très tôt en Europe le décalage est d'environ  - 5h 30. A l'aube,  ma mère  tôt levée venait d'entendre une information stupéfiante à la radio, elle m'envoie aussitôt un sms auquel je réponds deux heures plus tard en la rappelant, puis elle prévient aussitôt ma grand-mère qui avait aussi entendu parler d'un truc qui porte un "nom compliqué japonais" dans la région où nous nous trouvions. En réalité, c'est de la Suisse que je devais apprendre le drame qui s'était produit en Asie du Sud Est, nous n'avions pas encore réalisé l'ampleur des dégâts et des conséquences du tsunami, même pas au niveau du Sri Lanka. On pensait, que seul le sud du Sri Lanka, là où nous nous trouvions, était touché par la vague. Quel choc devant l'étendue des dégâts à une telle échelle !

 

Nous étions sur la route pour Kandi lorsque je parviens à joindre ma mère sur mon portable en zone à faible réseau, lorsqu'elle entendit ma voix, j'ai senti un long silence dû au soulagement de m'avoir au bout du fil. Je lui ai expliqué brièvement que nous avions réchappés et que nous étions saufs. Puis, les parents, amis,  gens ne se contentaient pas de savoir que vous alliez bien, ils voulaient véritablement vous avoir au bout du fil et entendre votre voix et s'assurer  que c'était bien vous.

A partir de ce jour, les portables ne cesseront de  sonner,  jour et nuit,  chez tous les touristes tout au long de la journée. Parents, amis, collègues de bureau, enseignants d'enfants . Nous passions notre journée à rassurer tout le monde et expliquer le déroulement des choses. Le soir même arrivée à l'hôtel, je voyai une allemande qui ne pouvait pas répondre au téléphone sans éclater en sanglots et sa famille assurément la rappelait des dizaines de fois jusqu'à ce qu'elle puisse enfin se reprendre et raconter ce qui s'était réellement passé.

Les espaces internet étaient pris d'assaut, la ville de Kandi était submergée d'arrivée de touristes inattendus et qui avaient fui les côtes sinistrées. Dans les réceptions d'hôtel c'était une agitation sans précédent. Bien évidemment les gens n'avaient pas réservé, les chambres étaient prises d'assaut.  Dans tous les hall,  la télévision donnait des images en continu du tsunami, si bien qu'épuisés par cette ambiance surmédiatisée, le  stress des sonneries de portable, de gens qui pleurent, qui parlent fort,  nous avions opté pour louer une maisonnette en attendant de savoir ce qu'il fallait faire. La maison d'une artiste peintre, par bonheur.

L'aéroport de Colombo se transformait en hôpital de personnes à rapatrier, les Autrichiens  mettaient à disposition gratuit un avion pour aider les gens à quitter le pays et nous, on ne savait plus trop s'il était préférable de rester ou  de partir. On optera pour la deuxième solution, laisser partir ceux qui étaient blessés d'abord.

Dans la journée, la France parvenait à envoyer le numéro vert à contacter au Sri  Lanka  sur tous les portables français de ses ressortissants français. Nous étions impressionnés par la rapidité d'action. Les Français et d'autres pays européens faisaient afficher sur les devantures de lieux internet des informations concernant leurs ressortissants. Quant à la Suisse vous oubliez, inexistante.  Calmy Rey me répondra par la suite que la Suisse ne pouvait  pas intervenir sur le modèle français en raison de la loi plus restrictive sur la protection des données.

Dès les premiers jours  dans Kandi, tous les lieux publics, banques, commerces, écoles affichaient la photo de leurs morts avec l'annonce de leur  disparition. Pas un endroit n'avait son ou ses morts;  la ville entière se transformait en cimetière, les vacances scolaires y étaient pour beaucoup, tant de gens étaient partis sur la côte  et qui n'en reviendraient jamais ……………………………………..……….……..

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A chacun son tsunami - Passer par le conduit de la cheminée

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Elle s'appelle Ishanka, c'est un minuscule bout de femme qui est assise sur un lit  dans une pièce très simple. Elle m'a carrément entraînée chez elle de force pour m'offrir à boire. Ses trois enfants sont assis dans  un vieux canapé en face de nous, ils sont figés, pas un trait sur leur visage froid et impassible. Je suis étonnée de les voir si "retirés."  Ils écoutent leur mère raconter pour la  énième fois son histoire de tsunami. Elle vient de Galle, la vague est arrivée en trombes  dans leur demeure,  les enfants se sont enfuis en sachant qu'ils avaient laissé leur mère derrière eux  tandis que l'eau s'engouffrait dans leur maison dans un fracas terrible. Elle se réfugie dans la cheminée très large et se retrouve portée en haut du conduit   et elle redescend avec le retrait  de la vague. Les enfants terrifiés et croyant leur mère morte, la voient sortir indemne de chez eux. Sur un ton hystérique, elle décrit cette scène qui me paraît surréaliste tandis que je constate avec efffroi que les enfants sont atrocement atteints et choqués.

Il bégaie depuis le tsunami et se plaint "Maintenant ma femme me déteste, elle dit que nos deux enfants sont morts noyés par ma faute." Il avait décidé de rester quelques jours chez ses parents qui vivaient au bord de l'Océan à Galle , elle n'y tenait pas particulièrement, il a insisté, elle a cédé. Le tsunami les emportera,  ses parents et ses enfants. La femme le lui reproche tous les jours :"Je ne voulais pas, c'est toi qui as insisté"

Des scène de ce type par milliers, avec à  chaque fois un individu touché et choqué, chacun a vécu son "évènement traumatisant". Beaucoup de personnes âgées mourront de crise cardiaque peu de temps après le tsunami, aphasie, bégaiement, apathie complète, dépression, alcoolisme, toutes la gamme des maux qui sont des manifestations du choc post-traumatique. Et tous les dégâts collatéraux qui découleront de cette tragédie.

Pourquoi raconter encore cela direz-vous ?  Pour la simple raison qu'il y a encore beaucoup à dire, aujourd'hui, loin de la surmédiatisation et autant de leçons à retenir sur ce qui s'est produit.

 

07:25 Publié dans Voyages | Tags : tsunami, sri lanka | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/05/2009

A chacun son tsunami- Les deux roseaux de Tangalle

 

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Ils sont assis côte à côte, ils forment un couple, ils mesurent environ 1m95 et 1m97 et me font penser à deux roseaux fragilisés par la tempête. Ils habitent dans un village au Sud de Tangalle, le Français est longiligne et très souriant, l'Allemand, costumier de décors de films,  tout aussi mince a un beau visage harmonieux mais sérieux. Dès les premières minutes, ils me racontent l'horreur du tsunami. Tandis que le Français parle, l'Allemand reste silencieux mais suit intensément ce que dit son ami. Le Français, peintre, raconte avoir à peine entamé sa tartine lorsqu'il voit la vague arriver. Ils s'enfuient et se réfugient dans une maison en construction plus loin, ils sont restés là , recroquevillés , toute la journée à trembler de peur. Le Français se penche vers moi, avec une grande pudeur de sentiments je deviens le réceptacle de ses émotions, je l'écoute en hochant la tête entièrement concentrée sur ce qu'il me raconte. Parfois, il interrompt son récit, il inspire longuement, la gorge serrée, il est gêné de me balancer tout son flot de craintes, de peurs, sa voix tremble légèrement,  je me penche encore davantage vers lui et j'acquiesce et l'encourage à continuer :"Je ressens exactement ce que vous me dites ! Continuez ..." Il soupire puis lâche "ça m'a fait du bien de vous parler, on sent que vous comprenez ce que je vous raconte !"- Oh ! oui, bien sûr que je le comprends et ô combien " je le sais aussi bien que lui pour l'avoir vécu, ce manque d'écoute attentive, cet instant où les interlocuteurs veulent coller à tout prix votre récit aux images qu'ils ont vues en boucle et qui du reste étaient loin de la réalité parce qu'entièrement et uniquement mortifères.

En réalité, au coeur du drame les gens s'entr'aidaient, se tenaient par la main, par les épaules, se consolaient. Quelques heures après le tsunami, le pays tout entier s'organisait pour envoyer des vivres, des médicaments. Les étudiants de fac de médecine de première année,  dès le lendemain,  avaient improvisé des stands, les plus avancés foncaient vers le Sud prêter main forte. De longues files d'attente se créaient devant les pharmacies où tout le monde achetait des médicaments de première urgence pour les collectes. J'ai même vu un mendiant cul-de-jatte faire la queue pour acheter du désinfectant pour contribuer lui aussi à sa manière avec les quelques pièces qu'il avait réussi à mendier. Nous étions dans une dynamique plus saine et plus constructive que le téléspectateur qui engloutissait les images au kilomètre de façon morbide jusqu'à l'écoeurement, passif, lui-même victime d'une surmédiatisation d'images-chocs qui finissaient par créer une apathie émotionnelle encore plus grande que ceux qui avaient vécu la tragédie en question.

Chacun  racontait avec une telle urgence, avec un tel  besoin irrésistible de se libérer  ce qu'il avait vécu sans pouvoir même avoir la force d'écouter l'autre, sans entendre le vécu de chacun si différent par rapport à  ce qui s'était produit.  Il y a eu autant de réactions différentes pour un seul événement. Chacun réagissait en fonction de son vécu, de son passé, de sa capacité de résistance émotionnelle, psychologique, de son histoire, de sa capacité à survivre.

Il y a eu autant de tsunamis que d'individus touchés par le drame.

 

Durant 3 jours, il leur a été  impossible de contacter leurs proches et ceci en raison d'un problème de réseau. Leurs parents quant à eux appelaient partout craignant le pire. Ils ne rentreront à Paris qu' un mois plus tard. Le Français a perdu depuis 10 kg - il est maigre- l'Allemand  admet avoir aussi pendant des mois fait des cauchemars. Puis de retour de France, il faut en sus confronter l’incompréhension, expliquer le choc,  personne ne peut vraiment partager avec eux ce qu'ils ont vécu.  Ils y renoncent et même décident alors de fuir les images atroces qui défileront pendant des semaines.
Plus tard, lors d'une nouvelle alerte au tsunami annoncée à la TV française, ils se trouvaient être alors au 5 ème étage d'un immeuble à Montmarte, instinctivement ils ont regardé par la fenêtre pour voir si l'eau ne montait pas jusque vers eux.

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24/05/2009

A chacun son tsunami - Une grand-mère sauvée par ses petits-enfants

 

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A Unawatuna située au Sud de Galle ,  Dan un Zürichois vivant entre la Suisse et le Sri Lanka  me raconte son tsunami. Il était sur la terrasse lorsqu'il a vu l'eau arriver dans leur jardin qui ne donne pas directement sur l'Océan. Il court, réunit les 16 personnes  qui vivent dans leur guesthouse  -  une magnifique demeure coloniale - et dont la plupart sont des touristes. Ils  se réfugient tous sur la colline.

Pendant ce temps, l'eau monte inexorablement, charrie des frigos, des tables, des portes, même un générateur de 200 kg au bas mot. Une grand-mère n'arrive pas à les suivre dans leur course effrénée, ses petits-enfants l'attendent. Elle reste paralysée de peur sur un pont qui commence aussi à être submergé d'eau, les petits-enfants,  deux garçons et une fille qui doivent avoir entre 8 et 12 ans , sont décidés à ne  pas abandonner la grand-mère qui leur commande de partir.  Ils refusent d’obtempérer et s’accroche à elle pour la décider de quitter le pont auquel elle s’agrippe désespérement. Dan rebrousse chemin, enlève sa chemise et plonge, il attrappe une table et les invite à s'y accrocher. Les petits-enfants arrivent à persuader leur grand-mère qui ne sait pas nager d'entrer dans l'eau et de s'accrocher à la table que leur tend Dan. Il réussira à les  emmener  de l'autre côte de la rive.
Ils passeront la nuit sur la colline avec  300 autres personnes. Sans eau, sans nourriture, des hélicoptères passent au-dessus de leur tête. Ils font des signes désespérés pour demander des vivres, rien. Les hélicoptères  s'éloignent dans un bruit assourdissant.
Le lendemain, après une nuit à dormir dehors, bouffés par les moustiques, ils redescendent et découvrent avec stupeur une vision dantesque. La maison est détruite, les meubles balayés. A ce choc, vient s'ajouter celui des vols, leur meilleur employé a fracturé le coffre, ce sont des collègues qui l’ont vu faire tandis que l’eau entrait dans la pièce.

Un  vieux monsieur qui est tour à tour, portier, gardien de nuit, jardinier, bénisseur,  sa tâche consiste aussi à bénir les lieux le soir, à l'aide  un encensoir, il parcourt les pièces et les bénit en  murmurant des prières supposées vous protéger et protéger l'endroit. Ce petit monsieur de 1m50 portait un uniforme de capitaine de bateau tout blanc à épaulettes jaunes et une casquette à visière jaune également. Toujours sur le pont, en l'occurrence la terrasse de la guesthouse,  à aller et venir, aux aguets, il  déambulait  fièrement dans  son costume. Il est choqué et n’a pas encore réalisé  que ses deux uniformes de capitaine sont partis emportés par le tsunami. Il est dégoûté de voir que l'Océan ne respecte rien ni personne, même pas les galons de son uniforme, symboles de force et de pouvoir.

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23/05/2009

A chacun son tsunami - Le train fantôme d'Hikkaduwa


train01.jpgLe soir après des heures de route, on  arrivait enfin  à Kandi.  A l’hôtel, on tomba nez-à-nez avec  des touristes belges qui se trouvaient être dans la même résidence que nous,  à Palm Paradise. Ils nous tombèrent dans les bras, soulagés de nous voir tous présents. Eux-mêmes qui étaient partis tôt ce matin-là avaient plongé, à Hikkaduwa, ville au bord de l'Océan,  hors des fenêtres du train*  en marche qui les menait à Colombo et qui fut frappé par la vague mortelle, faisant  mille cinq cents morts d’un coup. On imagine aisément l'horreur, le train se trouvait être à moins de cinq  mètres de la mer. Nous paraissions tous être dans un état d’excitation étrange, surréel. Nous nous serrions dans les bras, émus, en silence comme des frères, alors que nous étions jusque là quasiment que des inconnus,  les uns pour les autres .

Les premières images que je vis à la télévision et qui par la suite tourneront en boucle pendant des semaines et qui me firent découvrir l'étendue des dégâts dans une bonne partie de l'Asie du Sud Est,   me faisaient  frémir et surtout avoir cette impression si étrange après avoir entendu le nombre de morts, impression qui consistait à n'avoir pas survécu à une telle catastrophe, je m'imaginai encore être vivante alors que j'étais certainement morte............ je me pincai pour être  sûre de n'être pas noyée, cette sensation de ne plus être de ce monde  restera pendant des semaines. Quel doute affreux !


*LE TRAIN FANTÔME D'HIKKADUWA

Ce qu'il adviendra de ce train par la suite
Il est resté là durant des mois, les vitres brisées, tout rouillé au milieu d'un camp de réfugiés, victimes du tsunami. La vie , ma foi, reprenant son bonhomme de chemin, et la curiosité aidant, Sri lankais et touristes s'arrêtaient voir ce train fantôme. Une espèce de musée s'est organisé naturellement et spontanément avec ticket d'entrée, visite, parking et buvette le tout improvisé par les gens du camp.

Les autorités d'Hikkaduwa ont décidé que c'était manqué de décence que de transformer ce train en site touristique incontournable sur la route menant vers le sud. Donc, ils l' ont déplacé,  malgré la farouche résistance des guides improvisés et l'ont stationné sur une plate-forme de la gare d'Hikkaduwa.

Je racontai ceci à un Sri Lankais à Colombo et nous faisions  un parallèle avec Pompéi, site touristique où on paie pour voir  des gens figés par la lave rattrapés dans leur course folle par cette rivière de feu.
Conclusion :  ceci n'est   que question de temps.

11:40 Publié dans Voyages | Tags : sri lanka, tsunami, hikkaduwa, train fantôme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

21/05/2009

A chacun son tsunami

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Il y a un peu de tsunami en moi.  Le monstre marin est tapi à quelque part dans mon inconscient prêt à se réveiller au moindre bruit de vagues. Le jour du tsunami la lune était pleine. Etrangement, mon existence s’est laissée envahir profondément par les éléments :  eau , lune. Associée à eux, dorénavant,  ils m’investissent profondément, nous coexistons par la force des choses.

Je vous raconterai et enfin je peux le faire, à travers  plusieurs billets, cette vague destructrice vécue par moi et par d’autres à travers des témoignages. Alors donnez-moi la main, serrez-la très  très fort pour que la vague ne m’emporte pas définitivement ……………

 

Sri Lanka Tangalle -



26 décembre - 8h45 - Nous avons empaqueté nos affaires, le chauffeur nous attend pour partir vers le nord. Palm Paradise est une résidence touristique à Goyomboka au Sud du Sri Lanka,  Ce sont des cabanes construites sur pilotis, entourées de cocotiers, de palmiers, des fleurs odorantes. L’endroit à est la hauteur de son nom, petit paradis terrestre. Ce matin-là du 26 décembre 2004, nous avions terminé le petit-déjeûner, nous étions en famille, sept personnes en tout.  Joyeuse équipée pour qui le moindre départ donnait des airs de colonie de vacances.



Habituellement, après le petit déjeûner, ma fille de 4 ans, partait se balancer près de la plage avec d’autres enfants. Les autres  filles se rendirent toutes ensembles dans leur bungalow pour se préparer au départ. Imaginez trois ados, il fallait se maquiller, s’habiller.  Mon compagnon  s'apprêtait à  payer la note finale du séjour et se rendit à la réception située  vers l’entrée de la résidence un peu plus haut. Moi, je buvai un dernier café sur une terrasse proche de la mer, le serveur me racontait de quel village il venait, son travail, sa famille, je me préparai à lui laisser un pouboire en guise de remerciement,   avant notre départ.  Tout était calme, paisibe, serein.

Soudain, des cris s’élèvent de la plage, un craquement terrible de bois qui éclate en mille morceaux. Le temps de me lever de ma chaise, j’ai  juste pu voir arriver la mer déferlante vers la première rangée de bungalows et les exploser pareils à de simples jouets qu’on écraserait.  J’observe le visage du serveur Sri lankais et réalise en même temps que lui qu’il n’avait jamais vu ça, auparavant,  de toute sa vie d’homme.  La balançoire où se rendait  après le petit-déjeûner l’enfant de quatre ans, est frappée par l’eau, elle se balance dans tous les sens, vide.  Où est l’enfant ? Mon sang se glace dans mes veines.  J’arrache mon sac de ma chaise, je devais pour sortir de l’endroit ouvrir un portail bas fermé d’un loquet, dans ma précipitation, incapable de l’ouvrir, je sautai par-dessus, malgré mes tongs.

Courir, crier, crier, courir en hurlant. La mer ! La mer ! – je suis sûre de ne pas courir assez vite, de ne pas crier assez fort. Je ne me retourne pas mais cours désespérée, où sont les enfants ? Derrière moi, un bruit épouvantable de destruction, de hurlements. Ne pas se retourner. A ce moment-là on ne pense qu’à la survie, même la peur ne vous atteint plus immédiatement, elle vous paralyserait. Il suffit de quelques secondes pour me déshumaniser, tout entière devenue animale, seul l’instinct de survie paraît me dominer. Il me faut sauver les enfants, toujours courir, courir encore plus vite.

Mon  compagnon sort du bureau de la réception,  il me voit affolée, regarde derrière moi et voit la mer qui semble me courir après tel un chien enragé. Il se précipite vers le bungalow des filles qui se préparaient, monte les marches des escaliers quatre à quatre. Les deux grandes qui avaient entendu mes hurlements s’étaient enfermées dans les toilettes en croyant à une attaque tamoule, il leur somme d’ouvrir la porte.  Lorsque j’ai l’ai vu revenir avec la petite dans les bras, alors que le doute s’était installé dans ma tête qu’elle se trouvait être sur  la balançoire, déjà disparue, m’émut tellement que je faillis m’affaisser et sangloter de soulagement.

 

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