19/12/2009

Les animaux au coeur des conflits

images-4.jpgAu début de la guerre de Sarajevo, en avril 1992, nombre de correspondants de la presse internationale racontèrent l'histoire des animaux agonisants du zoo de Sarajevo qui mouraient de blessures par des éclats d'obus ou de la famine.

Le parc même fut placé dans un "no man's land" sur la ligne de front et ses employés essayaient en vain de s'en approcher pour les nourrir.

Une évacuation d'animaux vers d'autres pays avait même été envisagée, mais ils furent abandonnés à leur sort tant le risque d’être tué était grand.

Les habitants du quartier disent se souvenir encore des hurlements de leur lion mourant. Ils étaient si fiers du lion et de la girafe reçus quelques années avant le conflit. Tous les enfants et leurs parents avaient rendu au moins une fois visite à ces hôtes d’un genre particulier. Lorsque le gardien qui tentait de nourrir, au péril de sa vie,  les pauvres bêtes entre deux tirs de snipers, finit par être touché et mourir, les bêtes furent tristement livrées à elles-mêmes. Durant des semaines, on entendait des cris affreux, le directeur du zoo se souvient : "C'était horrible. J'entendais le cri de ces bêtes innocentes sans pouvoir les aider".  Quand après des jours d’agonie le lion expira, ce fut une défaite pour tous les habitants de Sarajevo. Le roi de tous les animaux considéré comme le plus fort en succombant les ramenait à leur propre faiblesse. Le seul qui survécut à ce désastre fut le boa dont la digestion lente lui assura sa survie.

Ane-Zebre.jpgToujours dans le registre des animaux, souvenons-nous de ce tour de passe-passe à Gaza quand les ânes, à la plus grande satisfaction des enfants, furent transformés en zèbres. Zèbres de fabrication locale à défaut de pouvoir en acheter et les acheminer par le tunnel. Les enfants ne s’en laissaient pas conter mais trouvaient que ces ânes étaient quand même beaux.

Ces animaux doivent vraiment penser que ces humains sont fous !

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26/11/2009

Les minarets qui minent

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Genève troublée par ses minarets qui minent le moral et qui me rappellent les  minarets et  murs criblés d’impacts de balle à Sarajevo, cette ville qui présente encore au regard des passants des façades vérolées, des immeubles entiers détruits, bouches béantes au milieu de la ville. Un musée national à peine épargné, l’aile gauche quasiment vide où une longue barque est exposée sous verre, seule, dans une immense salle, comme si elle partait à la dérive. La partie consacrée à l’histoire naturelle présente une collection extraordinaire de papillons et minéraux. Tout rappelle encore la guerre pourtant finie il y a treize ans.

Sarajevo  est un chantier ouvert, on y voit de nouvelles constructions un peu partout et qui poussent comme des champignons, mais surtout la construction ou la réhabilitation de plus de 150 mosquées après le conflit dans tout le pays dont de nombreuses à Sarajevo. Bâties à la-va-vite, supplantant les espaces consacrés aux écoles ou à d’autres espaces de vie plus utiles après la guerre. L’objectif “purifier” un islam considéré comme déviant et transformant la ville en "chaudron de l'islam radical."  A la tête de celles-ci des imams wahhabites fanatiques, des fonds qui financent les conversions et permettent d’aider des bosniaques des campagnes convertis à un islam radical de s’installer, aujourd’hui, au coeur de la ville.

Durant la guerre, la distribution du pain était conditionnée au port du voile, au préalable, de toutes les femmes d’une famille, certaines jeunes filles étaient payées l'équivalent de 100 euros pour se voiler, politique de la carotte et du bâton sur fond de guerre, prosélytisme intransigeant pour soumettre ces Bosniaques dont l’ islam modéré aux signes extérieurs discrets, fait frémir la barbe des intégristes. Les minarets ne sont en réalité que la pointe de l’iceberg.

Dès 1992, la Bosnie totalement abandonnée des Européens confient ce pays déchirés aux détracteurs de la “guerre sainte”, Moudjahidin qui défendent  la religion pour le compte  des Bosniaques. 300 organisations tenues par des wahhabites s’installent en Bosnie qui se transforment peu à peu en avant-garde wahhabite en Europe avec ses "soldats de dieu" venus d’Afghanistan, du Soudan, d’Egypte, d’Algérie, d’Arabie Saoudite, d’Iran et du Pakistan, quatre à six milles. Nombreux d'entre eux resteront après la guerre en Bosnie en épousant  des femmes bosniaques.

A l’issue de la guerre, on découvre un intégrisme planant tel un vautour au-dessus du charnier qui vient se nourrir des restes de la guerre pour venir imposer sa loi à travers ses medressas et prêches religieux. Avec un 60% de chômage, les autres mal payés ou payés irrégulièrement, la tentation intégriste est grande et elle apporte ses avantages matériels conséquents, des arrangements, des pistons pour des
emplois. Durant la guerre, on rétribuait les familles qui acceptaient de voiler leurs femmes de 50 DM  à 100 DM  (entre 25 euros et 50 euros)


Mais qu’attendent, en réalité, les Bosniaques, plus de religion ? Non, ils veulent plus d’usines, plus d’emploi, une vraie relance de l’économie et moins de mosquées, s’il vous plaît. Les corans distribués à la pêle n’ont jamais nourri personne.

Le pire serait- il encore à venir et se profilerait nettement à l’horizon ? Une région tout entière qui pourrait, peu à peu, se trouver infiltrée par des
fondamentalistes venus de l’Arabie Saoudite et de l’Indonésie et avec pour nouvelle arme, cette fois-ci, non pas des snipers, mais des livres religieux et l’application de la charia pour tous.  Les barbus ou les "barbouzes" selon, s’ installent déjà par groupes dans et aux abords des mosquées à imposer leur wahabisme étriqué, aussi insidieux que les snipers serbes ! La seule solution pour éviter toute nouvelle violence, serait s’engager dans un véritable processus de laïcisation intégrant les différentes sensibilités plutôt que laisser s'installer et se répandre comme tâche d'huile, un fanatisme aux conséquences désastreuses et imprévisibles.

Genève  aura-t-elle  aussi envie de voir  des  minarets en territoire multiconfessionnelle comme l'était avant la guerre  Sarajevo ?

Moins de religion, plus d’humanité ! Mon Dieu,  épargne-nous de tes fidèles, pour l'amour du ciel.

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14/05/2009

Une maternité devenue cimetière

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Sarajevo 26 mai 1992- Une maternité nommée Zehra Midovic est contrôlée par un groupe Tchetnik, unité paramilitaire ultra-nationaliste serbe, elle est transformée en première ligne de front. Des snipers résonnent dans la nuit, des nouveaux-nés ont à peine quelques heures de vie, ils sont tués lâchement, froidement eux et leur mère. Un coup, un cri, le silence. C’est vrai, on devrait oublier, la mémoire effacée.
Mais lorsqu’on s’égare devant cette longue bâtisse, le murmure fantomatique des nouveaux-nés brise l’air d’une musique étrange, un chant lointain à peine susurré, certainement la comptine maternelle soufflée à l’oreille de l'enfant et qui résonne depuis dans ces ruines où le vent siffle en choeur.

Bien que les hommes veulent oublier, la mémoire tenace des lieux continue à raconter  l' histoire, celle qui fait honte aux  hommes et à l'humanité tout entière.

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photo Djemâa Chraïti

 

 

 

 

 

 

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18:45 Publié dans Histoire | Tags : sarajevo, zehra midovic | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |