13/10/2012

Salève - L'OURS

0438.jpgLa forêt exhale cette présence sacrée ; cette énergie puissante que dégage la nature dans un silence absolu en forme de révélation, une symbiose parfaite entre la nature et l’homme où chacun se reconnaît en l’autre.

Une tranquillité à peine effleurée par le craquement d’une branche de pin de laquelle un Engoulevent vient de s’envoler; un écureuil monte prestement le long d’un arbre, tandis qu’une musaraigne tremblante de peur montre discrètement son museau pointu.

Un souffle puissant, une chaleur près du visage inattendue et pourtant il n’y a  rien aux alentours. Tout est désert, le chien se met à gémir en regardant l’entrée de la Grotte aux Ours, gueule noire déserte, à l’intérieur de laquelle ne cohabitent que papillons trogloxènes  et chiroptères enveloppés dans leur cape de velours noir, profondément endormis, la tête en bas, les pattes ventousées contre la roche calcaire.

Le chien recule en montrant les dents, il semble voir une apparition effarante tandis que l’humain reste désemparé, surpris de constater, une fois de plus que les animaux ont une mémoire ancestrale qui leur rappelle les dangers, cette peur génétique transmise de génération en génération depuis des millénaires, une présence, une odeur suffisent à la réactiver.  Le chien,  instinctif pressent la présence de l’ours brun, imaginaire,  encore tapi au fond de la grotte. Il n'est plus que tremblement épileptique et gémissement sourd.

Le vagabond marcheur et solitaire, d’un poids moyen de 120 kg, paraît se tenir debout du haut de ses 1m10. Il ouvre sa mâchoire large avec ses 20 dents supérieures menaçantes, tandis que ses griffes longues de 5 à 7 centimètres paraissent prêtes à se planter sur sa proie,  derrière laquelle il peut courir jusqu’à 55 km/heure. Dérangé dans son sommeil, le plantigrade sait que les hommes et leurs chiens sont devenus dangereux.

Les chasseurs français forts d’un arrêté préfectoral en 1844,  signalant que considérés comme nuisibles  «"les ours pourront être détruits partout, en tous temps et par tous moyens et en tous lieux..." leur permet  dorénavant des battues afin de les pourchasser sans relâche,  jusque dans leur tanière, oursons inclus.

Le fantôme du dernier ours brun semble planer encore sur la forêt qui, elle,  dans un frémissement ténu, déroule le long parchemin de son histoire. Elle se souvient du temps où lynx, loups, (le dernier observé en avril 2012), ours, cerfs, chamois vivaient paisiblement dans cette forêt Salèvienne, si tranquille.

Un Eden, où l’ours confortablement assis sur couche tendre de fougère, méticuleusement préparée, observait, paresseux, la salamandre avancer lentement. Tandis que sous le saule près de l’étang de Crevin, il chassait les libellules de sa large patte qui fendait l’air d’un coup sec et rapide pour engloutir cette délicieuse friandise,  à laquelle,  il ajoutait, ensuite quelques myrtilles et framboises. A la belle saison, notre vagabond solitaire courait dans les champs au milieu des  crocus et des gentianes printanières pour chasser quelques beaux papillons sous le regard médusé d’un milan noir soupçonneux face à cette concurrence en forme de poil brun si  encombrante.

pretre.jpgLe dernier ours, au grand regret du philosophe suisse, Jan Marejko, aurait été tué en 1875 par l’association genevoise des étudiants en philosophie. Tandis qu’un autre chasseur se vante, lui d’avoir tué le dernier plantigrade du Salève en 1821, celui-là même qui trône dans les vitrines du muséum.

Le patois savoyard et les noms de lieux attestent d'une forte présence de l'ours qui a passé dans le vocabulaire, les expressions populaires et dans les noms de lieux et par là-même dans l'inconscient collectif:

Quelques exemples de la présence l'ours dans le patois savoyard  : 

tagnia - tanière  de l’ours 

 

Kolyo orse -  couloir de l’ours

 

Tenir l’orse par le cotzon (par la nuque)

Shandèluza n f Chandeleur. la Shandèluza : si l ours vaè lèvò l solaè l matin, u retournè sè kashiyè dyè sa tan-na pè karanta zheur : la Chandeleur : si l’ours voit lever le soleil le matin, il retourne se cacher dans sa tanière pour 40 jours. (patois de la Lattaz)

 

 

Noms de lieux en Haute-Savoie 

Méan de l’Ours

 

Couloir de l’Ours

 

Bois de l´Ours,

Creux à l´Ours,

 

Fontaine à l’Ours

 

Gouille à l’Ours

Grotte à l'Ours

 

Pré de l’Ours

 Tête du Pas de l'Ours

 

Plan des Ours 

 

Photo couverture du  livre de Bernard Prêtre 


mon site www.djemaachraiti.ch

 

19:43 Publié dans Développement durable, France, Nature, Région | Tags : ours, haute-savoie, salève, patois savoyard | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |