25/05/2014

L'orgasme extatique du cachalot

images.jpegEn discutant avec un chirurgien genevois, passionné de plongée en apnée, il racontait avoir atteint les 48 mètres et cela sans respirer durant 5 minutes. La préparation physique et mentale, le contrôle sur soi, le travail de maîtrise qu’il faut développer peu à peu, un apprentissage étroit sur soi-même et en parallèle, une incursion insoupçonnée,  à l'intérieur de soi, à la découverte toujours surprenante de ce dont on est capable et des limites dues à nos peurs, parfois enfantines et toujours irrationnelles.  Il racontait qu’en réalité, au-delà de la plongée, on finit par être confronté à une quête de soi qui ouvre des horizons nouveaux sur de multiples infinis qui nous habitent et dont on ignore tout.

 

Hors ces considérations existentielles, toute une chimie se met en branle, l’effet narcotique de l’azote en plongée crée une espèce d’euphorie durant laquelle une sensation de bien-être vous envahit, entre 10 et 30 mètres on parle d’euphorie, entre 30 et 50 mètre, d'hilarité;    on rit en développant une confiance excessive en soi. Au-delà, les effets peuvent être moins euphoriques et plutôt angoissants.  Tout l’organisme s’adapte et offre des réponse physiologiques à cet environnement nouveau entraînant aussi des adaptations physio- pathologiques du système cardio-respiratoire.

Le cachalot, lui, peut plonger jusqu’à plus de 1'000 mètres de profondeur sans respirer pendant une heure, les éléphants de mer, eux, sont capables de tenir deux heures, ce qui leur valent le titre de maîtres des profondeurs. Chez certains phocidés, le  rythme cardiaque accomplit un saut gigantesque  et passe de 120 battements minute, à 4 en plongée.

Le débit sanguin est réduit, l’oxygène ne se répartit plus que dans certaines parties du corps bien que la pression artérielle reste constante.  Un métabolisme totalement modifié que peuvent subir les mammifères marins contrairement aux humains.

Il est intéressant d’imaginer cette euphorie constante du cachalot, qui lentement fraie les eaux, sans précipitation, dignement, il donne à ses mouvements des allures royales tandis que l’ivresse des profondeurs le laisse béat, un carpe diem marin, les sens en turgescence;  l’éternelle  béatitude dont on rêve tous.

Parfois, on se surprendrait à désirer vivre  l’extase du cachalot, insouciant et solitaire,  planqué tout au fond, dans les profondeurs abyssales,  se laissant dériver lentement;  bercé par les courants marins, dans un silence absolu, à l’exception des battements de son cœur qui résonnent en lui, lents et réguliers.

La vie orgasmique et extatique d’un cachalot fera, sans doute, plus d’un jaloux.

 

09:46 | Tags : cachalot, plongée en apnée | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |