10/08/2009

Petits tableaux belgradois



DSC_0396.JPGBelgrade (en serbe cyrillique Београд et en alphabet latin Beograd signifie la ville blanche en raison de ses bâtisses blanches d'antan. * La ville  bâtie par les Scordisques qui appartenaient à la confédération de peuples illyriens, pannoniens et celtes devait certainement être leur capitale. Ils la nommèrent Singidunum, nom gaulois ( dunon pour  la forteresse et singi- pour le faucon;  la forteresse du faucon ), trois siècles av. J-C. Transformée en colonie romaine elle fera partie de l’empire byzantin puis ottoman, reprise par les Autrichiens, à nouveau par les Turcs, conquise au total par quarante armée, elle accédera enfin à son autonomie en 1830.  Elle vivra les affres des deux guerres mondiales.

Bombardée par les forces alliées de l'Otan en 1999, Belgrade offre, aujourd'hui,  au regard des touristes des immeubles éventrés, déchiquetés en plein centre ville : témoins persistants  d'une douleur encore à fleur de peau.

Située au confluent de la Save et du Danube, la ville paraît dériver dans le cours tranquille du fleuve à la force imperturbable, indifférent aux invasions et à toutes les guerres. Ni Attila, ni Soliman le Magnifique ne pertuberont l’ondoiement du long serpent sinueux à travers son voyage millénaire. La vie s’organise aux bords de ses rives, tout s’agite autour de lui, la vie trépidante des hommes le laisse de marbre. Il charrie l’histoire et engloutit la mémoire des siècles. Les péniches sagement alignées tanguent doucement au rythme d’un violon tzigane, les “splavovi” offrent des instants nostalgiques ou si joyeux à ceux qui honorent le fleuve de mille façons .

(photo Dule)


Victor Hugo dans son poème Le Danube en colère tiré des Orientales nous offre de longues strophes sur ce fleuve révolté par ces hommes qui transforment tout en enfer :
"Mon flot, qui dans l'océan tombe,
Vous sépare en vain, large et clair ;
Du haut du château qui surplombe
Vous vous unissez, et la bombe,
Entre vous courbant son éclair,
Vous trace un pont de feu dans l'air.

"Trêve ! taisez-vous, les deux villes !
Je m'ennuie aux guerres civiles.
Nous sommes vieux, soyons tranquilles.
Dormons à l'ombre des bouleaux.
Trêve à ces débats de familles !
Hé ! sans le bruit de vos bastilles,
N'ai-je donc point assez, mes filles,
De l'assourdissement des flots ?

Sur « Veliko Ratno Ostrvo » - La grande ìle de la guerre, - de guerre lasse, les belligérants ont renoncé à se battre pour troquer le bruit des armes contre cris et piaillements d’oiseaux venus d’Europe et d’Asie. De la rive, on voit le déploiement superbe et silencieux de majestueuses ailes blanches, les oiseaux forment des figures dignes des plus grands ballets pour soudain virer légèrement sur le côté, une aile dirigée vers l’horizon gris anthracite, l’autre vise le vert intense de la forêt comme posée sur cette émeraude, quelques secondes magiques, juste ce qu’il faut pour s’offrir un tableau où les tons s’épousent en une parfaite harmonie.

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Rai lumineux sur Novi Beograd au nord de la ville. Un alignement d'immeubles en béton construits à la hâte après la deuxième guerre mondiale appelée aussi  "Grand dortoir" . Or, ce quartier s'est peu à peu modernisé et développé et il est devenu un centre économique important surnommé le "Wall street serbe" avec des immeubles d'affaires luxueux.

(photo Dule)

 

 

 

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Transport en jaune, jaune tournesol ou jaune moutarde. Une pub pour des téléphones sur le bus avec un petit mot délicieux et si énigmatique "Brz"- si court, si serré, sans consonnes. Allez , un petit effort ! En y réfléchissant bien, on se dit, c'est évident. Ce sacré petit truc en trois lettres que l'on croit imprononçable, expédié en deux temps, trois mouvements signifie "rapide" et se prononce "Berz" , un son coulissant entre un e et i.  Les transports sont efficaces , vous achetez vos billets dans les kiosques, vous les faites poinçonner  à l'intérieur par une machine dont il faut avoir au moins vu une fois le fonctionnement pour savoir comment s'y prendre. Il ne reste plus qu'à s'accrocher, Belgrade est bâtie sur des collines, donc ça monte et ça descend et côté champignon, le chauffeur n'a pas de problème, il appuie tout simplement !

 

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Au "marché vert", ce sont de rudes paysannes qui vendent leurs fruits et légumes qu'elles couvent du regard comme leurs petits.   Les marchés sont  toujours très sympathiques et c'est si universel de faire ses courses.

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A l'instar du fleuve, les chauffeurs de taxi aiment aussi sentir couler  la vie, une petite partie d'échecs sur le capot de la voiture en attendant le client, un promeneur s'arrête et scrute le jeu.  Il ne reste plus qu'à s'asseoir sur un banc et attendre que la partie s'achève en observant tranquillement le mouvement de la rue en pensant qu' il est bon de prendre le temps de sentir le temps passer.

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 * Source Encyclopédie de l'Arbre celtique

in Larousse - Scordisques : Peuple celte, établi dès le IIIe s. avant J.-C. sur la Save et sur le Danube.

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23:19 Publié dans Voyages | Tags : belgrade, beograd, novigrad, novi grad, novi beograd | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |