15/03/2014

« A la différence d’une guerre, une catastrophe nucléaire ne s’arrête jamais «

 

nn20120808f1b.jpgle 14/03/2014 à 05:01 de Geneviève Daune-Anglard

Naoto Matsumura, qui vit dans la zone interdite de Fukushima, continue son tour européen après Paris, il a participé mercredi soir à une table ronde à Strasbourg, suite à une visite de la centrale de Fessenheim.  

 

Son témoignage est une alerte édifiante sur le danger nucléaire. Le risque zéro n’existe pas et demeure une  invite à conclure à la fermeture de toutes les centrales nucléaires :

 

« Depuis trois ans, des réacteurs de Fukushima continuent de relâcher en permanence des gaz radioactifs. La nappe phréatique sous la centrale est très polluée et l’eau contaminée ruisselle dans l’Océan Pacifique. »

 

Cette eau injectée en permanence dans la centrale pour refroidir les réacteurs, « à raison de 400 m3 par jour ». La même quantité d’eau contaminée part chaque jour dans l’océan, malgré des pompages et un stockage de l’eau radioactive dans d’immenses cuves. « 400 000 tonnes aujourd’hui , précise l’instituteur Pierre Fetet qui consacre un site complet au drame de Fukushima   , mais le double est prévu d’ici 2016 ».

 L’évacuation des populations pose aujourd’hui un problème social. « Elle a été faite de façon très chaotique et par à-coups , explique Reiko Hasegawa, spécialiste du déplacement des populations qui a travaillé à l’Institut de développement durable et des relations internationales. Et sans préparation, « car le mythe de la sûreté absolue a empêché la tenue d’exercices grandeur nature ».

 Aux habitants évacués de force se sont ajoutés des évacués volontaires, venus des zones contiguës à la zone interdite, craignant pour la santé de leurs enfants. «Le gouvernement a refusé de reconnaître leur statut d’évacués et de les indemniser ou de les aider. »

 

En février dernier, les autorités du pays ont décidé que la population pouvait réintégrer certaines des zones évacuées. « Mais la majorité des personnes hésitent à rentrer , ce qui est mal vu par les autres évacués forcés » , note Reiko Hasegawa. Des mères de famille, voulant protéger leurs enfants, se heurtent au désir de rentrer de leurs maris, ce qui génère des divorces. « Ces tensions divisent la société et rajoutent une catastrophe sociale à la catastrophe sanitaire et environnementale. »

 

En Alsace, une autre échelle

 

Naoto Matsumura confirme que les opérations de décontamination des sols par décapage ne sont pas concluantes. « Ça améliore les choses temporairement, mais très vite, la radioactivité revient au niveau d’avant la décontamination. » Il a réaffirmé hier sa volonté de lutter pour arrêter le nucléaire. « Il faut combattre tous ensemble. »

 

« En Alsace, en cas d’accident d’explosion à la centrale de Fessenheim, ce ne sont pas 150 000 personnes qu’il faudrait évacuer comme à Fukushima mais plus d’un million » , rappelle la députée européenne Michèle Rivasi. La nappe phréatique rhénane, qui alimente en eau potable plusieurs millions de personnes, serait menacée. Et des km² de terres agricoles seraient rendues inutilisables pour des décennies. « À la différence d’une guerre, une catastrophe nucléaire ne s’arrête jamais. »

 

Nous l'attendons en Suisse  le  18 mars :  conférence à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne

19 mars :  matin, vigie devant l’OMS avec Independant Who à Genève


UN MOMENT EMOUVANT, POIGNEES DE MAIN ET EMBRASSADES ENTRE NAOTO ET JOSE BOVE

 

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LA CHANSON DE NAOTO MATSUMURA- SAN 

L'Homme Seul

 

À l'horizon de ces jours qui passent après la vague

Au-delà des fumées blanches de l'usine

Qui crache son venin sur la terre amoureuse

Il marche dans les ruines envahies par les herbes folles

 

Dans son rêve les oiseaux si gracieux

Volent dans le ciel

Et les chiens et les chats

Viennent se blottir dans ses bras

 

Sur cette terre souillée, il a laissé les larmes

Le feu invisible peut bien brûler, il reste là

Il sème à la volée généreuse les graines

D'un futur insensé dans l'absence des hommes

 

Il dispose des mangeoires légères

Dans lesquelles la faune se ravie

Ressuscite la terre

Et ce monde effacé

 

Comme un dieu égaré sur la terre des hommes

Célébré par la faune et les arbres qui bourgeonnent

Il forge de ses mains la nouvelle alliance

Battant le fer de la lune, sa lumière qui danse

 

Sur les eaux de la nuit

Cernée des yeux sauvages

Qui s'abreuvent insouciants

De ce feu invisible qui dévore tout

 

Viendra des temps encore les cerisiers en fleurs

aux silences ombragés nous dirons nos douleurs

Mais dans les mines de ses rêves il y a des eaux

d'amour qui coulent

Des animaux sacrés qui font battre son cœur

 

 Et qui sait si là-bas

Tous ces espoirs vivants

Nourrissent les cœurs brisés

Et que les yeux des hommes enfin s'ouvrent

 

 

 http://www.djemaachraiti.ch/

26/02/2014

Antonio Pagnotta – Chronique d’un engagement


antonio pagnotta,fukushima,naoto matsumura,japonEntretien avec Antonio Pagnotta, en direct de   Hiroshima  -

Premier juin 2011, le masque collé au visage, qui vous mord comme un chien, la respiration difficile,  Antonio Pagnotta avance dans Tatsuta au Japon, un village totalement déserté de ses habitants, dorénavant déclaré zone interdite, situé à moins de 30 kilomètres de Fukushima.  Le photojournaliste sent ce jour-là qu’il franchit une frontière effroyable, un seuil qui l’entraîne dans un basculement terrible de la conscience ;  seul au monde, au milieu de nulle part,  au cœur de la barbarie, là où l’homme est devenu le plus grand danger pour  l’homme.

 Il marche sur les traces du dernier homme de Fukushima, Naoto Matsumura, qu’il doit photographier. Le matin l’accueille avec une lumière bleu acier, la couleur des  radiations, celle de la mort silencieuse, bleue, froide, indifférente. Sans bruit, elle envahit tout sur son passage et achève dans son linceul de silence hommes, animaux, plantes. 

 Témoin unique d’une expérience sans précédent, Antonio Pagnotta réalise que la catastrophe nucléaire est inéluctable, après Tchernobyl, Fukushima, la Chine sans doute et très vraisemblablement un jour, la France. Oui ! Il faut cesser de croire que cela n’arrive qu’aux autres, la France et tout autre pays européen ne sont plus à l’abri de rien, les ingénieurs français ne sont ni pires ni meilleurs que les autres. 

 

Quelque chose d’irréversible bascule dans la conscience du photographe. Après avoir vécu cela, il perçoit le danger imminent qui saute au visage, et il ne lui reste plus que l’engagement à travers un activisme bénévole sans faille, jour après jour. En lanceur d’alerte, il pressent les séries d’accidents nucléaires  qui ne font que commencer ; à Fukushima,  on dénombre 14 réacteurs en alerte. C’est une guerre nucléaire contre l’homme qui a été déclenchée et derrière cette chose insensée se tapit un énorme lobby qui s’attaque  aux hommes tandis que l’argent circule en masse.  Le nucléaire draine des fortunes qui, pour certains, valent et justifient  le sacrifice de quelques milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

Le photojournaliste relaie le  témoignage d’un agriculteur, Naoto Matsumura, qu’il suivra pas à pas. C’est l’histoire d’un homme qui a un nom et qui témoigne à visage nu. Un homme dont le parcours pourrait être associé  au  parcours christique d’un Saint-François d’Assise qui traverserait un désert et n’aurait plus que les animaux avec qui parler. Planter dans un décor, l’essentiel, le sacré : la vie.

 

Le choix des  prises de vue de Antonio démontre aussi un souci de respect du sujet. Planté en face de lui , il impose sa volonté d’établir un rapport démocratique même à travers le téléobjectif ; le photographe n’est pas invisible, le sujet l’observe et il l’observe.

 

Né à Corigliano Calabro dans la province de Cosenza en Calabre, il a 58 ans. De 1990 à 1999, il travaille à Tokyo pour la presse française et internationale et se distingue par des scoops : « La carrière secrète du cannibale Japonais » puis, après l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, il parvient à photographier l’usine où se fabriquait ledit gaz près du mont Fuji. Ces photos sont considérées par les Japonais comme le scoop du siècle. D’autres clichés rares et interdits le consacreront photojournaliste du Japon.

 

 

Depuis avril 2011, Antonio Pagnotta se consacre exclusivement aux conséquences du désastre nucléaire de Fukushima.

Il accompagnera le dernier homme de Fukushima, Monsieur Naoto Matsumura lors de son périple en Europe, dès le 4 mars à Paris : 

Puis,  la Suisse : 

 18 mars :  conférence à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne

19 mars :  matin, vigie devant l’OMS avec Independant Who à Genève

 

 pour en savoir plus :

http://www.ledernierhommedefukushimaafessenheim.com/

http://www.fukushima-blog.com/

 

 

Son livre : « Le dernier homme de Fukushima »  est publié aux Editions Don Quichotte, 2013.

 

07:11 Publié dans Résistance, Solidarité | Tags : antonio pagnotta, fukushima, naoto matsumura, japon | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

20/02/2014

Naoto Matsumura –« Le dernier homme de Fukushima »

Naoto chiots.jpgOn le surnomme le « dernier homme de Fukushima » celui qui refusa  de quitter la ville de Tomokia proche de Fukushima et devenue ville fantôme.  Agriculteur âgé de 54 ans, au  lendemain de la catastrophe nucléaire du 12 mars 2011, il s’oppose, en avril,  à son évacuation pour s’occuper des survivants ;  des animaux laissés à l’abandon, enfermés dans leur enclos, expirant lentement, livrés à eux-mêmes.

Des étables transformées en mouroirs, où seuls les rapaces s’agitent  pour déchiqueter à même les corps,  les chairs, à peine putréfiées.

« Laisser agoniser des centaines d’animaux est un crime ! » s’insurge Naoto Matsumura.






naoto matsumura,fukushima,tomokiaResté seul dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Daii Ichi,  son action de résistance s’organise au milieu du chaos, dans un désert humain.  Il décide alors de libérer les animaux enchaînés ou enfermés, et de s’occuper de 400 vaches, de cochons, de chats, de chiens et même d’autruches. Profondément shintoïste, Naoto  nous rappelle que la nature est sacrée;  le rituel  shinto consiste à  offrir des aliments aux dieux et en nourrissant les bêtes, Naoto  nourrit les Dieux, à travers elles. Il lance son association « Ganbaru Fukushima »  Ganbaru signifiant en japonais « persévérer, tenir bon ».

 « La centrale nucléaire m'a tout pris, ma vie et mes biens. Rester ici, c'est ma façon de combattre pour ne pas oublier, ni ma colère ni mon chagrin. » Et il tiendra bon.

Un irradié dont on craint de serrer la main ? Un rejet,  ô combien douloureux et qui nous ramène, à un autre souvenir, encore empreint d’émotion;  la stigmatisation de ceux qui ont survécu à la bombe nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki. Des victimes doublement exclues, qui voient après le premier drame, surgir un  autre danger aussi grand et insidieux ; l’exclusion, le vide qui se crée autour d’elles, la crainte de contamination  les associant  à des pestiférés des temps modernes, des parias ostracisés. A croire qu’on n’a rien appris, ni rien retenu des leçons précédentes, une peur qui trouve sa source aux racines de l’ignorance. Après les "hibakusha" de Nagasaki et Hiroshima, voilà les nouveaux "burakumin" de Fukushima, avec pour  dénominateur commun : la discrimination ! 

 « Lorsque j'ai vu les visages de ma tante et sa famille, j'y ai lu la peur panique d'être contaminé. Cette épouvante était incontrôlable ; à tel point que leur première réaction a été de nous laisser dehors. Nous y sommes restés un long moment. Une fois entrés, la conversation tournait autour d'un seul sujet : celui de notre départ immédiat vers un centre d'évacuation. » (Naoto Matsumura p.62)*

 Témoin de la catastrophe nucléaire, le combat de Naoto, devenu figure emblématique pose la brûlante question  de l’existence même des centrales nucléaires. A l’heure,  où  les conséquences de l’accident de Fukushima sont encore difficilement évaluées avec pourtant  des morts par milliers, un impact sur la santé des personnes touchées,  des enfants jouant au milieu des déchets radioactifs, une agriculture contaminée, un Pacifique qui chaque jour qui passe est davantage pollué, la question du déni  reste entière. Fermer les yeux, faire semblant de rien, jusqu’à quand ? Jusqu’au dernier homme ?

 A l'occasion du 3ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, Naoto Matsumura est invité en Europe. A Paris,  dès le 4 mars, après 10 jours, il continuera son périple  jusqu’à la Centrale nucléaire de Fessenheim.

Puis la Suisse : 

 18 mars :  conférence à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne

19 mars :  matin, vigie devant l’OMS avec Independant Who à Genève

 

 pour en savoir plus :

http://www.ledernierhommedefukushimaafessenheim.com/

http://www.fukushima-blog.com/

 

*  : citations issues du livre d’Antonio Pagnotta : « le dernier homme de Fukushima » publié aux éditions Don Quichotte en mars 2013


PHOTOS DE ANTONIO PAGNOTTA AUTORISEES PAR L'AGENCE COSMOS 

21:03 Publié dans Développement durable, Résistance, Solidarité | Tags : naoto matsumura, fukushima, tomokia | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |