12/03/2010

Voile sur la République

table_ronde.jpgSans m'y attendre le moins du monde, je remplace au pied levé Dounia Bouzar, française d'origine algérienne,  anthropologue, éducatrice spécialisée,  figure incontestée qui traite des questions de jeunesse musulmane en France et particulièrement dans les banlieues. Elle ne peut se rendre pour des questions de santé au Festival du film et forum international sur les droits humains et participer au débat qui suit le  documentaire "Voile sur la République".

A 13h on me demande ainsi de la remplacer pour 20h , je réfléchis : Meyrin, Avanchets, Lignon, Onex, je cherche dans la banlieue genevoise un thème commun avec les banlieues françaises.  Force est de conclure qu'on n'a pas de banlieues à Genève, pas de ghettoïsation encore des quartiers. Pas trop de voiles, une piscine séparée hommes-femmes aux Pâquis, mais les musulmans n'y sont pour rien sur ce coup-là.

 

J'hésite, cheveux couverts, découverts, jupe, mini-jupe, pantalon. Une casserole sur la tête, un parapluie, un couvre-chef, un couvre-feu ?  J'opte pour mon "éternel" béret noir à pois blancs qui va avec la jupe et l'écharpe. Dans un sachet, j'embarque mes livres "Les météorites d'Allah", sait-on jamais, ça fait des semaines que les livres  sont dans ma voiture: diffusion comme une autre, je paie mes amendes avec mes bouquins !

Parmi les panelistes, l'imam de la mosquée Youssouf Ibram et éminent membre du Conseil européen de la fatwa - à qui je pourrai remettre un de mes livres,  je finirai par recevoir une fatwa sur ma tête qui me tiendra chaud au crâne pendant ces jours hivernaux - Hafid Ouardiri, l'animateur Marc Semo, journaliste à Libération, un spécialiste suisse, Lathion de l'Observatoire des religions, le réalisateur du documentaire Bernard Debord. Je comprends l'angoisse des organisateurs Yaël Reinharz Hazan et Léo Kaneman à l'annonce de l'absence de Dounia, c'était la seule femme.

En voyant la salle bondée, je me suis demandée ce que je faisais là au juste. Le film est projeté sur les musulmans du Nord à Roubaix, ce ne sont plus des Cht'is mais des Cht'eus.  Le  film soulève légèrement le voile sur les problèmes identitaires, d'intégration, de chômage, de courants différents. C'est pire qu'au bled !

Dans le fond, je suis juste là finalement pour défendre ma laïcité, toutes voiles dehors je fonce sur  la nécessité de "paix sociale".

Deux femmes voilées, une d'origine suisse allemande et l'autre anglaise prennent la parole . La preuve qu'elles sont intégrées malgré leur voile. Le voile comme choix, ni soumises, ni contraintes à le porter.  Ouardiri se fait laver la tête parce qu'il  a lâché  "nos amis juifs appartiennent à une communauté très organisée et sont riches", une femme hurle au scandale.  Juste à côté d'elle, je reconnais mon pote juif assez fauché, je pense l'inviter à manger un couscous à l'occasion, du reste.  Il n'a que des petits boulots par -ci, par -là.  Un Néerlandais, lève la main "Moi, je ne suis pas raciste, mais ....." j'adore ce genre de phrases censées vous paralyser le cerveau face aux horreurs qui vont être lâchées. Et il se laisse aller effectivement.

Je pense à un de mes billets sur le sujet "la folie dernier rempart contre l'intégrisme: ultime forme de résistance", je pourrai me mettre debout sur la table et  faire la danse de St Guy, en me défaisant,  un à un,  de tous mes voiles qui obscurcissent ma vue et ma pensée. Je goûte avec bonheur à ma laïcité, que je déguste à petites doses, en traits ironiques, c'est tellement bon, néanmoins, on se sent si seul à ne rien revendiquer, à ne rien affirmer, à ne rien défendre, le bonheur mobilise moins de passion que la haine .....

Le programme du FIFDH - http://www.fifdh.org/

13:35 Publié dans sociologie | Tags : voile sur la république, météorites d'allah | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |