05/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : La souffrance

3.jpgLa souffrance : Fait de souffrir, de ressentir une douleur physique ou morale et sa cohorte de synonymes : affliction, blessure, chagrin, déchirement, douleur, épreuve, mal, peine, torture, tourment.

"Souffrir" provient d'un mot latin signifiant "supporter" dans le sens d"être assujetti" ce qui implique que la souffrance nous asservit et nous transforme en esclaves, nous voilà donc dans notre propre vie, pieds et poings liés enchaînés à notre souffrance,  on se traîne tenus que nous sommes par la laisse de cette douleur qui nous freine. On la subit à un point tel qu’on se pose inlassablement la question “Pourquoi ? Pourquoi moi et pas les autres ?” comme si de l’extérieur la souffrance serait venue s’accrocher à nous uniquement; tel un lierre qui s’enroule autour de l’arbre et finit par l’étouffer. Elle nous coupe du monde, nous isole, nous enferme. Comme si ce n’était pas assez d’avoir la souffrance, cettte dernière invite son amie la solitude à se partager le repas de notre vie;  à l’engloutir lentement, inexorablement, ne laissant que quelques miettes de ce qui est supposé rester de nous .

On parle plus volontiers de douleur qui induit forcément aussi un état de souffrance, et inversément, parce que la douleur est d’ordre physique et peut être éventuellement contrôlée et soignée, les moyens de lutte s’intensifient au niveau technique et  médical , quant à la souffrance  parente pauvre un peu laissée-pour-compte, elle est plutôt d’ordre psychique, si quelqu’un nous dit “J’ai mal aux dents” on lui conseille d'avaler un analgésique, par contre si “quelqu’un vous dit souffrir” il vous plonge directement dans la panade. Pour savoir ce qu’il a , il va falloir entrer dans sa tête et son âme et traverser avec lui les labyrinthes profonds et sombres des affres de son psychisme tourmenté. Alors vous la connaissez tous la formule consacrée ? Excuse-moi, je n’ai pas le temps, je dois foncer à un rendez-vous, mais courage hein ! On s’appelle, on s’fait une bouffe un d'ces jours !”

Evidemment on reste très étonné, “Pourquoi moi et pas le voisin qui tond sa pelouse en sifflotant tandis que je souffre en silence dans mon coin ?”- “Comment cela est arrivé ?” On serait même presque un peu jaloux de ceux qui ne souffrent pas. Et l’ennui c’est que même s’ ils souffraient, nous ne pourrions partager, car la souffrance est une sensation individuelle propre à chacun, sans partage, unique, subjective.


D’un point de vue philosophique, la souffrance n’est pas un problème et donc il n’y a pas de solutions puisque ce n’est pas un problème, elle donne donc à penser, sans fin, sans conclusion, elle est opposée à un savoir qui suppose un processus logique avec son début et sa fin. Tandis que cette souffrance pensée navigue en nous , insaisissable. L’approche scientifique d’un problème pose sa solution, et la souffrance n’est pas un problème scientifique avec son résultat. Donc le traitement de la souffrance consistera à la rapprocher le plus près possibe d’une activité rationnelle qui est plutôt en lien avec la connaissance que la pensée. Savoir permet d’agir sur …….. penser est un long chemin infini, d’où la nécessité de rationaliser, mais à trop rationaliser on empêche l’individu d’avancer sur ce chemin qui lui fait tant mal et qui pourtant le mène droit vers la volonté de puissance.

Et cette sacrée souffrance impossible de la fuir, elle est ancrée en nous, on ne peut pas échapper à soi-même. On trouve toutes les excuses pour justifier cette présence insoutenable “triste enfance, femme ou mari abandonné, maltraitance, pas de chance dans la vie , je suis laid, mauvais, mal aimé, la maladie, la guerre etc… Nous avons toute la panoplie possible des souvenirs auxquels rattacher et ancrer cette douleur intériorisée. Certains passent à côté et d’autres saisissent tous ces souvenirs pour laisser la souffrance les envahir.  Elle nous rappelle notre altérité, c’est cette part de moi-même que je ne maîtrise pas, sur laquelle je n’ai aucun contrôle. Elle empêche la volonté de puissance, le surhomme, elle me réduit et me tient dans ma condition humaine d’ex-istant, d’espérant, elle m’empêche de devenir ce surhomme rêvé par Nietzsche et pour mon plus grand bien:  elle empêche la mort de ma pensée.

Cette souffrance qui vient s’acharner comme venue de l’extérieur présuppose une antériorité à la souffrance qui est venue s’engouffrer dans les failles de mon existence et qui est devenue une partie de moi, et cette antériorité peut éventuellement s’appeler Amour, antérieurement à la souffrance, il y avait de l’amour, c’est un peu la nostalgie du Paradis perdu.
Dorénavant il me faut composer avec , je ne peux pas me fuir pour échapper à la souffrance, sortir de moi et lui laisser toute la place, donc il va falloir négocier ferme la cohabitation. Et toute l’affirmation de mon être est là au coeur de cette bataille qui a pour ultime mission de vivre en harmonie avec moi-même. Me voilà condamné à attendre, à espérer, à me projeter plus en avant vers “l’avenir”, la souffrance m’oblige à me projeter vers un ailleurs dans le temps et qui fait espérer : “quand je me sentirai mieux, lorsque je serai enfin aimé.” La souffrance m’oblige à attendre avec impatience l’avenir, en quête d'amour, l'être souffrant est prêt à donner, à s'offrir en don, donner son existence entière pour retrouver cet amour perdu, cet amour gratuit, paradoxalement elle devient une promesse d’avenir et en même temps il faut rassurer sur le fait d’être aimé ou pas, de retrouver la condition idéale parfaite de lorsque j’étais empli d’amour, sans souffrances, retrouver mon Eden : l’Amour.


La souffrance marque ainsi son rôle, elle est porteuse d’espoir, il ne reste plus qu’à attendre patiemment et le drame de celui qui souffre est en réalité son impatience car il ne sait plus trop où il va, il ne se sent pas avancé, alors qu'en réalité, il a déjà entamé tous les  chemins de l'espoir.


Et voilà finalement notre drame humain  :”il faut donc choisir de deux choses l'une : ou souffrir pour se développer, ou ne pas se développer, pour ne pas souffrir. Voilà l'alternative de la vie, voilà le dilemme de la condition terrestre.” Théodore Jouffroy.

 

(entre autres lectures pour cet article Jean-Pierre Lalloz : La douleur et la souffrance)

 

A venir : La Haine, la Colère........., et puis viendront par la suite,  rassurez-vous,  les mots qu'on aime tant : Bonheur, Amour, Joie, Séduction etc....

16:11 Publié dans philosophie | Tags : la souffrance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |