04/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : La honte

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La conscience que nous avons de notre corps regardé par autrui nous fait rougir.  Aussi la rougeur de la honte montre combien le regard d’autrui peut nous affecter et qui prouve par cela notre lien à l’autre. C’est un message envoyé à l’autre qui est langage commun, l’autre me ressemble et se perçoit à travers moi. La révélation sur nos joues empourprées des zones secrètes et vulnérables qui viennent se poser comme autant de secrets révélés au grand jour.
Dans les fortes communautés aux normes très établies et dogmatiques, la honte est un sacrilège des codes moraux d’honneur qui régissent une société et qui a pour fonction de préserver son "équilibre". Les règlements d’honneur sont pléthores au sein des groupes communautaires liés par des codes connus  et intériorisés de tous , la transgression par un seul membre ternit la communauté entière qui se verra contrainte de sévir pour rétablir l’honneur perdu. En général, la violence est proportionnelle à la honte, elle se rachète dans un bain de sang : rituel purificateur. Exemple, la lapidation des femmes qui ont déshonoré leur mari, il faut laver la honte par la mort de celles-ci. (châtiment atroce injustifiable et condamnable, de tels actes moyen-âgeux ne devraient plus exister au XXI ème siècle)

La honte est aussi une infatuation narcissique du sujet brutalement démasqué par le regard de l’autre. Les enfants et les adolescents ont facilement honte, ils se contruisent à travers le regard d'autrui  dont le jugement est si important, essentiel  et qui participe à la construction de leur identité encore si fragile et si vulnérable.

 

 

En mars dernier Boris Cyrulnik nous a offert à Genève une conférence à ce sujet. Il a défini la honte  comme une expérience émotionnelle pénible. Elle est coûteuse et d’un point de vue physique “dépense une énergie folle”. Il a notamment cité les enfants de la honte . Enfants issus de viol dans le cadre d’un conflit et ensuite maltraités par leur mère. La honte de la mère violée rejaillit sur ses enfants.

Dans le cadre de la rédaction d'un roman, je me suis rendue plusieurs  fois à  à Sarajevo, et quel constat terrifiant de comprendre à quel point la chape de plomp était tombée sur les femmes violées durant le conflit et qui, elles,  préfèrent le silence à l’opprobe général. Par conséquent la société entière porte sur ses épaules le poids du silence pour échapper au déshonneur , ne pas rajouter à la souffrance par les révélations des horreurs subies,  ne pas raviver le sentiment d’échec des hommes de n’avoir pas réussi à protéger leur mère, leur femme, leur soeur, cousine. La société entière semble s’être refermée sur cette blessure et par là même se reconstruit au prix du sacrifice individuel des femmes violées qui ne pourront pas se libérer de la violence subie et qui s’auto-censurent sur les viols commis à leur encontre.

Il pourrait paraître que moins le sentiment communautaire est fort, plus l’individu est seul face à lui-même, moins il se sentirait  touché par le regard des autres, il ne se sent pas d’appartenance particulière à un groupe quelconque et donc le regard de l’autre qui juge le laisse indifférent.  Il y a peu de chance que ces sujet-là se fassent Seppuku, suicide par éventration, pour échapper à la honte lorsqu’on a échappé à son devoir.

Et parmi nous aussi, il existe les “sans honte” ceux que rien ne feraient rougir, ce qui faisait dire à Saint-Augustin, il est honteux d’être sans honte. Les pervers éventuellement ne rougissent de rien ,ils manquent d’empathie, le regard des autres les laisse de marbre parce que les autres n’existent tout simplement pas à leurs yeux.
Entre deux, on pourrait conclure avec Nietzsche qu’un homme libre, sûr de lui, n’a plus vraiment honte de lui, il s’assume à son propre regard et à celui des autres. C’est le sceau de la liberté acquise . Ne plus avoir honte

23:31 Publié dans philosophie | Tags : la honte | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | |