22/01/2016

Tunisie- D'inertie en incompétence

MANIFESTATION-TUNISIE-550x309.jpgLe soulèvement vient des mêmes régions d’où est partie la Révolution, après Mohammed Bouazizi immolé par le feu à Sidi Bouzid, voici la mort du chômeur Ridha Yahyaoui à Kasserine, le 16 janvier, électrocuté après être monté sur un poteau électrique duquel il manifestait après son retrait d’une liste prioritaire d’embauches au sein du Ministère de l’Enseignement.
Que s’est-il  passé depuis le 14 janvier 2011, date du départ forcé de Ben Ali ? Rien, ou plutôt si, une augmentation du chômage qui atteint 15% des jeunes et 40% des diplômés, mais qui frappe de plein fouet plus de 30% des jeunes dans les zones délaissées du Sud. Les régions du Sud sont toujours aussi défavorisées et menacées directement par la mouvance djihadiste. Un jeune me disait : »mon diplôme est juste bon à être transformé en cône en papier pour glibettes (graines de tournesol) au moins qu’il serve à quelque chose et à quelqu’un !».

Entre le marteau et l’enclume, les pauvres ont le choix entre encore plus de pauvreté ou plus de radicalisme forcé.

Et le gouvernement tunisien dans tout ça ? Déchiré, les luttes intestines sont la priorité d’un régime sans vision, sans projet, incapable de faire face aux revendications sociales. Beji Caïd Essebsi est plus préoccupé de mettre son fils Hafedh, en place que sortir les jeunes de la précarité. Ennahdha a depuis longtemps fait preuve de son incapacité à sortir le pays de la crise, bien au contraire, il pensait l’entraîner dans les bas-fonds de l’obscurantisme.


C’est une colère qui couve, un désenchantement infini qui trouve ses racines dans l’incapacité à créer des emplois, à réduire les inégalités régionales, un pays qui se glorifie de recevoir un prix Nobel de la Paix, sans pour autant qu'il exige la rétrocession de l’argent volé de Ben-Ali, près d'un milliard de francs suisse qui dorment encore dans les Banques suisses. L’argent lui aurait été plus utile qu’un écran de fumée.

Cinq ans de promesses, de divagations et de tergiversations sans résultat.. Et quelle est la réponse du gouvernement, aujourd'hui ? : un couvre-feu , tel un couvercle posé sur une cocotte-minute prête à imploser, plus d’autoritarisme pour toujours moins de solutions.

Et force de constater qu’une Révolution n’a lieu que lorsque le système change, mais rien n’a changé, ce ne fut qu'un mouvement social sans effet ! D’inertie en incompétence, le pays à la dérive nage en pleine déliquescence. Pour changer le pays, il faut changer le système des castes, des clans, des nantis, éradiquer la corruption qui règne en maître. S'appuyer sur le 50 % de la matière grise non employée, celle des femmes.En attendant, les seuls qui proposent un changement de système et qui ont une vision ce sont les djihadistes à force de terrorisme et pas pour le meilleur.  Eux ont un projet de société quand bien même il nous horripile, en face pour résister le néant d'une société indolente et amorphe, incapable de lancer le moindre programme de reprise économique, incapable de dessiner un avenir à sa jeunesse désespérée, "morte depuis 20 ans", une jeunesse livrée aux promesses fallacieuses d'un Paradis sans chômage et sans souffrance, en face, en lieu  et place de résistance,  le silence abyssal d'un néant vertigineux.

Pas d’effet d’annonces irréalisables, écouter les revendications et y répondre, il faut le changement à tout prix, hic et nunc !

Paix à la mémoire de Ridha Yahyaoui, 26 ans, victime de la corruption et qui a vu son nom disparaître d'un liste prioritaire pour l'embauche de fonctionnaires et qui aboutira sans doute à une enquête bâclée .

 

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article repris par le journal numérique tunisien en ligne kapitalis

http://kapitalis.com/tunisie/2016/01/24/tunisie-dinertie-en-incompetence-le-changement-se-fait-attendre/?upm_export=pdf

21:16 | Tags : tunisie, kasserine, sidi bouzid, gafsa | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |