07/06/2014

C’était mieux avant- Le mythe de la génération sacrifiée

c-etait-mieux-avant-le-syndrome-du-retroviseur-patrick-nussbaum-gregoire-evequoz-9782828914141.gifNous avons tous entendu un jour ou l’autre ces assertions amères  : "Les pauvres jeunes d’aujourd’hui, quand je pense à mon époque on fricotait joyeusement sans se soucier du Sida, on partait à l’aventure au petit bonheur la chance sans craindre pour sa vie  » ou « de mon temps, tu cherchais un boulot, le vendredi, le lundi matin t’étais en poste, t’avais l’embarras du choix, et ce sont les patrons qui n’avaient qu’à se tenir à carreau, sinon on partait voir ailleurs si l’herbe y était plus verte ! » - « Plus de boulot, plus de logement, la planète est pourrie ! » Qu’est-ce qu’on leur a laissé comme héritage à ces jeunes ?  Mais qu’est-ce qu’on a fait ?

"C’était mieux avant ou le syndrome du rétroviseur" des deux auteurs Patrick Nussbaum et Grégoire Evéquoz répond en partie à cette  nostalgie du passé, récurrente à toute époque et celle-là même qui faisait dire,  dès 1797,  à  Chateaubriand dans son Essai historique :  « Nous avons le malheur d’être nés au moment d’une de ces grandes révolutions : quel qu’en soit le résultat, …la génération présente est perdue. « . Cette corrélation étroite entre la révolution et la génération sacrifiée présuppose que le changement est vécu comme source de rupture inéluctable.

Les jeunes sont embarqués dans le mouvement nostalgique de leurs parents et qui les touchent de manière particulière. Ils reprennent le discours des anciens teintés d’une nostalgie historique  tout en restant orientés vers l’avenir, et donc  vers l’espoir.

La publicité se réapproprie le thème du « c’était mieux avant » et lance des produits des  sixties,  et seventies avec pour slogan : »Retour en enfance » mais qui touche davantage des jeunes qui n’ont pas eu cette enfance-là, plutôt celle idéalisée de  leurs parents.

 

Les générations se côtoient, cinq parfois simultanément : les vétérans, les baby-boomers, les « X ». les « Y », les « Z » surnommés les « digital natives » ou génération « zapping ». Tous différents, les révolutions soit historiques, soit techniques sont derrière  chacune d’elles. Fini le temps de la reconnaissance professionnelle,du travail pour la vie. Les membres de la génération "Y" privilégient l’amour, le « tout de suite », les loisirs et qui fait dire aux responsables de ressources humaines : "Les jeunes, ils ne veulent plus bosser.  Ils ne pensent qu’aux loisirs ! » alors qu’en réalité cette génération travaille différemment et s’investit autrement. De tous temps on a critiqué les jeunes, même un Platon ou un Hérodote ou un Hésiode s’en sont plaint amèrement. « Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux » inscription ô combien significative sur une poterie datant de 3'000 ans avant Jésus-Christ.

 Un sondage montre  que 70% des jeunes sont pessimistes,  raisons mises  en cause : chômage, montée des extrêmes, augmentation des impôts, insécurité, changements climatiques, difficulté de se loger, etc.  Logement et emploi tiennent le pompon des craintes et des raisons d’être pessimistes.  Convaincu que c’était mieux avant, un jeune clame qu’ils sont une génération sacrifiée et d’affirmer : »Nos parents ont vécu les Trente glorieuses, nous allons vivre les dix pourries. »

Toutefois, lorsque l’enquête porte sur leur avenir personnel et leur propre situation, ils sont plus de 70% à être optimistes sur leur épanouissement et 60% sur leurs perspectives professionnelles, en particulier.  En conclusion, ils sont peu confiants en l’avenir de la société, mais confiants en leur avenir personnel et ils ont l’intime conviction qu’ils vont s’en sortir.

La jeunesse reste optimiste pour son avenir, loin du syndrome du rétroviseur. Alors qui doit changer la donne ? Sans doute l’ancienne génération en plein désarroi qui culpabilise tandis qu’en réalité, les jeunes seraient davantage préparés à la crise, mieux formés, désireux de prendre leur temps, plus entreprenants et créatifs, avec un meilleur sens de l’adaptation et une meilleure connaissance de soi , plus sensibles à l’écologie. 

Qui est vraiment sacrifié dans l’affaire, les anciennes générations qui peinent à retenir  le temps qui leur file entre les doigts ? S’accrocher au passé est une autre façon de s’accrocher la vie et retenir le temps qui court.

C’était mieux avant ou le syndrome du rétroviseur  de Patrick Nussbaum et Grégoire Evéquoz – Editions Favre SA – mars 2014 

Suivre l’émission rtl.fr du 27/05/2014 « On est fait pour s’entendre » de Flavie Flament , un témoignage d’une grand-mère enthousiaste sur notre époque. 

21:03 | Tags : génération sacrifiée, x, y, z, syndrome du rétroviseur, rtl | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook | | |

27/05/2014

C’était mieux avant – Tout fout le camp, même l’orthographe !

images.jpegDe mon temps, je m’en souviens comme si c’était hier, tous les jours, sans exception, on avait droit à la dictée et les punitions qui consistaient à recopier des pages et des pages de Balzac ou de Victor Hugo ; la page inondée de larmes sur les Misérables.

Aujourd’hui,  lorsque je lis des SMS, mon échine se rigidifie, les cheveux se dressent sur la tête, et je décrypte tant bien que mal la nouvelle langue et finis par lâcher : « L’s tomB » les jeunes ne savent plus écrire.

 Un essai  « C’était mieux avant » ou le syndrome du rétroviseur écrit à deux mains par Patrick Nussbaum et Grégoire Evéquoz, le premier politologue et  le second psychologue,  apporte un éclairage intéressant et explique de manière simple un phénomène qui nous frappe de plein fouet sous les traits de la nostalgie. 

 

Qu’est-ce qui se cache derrière la nostalgie de l’exaltation post-soixante huitarde ?  Avec l’orthographe, c’est une ère qui est passée. Peu à peu, on s’est tricoté des regrets jusqu’à plus soif d’un monde qu’on a aimé et qui nous échappe. Avec la rengaine du qu’allons-nous laisser à nos enfants derrière ?

 

L’orthographe cristallise parfaitement cette dichotomie;  ce fossé qui ne cesse de se creuser entre hier et aujourd’hui.  Une orthographe sacrée et totalement désacralisée, avant il suffisait de lire une lettre pour placer son auteur dans la  catégorie sociale à laquelle il s’apparentait.

Fort de ce constat, il est nécessaire de se demander si l’orthographe est-elle  modernisable ? La technologie y répond largement, chats, Twitter, Facebook, sms, Whatsup ont  réinventé le langage, la façon d’écrire et de s’exprimer. Derrière la nostalgie, se cache la difficulté d’intégrer la révolution, une révolution numérique qui a explosé les schémas classiques et ce n’est pas tant ce changement qui fait souffrir plutôt qu’une évolution vers un nouveau monde ; celui du numérique et des nouvelles technologies qui font que tout va plus vite, le temps vous glisse entre les doigts, les choses se réalisent  trois fois plus vite. Des repères explosés par l’arrivée d’outils performants qui permettent aux humains le dédoublement et créer « une humanité hybridée »,  un mariage inévitable entre la machine et l’homme.

Selon  Francis Jutang, cité dans la Métamorphose numérique:   « Nous sommes à l’amorce d’une bifurcation ( …) qui demande de réinterroger les fondements de l’être et de la société, de chercher le sens du projet humain au cœur de la métamorphose numérique, et d’utiliser le potentiel de coévolution entre l’homme et ce tissu numérique intelligent, ainsi qu’entre l’homme et la nature, pour permettre à 10 milliards  d’humains de partager leur terre, d’y prospérer et d’y créer. »

 Ça vaut bien quelques fautes d’orthographe, n’est-ce pas  !

 

 Prochain billet « Le Mythe de la génération sacrifiée « 

 

C’était mieux avant ou le syndrome du rétroviseur  de Patrick Nussbaum et Grégoire Evéquoz – Editions Favre SA – mars 2014