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06/12/2009

La folie dernier rempart contre l’intégrisme : ultime forme de résistance

                            images.jpgSi un thème est bien récurrent dans le monde arabe, c’est celui de la folie. Pour Khalil Gibran, c’est Youhanna le fou “qui ose dire la vérité”, dans son dialogue avec Dieu on retrouve un refus de la relation traditionnelle, il propose une nouvelle relation à Dieu. Celui qui ose mettre à bas les valeurs et les traditions obsolètes. La folie, affrontement contre les idées reçues est largement accepté dans la bouche de celui qui a perdu la raison. Tahar Ben Jelloun avec “Moha le Fou, Moha le Sage” autorise son mendiant à interpeller sur la place publique les passants, tout en brûlant les billets de banque, il met en doute toutes les fausses croyances: l'argent, l'occidentalisation, la religion, le pouvoir, le torture et on le laisse dire,  cet homme pauvre  qui s’est détaché de toutes ses chaînes, celui qui a enfin retrouvé sa liberté de parole et de pensée. Sa folie l’a rendu libre,  sa folie l'a rendu sage.

Schizophrénie sociétale ? On laisse parler les fous et on les écoute attentivement. Ils deviennent critiques de la société dans laquelle ils évoluent. La folie est-elle le langage des anges qui ont renoncé à la religion des humains ? Le seul espace possible d’expression critique. Vent impétueux qui souffle sur tout ce qui est figé, dérange, interpelle. Les auteurs arabes n’hésitent pas à planter dans leur décor, un personnage central qui interroge le monde et plus aucune force, ni étatique, ni religieuse ne réussit à entraver ce flot d’expression libre parce que ces personnages “dé-socialisés” sont ceux qui ont soif de changement et de vérité. Ils ne sont plus soumis à aucune censure, ignorant toutes les frontières, ils avancent seuls dans leur désert avec leurs mots et leurs maux  qui se réapproprient la parole censurée. Mis au ban de la société, ils l’observent avec d’autant plus d’acuité et réintègrent par là leur propre humanité.

Dans Jounoun (folie) pièce tunisienne de Fadhel Jaïbi écrite par Jalila Baccar, le schizophrène,  Noun, nous suggère  comme dans une confidence, dans un long murmure que sa part féminine,  sa sensibilité, sa dimension fragile , voire quasi féminine ne peut s’exprimer que dans la folie dans ces sociétés à forte domination masculine où il faut être fort et invincible.

Alors on soupire , “meskine” qui signifie “le pauvre” mais on l'écoute avec passion. Eloge de la folie.

Qui oserait lancer une fatwa contre un fou?

00:45 Publié dans sociologie | Tags : folie | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | |