24/12/2011

Buenos Aires « cartonne »

DSC01589.JPGBuenos Aires - Installée depuis quelques jours dans le quartier-bohème artiste de San Telmo, j'observe avec attention, les porteños,   plus de 12 millions d'habitants pour une des plus grandes métropoles du monde , mais la capitale très étendue offre un cadre de vie plutôt agréable.

A quoi ressemble précisément un Argentin ? C'est un véritable défi que d'y répondre d'une traite. L'Argentine est un creuset multiculturel, héritière des flux migratoires liés  aux  bourrasques de l'Histoire européenne qui les ont poussés jusqu'aux rivages si lointains.  L'arrivée des Espagnols, le massacre des Indiens (votre interlocuteur argentin vous le mentionne toujours comme une ancienne culpabilité qu'il traîne comme une vieille casserole  encombrante) l'arrivée massive des Européens fuyant la deuxième guerre mondiale ou se cachant en Amérique Latine . Maintenant, c'est l'arrivée massive des Boliviens qui profitent des soins gratuits et des  études universitaires à l'œil qui exaspèrent les Argentins . Un Argentin lucide me faisait la réflexion suivante :"On ignore la pauvreté qui finit par frapper un jour à votre porte!"

On plonge dans un matériau humain aux mille composantes. Il en résulte que votre chauffeur de taxi est d'origine sicilienne et comme en Sicile,  il oublie de mettre le compteur en marche.  Le vendeur de saucisson et de fromage au marché de San Telmo est d'origine française par son grand-père né à Pau, la ville des parachutistes demandé-je ? Non ! Il se redresse , fièrement, tous ergots dehors, c'est la ville de Henri IV . Je ne discute plus le choix des références de la ville, c'est son histoire, il a été nourri avec des légendes de sang royal plutôt que des  faits d'armes par l'ancêtre  français.

En face chez Habibi, cocina arabo, c'est un Palestinien qui a ouvert un restaurant genre caverne d'Ali Baba . Voilà un peu une brève esquisse de cette population argentine, une Argentine qui reste au demeurant profondément attachée à ses racines européennes et qui semble moins tournée du côté des Etats-Unis.

Mais eux tous parlent cette langue magnifique, un espagnol enrichi du "Che" musical, chamarrant la langue d'un charivari de doux chuintements qui font chavirer les coeurs et charment les sens. Un "Che" qui est devenu le surnom de Ernesto Guevara, clin d'oeil cubain à cette particularité de la prononciation argentine où tous les sons en "lle" sont embellis en che.

En fin de journée, il est intéressant de découvrir « los cartoneros », ces hordes de pauvres qui avancent dans les rues en tirant des charrettes derrière eux, ou des caddies vides et qu'ils rempliront de récupération de déchets à recycler et qu'ils  revendront au kilo. Ils plongent dans les containers de détritus, ils les explorent, les farfouillent, les trient, les exploitent de fond en comble, transformant les rues en chantier ouvert et recouvert de détritus de toutes sortes . On a vu ce phénomène apparaître après  la crise de 2001,  fidèle a la tradition sud américaine, los cartoneros sont organisés en syndicat puissant de recyclage de déchets. Les  habitants trouvent cela un peu gênant mais surtout très utile pour les pauvres et le recyclage, dans le fond c'est écolo.

Le matin tout le monde  balaie , récure, frotte devant son entrée, à grands coups de baquets d'eau pour faire oublier le passage des cartoneros , il ne nous reste plus qu' à  éviter d'en ramasser  plein les jambes . D'un pas alerte, je me dirige vers la librairie "Le Rufiano melancolico" qui regorge de livres dont de vieilles éditions françaises ramenées par les premiers migrants et vendus pour une bouchée de pain.

DSC01565.JPG

 

Une autre activité tout aussi intéressante est la promenade des chiens par des promeneurs attitrés, un métier comme un autre, cinq laisses de chaque côté, la dizaine de chiens se laissent traîner, ils sont collés les uns aux autres, disciplinés, ni aboiement, ni agitation. On croirait une sortie de crèche canine.

On se plaît à imaginer leur maître en regardant le style de chaque  bête. Dos voûté pour l'un, démarche fière pour un autre, tiens celui-là avec ses airs de caniche de salon, une chaîn e dorée au cou. Je leur préfère les bandes de chiens errants avec leur air canaille  qui déambulent comme un groupe de soudards évitant les voitures, titubant,  zigzaguant, excédés par la circulation .

 

 

JOYEUX NOËL A TOUS !

 

Photos D. Chraïti

 

02:08 | Tags : argentine, buenos aires | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |