24/10/2016

L’asile en exil

images.jpegUn travailleur social me disait récemment qu’il ne lisait plus la presse, ni ne regardait la télévision pour tout ce qui touchait aux réfugiés, - lui-même actif dans le domaine de l’asile, - car ce qu’il voyait sous ses yeux devenait immonde et un jour semblable à un Kapo des camps de concentration, il serait obligé de s’expliquer sur la politique d'extermination menée à l'encontre des réfugiés.

Je lui rétorquai que pour ma part, je lisais la presse mais constatais surtout l’enfumage, le brouillage des pistes de compréhension, observais la dérive sémantique , l’apparition de mots nouveaux parfois dénigrants :  « illégal », « réfugiés-terroristes », «  flux-flot-vague-tsunami" pour parler de réfugiés , la réapparition de termes chargés d’histoire « Überfremdung ». ou la « barque est pleine. ». Statistiques tronquées, gonflées sur les "flux migratoires" comme si ce flux était associé à un écoulement de marchandises non autorisées par les accords de libre-circulation sur les biens, chosification voulue.  Les mots ont toujours été les soldats annonciateurs de toute propagande et de toute forme d'autoritarisme, soumettre le langage, c'est soumettre la pensée. Il faut les analyser de très près, étudier le vocabulaire de la déshumanisation qui ouvre la voie aux pires horreurs.

Et de s’étonner, première étape de toute réflexion philosophique. Qu'advient-il de l’idéal kantien et de son droit d’hospitalité , condition de la paix universelle et de la reconnaissance des peuples ? Pourquoi l’Union européenne devient-elle cette forteresse à l’intérieur de laquelle le monstre se profile avec ses armes : la haine, la peur, la manipulation des masses ? Comment peut-on accepter de restreindre nos libertés au nom de cette peur manipulée ? Mais encore et plus grave, comment peut-on rejeter des enfants, des femmes et des hommes à la mer, les enfermer dans des camps de rétention que José Manuel Barroso n’hésite pas à déclarer « camps de concentration ». Enfermés, à notre tour dans cette tour avec le monstre qui se renforce chaque jour, nos libertés sont en péril, nous avons même accepté la loi sur le renseignement, atteinte à toute vie privée alors que la plupart des terroristes étaient fichés et connus de la police, parfois surveillés. Nous reconnaissons-là le monstre, la bête immonde, les prémices de tout totalitarisme. Restreindre nos libertés sur l’autel de l’appareil militaro-policier dans une méfiance les uns des autres, exilés de nos propres libertés, exilés de la vie, exilés de la pensée.

Comment dans cette Europe mortifère n’arrivons-nous plus à comprendre le sens de la vie et accepter que des gens fuient leur pays en guerre pour sauver tout ce qui leur reste : la vie ! – Ne plus le comprendre, c’est accepter que nous sommes déjà des morts- vivants dans une Europe nécrophile capable d’envoyer des réfugiés à la mort en les renvoyant. Un déni d’hospitalité face à l’urgence de rester en vie. Le monstre est déjà entrain de nous dévorer, nous serons à notre tour bientôt des zombies incapables de se battre pour ce qui nous est le plus cher : La vie, puis notre capacité à être des hommes et de femmes libres !

Penser l’asile, c’est penser et penser reste un acte de liberté . Interroger l’histoire, la philosophie, revisiter Hannah Arendt, Rosa Luxemburg, Bourdieu et tant d’autres pour décrypter la tentation d’apartheid dans son ouvrage « L’évidence de l’asile ». C’est ce que nous propose la philosophe Marie-Claire Caloz-Tschopp dans un essai de philosophie qui offre à son lecteur une grille de compréhension de ce qui se passe dans ce chaos et ce bruit qui n’ont  que pour seul objectif de nous empêcher de penser et de comprendre les dangers qui nous guettent tous. Un ouvrage riche de réflexions et de pistes qui nous permettent de penser que nous sommes restés des humains encore aptes à accueillir l’hospitalité comme espace de vie.

Mme Calo-Tschopp rassurez-nous, sommes-nous encore vivants ? 

 

Une conférence à ne pas manquer sur « L’évidence de l’asile » animée par Marie-Claire Caloz-Tschopp.

 

La voici en ligne dans son entier - Merci à Andrey Art pour la réalisation


 

 

07:43 Publié dans philosophie, Résistance, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

19/05/2013

Ce qui n'est pas médiatisé, n'existe pas !

se-taire.jpgUn axiome inquiétant qui induit une redéfinition du monde et  nous pousse à nous interroger : qui décide quoi, comment, quand, pour qui , pourquoi, avec qui,  par quel biais ?  

 Est-ce une autre façon de dire que ce qui n’est pas mis en lumière, doit demeurer dans l’ombre ? Que ce que l’on ne voit pas doit rester secret. Ce dont on ne parle pas, ne doit pas mériter notre intérêt. 

Mais qui décide donc de ce qui doit être vu ?  Les médias ? Les politiciens ? Les groupes de pression qui ont les moyens de se rendre visibles et prêts  à confondre :  faire du bruit et fournir de l’information ? La triade : le propriétaire du journal, le marché, le journaliste ? Quelle interdépendance entre eux ? Qui a du pouvoir sur qui et jusqu'où ? Le journaliste "conseiller du roi"  le soutient ou soutient le groupement ou son idéologie jusqu'où et jusqu'à quand ? Quelle limite pour le journaliste à ne pas franchir, allié, puis ennemi qui a des informations "sensibles" et qu'il utilisera au service de qui pour quel nouveau prince ou roi ? Journaliste indépendant ? Ah, bon ! ça existe ? Information objective ?Ah ! Vraiment ? 

 

Rendre quelque chose de visible,  est-ce alors  une question de moyens ? Un paradigme cynique , en perspective. Seuls les nantis,  associés à des groupes de pression, les plus en vue, les stars  fabriquées de toutes pièces par les premiers, quand bien même n’ont-elles pas grand-chose à dire auraient le droit de dire ce qui doit être vu et dit  ?  Sont-ce les annonceurs qui paient des encarts  dans les journaux et dorénavant sur les sites  qui influencent  l’information et décident de ce qui doit être révélé, montré, tu, ou matraqué en boucle ?

Si tel est le cas, nous partons d’un postulat pour le moins  inquiétant. A lire ce qu’on lit, on peut effectivement comprendre qui a les moyens de rendre manifeste un type d’information qui nous est livrée en masse. Une manufacture de l’information qui sur-représente une position, un événement, un courant de pensée et qui prépare les groupes silencieux à ingurgiter ce que veulent  leur  faire avaler ceux qui détiennent le pouvoir et les finances et tirer encore davantage profit du silence. S' ils daignent   parler d’un fait social;  ce n’est qu’à travers quelque  faits divers, de façon anecdotique. Les faits divers peuvent être réutilisés ad infinitum et ad absurdum : « Un meurtre sordide, une occasion de relancer le débat sur la privatisation des prisons où on pourrait y faire travailler les condamnés et faire du bénéfice. Même les morts sont utiles à cela, instrumentalisés post-mortem  ! ».   On lance aux  pourceaux non plus  des perles, mais une bouillie infâme.

Une massification de l’information qui tourne en boucle et qui prépare la masse à ingurgiter un modèle sans voir là-derrière la manipulation d’un petit groupe qui appartient dans le fond à une élite « économique » ou/et  « politique » souvent la même et sur plusieurs générations. 

Des opinions faites et défaites sur le modèle de tout ce qui est « fast » , à savoir rapide et superficiel et surtout qui passe très vite, comme chat sur braise lorsqu’il s’agit des intérêts de la masse silencieuse et vouée aux gémonies. Des faits divers qui font croire qu’on a de plus en plus d’information, tandis que l’on nous désinforme et que la pensée s’appauvrit, le principal disparaît au profit du surmédiatisé d’un éphèmère déconcertant dont il ne reste rien, sinon du tapage assourdissant. 

Combien d’informations importantes nous échappent ainsi. Combien d’éléments nous manquent-ils pour analyser des situations dans leur ensemble et surtout les comprendre  ? 

Quelques questions qui nous forcent à penser qu’il est préférable de ne pas trop s’intéresser à ce que l’on voit, mais à tout ce qui reste caché, rester critique à l’égard de l’écho de résonance des nantis et toujous se demander :Quel intérêt ont-ils à nous révéler cela ou à  insister ? Et vous le trouverez tapi dans les bas-fonds.  L'intérêt !  cet appétit vorace des engrangeurs de billets.

Seule la connaissance du  terrain, au plus proche des réalités sociales  nous permet de comprendre  ce qui s’y  passe véritablement et permet de  faire circuler l’information auprès d’un ou plusieurs  groupes dont on assure le maillage communicationnel  ;  c’est bien-là où réside l’essentiel, dans la zone d’ombre que l’on camoufle avec subtilité, sur le terrain social qui vit et vibre dans les labyrinthes profonds d’une société qui s’illustre par le clinquant et qui aimerait que l’on continue à   « boulimiser » ce qu’elle nous balance à tire larigot. 

Ce qui est important n’est pas : ce qui est dit, mais ce qui est tu, ce qu’on voit mais ce qui ne se voit pas,  ce qu’on sait mais ce qu’on ignore;  c’est bien-là où tout se joue.

Sans doute les réseaux sociaux et les blogs sur internet  permettent  de relancer les cartes pour un nouveau jeu et faire sortir de l’ombre ce qu’on aurait voulu tant camoufler, à savoir des réalités sociales et économiques qui prouvent le triste état du monde et sa grande inégalité et injustice. En évitant soigneusement d'être financés pour éviter de se retrouver dans le cas de la presse classique.

Dans un  silence de plus en plus pesant, les damnés de la terre disparaissent. « Chut » surtout ne pas en parler ! On risque de se souvenir qu'ils existent ! 

 

(voilà pourquoi j'ai renoncé au journalisme et que je préfère les blogs où je ne touche pas un kopeck, mais exprime librement ce que j'ai à dire : le prix de la liberté ! même ça,  se paie et surtout ça   ....) 

 

 

 

 

10:27 Publié dans Médias, Résistance, Société - People, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

10/10/2012

BFM - HISTOIRE D'EAU

get_attachment-1.php.jpegLe Bâtiment des Forces Motrices, monument historique,  situé près de  la place des Volontaires,  garde un peu de cette dignité sereine,  de cette gloire passée et surannée au milieu du bruit et de la fureur moderne.

Avec ses hautes fenêtres imposantes, ses statues ornant la façade du bâtiment; témoins d’un temps révolu,  et qui voient paresser un fleuve nonchalant, aux allures changeantes,  revêtant tantôt sa houppelande sertie d' émeraudes et de diamants, tantôt sa cape d'un noir encre . Parfois devenu si calme, le monstre marin se mue en miroir et se reflète  dans le ciel pour en  épouser les couleurs chatoyantes.  

Dans les bras du Rhône, le monument « turrettinien »  un brin nostalgique, bercé par le doux bruissement de l'eau, se souvient du temps où il turbinait,  s’essoufflant, pressant, hoquetant , pompant,  investi de la plus haute mission , Ô combien noble,  qui était la sienne ;  fournir la ville en eau potable, abreuvant les habitants du fruit de son rude labeur. Une eau claire bénie par Neptune, Cérès et Mercure. Cette eau qui devint le rendez-vous des Dieux.

Après plus d’un siècle de bons et loyaux services, les turbines sont devenues muettes.  On a tenté de consoler les lieux fantomatiques  avec des pièces de théâtre, de la musique, on y a crée de grands évènements entre ces murs, autrefois si gais et devenus si  tristes ;  spectateurs de cocktails mondains, de  rencontres cérémonieuses et profondément ennuyeuses.

Soupirant d’ennui, rongé par le cafard,  frappé d’un mal « hydraulâtre », le monument sait que son destin n’est pas encore entièrement joué, qu’il a encore de grandes heures devant lui. Que l’eau ne se remplace par rien, ni musique, ni fanfaronnade.

L’eau qui coule et que l’on purifie  est  le plus gros enjeu du XXI ème siècle, en passe de devenir une richesse rare.  Les passants nostalgiques viendront, alors  admirer les turbines en souvenir de l’eau qui coulait et que l’on buvait. Ah ! La belle époque penseront-ils, des fontaines, de la transparence à flot, sans compter. Ils soupireront , de voir combien d’enfants ne connaîtront plus que l’eau en bouteille, privatisée, vendue à prix d’or. Et les pauvres marmots s'enquerront du chuintement que produisait l'eau en coulant :"Papa, imite-moi le bruit de l'eau qui coule, celle que tu as entendue quand tu étais petit!"

Le Bâtiment des forces motrices, attend patiemment son heure, transformé en haut lieu d’échanges où on racontera des histoires d’eau, des histoires d’antan quand il y a en avait de l’eau et qu’on se la partageait sans hésiter.

Neptune alors nous brandira son trident, ses yeux crachant le feu, nous maudissant de n'avoir pas su respecter notre source de vie, de l'avoir transformée en bien marchand auquel on appliquera les règles de l'économie : rare, donc cher. Et on la retiendra pour mieux la vendre au compte-gouttes. Neptune nous invectivera du haut de sa colère :"Maudits, soyez les hommes! Mille fois maudits, vous n'avez même pas su protéger ce qui est l'essence de votre existence. L'eau à laquelle vous puisez votre vie de tous les jours !"

 

Ce bâtiment pourrait accueillir des congrès internationaux, des associations, des débats, des films sur l’eau dans le monde et comment partager cette source de vie entre nous tous et comment surtout la préserver. "C'est quand le puits est sec que l'eau devient richesse."


 

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 Un grand merci pour ces photos  à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/

 

Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch

 

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