08/04/2017

Les Réverbères de la mémoire (3) – Hrant Dink

4264838968.jpegLe 19 janvier 2007, Hrant Dink est abattu de trois balles dans la nuque alors qu’il quittait les locaux de la rédaction du premier hebdomadaire turco-arménien Agos,  créé par lui, à Istanbul. Sous le drap maculé de sang, une mémoire assassinée, tandis que certains se moqueront de sa chaussure droite trouée et qu’on voit en premier plan sur toutes les photos de presse.

 

hrant dink,les réverbères de la mémoireCette chaussure est devenue le symbole de celui qui arpentait l'histoire, en long et en large en quête de mémoire, celui qui allait des uns aux autres comme un « berger qui surveillerait ses moutons » s’assurant que tout le monde suive son parcours vers la paix, Arméniens et Turcs. Il explique, démontre, interpelle, dénonce, convainc, rassure, insiste tout en répétant inlassablement, tout en s’adressant à la conscience des hommes.

Dans « Deux peuples proches, deux voisins lointains », Hrant Dink ose penser la paix en s’appuyant sur la mémoire commune : "Nous avons vécu très longtemps ensemble sur ces terres, nous avons une mémoire commune. Cette mémoire commune, nous l’avons divisée en mémoires monophoniques. Nous ne jouons , les uns les autres, que les accords que nous connaissons. Pourquoi ne pourrions-nous pas reconstruire notre mémoire commune en transformant le monologue en dialogue ? »

La terre elle aussi a une mémoire, cette Anatolie travaillée durant des milliers d’années, une terre retournée, sur laquelle on a semé, construit, espéré, ce peuple travailleur et loyal auquel le monde a oublié de montrer de la compassion; ce peuple qui a mis sa peine sur le dos et la porte avec fierté où qu’il soit;  peuple déraciné, arraché à la vie et à la civilisation qu'il avait créée. Et Hrant Dink de se souvenir de ce vieil homme sommé de quitter ses terres qui prit le temps de réparer sa planche à battre les céréales, disant à son petits-fils : » Attends un peu, quelqu’un viendra sûrement un jour faire la récolte . »

Remettre en marche l’horloge du temps et arrêter de faire croire que c’est en s’asseyant à l’envers sur un cheval que l’on bat qu'il avancera à reculons, comme l’histoire, il avancera droit devant lui. En aucun cas, on n’avance en reculant.

Hrant Dink, la mémoire assassinée, Hrant Dink, le journaliste, héraut de la paix, héros courageux de la liberté et de la vérité que l’on a voulu condamner au silence, mais la mémoire, elle ne s’efface pas, les criminels ont tenté en vain de la rayer , imperturbable, elle continue à planer au-dessus de tout, immuable et éternelle.

Paix à la mémoire de Hrant Dink, assassiné le 19 janvier 2007,  par un nationaliste turc.

 

Ce billet s’inscrit dans la série « Les Réverbères de la mémoire » oeuvre de Melik Ohanian, Mémorial du génocide arménien  que nous attendons depuis plusieurs années au Parc Trembley, à Genève, sur fond de pétitions anti-installation, tandis que d’autres éclairages proposés par des auteurs tels que Hrant Dink nous offrent une lumière avec autant de nuances contrastées sur une mémoire arménienne infinie.

 

 

Deux peuples, deux voisins lointains - Hrant Dink- Actes Sud , 2009

 

Prochain auteur  : Roland Godel - Dans les yeux d'Anouch

21/01/2017

La marche des femmes "anti-trump", une marche pour la dignité

16195290_10212352594718988_1932408889946276354_n.jpgMes amis s'activent à Washington comme à Genève et presque partout ailleurs, une longue nuit sans sommeil à préparer les pancartes et s'activer sur les réseaux sociaux. 500'000 personnes défilent à  Washington, 100'000 à Londres, 2'500 à Genève. 

La Women's March, est un mouvement qui a été initié par une avocate à la retraite Teresa Shook, une grand-mère de 60 ans, qui a lancé un appel sur Facebook contre l'investiture et surtout les propos obscènes du nouveau président américain. Une marche pour la dignité des femmes.

A Genève, ce matin, la Geneva Women's March a rendez-vous à -2 degrés, départ à 11 heures du Jardin Anglais, la Genève internationale a été largement représentée, on pouvait à vue d'oeil compter plus de 2'500 personnes qui défilaient dans une ambiance bon enfant.

 

Un grand merci à Florence Martin qui vit à New-York et qui s'est déplacée pour l'occasion à Washington et à Edouard Musy photographe professionnel d'avoir participé à ce reportage en me mettant à disposition leurs photos prises et à Genève et à Washington.

A quoi sert de manifester ? Pour quel résultat ? Pour seule réponse la légende du colibri : Un jour dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.

Seul le petit colibri s'activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.

Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit:"Colibri ! Tu n'es pas fou? Ce n'est pas avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu!"

Et le colibri lui répondit:"Je le sais, mais je fais ma part."

 Au rendez-vous par ce froid de canard,  Murielle Budry figure genevoise du féminisme.

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C'est sur vos yeux qu'il faut mettre un voile  


 

 

Un Afghan m'a interpellée pour me demander comment faire pour parler de la minorité Balouchi en Afghanistan, peu considérée et discriminée, il est venu à Genève pour dénoncer des exactions commises à leur encontre aux Nations Unies et n'a jamais pu y entrer. 

Il se disait que si on parlait des femmes, minorité maltraitée, on pouvait aussi parler des Balouchi.

Il m'a tendu sa carte et de constater qu'il a été un ancien cadre du Ministère des affaires intérieures, depuis à la tête d'une ONG à Kabul.

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 Crédit photo : Djemâa Chraïti prises depuis mon Iphone 5

 

 

Geneva Women’s March for Dignity », le 21 janvier 2017 à Genève,

Photos libres de droit et gratuites mais le copyright © Orbisswiss Photos doit être mentionné, svp.

Un grand merci à Edouard Musy

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EN DIRECT DE WASHINGTON

 

Les femmes se préparent au grand rassemblement à 9h15, à Washington,  à Genève nous avons terminé à 13h, heure locale.

UN GRAND MERCI A FLORENCE MARTIN, JURISTE SPECIALISEE DANS LE DROIT DES ENFANTS DIRECTRICE D'UNE ONG ET QUI NOUS ENVOIE CES PHOTOS

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10:57 Publié dans Femmes, Genève, Résistance, Solidarité | Tags : women's march geneva | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook | | |

24/10/2016

L’asile en exil

images.jpegUn travailleur social me disait récemment qu’il ne lisait plus la presse, ni ne regardait la télévision pour tout ce qui touchait aux réfugiés, - lui-même actif dans le domaine de l’asile, - car ce qu’il voyait sous ses yeux devenait immonde et un jour semblable à un Kapo des camps de concentration, il serait obligé de s’expliquer sur la politique d'extermination menée à l'encontre des réfugiés.

Je lui rétorquai que pour ma part, je lisais la presse mais constatais surtout l’enfumage, le brouillage des pistes de compréhension, observais la dérive sémantique , l’apparition de mots nouveaux parfois dénigrants :  « illégal », « réfugiés-terroristes », «  flux-flot-vague-tsunami" pour parler de réfugiés , la réapparition de termes chargés d’histoire « Überfremdung ». ou la « barque est pleine. ». Statistiques tronquées, gonflées sur les "flux migratoires" comme si ce flux était associé à un écoulement de marchandises non autorisées par les accords de libre-circulation sur les biens, chosification voulue.  Les mots ont toujours été les soldats annonciateurs de toute propagande et de toute forme d'autoritarisme, soumettre le langage, c'est soumettre la pensée. Il faut les analyser de très près, étudier le vocabulaire de la déshumanisation qui ouvre la voie aux pires horreurs.

Et de s’étonner, première étape de toute réflexion philosophique. Qu'advient-il de l’idéal kantien et de son droit d’hospitalité , condition de la paix universelle et de la reconnaissance des peuples ? Pourquoi l’Union européenne devient-elle cette forteresse à l’intérieur de laquelle le monstre se profile avec ses armes : la haine, la peur, la manipulation des masses ? Comment peut-on accepter de restreindre nos libertés au nom de cette peur manipulée ? Mais encore et plus grave, comment peut-on rejeter des enfants, des femmes et des hommes à la mer, les enfermer dans des camps de rétention que José Manuel Barroso n’hésite pas à déclarer « camps de concentration ». Enfermés, à notre tour dans cette tour avec le monstre qui se renforce chaque jour, nos libertés sont en péril, nous avons même accepté la loi sur le renseignement, atteinte à toute vie privée alors que la plupart des terroristes étaient fichés et connus de la police, parfois surveillés. Nous reconnaissons-là le monstre, la bête immonde, les prémices de tout totalitarisme. Restreindre nos libertés sur l’autel de l’appareil militaro-policier dans une méfiance les uns des autres, exilés de nos propres libertés, exilés de la vie, exilés de la pensée.

Comment dans cette Europe mortifère n’arrivons-nous plus à comprendre le sens de la vie et accepter que des gens fuient leur pays en guerre pour sauver tout ce qui leur reste : la vie ! – Ne plus le comprendre, c’est accepter que nous sommes déjà des morts- vivants dans une Europe nécrophile capable d’envoyer des réfugiés à la mort en les renvoyant. Un déni d’hospitalité face à l’urgence de rester en vie. Le monstre est déjà entrain de nous dévorer, nous serons à notre tour bientôt des zombies incapables de se battre pour ce qui nous est le plus cher : La vie, puis notre capacité à être des hommes et de femmes libres !

Penser l’asile, c’est penser et penser reste un acte de liberté . Interroger l’histoire, la philosophie, revisiter Hannah Arendt, Rosa Luxemburg, Bourdieu et tant d’autres pour décrypter la tentation d’apartheid dans son ouvrage « L’évidence de l’asile ». C’est ce que nous propose la philosophe Marie-Claire Caloz-Tschopp dans un essai de philosophie qui offre à son lecteur une grille de compréhension de ce qui se passe dans ce chaos et ce bruit qui n’ont  que pour seul objectif de nous empêcher de penser et de comprendre les dangers qui nous guettent tous. Un ouvrage riche de réflexions et de pistes qui nous permettent de penser que nous sommes restés des humains encore aptes à accueillir l’hospitalité comme espace de vie.

Mme Calo-Tschopp rassurez-nous, sommes-nous encore vivants ? 

 

Une conférence à ne pas manquer sur « L’évidence de l’asile » animée par Marie-Claire Caloz-Tschopp.

 

La voici en ligne dans son entier - Merci à Andrey Art pour la réalisation


 

 

07:43 Publié dans philosophie, Résistance, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

14/07/2016

Amilcar Cabral - Lettres à Maria Helena

1038933.jpgIl y a quelques jours, je reçus un email  écrit en portugais m'invitant à une conférence intitulée " Cartas de Amílcar Cabral a Maria Helena ." En lisant le nom du grand indépendantiste africain,  une boîte aux souvenirs s'ouvrit et dont tous les fantômes ressurgirent; Aimé Césaire, Franz Fanon, Lumumba, Sankara, Cheikh Anta Diop, Kwamé N'Krumah. Pêle-mêle des visages, des luttes, des visions d'une Afrique libre et indépendante, des écrits remarquable; souvenirs d'une  belle énergie libératrice courant sur l'Afrique pareille à un lion puissant.

En 2016, que reste-t-il de tous ces combats ? Comment s'est transformé ce terreau de résistance ? A quoi ressemble,  de nos jours,  la poursuite de la lutte pour assurer la vraie indépendance africaine qui a pris la forme étrange de continuation d'une colonisation mais  cette fois entièrement économique;  hydre aux formes multiples, incessantes métamorphoses de la bête immonde qui sous ses aspects les plus inattendus et les plus cyniques peut afficher jusque de la condescendance, dans un souci de coopération et de développement…., par esprit de solidarité internationale, … pour des droits démocratiques. Le monstre polyforme ne cesse de se glisser sous le corps africain, néanmoins, il continue à le dévorer de l'intérieur sans bruit, il l'aspire goulûment dans un silence nécrophile.

L'ingénieur- agronome cap-verdien, né en 1924 à Bafata en Guinée portugaise,  renommée Guinée Bissau, hérault et héros de l'indépendance, leader du parti africain de l'indépendance de Guinée et Cap Vert (PAIGC)  fit ses études à Lisbonne d'agronomie,   jusqu'en 1952 et mena bataille ensuite auprès des paysans africains en vue de leur mobilisation, il parvint aussi de  faire en sorte que les ethnies jusque-là ennemies firent alliance pour un combat commun; la lutte pour la liberté.
Lisbonne devait absolument faire taire cet indépendandiste, surnommé le "Che" – qu'il rencontrera du reste avec Fidel Castro - et dont l'influence grandissante menaçait ses intérêts coloniaux en Guinée Bissau et au Cap Vert. Dans une tentative avortée d'épauler "son frère portugais" en renversant Sékou Touré et en capturant Cabral, alors en Europe de l'Est, les Français ratent leur cible lors de" l'Opération Mer verte" en novembre 1970   et pilonnent, dans la nuit, la maison du voisin de Cabral , touchant ses trois filles dont une aura la tête détachée par l'obus. Mission lamentablement ratée ! Les services de renseignement étaient déjà mal renseignés.

Il rencontrera sa première épouse Maria Helena de Athayde Vilhena Rodrigues, lors de ses études à l’Institut d’Agronomie du Portugal. Une longue correspondance s'ensuivra et qui montre la longue carrière d'un homme engagé, ses hésitations, ses pensées les plus profondes et les plus intimes. L'autre face d'un homme.  Une amie, à Dakar,  se souvient d'avoir rencontré chez elle, cousin de sa mère cap-verdienne, en la personne d'Amilcar Cabral, un  homme doux et si cultivé.

Mais que lui dirait-on, aujourd'hui, à cet homme assassiné devant chez lui, le 20 janvier 1973, à Conakry ? Que le mouvement d'indépendance n'a pas terminé son travail et que le pire ennemi vient de l'intérieur; une vraie gangrène, c'est la corruption à tous les échelons qui livre le pays tout entier à ses ennemis et sans résistance.

Le visage hideux de l'ennemi, Cabral, et qui menace l'Afrique encore plus dangereusement:   LA CORRUPTION !

Le lion africain est mort, vive le lion !

 

22 juillet à 18h

Université Uni-Mail

Sala MR 280

Boulevard du Pont d'Arve 40

 

Avec Lettres de Amilcar Cabral a Maria Helena, est également prévu le lancement du livre Sans limites du poète Filinto Elisio par l'Association culturelle Luso-suisse Laços et Rosa de Porcelana.

Pour les francophones, un petit effort, on écoutera en Portugais le tout et on demandera à son voisin de traduire ce qui se dit. Le responsable de l'association lusophone m'a garanti que tout le monde se comprendra, car tous feront un effort.

 

 

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08:33 Publié dans Associations, Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

18/08/2015

ADIEU L'AMERIQUE !

b18ad432-99be-486e-9d24-4147eedfaa9e-2060x1236.jpegAprès 12 ans passés aux Etats-Unis, Gary Younge, le correspondant et chroniqueur  du quotidien britannique The Guardian fait ses valises et rentre à Londres. Il s'explique dans un long article, relayé dans la presse internationale et  qui pointe les racines du mal et montre combien elles sont profondes; ancrées jusque dans l'inconscient collectif des Américains pour qui abattre froidement un Noir tient de l'évidence. 

Un article qui pose les vraies questions et qui nous prouve une fois de plus que Obama, président,  n'a en rien changé la donne et peut-être même empiré la situation. Pour une frange de la population blanche, avoir un président noir était une insulte à la suprématie blanche et dont la devise est dorénavant :  "Frappons!". Et d'un point de vue économique le fossé s'est encore creusé, selon  une étude récente de la  Banque Mondiale, le revenu médian des populations noires et hispaniques a diminué de 9 %, contre 1 % seulement pour la population blanche.

Selon le correspondant, chaque été, il y a des ouragans qui portent les prénoms de Katrina ou Floyd, maintenant ils portent un nom complet, aux effets aussi dévastateurs: Trayvon Martin ou Michael Brown.  A l'avenir on peut les prévoir. Sur qui s'acharnera l'ouragan la prochaine fois ?  Sur celui qui est assis là  entrain de  trimer pour payer les études de ses enfants. Il est le prochain sur la liste, mais il n'en sait encore rien. 

Pour chaque noir des Etats-Unis il faut vivre au quotidien avec cette épée de Damoclès sur la tête : Who is the next ? 

Une autre question aussitôt qui nous vient à l'esprit : Où sont les milliers d'Américains intellectuels et engagés qui résistent ? Où sont ceux qui comme un seul homme étaient capables de se soulever pour une cause juste ? Où sont ces personnes engagées ? Nous n'entendons pas votre voix ! Mais criez donc plus fort !  On songe à l'observation de  Amos Gitaï qui souligne "L'éclatement du projet commun" qui touche sans doute tous les pays lorsqu'il s'agit de résister ensemble pour une cause commune. 

Mais moi, j'ai envie de résister, je ne sais pas avec qui ni comment, mais j'ai envie de dire à l'Amérique qu'on les surveille, que chaque innocent noir tué sera inscrit dans notre âme et conscience, qu'on ne les laissera pas faire sans bouger. On crie notre révolte et on imagine le pire pour  nos amis  noirs qui partiront dorénavant aux States et la crainte de se retrouver à devoir lire leur annonce de décès par un   titre de presse  laconique comme : "Tué par la police pour avoir sorti trop rapidement son mouchoir de sa poche ! "

 

 

L'article de Gary Younge: Farewell to America

http://www.theguardian.com/us-news/2015/jul/01/gary-young...

Les US ont de la peine à recenser le nombre de personnes innocentes tuées par la police. Voici  donc     une base de données  créée par le quotidien londonien  et qui recense le nombre  de gens tués  par an. 

http://www.theguardian.com/us-news/ng-interactive/2015/ju...

 

A lire : Letter to my son de TA-NEHISI COATES - correspondant à The Atlantic 

"Here is what I would like for you to know : In America, it is a traditional to destroy the black body- it is heritage."

http://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/07/taneh...

10:52 Publié dans Résistance | Tags : adieu l'amérique, farewell america, gary younge | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

26/02/2014

Antonio Pagnotta – Chronique d’un engagement


antonio pagnotta,fukushima,naoto matsumura,japonEntretien avec Antonio Pagnotta, en direct de   Hiroshima  -

Premier juin 2011, le masque collé au visage, qui vous mord comme un chien, la respiration difficile,  Antonio Pagnotta avance dans Tatsuta au Japon, un village totalement déserté de ses habitants, dorénavant déclaré zone interdite, situé à moins de 30 kilomètres de Fukushima.  Le photojournaliste sent ce jour-là qu’il franchit une frontière effroyable, un seuil qui l’entraîne dans un basculement terrible de la conscience ;  seul au monde, au milieu de nulle part,  au cœur de la barbarie, là où l’homme est devenu le plus grand danger pour  l’homme.

 Il marche sur les traces du dernier homme de Fukushima, Naoto Matsumura, qu’il doit photographier. Le matin l’accueille avec une lumière bleu acier, la couleur des  radiations, celle de la mort silencieuse, bleue, froide, indifférente. Sans bruit, elle envahit tout sur son passage et achève dans son linceul de silence hommes, animaux, plantes. 

 Témoin unique d’une expérience sans précédent, Antonio Pagnotta réalise que la catastrophe nucléaire est inéluctable, après Tchernobyl, Fukushima, la Chine sans doute et très vraisemblablement un jour, la France. Oui ! Il faut cesser de croire que cela n’arrive qu’aux autres, la France et tout autre pays européen ne sont plus à l’abri de rien, les ingénieurs français ne sont ni pires ni meilleurs que les autres. 

 

Quelque chose d’irréversible bascule dans la conscience du photographe. Après avoir vécu cela, il perçoit le danger imminent qui saute au visage, et il ne lui reste plus que l’engagement à travers un activisme bénévole sans faille, jour après jour. En lanceur d’alerte, il pressent les séries d’accidents nucléaires  qui ne font que commencer ; à Fukushima,  on dénombre 14 réacteurs en alerte. C’est une guerre nucléaire contre l’homme qui a été déclenchée et derrière cette chose insensée se tapit un énorme lobby qui s’attaque  aux hommes tandis que l’argent circule en masse.  Le nucléaire draine des fortunes qui, pour certains, valent et justifient  le sacrifice de quelques milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

Le photojournaliste relaie le  témoignage d’un agriculteur, Naoto Matsumura, qu’il suivra pas à pas. C’est l’histoire d’un homme qui a un nom et qui témoigne à visage nu. Un homme dont le parcours pourrait être associé  au  parcours christique d’un Saint-François d’Assise qui traverserait un désert et n’aurait plus que les animaux avec qui parler. Planter dans un décor, l’essentiel, le sacré : la vie.

 

Le choix des  prises de vue de Antonio démontre aussi un souci de respect du sujet. Planté en face de lui , il impose sa volonté d’établir un rapport démocratique même à travers le téléobjectif ; le photographe n’est pas invisible, le sujet l’observe et il l’observe.

 

Né à Corigliano Calabro dans la province de Cosenza en Calabre, il a 58 ans. De 1990 à 1999, il travaille à Tokyo pour la presse française et internationale et se distingue par des scoops : « La carrière secrète du cannibale Japonais » puis, après l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, il parvient à photographier l’usine où se fabriquait ledit gaz près du mont Fuji. Ces photos sont considérées par les Japonais comme le scoop du siècle. D’autres clichés rares et interdits le consacreront photojournaliste du Japon.

 

 

Depuis avril 2011, Antonio Pagnotta se consacre exclusivement aux conséquences du désastre nucléaire de Fukushima.

Il accompagnera le dernier homme de Fukushima, Monsieur Naoto Matsumura lors de son périple en Europe, dès le 4 mars à Paris : 

Puis,  la Suisse : 

 18 mars :  conférence à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne

19 mars :  matin, vigie devant l’OMS avec Independant Who à Genève

 

 pour en savoir plus :

http://www.ledernierhommedefukushimaafessenheim.com/

http://www.fukushima-blog.com/

 

 

Son livre : « Le dernier homme de Fukushima »  est publié aux Editions Don Quichotte, 2013.

 

07:11 Publié dans Résistance, Solidarité | Tags : antonio pagnotta, fukushima, naoto matsumura, japon | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

20/02/2014

Naoto Matsumura –« Le dernier homme de Fukushima »

Naoto chiots.jpgOn le surnomme le « dernier homme de Fukushima » celui qui refusa  de quitter la ville de Tomokia proche de Fukushima et devenue ville fantôme.  Agriculteur âgé de 54 ans, au  lendemain de la catastrophe nucléaire du 12 mars 2011, il s’oppose, en avril,  à son évacuation pour s’occuper des survivants ;  des animaux laissés à l’abandon, enfermés dans leur enclos, expirant lentement, livrés à eux-mêmes.

Des étables transformées en mouroirs, où seuls les rapaces s’agitent  pour déchiqueter à même les corps,  les chairs, à peine putréfiées.

« Laisser agoniser des centaines d’animaux est un crime ! » s’insurge Naoto Matsumura.






naoto matsumura,fukushima,tomokiaResté seul dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Daii Ichi,  son action de résistance s’organise au milieu du chaos, dans un désert humain.  Il décide alors de libérer les animaux enchaînés ou enfermés, et de s’occuper de 400 vaches, de cochons, de chats, de chiens et même d’autruches. Profondément shintoïste, Naoto  nous rappelle que la nature est sacrée;  le rituel  shinto consiste à  offrir des aliments aux dieux et en nourrissant les bêtes, Naoto  nourrit les Dieux, à travers elles. Il lance son association « Ganbaru Fukushima »  Ganbaru signifiant en japonais « persévérer, tenir bon ».

 « La centrale nucléaire m'a tout pris, ma vie et mes biens. Rester ici, c'est ma façon de combattre pour ne pas oublier, ni ma colère ni mon chagrin. » Et il tiendra bon.

Un irradié dont on craint de serrer la main ? Un rejet,  ô combien douloureux et qui nous ramène, à un autre souvenir, encore empreint d’émotion;  la stigmatisation de ceux qui ont survécu à la bombe nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki. Des victimes doublement exclues, qui voient après le premier drame, surgir un  autre danger aussi grand et insidieux ; l’exclusion, le vide qui se crée autour d’elles, la crainte de contamination  les associant  à des pestiférés des temps modernes, des parias ostracisés. A croire qu’on n’a rien appris, ni rien retenu des leçons précédentes, une peur qui trouve sa source aux racines de l’ignorance. Après les "hibakusha" de Nagasaki et Hiroshima, voilà les nouveaux "burakumin" de Fukushima, avec pour  dénominateur commun : la discrimination ! 

 « Lorsque j'ai vu les visages de ma tante et sa famille, j'y ai lu la peur panique d'être contaminé. Cette épouvante était incontrôlable ; à tel point que leur première réaction a été de nous laisser dehors. Nous y sommes restés un long moment. Une fois entrés, la conversation tournait autour d'un seul sujet : celui de notre départ immédiat vers un centre d'évacuation. » (Naoto Matsumura p.62)*

 Témoin de la catastrophe nucléaire, le combat de Naoto, devenu figure emblématique pose la brûlante question  de l’existence même des centrales nucléaires. A l’heure,  où  les conséquences de l’accident de Fukushima sont encore difficilement évaluées avec pourtant  des morts par milliers, un impact sur la santé des personnes touchées,  des enfants jouant au milieu des déchets radioactifs, une agriculture contaminée, un Pacifique qui chaque jour qui passe est davantage pollué, la question du déni  reste entière. Fermer les yeux, faire semblant de rien, jusqu’à quand ? Jusqu’au dernier homme ?

 A l'occasion du 3ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, Naoto Matsumura est invité en Europe. A Paris,  dès le 4 mars, après 10 jours, il continuera son périple  jusqu’à la Centrale nucléaire de Fessenheim.

Puis la Suisse : 

 18 mars :  conférence à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne

19 mars :  matin, vigie devant l’OMS avec Independant Who à Genève

 

 pour en savoir plus :

http://www.ledernierhommedefukushimaafessenheim.com/

http://www.fukushima-blog.com/

 

*  : citations issues du livre d’Antonio Pagnotta : « le dernier homme de Fukushima » publié aux éditions Don Quichotte en mars 2013


PHOTOS DE ANTONIO PAGNOTTA AUTORISEES PAR L'AGENCE COSMOS 

21:03 Publié dans Développement durable, Résistance, Solidarité | Tags : naoto matsumura, fukushima, tomokia | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

19/05/2013

Ce qui n'est pas médiatisé, n'existe pas !

se-taire.jpgUn axiome inquiétant qui induit une redéfinition du monde et  nous pousse à nous interroger : qui décide quoi, comment, quand, pour qui , pourquoi, avec qui,  par quel biais ?  

 Est-ce une autre façon de dire que ce qui n’est pas mis en lumière, doit demeurer dans l’ombre ? Que ce que l’on ne voit pas doit rester secret. Ce dont on ne parle pas, ne doit pas mériter notre intérêt. 

Mais qui décide donc de ce qui doit être vu ?  Les médias ? Les politiciens ? Les groupes de pression qui ont les moyens de se rendre visibles et prêts  à confondre :  faire du bruit et fournir de l’information ? La triade : le propriétaire du journal, le marché, le journaliste ? Quelle interdépendance entre eux ? Qui a du pouvoir sur qui et jusqu'où ? Le journaliste "conseiller du roi"  le soutient ou soutient le groupement ou son idéologie jusqu'où et jusqu'à quand ? Quelle limite pour le journaliste à ne pas franchir, allié, puis ennemi qui a des informations "sensibles" et qu'il utilisera au service de qui pour quel nouveau prince ou roi ? Journaliste indépendant ? Ah, bon ! ça existe ? Information objective ?Ah ! Vraiment ? 

 

Rendre quelque chose de visible,  est-ce alors  une question de moyens ? Un paradigme cynique , en perspective. Seuls les nantis,  associés à des groupes de pression, les plus en vue, les stars  fabriquées de toutes pièces par les premiers, quand bien même n’ont-elles pas grand-chose à dire auraient le droit de dire ce qui doit être vu et dit  ?  Sont-ce les annonceurs qui paient des encarts  dans les journaux et dorénavant sur les sites  qui influencent  l’information et décident de ce qui doit être révélé, montré, tu, ou matraqué en boucle ?

Si tel est le cas, nous partons d’un postulat pour le moins  inquiétant. A lire ce qu’on lit, on peut effectivement comprendre qui a les moyens de rendre manifeste un type d’information qui nous est livrée en masse. Une manufacture de l’information qui sur-représente une position, un événement, un courant de pensée et qui prépare les groupes silencieux à ingurgiter ce que veulent  leur  faire avaler ceux qui détiennent le pouvoir et les finances et tirer encore davantage profit du silence. S' ils daignent   parler d’un fait social;  ce n’est qu’à travers quelque  faits divers, de façon anecdotique. Les faits divers peuvent être réutilisés ad infinitum et ad absurdum : « Un meurtre sordide, une occasion de relancer le débat sur la privatisation des prisons où on pourrait y faire travailler les condamnés et faire du bénéfice. Même les morts sont utiles à cela, instrumentalisés post-mortem  ! ».   On lance aux  pourceaux non plus  des perles, mais une bouillie infâme.

Une massification de l’information qui tourne en boucle et qui prépare la masse à ingurgiter un modèle sans voir là-derrière la manipulation d’un petit groupe qui appartient dans le fond à une élite « économique » ou/et  « politique » souvent la même et sur plusieurs générations. 

Des opinions faites et défaites sur le modèle de tout ce qui est « fast » , à savoir rapide et superficiel et surtout qui passe très vite, comme chat sur braise lorsqu’il s’agit des intérêts de la masse silencieuse et vouée aux gémonies. Des faits divers qui font croire qu’on a de plus en plus d’information, tandis que l’on nous désinforme et que la pensée s’appauvrit, le principal disparaît au profit du surmédiatisé d’un éphèmère déconcertant dont il ne reste rien, sinon du tapage assourdissant. 

Combien d’informations importantes nous échappent ainsi. Combien d’éléments nous manquent-ils pour analyser des situations dans leur ensemble et surtout les comprendre  ? 

Quelques questions qui nous forcent à penser qu’il est préférable de ne pas trop s’intéresser à ce que l’on voit, mais à tout ce qui reste caché, rester critique à l’égard de l’écho de résonance des nantis et toujous se demander :Quel intérêt ont-ils à nous révéler cela ou à  insister ? Et vous le trouverez tapi dans les bas-fonds.  L'intérêt !  cet appétit vorace des engrangeurs de billets.

Seule la connaissance du  terrain, au plus proche des réalités sociales  nous permet de comprendre  ce qui s’y  passe véritablement et permet de  faire circuler l’information auprès d’un ou plusieurs  groupes dont on assure le maillage communicationnel  ;  c’est bien-là où réside l’essentiel, dans la zone d’ombre que l’on camoufle avec subtilité, sur le terrain social qui vit et vibre dans les labyrinthes profonds d’une société qui s’illustre par le clinquant et qui aimerait que l’on continue à   « boulimiser » ce qu’elle nous balance à tire larigot. 

Ce qui est important n’est pas : ce qui est dit, mais ce qui est tu, ce qu’on voit mais ce qui ne se voit pas,  ce qu’on sait mais ce qu’on ignore;  c’est bien-là où tout se joue.

Sans doute les réseaux sociaux et les blogs sur internet  permettent  de relancer les cartes pour un nouveau jeu et faire sortir de l’ombre ce qu’on aurait voulu tant camoufler, à savoir des réalités sociales et économiques qui prouvent le triste état du monde et sa grande inégalité et injustice. En évitant soigneusement d'être financés pour éviter de se retrouver dans le cas de la presse classique.

Dans un  silence de plus en plus pesant, les damnés de la terre disparaissent. « Chut » surtout ne pas en parler ! On risque de se souvenir qu'ils existent ! 

 

(voilà pourquoi j'ai renoncé au journalisme et que je préfère les blogs où je ne touche pas un kopeck, mais exprime librement ce que j'ai à dire : le prix de la liberté ! même ça,  se paie et surtout ça   ....) 

 

 

 

 

10:27 Publié dans Médias, Résistance, Société - People, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

27/04/2013

La vengeance d’un rescapé (1)

En 1945, Stanescu le Roumain,  pensait s’en sortir à bon compte en fuyant et en s’enrôlant dans la Légion étrangère depuis Offenburg, zone d'occupation militaire française en Allemagne.

Le képi blanc, espérait-il,  laverait ses fautes, blanchirait ses mains rougies du sang des Juifs tués dans les camps de Bessarabie.  La Légion, la "blanchisseuse des âmes", " la gomme à effacer les passés"  l’engloutirait  tout entier, le rachèterait ,  pour le faire renaître sous une nouvelle identité. Il suffisait d’un pseudonyme,  sans devoir présenter un quelconque document pour être accepté; derrière l’anonymat le plus absolu, on refaisait sa vie comme on pouvait.  A l’issue de la Légion, la mort, ou la nationalité française après trois ans de service.

C’était sans compter sur l’acharnement sans faille de Eliahu Itzkovitz qui, lui  se souvient, - mémoire meurtrie d'un destin tragique - comment le gardien de prison roumain, Stanescu,  assassina de  ses propres mains sa famille entière, son père, sa mère, ses trois frères;  victimes parmi les 53'000 autres,  tués durant ces pogroms,  dès 1941.  Il est le seul et le plus jeune des enfants de sa famillle à en avoir réchappé; le  visage du monstre est resté ancré  dans la mémoire de l’enfant de 10 ans , gravé au plus profond de sa haine. Le seul but dorénavant de Eliahu dans son existence est de venger les siens, ou plutôt de rendre justice. 

Après sa libération du camp par les soviétiques en 1944, Eliahu  enquête  et trouve le fils du gardien, il le poignarde avec un couteau de boucher, il encourt alors une peine de cinq ans dans les geôles roumaines pour mineurs.

A la sortie de prison, en 1952, Eliahu Itzkovitz est autorisé à émigrer en Israël. Il ne laisse derrière lui que des fantômes, ceux des siens tant chéris.

D’abord dans les paras, il demande ensuite son transfert vers  la marine israélienne, ce qui lui est accordé. Le plan de Eliahu est parfait. Son navire aborde à  Gênes en Italie pour récupérer de la marchandise, le jeune soldat profite de cette aubaine pour déserter. Son unique but, retrouver Stanescu.

A force d’interroger des Roumains , puis un Français qui lui dit connaître un homme qui correspond à  la description et qui s’est enrôlé dans la Légion étrangère, Eliahu veut à son tour s’enrégimenter.

De l’Italie, il fuit vers la France, en habit civil et prend le train jusqu’à Marseille, puis s’enrôle dans la « lessiveuse » française qui rachète les vies des aventuriers, des éclopés,  des pires criminels, des monstres sanguinaires pour les envoyer en Algérie puis en Indochine. Plus de 50% de la légion, à ce moment,  est composée  d’Allemands nazis de la Wehrmacht, qu’ à cela ne tienne, Itzkovitz ne recule devant aucun sacrifice pour mettre la main sur le criminel roumain.

Eliahu se retrouve sous le soleil brûlant d’Algérie, dans le camp d’entraînement de Sidi-Bel-Abbès,  au nord-ouest du pays, premier  régiment français, là où on se saoûle à l’absinthe, plus mauvaise que du vitriol.  Dans la chaleur et la poussière du bled, on voit les légionnaires déambuler les yeux injectés de sang, titubant,  ivres et fiévreux,  atteints du typhus mortel.

 

Amaigri, le teint hâve, après trois mois passés dans  de cet enfer, enfin Itzkovitz est envoyé en Indochine, à Hải Phòng . Le refrain des Légionnaires, chanté à tue-tête, prend un sens particulier durant le voyage, pour le jeune homme qui se laisse bercer, rêveur,  les yeux dans le vague en tendant l'oreille aux paroles qui semblent  lui être destinées  :"Nous avons souvent notre cafard........Dormez en paix dans vos tombeaux".  Il pense aux siens............. le coeur serré.

Obstiné et courageux, Eliahu, se rapproche peu à peu du monstre roumain, prédateur  qui continue à étriper, étrangler, démembrer, torturer d’autres proies, sous d’autres cieux. Or, le monstre qui pareil à un vampire a besoin de sang pour vivre, ne se doute pas un seul instant qu’une chasse à l’homme est entamée depuis des années pour le retrouver.


Suite sous : www.djemaachraiti.ch

récit inspiré de la vraie histoire du Légionnaire Eliahu Itzkovitz 


 

 

10:04 Publié dans Histoire, Résistance | Tags : légion étrangère, eliahu itzkovitz | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

19/01/2013

EQUATEUR - CHEVRON-TEXACO , LA FIN DE L’IMPUNITÉ

images.jpegC’est le jugement du siècle, 19 200 000 000 de dollars d’amende confirmée en appel en Equateur, et  exigée par les 30 avocats qui représentent les intérêts des indigènes et paysans qui composent l’Assemblée des victimes de Texaco. Une somme difficile à recouvrer en Equateur d’où l’entreprise a retiré ses fonds, mais possibe au Canada,  Brésil, Argentine et Colombie.

Le 7 novembre 2012 , l’Argentine a été la première à  décréter la saisie des fonds mettant en colère les investisseurs. Une colère qui ne peut être  plus grande que celle des victimes qui ont  vécu le plus grand épandage toxique de l’Histoire. Quarante ans après l’installation de l’entreprise, la région de Quito est devenue la région la plus pauvre de l’Equateur avec un taux de cancer le plus élevé du pays.

L’essence a tout envahi, l’air, la terre, l’eau, la peau, les poumons des gens, asphyxié la nature, étranglé les forêts. Comme une main géante aux serres dévastratrices, la compagnie américaine a tout dévasté sur son passage. Adieu l’eau potable, poissons en abondance, forêts aux remèdes ancestraux.

Dans la région de Sucumbos, on voit apparaître des maladies de peau, des allergies, des enfants qui avaient pour habitude de se baigner dans la rivière dès lors contaminée et qui quelques jours plus tard, avant de mourir, vomissent du sang.

Un lent processus de destruction qui amène en 1993 un groupe d’avocats, Colons et indigènes à  porter  plainte, à New York.  Comptant sur la corruption en Equateur, le groupe Texaco transfère la plainte vers ce pays. C' était sans compter sur la résistance populaire. Une lutte juridique inéquitable contre les milliards que pouvaient engager la société américaine et faire passer l’Association de  victimes pour « association criminelle », intimidation parmi tant d’autres et qui a échoué. 

L’avocat Pablo Fajardo se réjouit de la décision du Tribunal Equatorien qui par son  deuxième jugement  confirme l’amende colossale : « Nous sommes en train de démontrer que c’est possible et que ça peut se faire, qu’il est possible d’aller beaucoup plus avant, qu’on peut changer les choses, qu’elles ne sont pas intouchables, qu’ils ne sont pas invincibles ».»

Il s’agit de l’amende la plus importante de l’histoire du droit de l’environnement. Elle dépasse  celle infligée à ExxonMobil pour la marée noire de l’Alaska en 1989, de 4,5 milliards de dollars et pourtant à peine déstabilisée, car le groupe ExxomMobil nous remet ça en Papouasie Nouvelle Guinée identifiée comme "zone riche en ressources" pour l'extraction de gaz, un projet qui démarrera en 2014 et qui a déjà transformé la société papoue en la divisant. A combien se montera la facture dans 30 ans pour les dégâts sociaux et environnementaux causés  ? 

 

Annexe:Une note importante sur le souci environnemental de  Chevron sur son site officiel 

Environment and Safety

"As a company and as individuals, we take great pride in contributing to the communities where we live and work.

We also care about the environment and are proud of the many ways in which our employees work to safeguard it.

Our persistent efforts to improve on our safe work environment continue to pay off. In 2011, Chevron achieved significant levels of safety as measured in days-away-from-work ratings in both Upstream and Downstream operations.

.............We're committed to helping meet the world's need for energy in a safe and environmentally responsible manner. We believe that is the right thing to do and that it is critical to our success in a world in which energy sources should be compatible with an environment that's clean, safe and healthy.

That's why we are continually working to improve our processes to reduce pollution and waste, conserve natural resources and reduce potentially negative environmental impacts of our activities and operations.

and some more lies about : fresh Water, climate change, social investment, Health&Safety, Human Rights, Diversity, Business Ethic, Corporate Responsibility

 

source

http://www.diagonalperiodico.net/global/30000-indigenas-y...