07/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : La haine

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Il est réfugié de guerre, en me voyant entrer dans le  restaurant, il se lève pour m’accueillir et m'invite à m'asseoir à sa table. C'est un homme très grand, un beau visage rond avec des yeux emplis de tristesse, il boite légèrement- une balle l’a touché à la jambe pendant la guerre des Balkans. Nous avons repoussé ce rendez-vous tant de fois, inquiets de parler de la guerre, et l’un et l’autre nous avions, à chaque fois, une excellente excuse pour repousser la rencontre. Mais cette fois-ci nous y sommes, je sors discrètement mon carnet de note puis mon stylo, mes doigts tremblent légèrement. Je n’ai préparé aucune question, c’est décidé, je prendrai uniquement ce qu’il pourra me donner et recevrai ce que je peux. Durant deux heures, il raconte les massacres, les femmes, les enfants, les hommes criblés de balle, un véritable génocide. Il avait des fonctions importantes, il boira la guerre jusquà la lie .

A la question et maintenant qu’est-ce qui reste lorsqu’on a vécu toutes ces horreurs ? Jusque là, il parlait doucement, d’un ton monocorde, puis à cette question la vie semble renaître, il se redresse fier et droit, me regarde dans les yeux et répond avec une telle intensité, une telle force : LA HAINE !

Par la suite, dans le roman en cours sur la guerre, je consacre un passage entier à la haine
“Puis s’installa de manière inexorable, une haine implacable qu’il portait en lui comme seule force capable encore de lui faire soulever des montagnes. Cette haine aveugle qui lui insufflait une énergie mauvaise. Elle seule était en mesure de l’habiter, de le faire sentir exister encore, de teinter sa vie d’une intensité réelle au milieu d’ombres et de fantômes, de souvenirs et de regrets. L’unique à avoir résisté à ce champ de désolation, de tristesse et de larmes. La haine, dernier vestige d’un pouvoir disparu, ultimes lambeaux de force qu’exhibe le faible à qui on a tout volé : sa maison, sa famille, son pays, sa dignité d’homme sous les tortures, sous la violence de la guerre. L’ultime sentiment qui avait réussi à se frayer un passage à travers l’horreur, l’humiliation et qui apportait un souffle de pouvoir, l’illusion de contrôler encore quelque chose dans ce monde. Il se surprenait parfois à la porter en lui, sentiment qu’il n’avait jamais eu auparavant et qui l’envahissait tout entier mais c’est grâce à cette haine constante, omniprésente, qui lui brûlait les entrailles de colère, lui faisait battre le coeur à grands coups, c’était bien grâce à elle qu’il sentait finalement encore la vie couler dans ses veines et exister intensément.

Mais bien que présente et avec une telle force, ce courant impitoyable qui arrachait tout sur son passage, la haine était une maîtresse qui ne frayait avec aucun autre sentiment, elle se voulait seule maîtresse à bord de cet univers de souffrances et de pleurs. Elle balayait tout, menacait tout autre projet, empêchait l’avenir de se frayer un passage. Telle une hydre féroce, elle empêchait l’être d’accéder à un monde de liberté et de douceur, barrière infranchissable qui volait toute tranquillité, tout repos. Avec elle, il fallait se brûler, se dévorer de l’intérieur, se sacrifier entièrement sur l’autel qu’elle vous construisait, s’immoler. Et avec la dernière énergie, tel Hercule, il rassembla ses dernières forces pour livrer un dernier combat en vue de se débarrasser de ce monstre féroce .”

Définition : Aversion profonde et violente pour quelqu'un ou quelque chose.
Synonymes : phobie, animosité, aversion, dégoût, inimitié, intolérance, jalousie, phobie, racisme, répulsion, répugnance , rancune, rancoeur, racisme. phobie ,persécution, malveillance, intolérance, inimitié, hostilité, horreur, e fureur , folie, férocité, fanatisme exécration, détestation, dégoût, cruauté, colère ,antipathie, antagonisme ,animosité , acharnement, abomination, ressentiment, vengeance, xénophobie .

Le sentiment de haine est aussi puissant que celui d’amour parfois si proche; parents consanguins, la forme la plus exacerbée de l’amour ? Elle entraîne rage, colère. Impossible de l’évaluer, nous n’avons pas d’échelle d’intensité de la haine, toutefois on peut mesurer son intensité aux effet et aux conséquences qui peuvent aller jusqu’au meurtre et au génocide.

La haine est la dernière revendication des faibles qui ont tout perdu, qui compensent le mal subi par le poids de leur haine. Sénèque invitait le vaincu a quitter sa haine, quand le vainqueur a quitté ses armes. Mais c’est bien le langage de l’écorché vif et qui paradoxalement le lie à son bourreau, sans le vouloir, il finit par lui sacrifier sa vie entière, lui créer un autel sur lequel il se damne offrant ainsi  à l’ennemi une deuxième victoire.

Mais elle est aussi une des manifestations et ferment de la révolte, elle marque la limite du supportable et de l’inacceptable. Elle est en réaction à une attitude de violence. La haine juge et sanctionne un comportement inadmissible au regard de la morale. L’enfant a bien de la peine à détester son ou ses bourreaux, il n’a pas les outils de la révolte, il n’a pas intégré encore les frontières entre l’acceptable et l’inacceptable, il ne peut juger et donc sanctionner une attitude par la haine.

Or, les animaux, eux, réagissent aux mauvais traitements par la violence et effectivement par la haine. Instinct de survie ? Nombreux sont les gardiens de zoo tués par des bêtes qu’ils ont maltraitées.
Le détenteur de la haine se juge aussi et  sent que son comportement est inadéquat, mais le retour à la cause le dédouane, d’autant plus lorsqu'il  y a une propagande qui justifie cette haine et le soulage de toute culpabilité. Pendant les guerres, on encense la haine qui permettra d’achever l’ennemi, “même imaginaire”, le fanatisme est exacerbé pour alimenter ce sentiment d’une puissance incroyable et d’une force étonnante.

Les Chrétiens l’ont bien compris, pour couper à toute résistance des peuples envahis pendant les Croisades, on invitait à la soumission avec “aimer votre ennemi” c’est-à-dire, eux-mêmes, les envahisseurs. C’était couper court à la révolte, à l’indignation, intégrer l'invasion comme une fatalité.
Le “aimer votre ennemi” est une conception dangereuse car l’être s’auto-censure, culpabilise de dénoncer son ennemi, et peut devenir la proie de toutes les perversions qu'il subira en silence,   il ne se révolte plus, il se soumet, s’humilie ou s’auto-détruit pour ne pas s’indigner et continuer à “aimer son ennemi” comme on le lui a si bien appris.

Le racisme trouve ses racines dans la haine. Le raciste est dévoré par l'horreur que l'autre suscite en lui, il se donnera tous les moyens pour le détruire, le rabaisser, l’humilier, l’exclure, le sujet haineux pour se justifier  démontrera que lui-même est en danger, la propagande y travaille férocement. Il suffit de voir la manipulation des statistiques pour amplifier la mise en danger du sujet haineux avec tous les slogans qui véhiculent et suscitent la crainte : Invasion, toujours moins de travail à cause d’un afflux de ….., augmentation de crime depuis l’arrivée de tel groupe, etc. La manipulation de la haine est le fait d’un groupe qui peut mobiliser des énergies violentes et conséquentes auprès d’un public influençable et aisément malléable, soit manipulé et fanatisé.

Les jeunes des banlieues, issus de milieux défavorisés utilisent volontiers le terme de "J'ai la haine" qui signifie "Je suis révolté" par ma condition. Ils sanctionnent et dénoncent ainsi les conditions dans lesquelles ils doivent évoluer :  précarité, exclusion.

Mais la haine est obligée de cesser pour que naisse un Etat, une nation, pour qu’un peuple renaisse de ses cendres. Il en est de même pour l’individu, sa haine est une étape de sa rébellion parfois et souvent justifiée, mais il sera obligé à un moment donné de quitter sa haine et sa colère pour être en harmonie avec lui-même. Car porter la haine est un lourd fardeau, puant qui permet toutefois de s’en nourrir, or, pour continuer à avancer sans s'épuiser, il faudra bien  laisser cette hôte encombrante, envahissante et exigeante au bord de la route.

 

Au-delà de la haine françois Chenu

 

 

20:59 Publié dans psychologie | Tags : la haine | Lien permanent | Commentaires (0)

06/06/2009

Ces mots qui dérangent et qui hantent : La jalousie

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Rongé par la jalousie, malade de jalousie, fou de jalousie, torturé, tourmenté par la jalousie. On a tout dit sur elle, et la jalousie a fait couler autant d’encre que de sang.

Et comme moi, vous l’avez compris,  c’est un vrai monstre qui se tapit en nous et qui nous dévore tout entier, se consumer de peur que l’autre ne nous échappe à tout jamais. Qui n’a pas déjà été touché par ce fléau qui nous rendrait un tantinet anthropophage ? Si au moins on pouvait dévorer l’autre, on n'en parlerait plus, on l’a en soi, caché au fond, broyé par un amour fou et plus personne pour vous le ou la piquer, il n’existe tout simplement plus.

On peut aussi être  chagriné, dépité par le fait qu’on ne peut pas obtenir ou posséder ce qu'un autre obtient ou possède, comme la richesse, les succès, la gloire, les talents. L’enfant inquiet de perdre sa mère. Alors serait-ce une réminiscence infantile, la peur de perdre quelqu’un qui nous est cher ?

Il est surprenant de voir que les jaloux traitent l’objet de leur  amour en véritable objet, la peur de le perdre comme si c’était une chose inanimée. Ils veulent posséder comme on posséderait une chose, la posséder entièrement, tout seul pour eux.  Mais dans la jalousie malheureusement, il y a plus d’amour-propre que d’amour. L’objet de ma jalousie me renvoie une image de moi, il est le miroir de ma grandeur, de mon existence, lui parti, je ne sais plus où me mirer, le narcissique en prend pour son grade avec le départ de l’objet de sa jalousie. Donc, on fera tout pour garder l’autre, le surveiller, le suivre, l’épier, c’est une dictature insidieuse qui s’installe et enferme l’objet de ma jalousie  dans les treillis des angoisses de le perdre. Enfin, il est ligoté, immobile, le miroir est là devant moi, il me renvoie mon image et en même temps la haine s'installe aussi parce que je suis dépendante du regard de l'autre par lequel j'existe.

Le sentiment de jalousie peut être tel que la réalité en sera transformée et déformée, on ne voit plus les choses telles qu’elles sont, on les voit à travers le miroir déformant du sentiment de jalousie qui est aussi un sentiment d’impuissance. Les petits détails insignifiants deviennent des preuves irréfutables. C’est la jalousie qui rend aveugle et non pas l’amour, ou disons l'amour est borgne et la jalousie aveugle, bref dans un cas comme dans l'autre on n'y voit plus tant les sentiments contradictoires nous bouchent la vue.

A petite dose, ça peut être un jeu de la séduction, à plus forte dose on l’associe à du poison qui envenime le couple et peut porter à la violence. Le jaloux finit par souffrir l’enfer, il est déstabilisé, soucieux, il ne mange plus, ne dort plus. Bref, il est malade de jalousie, et cet état  peut se transformer en psychose et entraîner le malade de jalousie dans une spirale de perte de soi, et de confiance. L'autre à force d'être épié et harcelé finit par sombrer dans la dépression
Freud identifie trois types de jalousie :

En premier la jalousie concurrentielle qui serait ressentie après avoir été trompé par le ou la partenaire sexuelle entre autres qui entraîne humiliation, douleur, angoisse, blessure narcissique, frustrations, et surtout de l’hostilité envers l'autre c'est-à-dire le rival.
La deuxième forme de jalousie est la jalousie projetée, particulièrement fréquente et se caractérisant par le soupçon que le jaloux porte sur l'autre étant lui-même infidèle ou ayant des instincts, des tendances, des pulsions d'infidélité qu'il réprime, qu'il n'accepte pas, qu'il refoule.
La jalousie délirante est, d'après Freud,

La troisième forme de jalousie correspondant à une tentative intense pour se défendre contre une sorte d'homosexualité refoulée Cette forme de jalousie délirante serait attachée au complexe d'Oedipe et relèverait d'un état psychopathologique sévère pouvant aller jusqu'à la paranoïa.

Je me souviens de ce mari jaloux qui suivait son épouse partout, il se cachait et la regardait, l’imaginant avoir des amants cachés.  Finalement, alors qu’elle se trouvait être seule dans sa chambre, il entendit des voix et était sûr qu’un homme se cachait sous le lit. Une nuit, il fit irruption dans sa chambre au cri  de "Vade retro, Satanas" et lui balança du sel pour l’exorciser,  la croyant possédée par le mal.  Cette nuit-là, il fut emmené aux urgences psychiatriques. La femme ne vivait plus, regardait sans cesse autour d’elle pour voir où il se cachait, elle était épuisée, au bord de la dépression. Aujourd’hui,  et heureusement cet homme est guéri.

La jalousie haut lieu de la théâtralité amoureuse  et de la séduction : Vous avez tous assisté un jour ou l'autre à une scène de jalousie en public, vous remarquerez qu'on parle bien de "scène" comme au théâtre, elle se déroule de préférence au restaurant parce qu'il faut bien des spectateurs, c'est du théâtre Grec improvisé et très prisé chez les latins.  Un couple est attablé, la voix de la femme s'élève, les autres clients parlent plus doucement pour écouter ce qui se dit parce qu'à quelque part, ça leur est aussi adressé tout ce jeu des passions. La jalouse parle plus fort, se lève en renversant la chaise, elle se tient droite, cambrée, comme offerte à l'homme, et fière les cheveux rejetés arrière, l'oeil de braise, il ne lui manque plus que le costume de scène, elle l'invective. L'homme gêné l'invite à se rasseoir en chuchotant sur un ton ferme tout en regardant désespéré les clients d'un air gêné en quelque sorte pour s'excuser d'être si aimé et puis finalement 10 minutes plus tard, la jalouse se lève lui colle une claque et s'en va en claquant la porte. Messes basses, les clients prennent un air choqué mais tout le monde rit sous cape un peu séduit tout de même par la pièce de théâtre improvisée et qui leur rappelle leur propre jeu des passions.   Le serveur, un acteur qui improvise  entre sur scène à son tour, il vient débarrasser l'assiette de la furibarde en disant quelques mots gentils à l'homme en lui tapotant l'épaule pour lui dire combien il sait ce que c'est une femme jalouse (prouvant aussi ainsi que lui est très aimé et doit aussi subir cela)  AH ! les femmes......c'est dur d'être autant aimé, se disent-ils très rassurés tout de même .

Du côté des hommes on peut assister à des scènes moins spectaculaires et moins démonstratives. Le jour même, ou quelques jours plus tard le couple réglera ses comptes définitivement dans des ébats torrides et voilà que c'est reparti pour un tour. C'est bien une tragi-comédie du jeu des sentiments, jouer la passion, faire une démonstration publique et montrer au monde combien on  est attaché à l'autre, l'autre un tantinet narcissique met le masque de la victime  et  prend des faux airs de modestie en soupirant devant de telles attitudes, alors qu'à  quelque part il est flatté.

Alors les anecdotes croustillantes sur ces jeux de l'amour et de la passion exprimés de manière théâtrale et qui font  partie du répertoire des jeux de la séduction existent par milliers, elles sont parfois faites avec brio et humour. Une de mes amies jalouses envoie à sa concurrente une boîte de petits pois en lui écrivant un petit mot assassin :"Voici des petits pois qui viendront se joindre au seul petit pois que vous avez dans la tête !" - Elle me raconte l'histoire et nous rions à souhait, son ami s'est fait incendier par la concurrente, il était gêné mais l'a pris comme une belle déclaration d'amour en riant.   En Italie, j'ai vu des scènes mémorables, des assiettes qui passent par la fenêtre, les voisins s'attroupent et rigolent entre eux, dans des camps de tsiganes une des  femmes furieuse se mit à démolir  tout leur baraquement sous l'oeil médusé et amusé du camp et le lendemain, elle rit en vous disant qu'elle était furieuse parce que Monsieur a regardé de trop près une autre femme. Monsieur durant la scène prenait tout le monde à témoin "Elles est folle, elle est folle !" mais sous-entendant "Elle est folle de moi !" pour le narcissisme de Monsieur c'est bon à prendre.

Alors   la jalousie est-elle  une preuve d’amour ? Hormis le cas de ces jeux-là de la séduction qui  caricature la jalousie et qui amuse la galerie, personnellement j’en doute, à dose légère, elle fait sourire, parfois on sent cette  petite vibration interne lorsqu'on se sent légèrement en danger, la peur de perdre l'être cher. Mais plus,  ce sentiment devient franchement désagréable et envahissant, il vous fait perdre vos moyens. Je table plutôt sur une confiance en soi et faire le maximum pour que l’autre ait envie de rester avec vous.

Amour, Humour, générosité, une dose de théâtralité amoureuse pleine d'affection et d'amour peut être bonne pour pimenter l'affaire, rires, partage et s’il  ou elle trouve mieux ailleurs ou s’il ou elle se sent mieux ailleurs, alors bon vent et que le meilleur gagne !!

La scène de jalousie

12:10 Publié dans psychologie | Tags : la jalousie | Lien permanent | Commentaires (2)