15/02/2016

Quand les Américains confondent Genova et Geneva

Capture d’écran 2016-02-15 à 20.54.21.pngQuelle ne fut pas ma surprise de voir en sous-titre français du documentaire  américain « Frank Sinatra : All or nothing at All",  une confusion entre les Gênois et les Genevois. La voix-off dit que la famille de Frank Sinatra comme beaucoup d’autres émigrés italiens venaient de Catagne et de Gênes et le sous-titre de traduire que c’étaient des genevois et de rajouter banquiers comme une évidence . Les Gênois furent effectivement, les premiers grands banquiers d’Europe, et principaux banquiers de la Couronne d’Espagne et le sous-titre de se mêler les pinceaux.

 

 

C'est le père de Frank Sinatra qui était originaire de Catagne et le mère de Ligurie- Genova. De Genova à Geneva, il y a presque 400 kilomètres.

Mais l’étymologie de ces deux villes est plus proche, voire identique. Genova venait sans doute du latin Genua, variante de Genava, comme Jules César appelait Genève, faisant référence à une curve, ou la proximité d’une nappe d’eau et le nom de Genève serait née de cette même idée, visant plutôt la notion d’embouchure , d’où une confusion facile entre ces deux noms de villes qui ont , en réalité, la même racine et qui sont toutes deux proches de l'eau.

Le dictionnaire latin définit bien ce Genua qui fait suer les Américains :

Nom propre

GENUA, AE, f

1 siècle avant J.C.CAESAR (César)

Génua n. : (Genève), ville des Allobroges

1 siècle avant J.C.TITUS LIVIUS (Tite Live)

Génua n. : (Gênes), ville de Liguria

A mon avis, la confusion américaine ne vient pas d'une hésitation sur le  latin, mais prend sa source dans une ignorance totale de l’Europe qui les amènent à confondre Genova et Geneva, comme ils confondent Switzerland et Sweden, la Suisse et la Suède.

 

 

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13/02/2016

Qui sommes-nous ?

Alzheimer-mémoire-shutterstock.pngLa meilleure lecture de 2015,  fut pour moi l’autobiographie d’Oliver Sachs « On the move » , le grand neurologue et écrivain britannique, décédé le 30 août de la même année, à l’âge de 82 ans, nous y livre une autobiographie saisissante, tissée de souvenirs, d’amour pour ses patients, de révélations intimes sur son orientation sexuelle, un ouvrage que tout jeune médecin devrait lire avant de se lancer dans sa pratique professionnelle. Un monument d'humanisme.

Mais encore, autant d’exemples de patients dont la maladie les a entièrement délestés de leurs souvenirs, de leur mémoire, de leur passé, de qui ils sont, ils ont tout oublié jusqu’à leur propre nom. Un effritement identitaire quasi absolu. 

 

Pianistes qui un jour deviennent incapables de déchiffrer leurs partitions, mais qui peuvent jouer un air. Ecrivains pour qui les mots ne sont plus que des signes incompréhensibles.

On se souvient de Nietzsche qui dans le train de Turin qui devait le ramener en Allemagne,  accompagné de son ami qui était venu le chercher alors qu'il avait perdu toute raison, victime d'une crise de démence,  se demandait qui pouvait avoir écrit ces pages,  en lisant "Ainsi parlait, Zarathoustra", oubliant qu’il en était l’auteur.

Et, l’histoire qui me fut racontée par une directrice d’un EMS, sans doute, le moment le plus pénible de sa carrière. Une femme alzheimer qui sanglote en tenant la main d’un homme, pleurant du fait que son fils n’était plus venu la voir durant des années, alors que c’est bien son fils qui se trouvait être là, en face d’elle. Il n’est jamais plus revenu, tant cette scène l’avait désespéré.

Démunis de nos souvenirs, de notre passé, les visages les plus chers ne sont plus que des inconnus. Mais que reste-t-il alors ? Qui sommes-nous ? La masse de nos souvenirs ? Une accumulation de connaissances désormais perdues ? La mémoire des lieux ? Une résultante de notre propre histoire? Un agglomérat d'expériences?

Le « moi je » est-il la somme de tout cela ? Sans doute nous sommes encore dans ce qu’il y a de plus vivant, désormais nous ne vivons plus que dans l’instant présent et comme pour le paradoxe de la flèche de Zénon, ce temps suspendu est  l'infini que nous portons en nous. 

Une pression de main sur le bras, un pas de danse, une musique qui fait rejaillir à la surface, perdu au milieu du chaos amnésique, une chanson apprise autrefois.

Il est difficile pour les proches de comprendre que lorsque tout a disparu, seul le moment présent tient lieu de vécu et il faut apprendre à s’en contenter. Lecture nouvelle de ce que nous sommes et de ce qui nous tient désormais vivant, l’instantanéité. Le « moi, je » est pleinement, ici et maintenant.

 Nous sommes l’instant présent, le seul qui résiste à toute maladie, à tout effacement de la mémoire, à l’oubli de tout notre savoir, être entre parfaite synchronisation avec l’imminence, voilà qui nous sommes.

Quelques lignes pour tous ceux qui se battent avec la mémoire perdue de leurs proches, il faudra apprendre à composer avec. Offrir une mélodie, quelques pas de danses, des caresses, des mots bienveillants qui feront du bien au moment où ils seront dits et qui seront aussitôt engloutis dans un oubli profond mais dont l’empreinte restera inscrite qui sait où.

Sans doute, c’est pour cela que le bonheur ne réside que dans l’instant présent, le seul vrai lieu du "moi, je", un perpétuel devenir, une photographie instantanée d'un présent sans cesse renouvelé,  les grands malades nous le rappellent.

 

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24/01/2016

Un stylo m'a tuER

Tombe-Riadh-Yahyaoui.jpgMon invitée - Henda Chennaoui, journaliste tunisienne indépendante et  spécialiste en mouvements sociaux et nouvelles formes de résistance civile.

16 janvier, devant le siège du gouvernorat, alors que ses camarades fêtent leur embauche, Ridha Yahyaoui est sous le choc. Son nom a été barré de la liste sans explication. Il escalade un poteau électrique et menace de se suicider. Il est électrocuté sur le champ. Le soir même, Ridha décède à l’hôpital de Kasserine.

Issu du quartier Karma à Kasserine, Ridha, 26 ans, technicien supérieur en mécanique électrique, est au chômage depuis cinq ans. Actif dans le mouvement des chômeurs diplômés de la région, il participe, début février 2015, à un sit-in au siège du gouvernorat. Le 16 février 2015, les sit-ineurs signent un accord avec l’ancien gouverneur, le premier délégué régional, Nourredine Touaki, et deux députés de la circonscription, Kamel Hamzaoui (Nidaa Tounes) et Mahmoud Kahri (UPL). Onze mois plus tard, les chômeurs, sit-inneurs, sont enfin convoqués au gouvernorat pour signer leurs contrats de travail. Entre temps, la liste a changé. Le premier délégué a barré six noms y compris celui de Ridha et les a remplacés par onze nouvelles personnes.

Fraîchement confectionné, son portrait sous verre, est porté à tour de rôle par ses six frères et ses deux sœurs. La douleur est encore vive chez les Yahyaoui. La mort subite de leur fils, il y a six jours, n’est pas celle qu’on accepte avec patience et foi. « Ridha n’est pas mort électrocuté. C’est le stylo qui a barré son nom de la liste qui l’a tué » s’indigne Mehrez, frère du martyr.

Assise près du lit de Ridha, sa mère, Saadia Abida, 61 ans, continue à recevoir les condoléances. Entourée de ses proches, elle raconte la dernière matinée avec son fils.
Il était content et pensait, enfin, décrocher un travail. Il m’a demandé de repasser son pantalon blanc qu’il partage avec son frère pour les occasions exceptionnelles. Avant de partir, il m’a embrassé et m’a serré dans ses bras. Il avait un large sourire. Il était vraiment élégant et beau avec son dossier à la main, raconte Saadia, les larmes aux yeux.
Parmi les six frères et les deux sœurs de Ridha, seul l’aîné travaille, à l’usine de l’Alfa. Les autres se débrouillent comme ils peuvent. Parfois de petits boulots et parfois rien. « La plupart du temps, nous sommes incapables de trouver de quoi se nourrir » explique Baya, 40 ans, sœur de Ridha, diplômée en informatique mais au chômage depuis 15 ans.
Pour sa famille, Ridha n’était pas résigné. « Il rêvait de lancer son propre projet. Il voulait ouvrir une boulangerie et embaucher ses amis. Il pensait aux autres. Il voulait voir tout le monde content. Petit à petit, il comprend que son rêve est loin d’être réalisable. Il commence alors à passer les concours nationaux de l’armée, de la police et de la douane. À chaque concours, il rentre content et confiant. Il me dit, cette fois-ci, c’est la bonne » se rappelle Roukaya, petite sœur de Ridha.

« Mais, ce n’était que des faux espoirs. Nous n’avons ni pistons ni argent pour qu’il soit admis aux concours. Tout le monde sait comment ça marche dans ce pays. Même pour voir un responsable, nous sommes obligés de payer un pot de vin » s’insurge Othman Yahyaoui, père de Ridha. Retraité des Télécom, ses 35 ans de dur labeur ne lui ont pas permis de garantir un meilleur avenir à sa progéniture. « Cette liste était le dernier espoir de mon fils. Il y a vraiment cru. Malgré son diplôme, il était prêt à travailler comme journalier sur les chantiers pour 250 dinars par mois. Mais le pouvoir a décidé de le priver de ces miettes » accuse le père de Ridha.

demande-emploi-ridha-yahyaoui.jpgBaya éclate en sanglot devant la caméra. Terrifiée à l’idée que son frère sera oublié comme tant d’autres martyrs, elle expose une dizaine de documents en criant « Filmez tout ! Ridha est le martyr du travail ! Aux jeunes de la Tunisie ! Si vous voulez du travail, il faut l’arracher par le sang ! ».

Une demande d’emploi rédigée à l’intention du gouverneur tachée par le sang de Ridha dans les mains de la sœur endeuillée.

 

Photos  Rabii Gharsalli

 

587.jpgHenda Chennaoui

Journaliste indépendante, spécialiste en mouvements sociaux et nouvelles formes de résistance civile. Je m'intéresse à l'observation et l'explication de l'actualité sociale et économique qui passe inaperçue.

20:51 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

22/01/2016

Tunisie- D'inertie en incompétence

MANIFESTATION-TUNISIE-550x309.jpgLe soulèvement vient des mêmes régions d’où est partie la Révolution, après Mohammed Bouazizi immolé par le feu à Sidi Bouzid, voici la mort du chômeur Ridha Yahyaoui à Kasserine, le 16 janvier, électrocuté après être monté sur un poteau électrique duquel il manifestait après son retrait d’une liste prioritaire d’embauches au sein du Ministère de l’Enseignement.
Que s’est-il  passé depuis le 14 janvier 2011, date du départ forcé de Ben Ali ? Rien, ou plutôt si, une augmentation du chômage qui atteint 15% des jeunes et 40% des diplômés, mais qui frappe de plein fouet plus de 30% des jeunes dans les zones délaissées du Sud. Les régions du Sud sont toujours aussi défavorisées et menacées directement par la mouvance djihadiste. Un jeune me disait : »mon diplôme est juste bon à être transformé en cône en papier pour glibettes (graines de tournesol) au moins qu’il serve à quelque chose et à quelqu’un !».

Entre le marteau et l’enclume, les pauvres ont le choix entre encore plus de pauvreté ou plus de radicalisme forcé.

Et le gouvernement tunisien dans tout ça ? Déchiré, les luttes intestines sont la priorité d’un régime sans vision, sans projet, incapable de faire face aux revendications sociales. Beji Caïd Essebsi est plus préoccupé de mettre son fils Hafedh, en place que sortir les jeunes de la précarité. Ennahdha a depuis longtemps fait preuve de son incapacité à sortir le pays de la crise, bien au contraire, il pensait l’entraîner dans les bas-fonds de l’obscurantisme.


C’est une colère qui couve, un désenchantement infini qui trouve ses racines dans l’incapacité à créer des emplois, à réduire les inégalités régionales, un pays qui se glorifie de recevoir un prix Nobel de la Paix, sans pour autant qu'il exige la rétrocession de l’argent volé de Ben-Ali, près d'un milliard de francs suisse qui dorment encore dans les Banques suisses. L’argent lui aurait été plus utile qu’un écran de fumée.

Cinq ans de promesses, de divagations et de tergiversations sans résultat.. Et quelle est la réponse du gouvernement, aujourd'hui ? : un couvre-feu , tel un couvercle posé sur une cocotte-minute prête à imploser, plus d’autoritarisme pour toujours moins de solutions.

Et force de constater qu’une Révolution n’a lieu que lorsque le système change, mais rien n’a changé, ce ne fut qu'un mouvement social sans effet ! D’inertie en incompétence, le pays à la dérive nage en pleine déliquescence. Pour changer le pays, il faut changer le système des castes, des clans, des nantis, éradiquer la corruption qui règne en maître. S'appuyer sur le 50 % de la matière grise non employée, celle des femmes.En attendant, les seuls qui proposent un changement de système et qui ont une vision ce sont les djihadistes à force de terrorisme et pas pour le meilleur.  Eux ont un projet de société quand bien même il nous horripile, en face pour résister le néant d'une société indolente et amorphe, incapable de lancer le moindre programme de reprise économique, incapable de dessiner un avenir à sa jeunesse désespérée, "morte depuis 20 ans", une jeunesse livrée aux promesses fallacieuses d'un Paradis sans chômage et sans souffrance, en face, en lieu  et place de résistance,  le silence abyssal d'un néant vertigineux.

Pas d’effet d’annonces irréalisables, écouter les revendications et y répondre, il faut le changement à tout prix, hic et nunc !

Paix à la mémoire de Ridha Yahyaoui, 26 ans, victime de la corruption et qui a vu son nom disparaître d'un liste prioritaire pour l'embauche de fonctionnaires et qui aboutira sans doute à une enquête bâclée .

 

tunisie,kasserine,sidi bouzid,gafsa

article repris par le journal numérique tunisien en ligne kapitalis

http://kapitalis.com/tunisie/2016/01/24/tunisie-dinertie-en-incompetence-le-changement-se-fait-attendre/?upm_export=pdf

21:16 | Tags : tunisie, kasserine, sidi bouzid, gafsa | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

19/01/2016

« Si je ne la tue pas, j’en fais quoi ? »

bath21-600x450.jpgJe l’ai plongée dans la baignoire, nue, je lui ai tendu une  lame tranchante, et là sous mes yeux, elle s’est tailladée les veines et je me dis avoir bien fait, c’était la seule chose à faire ! La suite de sa vie n’aurait eu aucun sens, lorsqu’on tombe si bas, on ne se relève plus, parfois mieux vaut partir, mettre fin à un destin insurmontable, si tourmenté.

Camilla est là, le visage enfin libéré de toute crispation, ses traits si fins sont détendus pour la première fois depuis des années. Ses bras allongés le long de son corps, elle fait penser à ces princesses qui dans les contes se tuent   par amour. Ses cheveux encadrent son visage, déjà translucide, quelques boucles légères paraissent, elles bien vivantes, et, dansent autour de sa tête, la folle farandole d’une danse funèbre.

Oui, il n’y avait aucun choix, c’était la seule issue ! J’en suis persuadée.

Elle s'appelait Camilla, prostituée cubaine, clandestine à Melbourne en Australie.

 Et alors quoi ? Que voulez-vous que je fasse, je la sors de la baignoire, encore dégoulinante d’eau, je lui arrache la lame des mains, je la rhabille et puis ? Quoi ?

Telle fut ma réponse à une maison d’édition de la place genevoise qui aurait éventuellement publié mon roman        « L’Irradié «  si entre autres observations, je n’avais pas tué mon héroïne principale.

 

 

 

 

 

 

 

 

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18/01/2016

Une amitié improbable ou le courage qui sauve

Tigre-chevre-russie.jpgLa chèvre Timur qui aurait dû être le repas du tigre de Sibérie, Amur est devenue sa meilleure amie, à ne plus rien y comprendre. Le responsable du Zoo russe Far Eastern Safari Park en perd son russe et va même jusqu’à dire, que la chèvre est devenue « sa collègue ».

Dorénavant inséparables, le zoo a décidé par respect pour la chèvre de ne plus donner en pâtures des chèvres à manger au tigre, elle ne supporterait pas la vue de ses congénères mangées vivantes sous ses yeux, par son meilleur ami, ceci pourrait aller jusqu'à induire un conflit de loyauté.

Le tigre assure même sa protection, il n’hésite pas à feuler lorsqu’un gardien s’approche trop près de sa nouvelle amie. Le fait le plus marquant et ce qui a changé le comportement du tigre résiderait  dans le fait que lorsqu’on lui a mis cette chèvre vivante dans l’enclos, elle n’a pas eu peur, sa témérité l’a sauvée, dorénavant elle est surnommée « Assurance ».

 Cela fait plus d’un mois qu’ils vivent en harmonie.

 La morale de l’histoire : avoir du courage peut sauver la vie ! 

 


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17/01/2016

Robert Mugabe serait-il mort d'une crise cardiaque?

image.jpgGrande agitation sur les réseaux sociaux du Zimbabwe et de l'Afrique du Sud et dans la presse anglo-saxonne, rumeur que le gouvernement essaie tant bien que mal de démentir ou fustiger le hoax pour autant qu'il en soit un. L'agence Reuters quant à elle  a exigé un démenti formel.

Robert Mugabe serait-il  mort d'une crise cardiaque ? Information aussitôt démentie par le porte-parole du Président zimbabwéen, George Charamba, et qui maintient que Mugabe passerait ses vacances à Singapour en compagnie de sa famille et des ses amis.  L'affaire est partie du journal en ligne Zim Eye qui publiait une lettre reçue mardi et envoyés par une personne anonyme faisant état du fait que le président passant des vacances avec sa famille aurait eu une crise cardiaque et que ses proches devaient s'attendre au pire. 

Après plusieurs appels au Zimbabwe cet après-midi, c'est un peu la confusion et une hésitation entre, l'information est  tenue secrète en vue de préparer la succession et éviter le chaos ou elle est carrément erronée.

Mais on reste surpris par le fait que Mugabe ne viendra pas démentir cette rumeur puisqu'il est en vacances jusqu'à la fin du mois selon son porte-parole. L'homme de 91 ans,  en réalité reste bien muet devant cet affolement sur la toile.Bref ! Il se passe quelque chose dont on ne perçoit pas encore exactement la teneur. On reste perdu dans le bush.  Mais au cas contraire, il soufflera sa 92 ème bougie, le 21 février prochain. 

Sur les starting-blocks, un nom circule déjà, c'est celui du vice-président Emerson Mnangagwa, un très proche du président mais Grace Mugabe saura assurer sa place au soleil et il faudra composer avec elle. 

Les internautes s'en donnent déjà à coeur joie : Le coeur de Mugabe ne le supportait plus.  Mugabe ne peut pas souffrir du coeur, c'est le coeur qui souffre des attaques de Mugabe.  Ah bon ? mort d'une attaque cardiaque? Mais depuis quand avait-il un coeur ? 

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16/01/2016

Triste börek

epibrek.jpgCe matin,  en regardant par la fenêtre,  la plaine enneigée qui s’étend sous mes yeux, j’attends une amie kurde,  elle était si désespérée de la situation en Turquie et si déprimée que dans un élan de solidarité, je l’ai invitée à passer le week-end chez moi.

Elle m’a proposée de préparer des börek, et moi de l’assister. Je  ne sais comment elle s’est arrangée, de retour récemment de Turquie,  pour traverser toutes les douanes sous haute surveillance avec 10 kg de feuilles à börek.

En observant les arbres habillés de blanc, j’attends de pied ferme, les nouvelles des Kurdes de Turquie. J’imagine mon amie arriver avec ses deux paquets, lourdes cernes sous les yeux,  chargée comme un portefaix, la tristesse pesant autant sur son âme, une démarche lente, les épaules légèrement voûtées, allégorie vivante de la situation des Kurdes sous le régime Erdogan.

Un oiseau  de proie tournoie au-dessus des montagnes glacées.   J’imagine ses mains qui travailleront rapidement avec rage,  pas besoin de sel, ses larmes suffiront, tandis qu’elle me décrira dans le menu détail ce que les Kurdes subissent en Turquie,  elle écrasera les épinards et le fromage émietté,  le tout  ne formant plus qu’un amas difforme.  Dans l’effritement de la feuille légère produisant un  bruit  ténu d’émiettement, elle me résumera la situation d’un  peuple éclaté , d’un revers de main, on ramassera les miettes éparses .

Dans le ciel gris tournoie la buse au-dessus de la rivière gelée,  puis elle plonge en se laissant tomber sur sa proie.

 

 

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11/01/2016

"Ces putains qui marchent dans la rue"

I8B.jpgUne stagiaire d'une ONG me racontait lors de son stage en Ethiopie, dans la petite ville de Mekele que lorsqu'elle marchait seule dans la rue, c'est-à-dire non accompagnée d'un mari, on la traitait de putain. Les enfants tentaient de soulever sa jupe longue  en riant et les adultes naturellement laissaient dire les insultes lorsqu'ils n'y participaient pas  eux-mêmes. Pour les habitants de cette petite ville du nord du pays, seules les putains ou les mendiantes déambulent non accompagnées dans la rue. Une femme considérée comme  bien reste chez elle, invisible au regard des inconnus, cachée derrière de hauts murs.

Une autre fonctionnaire d'une ONG me disait, encore sous le choc,  il y a plusieurs années de cela, que deux Américaines qui faisaient de l'auto-stop en short en Afghanistan ont été emmenées par des Talibans  et violées pendant une semaine, une est rentrée morte sur une civière,  le corps affreusement mutilé et l'autre folle et muette,  à tout jamais enfermée dans un silence qui ne trouvait plus ses mots pour décrire l'horreur subie.

Puis plus proche, il y a eu les évènements récents en Allemagne, la violence, les viols, les insultes, tout ce que les femmes connaissent déjà bien et pas seulement en Allemagne. Lorsque vous conduisez, même en Suisse, à n'importe quel moment on vous lance "salope" ou "connasse" pour un rien, il a suffi d'une fausse manœuvre, d'une distraction légère. Violence verbale, violence physique, le lot de trop nombreuses femmes partout dans le monde. Femmes dont le corps est devenu un terrain de guerre, un enjeu de pouvoir, de soumission et d'humiliation.

Alors que dire ? Que répéter sans relâche? Que marteler encore ? Que l'on cesse d'institutionnaliser le corps des femmes, il n'est ni le lieu de la morale, ni le lieu d'une sacralisation exacerbée, il n'est pas non plus cet objet à vendre que l'on véhicule nu sur de grandes affiches, ni cet objet qu'on couvre et cache comme la chose possédée par un propriétaire jaloux. Qu'on laisse les femmes se réapproprier leur corps et qu'elles en disposent comme bon leur semble, il lui appartient entièrement et en aucun cas ne peut devenir un lieu de culte. 

Le vocabulaire même doit être revu lorsqu'il s'agit de l'habillement des femmes qui les rendent : avec du sex-appeal qui signifie littéralement qui "appelle du sexe", séductrices, provocatrices, tentatrices. Lieux de tous les fantasmes projetés.

Qu'on laisse les femmes se vêtir et se promener de jour ou de nuit dans le vêtement qui leur plaît et que l'on cesse de les  considérer comme des putes et des salopes dont le salaire et les postes à responsabilité ne sont pas encore égaux à celui des hommes même dans les pays dits les plus civilisés en 2016.

La seule chose à enseigner à des hommes et à ceux qui les élèvent, c'est-à-dire des femmes aussi , consiste à rappeler que nous tous méritons du respect et s'unir à l'universel "ne fais pas à autrui, ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse." Ces hommes et ces femmes sont issus de sociétés violentes où on attend des hommes qu'ils démontrent leur force virile, voire bestiale, eux-mêmes sont pris au piège de cette même violence  non seulement qu'ils ont subie mais qu'ils perpétuent de façon aveugle. Apprenons à vivre ensemble en toute fraternité, c'est une éducation entière à revoir et il faut continuer à tout prix à éduquer les uns et les autres au respect.

Que les auteurs de violences soient sévèrement punis ! Ici et ailleurs comme en Inde.

Zéro impunité pour la violence à l'égard des femmes, zéro impunité à l'égard des fillettes et garçonnets  abusés.

C'est moins un combat homme femme qu'un combat contre la violence

 Stop à la violence sur les femmes

Stop à la violence sur les hommes

Stop à la violence sur les enfants 

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Le Paradis des artistes

image.jpgNew-Delhi - Depuis mon passage, le nom de la villa est passé de Villa 33 à Villa 33, « Artist's Paradise». Je suis un peu gênée d’avoir notamment influencé ce changement, il s’avère que lorsque j’avais choisi cette chambre à New-Delhi, j’avais  demandé d’avoir une table de travail et une lampe. Cette demande toute naturelle en soi a provoqué un séisme, les propriétaires ont donc réaménagé la chambre en conséquence et l’ont appelée la "chambre des écrivains" ; une chose en amenant une autre, ils ont tout simplement décidé que les six  autres chambres qu'ils louent, sept autres restent privées ,  dorénavant ne seraient consacrées qu’à des artistes et écrivains. 

Il est vrai que les propriétaires sont eux-mêmes de grands voyageurs, ils ont passé, entre autres voyages en Europe,  un mois à Montreux et parlent avec enthousiasme de la Suisse avec une petite réserve sur la fondue indigeste, à leur goût. L’idée de mettre à disposition des chambres leur permet de recevoir des voyageurs et d’étendre cette idée du voyage et rappeler que le voyage n’est pas qu’une déambulation des corps dans un  espace géographique donné, mais il a pour but surtout de créer du changement à l’intérieur de soi et de modifier nos propres frontières intérieures.  Recevoir un étranger c’est encore voyager , dans la culture et les traditions de l’autre. Le voyage et ses voyageurs sont des portes ouvertes sur le monde.

Donc, forte de cette nouvelle idée, toute la famille portée sur le mécénat, se consulte et pense que leur maison est idéale pour devenir une maison d’artistes. Tout en buvant mon chai au petit-déjeûner, je suggère en marchant sur des œufs, que la première chose à faire, ne voyant aucun livre,  serait de constituer une bibliothèque avec les plus grands écrivains indiens traduits en français et en anglais. Comme piqué par un aiguillon, Anil  le co-propriétaire saute sur sa chaise et jure que la prochaine fois que je viendrais,  une partie du rez-de-chaussée sera transformé en bibliothèque.

Pour ma part, je réfléchis et me demande combien d’auteurs indiens j’ai lus dans ma vie. Pas plus de dix, parmi eux, le plus grand, à mes yeux, Rabindranath Tagore ; je partage cette réflexion avec mes  hôtes et leur  suggère d’inviter des auteurs indiens dans leur maison et d’organiser des rencontres avec les voyageurs de passage. Dans un élan créatif, ils proposent aussitôt de mettre à disposition leur ferme située à l’extérieur de New-Delhi pour des ateliers d’écriture et permettre aux écrivains-voyageurs, aux peintres et aux cinéastes  de disposer d’un lieu calme et d’un grand espace.

 Tonee, le deuxième co-propriétaire qui s’est reconverti dans le cinéma après la création de mode me parle de son prochain scénario , une histoire d’amour et ses trois protagonistes : un jeune prêtre à gauche du Gange, au milieu le Gange, et de l’autre côté du fleuve, la tentation sublime, une prostituée qui doit être vendue dans les trois mois. Je reste bouche bée, à l'écoute de ce scénario légèrement "soap movie"  et imagine la fin possible, le Gange avale la prostituée et le prêtre et les purifie aussitôt; un amour sacrificiel noyé dans le Gange, « un fleuve qui macule toutes les âmes » selon Voltaire.

Et pour conclure, dans ce beau projet, on pourrait aussi proposer de diviser la bibliothèque en deux parties, une partie indienne et une partie internationale. Pour ma part, j’ai proposé que chaque voyageur laisse au moins une ou deux de ses oeuvres et au minimum trois ouvrages de ce qu’il considère comme les plus grands écrivains de son pays, et sur cette lancée, je proposerai, Ramuz, Ella Maillart  et le Suisse mal-aimé, d’expression française et anglaise, John Knittel , auteur de Via Mala. Pour la Tunisie, je la représenterai par l'auteur franco-tunisien, Albert Memmi, le plus grand penseur tunisien contemporain. Les écrivains sont les enfants du monde. 

 

Quelques noms et titres de la littérature indienne  contemporaine:

Shashi Deshpande – La nuit retient ses fantômes

Amitav Ghosh - Les Feux de Bengale/Le pays des marées

Kamala Markandaya – Le riz et la mousson

Anita Nair – Compartiment pour dames

Vikram Seth - Un garçon convenable

Arundhati Roy- Le Dieu des petits riens

Shashi Tharoor - Le Grand Roman indien 

Salman Rushdie - Les versets sataniques

Akhil Sharma- Un père obéissant

Upamanyu Chatterjee – Les après-midi d’un fonctionnaire très déjanté (satirique et drôle)

Hari Kunzru- L’illusionniste

Jhumpa Lahiri – L’interprète des maladies (très beau et émouvant)

Rohinton Mistry – L’équilibre du monde

 

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