28/04/2016

Le revenu inconditionnel de base, une vision humaniste ou comment évoluer vers un meilleur

ConstruireLeFutur.jpg4 heures du matin, il y a des sujets pour lesquels, il faut se lever tôt ; pour accueillir la promesse de l’aube d’une humanité en devenir.

Au-delà du sujet politique, il s’agit d’envisager le thème sous l’angle philosophique, sous l’angle d’une société en devenir dans la plus pure tradition des grands courants de pensée qui ont contribué à l’essor de notre civilisation. 

Revenue récemment d’un voyage au Canada, je m’étonnai de voir un nombre considérable de gens couchés par terre soit jeunes, vieux, étrangers ou pas . Sous des couvertures, sous des cartons, une valise en guise de coussin et de s’étonner. Etre capable de s’étonner que dans des sociétés dites civilisées, on trouve encore des gens qui n’ont plus rien ; jetés dehors dans la rue comme des chiens, bien qu’on n’admette plus les chiens errants. Constater qu’une économie dite libérale ne permet pas encore à des gens de vivre en toute décence. S’étonner qu’au XXIe siècle, à l’heure de toutes les avancées technologiques dont on se gausse tant, de missions sur Mars, de performance numérique, de transports toujours plus rapides, des enfants, chaque jour meurent encore de faim.

Cette capacité d’étonnement démontre que la misère de l’autre n’est pas dans le cours naturel des choses, comme pour les cellules d’un corps, une cellule malade finit par contaminer les saines et nous évoluons tous dans ce même corps géant que représente cette planète sur laquelle nous nous trouvons. Trop de misère finit par influencer l'environnement bien portant et impacter sur lui. Force est de constater que nous formons un tout, dans une interactivité incontestable, nous sommes aussi interdépendants, on l’ a constaté avec les évènements, ce qui se passe dans le monde nous concerne, nous en ressentons les effets et parfois, voire plus souvent en payons les conséquences qu’on le veuille ou pas.

Partir du postulat que tous doivent et peuvent bénéficier d’un revenu minimum qui permette un minimum de décence n’est pas un luxe, mais une nécessité. Comment continuer à croire de façon si naïve que lorsqu’une partie de la société vit en-dessous du seuil de pauvreté que nous allons continuer à évoluer. Comment continuer à croire que des personnes qui ne trouvent pas de travail parce qu’elles ne remplissent pas les critères ou sont objets de discrimination que leur exclusion ne finira pas par pencher dans la balance. Comment continuer à croire qu’il y a des côtés les plus faibles et de l’autre les plus forts qui s’imaginent dans leur forteresse protégés de toutes parts, à juger de l’échec des autres et à condamner et se croire à l'abri. 

De Erasme à Spinoza et de Spinoza à Voltaire, les grands philosophes nous ont tracé les voies d’un humanisme ; ils nous ont préparé à la lumière contre l’obscurité.

Comme une évidence, comme une intuition, une société en évolution intègre de façon durable et juste tous ses sujets y compris les plus fragiles.

Le revenu de base inconditionnel pratiqué dans chaque pays, -  pratiqué à long terme partout- ,  offrira à chacun de vivre avec un minimum auquel ils n’accédera jamais sans aide et réduira le nombre de personnes qui fuient pour chercher de meilleures conditions de vie ailleurs. Un revenu de base minimum qui permettra de mieux participer à une dynamique de société qui ne laisse pas des gens à la traîne mais les intègre afin qu’à leur tour, elles amènent leur pierre à l’édifice, celui d’une société en devenir ; d’une société en progression.

Nous sommes les bâtisseurs d’un futur qui ne peut tendre que vers plus d’égalité et vers un meilleur partage des ressources. Un futur qui voit la disparition du travail au profit des nouvelles technologies, il est temps de penser aux alternatives et de préparer de nouveaux modèles économiques, changer de paradigme;  les nôtres s'essoufflent et ne résistent plus au changement. Nous sommes arrivés à un tournant qui exige des adaptations, mieux vaut les anticiper et s'y préparer que les subir. 

Une vision humaniste, sans doute, la seule vision vers un devenir, la seule vision vers une société plus juste. 

 

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26/04/2016

Erdogan, à dos d'âne

49954[1].jpg

Cahin-caha sur le dos de l'âne
La Turquie d'Erdogan
Monte la garde
Jusqu'à Genève

Place des Nations
Lieu de dénonciation
L'art trublion

Dérange le vibrion
Qui attelé à sa monture

Déverse sa vomissure
Et croit prendre en otage
L'art en gage
L'art en-gagé

En mémoire de Berkin Elvan
Adolescent innocent
Le cliché bravant
La menace bruyante
Censure du Levant
A Demir Sönmez
Point impressionné
Libre expression
Oblige !

 

A dos d'âne
Erdogan enfourche
Sa triste monture
Et s'en retourne
Devenu l`âne
Estourbir la liberté
Museler la fierté
Des artistes exacerbés

 

Mais pas à Genève ! Je vous en prie ! Mais tiens où sont donc passés les "Réverbères de la mémoire"  de l'artiste Melik Ohanian :  dans les oubliettes du diktat turc ?


Djemâa Chraïti, blogueuse,  soutient l'artiste engagé Demir Sönmez

 

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24/04/2016

De l'esclavage chez les Amérindiens

Natives-2-KiustaPotlatch.jpgVictoria – Vancouver - Plongée dans un recueil d’histoires mythiques du peuple Haïda, « The Raven Steals the light » (Le Corbeau qui a volé la lumière) , ouvrage préfacé par Claude Lévi-Strauss ; une référence fréquente aux esclaves m’amène à investiguer pour découvrir une forme d’esclavage que l’on retrouve en Afrique et dans les pays arabes, à savoir une position spécifique de certains membres de la tribu ou du clan, dans l’organisation du travail du groupe familial. L’esclavagisme lignager.

Une conception qui ne s’applique qu’en lien avec la distribution des tâches selon s’il s’agit d’un jeune, d’une femme ou d’un quelconque autre membre de la famille, soumission d’un jeune frère à son aîné. L’esclavage permettait de se consacrer à des activités plus prestigieuses comme chasser l’animal pour sa fourrure qui se négociait très cher tandis que d’autres se consacraient à des taches importantes mais de moindre portée. l'esclavage non lignager pouvait être la capture d’un ennemi transformé en esclave. Corvée d’eau et de bois, réparation et construction de maison, préparation du poisson et du gibier. Les nobles tâches et les tâches ingrates formaient d’une part des « nobles » appartenant à la caste supérieure , et dont la plus noble des missions  consistait à personnifier les ancêtres et de ce fait devenaient les personnes les plus importantes de la tribu, leur dimension spirituelle au sein de la communauté les conduit au sommet du groupe. La répartition des rôles et l’importance du statut et selon l’animal mythique qu’on représente place l’individu et détermine sa position. 

Concernant les tribus amérindiennes vivant dans les forêts comme les Haïdas, la répartition des tâches est une organisation économique en lien direct avec l’environnement. Présenté pour la première fois en 1935 par une ethnologue russe I.P Averkieva, par une thèse «  L’esclavage patriarcal chez les Indiens d’Amérique du Nord », on découvre une organisation sociale autour du travail créant des hiérarchies, inhérentes à la distribution des tâches.

Des potlachs, distribution cérémonielle de richesse selon la définition la plus courante pouvaient être organisés pour récupérer un parent fait prisonnier et esclave. La valeur du cuivre pouvait se chiffrer en nombre d’esclaves chez les Tlingits . Echanges de canots, couvertures tissées, masques, coffres pliés, chapeaux cérémoniels, armures, bâtons de parole, huile d’Eulachon, fourrures. De grandes pratiques cérémonielles permettaient de récupérer des personnes, mais aussi d’effacer l’humiliation. L’esclavage de guerre était en général de courte durée, car les membres d’un clan donné faisaient tout pour racheter rapidement les leurs, pris en otages.

A la notion d’esclaves venaient parfois s’ajouter la notion d’ "étrangers » qui induisaient des attitudes discriminatoires lorsque l’esclave venait carrément d’une autre région, exemple des indiens Salish (Flatheads) du Sud faits prisonniers sur la Côte Nord-Ouest.

 Ce qui paraît intéressant dans cette forme d’esclavagisme est la fluidité d’un passage à l’autre, « libre »-« esclave » ce qui induit que les rapports domination/subordination ne sont jamais figés car toujours en mouvement .

Une organisation sociale passionnante qui montre les prémisses du rapport de production auquel s’attache la notion d’interdépendance. Il n’y a pas d’organisation sociale sans hiérarchisation des liens. L’esclavagisme existe depuis la nuit des temps mais prend des significations diverses au fil du temps. Ce qui est certain c’est que toute organisation sociale présuppose la distribution des rôles qui peut engendrer un rapport de supériorité, dominant-dominé.

 

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02/04/2016

RÊVERIES CHAMANES

Unknown-1.jpegC’est le titre de mon prochain recueil en cours d’impression sur du papier de fabrication artisanale réalisé à Pérouges, près de Lyon, fait de lin et de chanvre, un grimoire dont les feuilles cousues main et retenues par un fil, accueilleront aussi des illustrations réalisées par une artiste genevoise, Gloria Antezana. Des rêveries corrigées par un correcteur corse qui signe ses lettres par : "Dans l’espoir d’une réponse proche et alliée, je vous demande de croire, Madame, en l’assurance de ma parfaite estime et de mon réel dévouement. « 

50 exemplaires qui seront offerts de main à main; le résultat d'un  travail artisanal lent et patient où même les mots ont été ciselés patiemment durant des mois. 

Mais plus que cela, ces « Rêveries chamanes » m’invitent déjà en Mongolie auprès de quelques unes des 18 tribus chamanes, cet été. J’imagine le son du tambour résonner sec, une psalmodie qui traverse l’air , à coups réguliers. Imaginer, ce souffle musical qui traverse l’air comme notre propre souffle, comme le souffle de la vie. Un souffle géant qui traverse les montagnes, arrose les plaines, caresse les pierres, glisse sur les feuilles des arbres, porte les ailes géantes des aigles. Un souffle immense qui nous rappelle que nous sommes tous attachés sans distinction à cette inspiration géante qui nous lie, sans distinction , ni de couleurs, ni de races, sans frontières, sans frein, libre et universelle.

A devenir à notre tour, ce souffle, on se souviendra que tout est vivant, que tout respire, que le courant spirituel le plus fort c’est notre souffle de vie, c’est ce que nous avons tous en commun, animaux, humains tous les humains, végétaux, minéraux. Ce souffle qui nous porte, nous voilà infinis et sans entraves.

Tout est vivant, même nos rêves immenses d’un souffle unanime.

Un courant spirituel qui balayera les religions mortifères et nous amènera à nous souvenir que nous sommes les enfants du vivant, et que nous respecterons dès lors tout ce qui est vivant ; les forêts, les montagnes, les pierres, les rivières, les fleuves, les mers, l’espace, les animaux, les enfants, les femmes, les hommes.

Nous nous tiendrons par la main et en écoutant le son du tambour et la voix puissante d’un chamane, nous inspirerons profondément la vie insufflée qui nous maintient vivants, si vivants et si semblables  !

 

Une respiration immense gonfle nos poitrines

Un souffle plus régulier que le son du tambour

Une brise qui caresse nos visages

La musique vibrante

Berce nos âmes

Fermez les yeux !

Tenons-nous par la main

Inspirons profondément

La vie est là ,

Sentez-la !

Si profonde et si puissante

Nous sommes la vie.

 


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25/03/2016

Le tendre rêve de Charlotte

images.jpegChampel 13h – Une jeune femme aggripée à la poussette de son enfant, scrute la route, elle est à l’arrêt de bus, les traits crispés. Grande, mince, avec une queue de cheval brune et épaisse plantée au milieu du crâne,  les pommettes saillantes et les yeux légèrement en amande laissent penser qu’elle pourrait venir d’ailleurs. Son bébé, à peine âgé de deux mois, aux tendres joues roses , dort, les poings fermés posés délicatement sur la petite couverture brune qui l’enveloppe chaudement.

Le ciel est bleu, les nuages jouent à attrape-moi, ils filent les uns derrière les autres.   Une voiture de police municipale s’arrête en un crissement de freins sec, un homme en sort prestement et se dirige vers la jeune femme, puis 2 minutes après, une voiture de police, 3 policiers rejoignent le petit groupe composé de la maman, d’une amie qui l’a rejointe prestement entretemps et qui fera office de traductrice;  la jeune maman vient d’un pays de l’Est. La femme se met à expliquer qu’en instance de divorce, son ex-époux l’a suivie après être resté posté 2 heures devant sa maison, il l’a menacée d’enlever leur enfant, a cassé une vitre chez sa tante, la harcèle par téléphone, la surveille jour et nuit.

Son débit est rapide et saccadé, l'amie traductrice intervient parfois bien que finalement la jeune femme parle plutôt bien le français, mais sous le coup de l’émotion et de la peur, les mots lui manquent.

Pendant ce temps, entourée de tous ces uniformes, la petite Charlotte , continue à dormir, un souffle régulier, ses paupières plus fines que de la soie tressaillent. 

La maman égrène sa misère :

- Il m’a envoyé des vidéos menaçantes en disant que j’allais repartir chez moi sans ma Charlotte et que je crève là-bas ! 

Charlotte comme si elle avait compris qu’on parlait d’elle, met son minuscule pouce dans son adorable petite bouche aux lèvres vermeilles.

- J’ai très peur, il me menace, jour et nuit.

 Un sourire d’ange se dessine sur les lèvres de l’enfant, les paupières clignent subrepticement. L'innocente dort à poings fermés sans se douter de la présence de toutes ces têtes qui s’agitent autour d’elle. Puis elle ouvre les yeux et observe longuement le ciel bleu et les nuages qui filent à toute allure et semble interroger la vie :  un carrousel géant ? La vie, une fête magnifique  ?

Quant à moi, je me suis cachée derrière les paupières de l’enfant, incognito, à voir défiler les rêves magiques d’un nouveau-né chargés de futur et de joie de vivre.

 

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23/03/2016

« Pourquoi les musulmans ne descendent pas en masse dans la rue pour condamner ? »

Pour Ismaël Saïdi, un Belge d'origine marocaine, cette question n'a précisément pas lieu d'être posée. Dans un post publié sur son compte Facebook mercredi, ce scénariste, réalisateur et acteur qui a travaillé plus de 16 ans à la police belge, rappelle que les musulmans sont avant tout des citoyens belges comme les autres, touchés par le terrorisme comme tous les Belges.

 

« Pourquoi les musulmans ne descendent pas en masse

dans la rue pour condamner ? »

 

Parce que nous sommes en train de conduire les taxis
qui ramènent gratuitement la population chez elle depuis
hier…

Parce que nous sommes en train de soigner les blessés
dans les hôpitaux…

Parce que nous conduisons les ambulances qui filent
comme des étoiles sur nos routes pour essayer de sauver ce
qu’il reste de vie en nous…

Parce que nous sommes à la réception des hôtels qui
accueillent les badauds gratuitement depuis hier…

Parce que nous conduisons les bus, les trams et les
métros afin que la vie continue, même blessée…

Parce que nous sommes toujours à la recherche des
criminels sous notre habit de policier, d’enquêteur, de
magistrat…

Parce que nous pleurons nos disparus, aussi…

Parce que nous ne sommes pas plus épargnés…


Parce que nous sommes doublement, triplement
meurtris…

Parce qu’une même croyance a engendré le bourreau
et la victime…

Parce que nous sommes groggy, perdus et que nous
essayons de comprendre…

Parce que nous avons passé la nuit sur le pas de
notre porte à attendre un être qui ne reviendra
plus…

Parce que nous comptons nos morts…

Parce que nous sommes en deuil…

Le reste n’est que silence… »

 

 

 

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20/03/2016

« La Reine Malka »

349057970.2.jpegVous l’avez sans doute vue, vendredi, assise devant la synagogue  Beth-Yacoov, sur un banc en pierre. Sa valise bleue devant elle, recouverte d’un manteau de fourrure, avec un bonnet également en fourrure, les mains enfouies dans un manchon. Elle a allumé deux bougies, elle est restée là, droite, et fière, durant des heures.

Le lendemain, samedi, 13h30, je la vois, toujours assise sur le même banc, avec la même valise, le même air, digne et hautain.

Je n’y résiste plus, je la salue, elle daigne se tourner vers moi avec une suffisance royale et me rétorque « I only speak english ! »- Il en aurait fallu plus pour me décourager, qu’à cela ne tienne : parlons anglais !

Je lui fais remarquer que cela fait quasiment deux jours qu’elle est assise sur ce banc en pierre. Dignement, elle répond toujours en anglais « Je suis la reine Malka »- comme Malka (מלכה) signifie reine en hébreu , je tente de décrypter le message. Sur son bonnet de fourrure trônent, des talismans, des mains de Fatma, des bijoux contre le mauvais œil. Carrément, un mur d’ex-voto sur un bonnet.

Je suis Juive , me dit-elle,  née en Israël. Falasha ? Son magnifique profil genre érythréen pourrait laisser croire davantage, à la reine de Saba. Non pas du tout ! me répond elle avec un mépris accompagné d'un claquement de langue.

Je lui demande si elle a mangé depuis la veille, et lui tends 20 francs, elle les glisse dans son manchon, lui aussi en fourrure. Quelques minutes après, je lui fais remarquer que si elle est  juive, c’est « mouktsé » de prendre de l’argent.

Que n’ai-je dit ? La pauvre femme dont la fragilité psychique est manifeste, hésite, se trouble, balbutie, elle perd de sa superbe, puis  propose de me les rendre. Surtout pas ! La meilleure chose à faire c’est d’oublier et surtout de ne plus faire circuler cet argent entre elle et moi. Oublions-le! ai-je suggéré.

Je me souviens vaguement du Deutéronome et de l’Exode qui traitent du Shabbat avec les commentaires de Rachi, et lui dis que sans doute toutes les religions sont supposées être humanistes et que si elle avait vraiment besoin de cet argent pour manger, qu’il en allait de sa vie, peut-être que c’était important de le lui donner et qu’il y a toujours des « dérogations », même et surtout D.ieu est capable de comprendre la misère.

Ces quelques mots la rassurent. Finalement, en l’observant bien, avec ses baskets blanches, sa robe noire longue, remonte le souvenir de la « mariée israélite coranique » et il semblerait que ce soit la même, parlant en réalité aussi parfaitement le français, qui écume toutes les boutiques de mariée, la même que notre « Reine » posée, là, devant moi,  sur un banc de pierre qui attend un élu imaginaire avec une fierté toute royale.

 

"Quand le fou parle, le sage écoute !"

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16/03/2016

La fugue du Petit Nicolas

voie-ferree.jpgSamedi soir - Debout devant la caisse de la boulangerie, ma tarte aux pommes prête à être payée, nous sommes les quelques clients présents, interpellés par une jeune anglaise qui nous demande de l'aide : quelqu'un parle-t-il Anglais? – Je me retourne et réponds : Oui. Elle me désigne le jeune garçon qui l'accompagne et dit qu'il a besoin d'aide et qu'elle ne comprend pas bien ce qu'il veut alors qu'il venait de l'interpeller à l'extérieur, sur le trottoir,  devant le magasin.

 En m'adressant directement au jeune garçon, je m'enquiers de son besoin. Légèrement affolé, il me dit vouloir partir à Lille- Nord-Pas-de -Calais d'où il est originaire. Qu'il a 14 ans et qu'il s'est violemment disputé avec son père, ce qui s'avérera être un prétexte. Un peu abasourdie, je réalise, aussitôt que c'est loin, qu'il fait déjà presque nuit (19h). Il me demande de lui prêter mon téléphone pour appeler sa grand-mère, puis l'entends murmurer cachant sa voix avec la main devant la bouche : Mami! C'est moi! Viens me chercher!. On imagine que la grand-mère lui répond par la négative. Il demande où se trouve la gare la plus proche, on lui désigne Saint-Julien, à 10 minutes de là en voiture. J'insiste sur le fait que s'il n'arrive pas à prendre un train ou un bus, il va se retrouver tout seul dehors, dans la nuit, dans le froid. Il me rassure, il a des amis !

 Il nous remercie, sort brusquement, je l'observe, ma tarte aux pommes dans une  main emballée dans son joli carton blanc à fleurs, une ficelle rouge autour, je l'observe jusqu'à ce qu'il ne devienne plus qu'un petit point à l'horizon, et le voir courir, courir, à grandes enjambées, comme s'il avait le diable à ses  trousses, en direction de Saint-Julien. Je secoue la tête, coiffée de mon béret violet, un client qui a suivi la scène, secoue aussi la tête. Quelle étrange attitude!

Toujours accompagnée de ma tarte aux pommes,  conduisant pour me rendre chez des amis, je réfléchis à  cette scène et me dis que j'aurais dû insister pour dissuader ce jeune, lui offrir un chocolat chaud pour le retenir et comprendre de quoi il en retournait. A l'heure qu'il est , il était peut-être en danger, perdu.  Invitée à Veigy, tout en roulant, je réfléchis, puis me perds dans la campagne, m'excuse auprès de mes amis  et finalement rentre chez moi, manger un artichaut. La tarte aux pommes est restée , elle, dans la voiture.

 Le lendemain dimanche, 8 heures du matin. Une femme affolée, la maman du jeune, qui est remontée jusqu'à moi grâce au numéro de téléphone composé depuis mon portable, pour appeler la grand-mère me dit : " Mon fils a disparu ! Vous êtes la dernière personne à l'avoir vu ! La police vous a-t-elle appelée? Où allait-il ? Que vous a-t-il dit? Comment était-il habillé?".  Encore endormie, assommée par le flot de questions, je réponds et à ma grande surprise, réalise que j'avais complètement photographié celui dont je venais, à l'instant même,  d'apprendre le prénom: Nicolas! Ce même Nicolas enfui d'une clinique psychiatrique.

Tout me revient en mémoire; des lacets défaits, un pantalon noir, une veste bleue légère pour la saison   dont une partie du col est restée pliée à l'intérieur, comme s'il s'était habillé à toute vitesse. Le visage rond, avec une légère acnée sur la peau, les yeux bleus, les cheveux courts, châtain clair, les lobes supérieurs de l'oreille un peu rouges. C'est fou ! Comme on observe les gens. Je réalise avec stupeur que j'avais retenu tous les détails, sans m'en apercevoir.  La mère me remercie et raccroche précipitamment.

Une heure plus tard, c'est la grand-mère qui m'appelle, anxieuse et qui me raconte comment Nicolas qui vient du Nord-Pas-de Calais voulait retourner près de sa grand-mère, de ses oncles. Comment les parents avaient trouvé du travail en Haute- Savoie et Genève et comment le jeune ne s'y faisait pas. Il ne supportait pas d'avoir été arraché ainsi à ceux qui lui étaient chers. Je rassure la grand-mère, essayant de la convaincre que les gens sont bienveillants, dans le fond, qu'il faut faire confiance, que  les humains  ne sont pas tous des monstres, qu'ils l'aideront spontanément s'ils le  jugent nécessaire.  Etait-il chaudement habillé ? me demande-t-elle, un sanglot dans la voix.

 Dans l'après-midi, la grand-mère me rappelle,  visiblement soulagée, en me remerciant chaleureusement. La police a retrouvé Nicolas, sur le quai de la Gare de Lyon, pêché à la sortie du train, grâce à mon signalement.

Quant à moi, je continue à imaginer l'arrachement du Jeune Nicolas, à 14 ans suivre des parents qui quittent le chômage pour enfin trouver du travail, tandis que le jeune quitte tous ses amis, son monde, son environnement, ses habitudes, les paysages bien-aimés.

 Bon vent Nicolas ! Il est vrai que rien ne remplacera le Blanc Manger au pain d'épices de Mami, même pas le meilleur boulot du monde.

13:21 | Tags : fugue, petit nicolas | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

05/03/2016

La nuance des mots…une palette de couleurs

Unknown-1.jpegLes Inuits ont cinquante mots pour parler de la neige;  leur neige à eux semble inépuisable tant elle recèle de nuances. Neige pour boire l’eau, neige tassée et fondue, neige fondante, première neige d’automne, neige fraîche et boueuse, brique de neige pour faire un igloo, neige fondue et transformée en cristaux, banc de neige par un vent du nord, neige pour glisser le traîneau, pellicule de neige fine sur un trou de pêche, neige tombant en spirale.

Mais encore toutes ces neiges qui tombent dans un vocabulaire précis et détaillé  offrant un paysage de blanc et pourtant tout de contrastes. Entre qanik, qanittak, ou sitilluqaaq, la neige est toujours présente mais toujours finement désignée. Il est vrai qu’entre couche de glace épaisse et fine, la différence sous vos pieds vous la sentirez immédiatement, une différence linguistique qui risque de vous être fatale. La nuance chez les Inuits doit tenir probablement à l’instinct de survie. Les Ecossais, eux,  les surpassent largement avec 421 mots pour caractériser cette neige.

Quant à la nuance de blanc, les Inuits sont aussi imbattables , on recense une dizaine de mots pour décrire la variété de blancs.

Pour passer du coq à l’âne, on se dit que la langue française est relativement pauvre entre aimer la confiture, aimer faire du ski et aimer quelqu’un, pas de distinction, ni de nuance.

En réfléchissant au vocabulaire inuit, ça donne envie de nuances et on se met à inventer des mots pour donner plus de sens, plus de précision à notre vocabulaire :

Amourglu – un amoureux transi, parfois collant

Astramour – amour platonique

Banamour- amour banal

Barbamour- amour ennuyeux, barbant

Barjamour- amour fou, à devenir barje

Castramour- amour castrateur

Catamour – amour catastrophique

Cithamare - amour de la musique

Clinquamare – amour superficiel, clinquant

Fatramare- amour désordonné

Fritamour- amour violent

Guichamour- amour aguicheur

Sagramor- un amour chagrin qui fait souffrir

………………………… …………………………

Le langage détermine-t-il la pensée ? Un langage plus riche et plus  subtil, nourrit-il une pensée plus complexe ? Le manque de vocabulaire et de nuances appauvrit-il la pensée ? L’empêche-t-il d’évoluer ? Quoiqu’il en soit, continuons à jouer avec notre palette de couleurs et n’hésitons pas à inventer des mots pour préciser une pensée et s’ils n’existent pas qu’importe, palette infinie pour une pensée tout aussi infinie, inventons-les.

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21/02/2016

La mémoire des pierres

Maroc - Dans les mellahs, les pierres, elles se souviennent. De ces longs cris déchirants des hommes que l'ont abat, des filles que l'on le viole, des maisons saccagées, des magasins délestés de toutes leurs marchandises.
Hier, encore, un corps allongé sur les dalles froides entre les échoppes aux tentures multicolores, aux montagnes d'épices, le cri s'est transformé en râles, puis un silence si lourd, un silence immémorial s'est abattu jusque dans la mémoire des hommes, un silence qui paralyse les consciences et fige les langues.

 La pierre abreuvée de sang chaud, elle, ne peut plus oublier, il en coule tant que des flaques se forment autour du corps formant des dessins étranges, des continents engloutis dans une indifférence traîtresse. L'amnésie gagne ce cercle d'hommes qui se resserre autour de la victime, jouissant du spectacle absurde d'une mise à mort. La vie, dans un dernier souffle file entre les lèvres, la joue collée contre la pierre, un murmure plaintif "Ô D.ieu protège mes enfants!".  Le couteau planté dans dos laisse scintiller la lame dans un rayon de soleil glacé. Le chapeau de l'homme a roulé à terre, à quelques centimètres de sa tête. A travers le voile de ses larmes, il perçoit le balancement des burnous à quelques centimètres de lui. Seul, étendu au milieu de ce cercle, il entend une voix conclure: " ce n'est qu'un Juif! La police débarquée, notera brièvement:"pas de témoins, l'agresseur s'est enfui : affaire classée! "

Seule la pierre aurait pu raconter, les pas précipités d'un lâche qui poignarde dans le dos, le bruit de l'affaissement du corps, les battements précipités du coeur qui ralentit si vite, puis plus rien.
Les pierres ont-elles plus de mémoire que les hommes ? Auraient-elles plus de coeur?
Des scène ô combien tristement communes qui se sont déroulées dans presque toutes les villes du Maghreb et en Orient et sans jamais aucune condamnation d'un coupable.

L'histoire des Juifs est racontée dans "Un exil au Maghreb- La condition juive sous l'Islam de 1142 à 1912" mais les meurtres se sont perpétués bien au-delà de cette période.
Des pogroms en pagaille, au fil des siècles, une justice absente, une conscience fantôme plane sur l'histoire des Juifs en Orient et un travail de justice et de réparations qui ne s'est jamais réalisé, mais plus grave encore un déni total de la barbarie que l'on cache derrière la dhimmitude, non point une institution de protection mais celle d'une injustice institutionnalisée.
A quand le temps de la conscience historique et de la réparation?  Nous  le savons tous, il n'y a pas de justice sans réparations.
Un voile à peine soulevé, l'oeuvre de Lakhdar Omar, "Mogador -Judaïca, dernière génération d'une histoire millénaire" montre  que l'on commence à revisiter l'histoire, sous l'angle de faits peu glorieux, une oeuvre parfois maladroite mais, enfin les prémisses du récit de siècles de barbarie.

A quand une conscience arabe à l'égard des Juifs? Qui peut prétendre construire sur les sables mouvants d'une amnésie séculaire? A quand une conscience? 
Mais les pierres sont là pour raconter .........


Je dédie ce texte à celui qui reconnaîtra l'injustice faite à son père lâchement assassiné au Maroc au seul nom du fait qu'il était juif, issu d'une famille établie au Maroc depuis des siècles et sans doute bien avant l'arrivée des Arabes.

sources

L'Exil au Maghreb - La conditon juive sous l'Islam 1148-1912 de Paul B.Fenton & David G.Littman  in PUPS

Lakhdar Omar - Mogador - Judaïca - Dernière génération d'une histoire millénaire in  GÉOgraphie

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