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18/03/2017

La pêche

images.jpegEn Roumanie, à Timisoara, une grand-mère reçoit par un bel après-midi son petit-fils, la prunelle de ses yeux, un enfant choyé, unique, enfin, celui qui raconte.

La large cour intérieure, méditerranéenne, tranquille et ensoleillée, est circonscrite de plusieurs maisonnettes fatiguées par le passage du temps et des saisons, collées l’une à l’autre. Ici et là, quelques maigres carrés de légumes et fleurs. Seul au milieu, un petit pêcher.

L’enfant, quant il ne court pas partout quand il ne fouille pas les anciens coffres de jeunesse de son père, écoute les récits de sa petite grand-mère. Comment le grand-père, haut fonctionnaire, un homme d’une intégrité absolue, bien que préfet de préfets, n’ait jamais cherché posséder plus qu’il ne fallait pour vivre. Comme de coutume dans cette culture des Balkans, il aurait pu profiter de sa situation privilégiée pour amasser biens et fortune. Peu importe qu’on n’ait rien aujourd’hui. La famille est une longue lignée de gens honnêtes et traditionalistes, peu matérialistes, l’honneur et la moralité dans l’âme et dans le principe. La dignité est ce qu’on a de plus précieux.

Tandis qu’il écoute attentivement les récits de cet héritage de dignité, l’enfant admire de loin, l’unique pêche hâtive, si tentante sur le jeune arbre du milieu de la cour ; elle semble lui faire de l’œil. Sa grand-mère ne peut pas manquer d’observer qu’il meurt d’envie de manger cette pêche. Mais il comprend, c’est la pêche d’un voisin.

Le soir, à table, le fruit de la tentation est soudainement là, devant lui. La grand-mère, dépose l’objet tant désiré sur une petite assiette blanche; une pêche tendre, douce, juteuse, d’un beau rouge orangé.

Une voix forte résonne dehors dans la cour, d’un homme fâché: Qui a pris ma pêche ? Les voisins sortent de chez eux voir de quoi il en retourne. Grand Maman aussi. L’enfant l’entend dire qu’elle n’a rien vu.

Quand la vieille femme revient, la pêche est toujours là, énorme, belle, un sacrifice sur sa petite assiette. Il la prend et la mange, religieusement, avec enthousiasme, avec délice, avec respect, jusqu’au noyau.

Il n’a jamais mangé une pêche aussi chèrement payée, de sa vie.

 

Merci à Ioan de nous avoir offert cette magnifique histoire comme le plus beau fruit du monde.

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05/03/2017

Le diamant

diamant-brillant-rond-008-carat-f-si2-a-vendre.jpgPlongée dans les pages du livre « L’étrangère » de Valérie Toranian qui est un hommage à sa grand-mère arménienne, un souvenir lumineux me revint des méandres d’une mémoire surchargée;  celui de ma propre feue grand-mère et d’une journée d'été au Château de Chillon. Un souvenir qui m’emplit de joie et un peu de honte, il est vrai, une honte si malicieuse et si riche en scènes émouvantes.

Par une belle journée d’été, alors que j’avais onze ans et récemment arrivée de Tunisie,  ma grand-mère m’emmena visiter le Château de Chillon. Je restai stupéfaite devant cette masse sombre et grise qui contrastait avec le bleu roi du lac. Un flot continu de gens, des touristes bruyants s’agitaient dans tous les sens auxquels venaient s’ajouter des hordes de classes se déversant de bus surchargés; les enfants couraient avec leur sac rebondissant à chaque pas sur leur dos. Parmi eux tous, je vis une femme avec une jaquette en strass et ses petites pierres brillantes qui rutilaient sous un soleil d’été retenant toute mon attention. Je vis qu’elle en perdît un, je le pris, le retins un instant dans mes mains et le tendis à ma grand-mère en criant victorieusement : »Mami, j’ai trouvé un diamant ! » . Avec son accent légèrement mâtiné de suisse-allemand, elle s’exclama, « il est trrrès, trrrès beau ! ». J’observai, non que dis-je, je scrutai sur son visage l’émotion grandissante à la vue de la pierre scintillante. Elle jura par tous les cieux que j’étais une enfant envoyée du ciel et que vraiment je méritai immédiatement une glace. Tandis que je la dégustai tranquillement, la gourmandise plus forte que la culpabilité, goûtant d’abord la fraise rouge avant de m’attaquer au blanc-crème vanille en faisant attention de ne pas mélanger les deux couleurs.  Debout devant le kiosque en bois, je vis ma grand-mère sortir son mouchoir blanc en fin tissu brodé parfumé et emballer précautionneusement la minuscule pierre.

C’était étonnant combien je me repaissais de cette joie aux mille facettes.  Sur son visage, je voyais défiler des paysages tantôt lumineux avec une pointe d’interrogation, puis passer à un clair-obscur d’une hésitation chargée d’espoir, s’ensuivait alors un large sourire qui ouvrait le rideau rouge sur ses petites dents scintillantes, la couleur de ses yeux qui oscillaient entre le vert, gris et bleu semblaient avoir gardé la pureté du diamant. Une sarabande de sentiments contradictoires dansaient sur ce visage et m’offraient un tableau unique de sentiments; un visage aux prismes kaléidoscopales et tout ça parce que je lui avais tendu un petit caillou. En même temps, je savourais une victoire sur ma capacité à créer une telle rivière d’émotions confuses.

Mais un doute terrible surgit, et si la dame repassait devant nous avec sa jaquette en strass ?  Il est certain que ma grand-mère s’en apercevrait aussitôt. Je la retins alors indéfiniment dans la cellule obscure du prisonnier Bonivard où les chaînes visibles cliquetaient encore à mes oreilles. Ma grand-mère me tirait par le bras pour sortir de cet antre froid et humide et de conclure que j’étais trop sensible !

Deux semaines après, alors que je dégustai un sirop d’orgeat chez elle, elle soupira en me tendant le petit caillou et lâcha que ce n’était pas un diamant après l’avoir fait analyser chez un gemmologue. En sirotant patiemment mon sirop, je voyais la tristesse aussitôt balayée par une joie immense au souvenir de la journée au Château de Chillon au moment où elle y croyait encore, et de constater que le souvenir du bonheur appelait une nouvelle fois le bonheur.  

Ainsi va la valse des sentiments. 

 

Une journée où je sortis ma palette de couleurs pour marquer les nuances de la couleur des sentiments. 

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02/03/2017

Fumer un joint sans foin

IMG_2607.JPGEn Tunisie, se discute la dépénalisation de la consommation de cannabis (Zatla) . Une loi de Ben Ali  promulguée en mai 1992, appelée "loi 92-52" en phase d'être abrogée permettrait de faire de la place dans les prisons surchargées à ceux qui doivent y être, c'est-à-dire les vrais criminels. Ces jeunes fumeurs incarcérés représentent un tiers de la population carcérale. Même le papier à tabac est un prétexte à emprisonnement car forcément pour la police, on ne peut que rouler un joint avec. Autre phénomène plus grave, un jeune rentre en prison pour un joint et en ressort totalement enfumé par la propagande religieuse des radicalisé qui s'y trouvent. 

Il n'y a pas de fumée sans feu, force est de constater que les prisons sont les premiers lieux de radicalisation. Des milliers de Tunisiens sont actuellement en prison et peuvent être incarcérés durant un an et devoir payer 1000 dinars. Un jeune qui se retrouve à frayer avec de vrais criminels ou des radicalisés tout ça pour avoir tiré sur un pétard ce qui revient à dire que dépénaliser le cannabis c'est lutter contre la radicalisation des jeunes en prison. Une réflexion qui pourrait s'étendre à l'Europe où la prison pour les jeunes est un lieu de prosélytisme dangereux et de rappeler que la Tunisie compte le plus grand nombre de jeunes partis combattre en Syrie. Un lien est plausible entre les deux situations. 

La loi liberticide n'a en rien diminué la consommation, bien au contraire, 120'000 jeunes tunisiens ont vu leur vie basculer.  A fin décembre 2016, plus de 7000 jeunes avaient été condamnés dont 3000 en détention préventive.  Il serait préférable d'opter pour une prévention des addictions qu'une politique répressive qui ne résoud en rien le problème. 

Il est urgent d'abandonner cette loi qui permettait à la répression sous Ben Ali d'arrêter tout artiste opposant sous prétexte qu'il consommait de la drogue, une autre façon de réduire au silence notamment de nombreux rappeurs. 

Décriminaliser la consommation des stupéfiants  et mettre fin à la "loi fumeuse de 52" dégradante pour cesser de priver des jeunes de leur liberté, de leur avenir et de  leur dignité. 

Espérons que la Tunisie saura donner une impulsion nouvelle à ses jeunes qui même derrière leur écran de fumée continuent à rêver d'un avenir meilleur.

 

Vive la jeunesse tunisienne, elle est l'avenir du pays, n'enfermons pas cet avenir derrière des barreaux mais donnons lui des ailes. 

 

 Je reste opposée à toute forme d'addiction, elle est une entrave à la liberté car elle rend esclave.

 

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27/02/2017

Les artistes en goguette

16864964_10212708671140676_5001672556975916084_n.jpgC’est devenu un rituel, à chaque changement d’exposition à la Fondation Gianadda,  j’organise une excursion avec un ou deux artistes peintres. Après avoir réservé « une table ronde avec vue sur lac » pour y manger des filets de perche chez Jules à Margencel, à la rue des Mouettes, je passe prendre les artistes et nous longeons tranquillement la côte française en choisissant le plus beau parcours.

J’aime ces journées, car voyager avec des artistes peintres c’est sortir sa palette de couleurs et redessiner les paysages. Ils restent silencieux dans la voiture et scrutent les formes, les couleurs, la hauteur des arbres. En conduisant au ralenti, en mode contemplatif, vous sentez ces yeux qui observent qui palpent, qui évaluent, qui tâtonnent ; des croquis invisibles se dessinent dans leur imaginaire.

Et tout à coup une exclamation enthousiaste, nous arrivons au bord du lac ! Les artistes s'extasient : Ô quelle merveille, ce bleu azur, Non !Non ! Je dirai plutôt émeraude ou carrément vert bouteille. Mais les couleurs changent car le lac à chaque instant se transforme. Forel le savant vaudois en savait quelque chose lui qui a tenté de classer les teintes des lacs.

En nous installant à la table ronde, on s’exclame devant ce paysage unique et on souligne la chance que nous avons de vivre au bord d’un lac si beau. Et là, regardez en face de nous! Regardez les coteaux du Lavaux, ces pentes dorées et si douces qui plongent dans les eaux bleues. Le Jura là-bas derrière, au fond avec ses petites taches blanches, clairsemées, réparties d'un pinceau léger et rapide, elles décorent les sommets; une neige déjà en partance et qui se confond dans ce ciel un brin laiteux, Hodler serait tombé à la renverse, aujourd’hui, devant ce dégradé subtil. Le serveur nous sort de notre torpeur extatique :"Eh! les enfants, faudrait voir à pas oublier de manger et surtout de boire !"

Pendant le repas, un des artistes nous sort sa théorie des balais qui m’amuse énormément, je lui demande, à chaque fois que je le rencontre, de me la raconter,  du reste, il en a même fait un schéma. Il se fait prier mais pas trop longtemps lorsqu'il se décide, je tape des mains d'une joie tout enfantine: « Entre 10 et 20 balais tu es un jeune balai tout neuf encore difficile à manier les poils sont encore raidis, de 20 à 40 balais  tu es un magnifique balai encore neuf aux poils plus souples, et de 20 à 40 balais, les poils  commencent à partir mais ils restent encore efficaces pour les coins difficiles, de 40 à 60, te te voilà vieux balai, et après ça, tu es balai vieux, devenu le balai à planquer dans la vieille armoire avec les serpillères humides et malodorantes. A ce stade de l’histoire, nous décrivons avec enthousiasme le placard à vieux balais, tout décharnés, inutilisables, oubliés dans le noir. Par le menu détail, on décrit un balai frissonnant de terreur dans sa cellule obscure, un vieux balai qui mériterait plus de considération après tous les bons et loyaux services rendus.

Munch, Hodler et Monet, le trio promis sont enfin là, sous nos yeux. La Fondation présente de grandes toiles sur des murs rouge vermeil (quel dommage) . Munch nous laisse bouche bée ! La femme artiste devant un ciel rouge immense se demande ce qu’il a fumé ce jour-là. Et le cri ? Pas de cri à Martigny. Tout sauf le cri de Munch. Et l’auto-portrait de Munch lors de sa grippe espagnole qui a fait plus de morts que la guerre en 1918. Et de constater ma foi, qu’il avait encore quand même bonne mine, des joues rouges et replètes.

Et le tableau de Monet « Impression, Soleil levant » qui a donné son nom à l’impressionnisme, un soleil rouge-orange reflété en zigzag dans l’eau bleutée du Port du Havre, laisse songeur et nous noie dans cette brume matinale.

On reste convaincus que c’est Hodler qui a notre préférence, juste dommage que la plupart des tableaux font le tandem Hodler-Blocher car la plupart d'entre eux  appartiennent à la collection privée de Blocher. Je m’adresse aux deux artistes « dans 20 ans vos tableaux pourraient terminer entre les mains de Trump ? « « Ils secouent la tête, si on savait ce qu'il adviendra de nos tableaux, on arrêterait immédiatement de peindre ! Mieux vaut pas savoir." En peinture, il faut 100 ans pour grandir, 100 ans pour apprendre à peindre, et 100 ans pour se faire connaître et après on ne contrôle  plus rien."

On quitte l'exposition, ravis. Pour le retour,  on prend par le col de la Forclaz direction Chamonix. Extase devant les monts enneigés rosis par un début de soleil couchant. Peindre la neige ? C’est un piège, car la neige en réalité n’est pas si blanche, c’est peindre l’impossible, comme l’eau ou le vent. La neige est légèrement bleutée, elle se nourrit de couleurs, parfois elle joue les miroirs, elle absorbe les effets teintés de son environnement.

Sur la route du retour, on cherche la plus belle citation pour le prospectus de la prochaine exposition.

« Enivrer les yeux, pour illuminer les cœurs ! Ravir les yeux pour séduire les cœurs, de la couleur pour les yeux, du baume pour le cœur, sans couleur tout n’est que douleur…….."le cœur en couleur, la couleur pour le cœur," "bleu pour les yeux, cœur joyeux", "la couleur ne se voit qu’avec les yeux du cœur," le bonheur est la couleur du ciel ………………. »

Rendez-vous est pris pour la prochaine exposition à Gianadda prévue de juin à septembre « Cézanne » . Cette fois-ci on longera la côte suisse pour s’extasier à la vue du Mont-Blanc au loin, on mangera les filets de perche à Rolle, on dessinera du bout des doigts les vignobles enchanteurs du Lavaux, on citera Ramuz et puis sans doute j’inviterai à notre excursion un poète ou deux pour chanter et déclamer en vers les paysages hodlériens.

La couleur des paysages est le chant de la terre. 

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Photo :D. Chraïti

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24/02/2017

Les Balouches d’Afghanistan entrent en résistance

IMG_3269.JPGVendredi 17 février, s’est tenue à Kaboul, une conférence de presse organisée par le Conseil des jeunes balouches pour dénoncer les discriminations du gouvernement afghan en majorité pachtoune à leur égard et à l’encontre d’autres minorités. Fait nouveau, d’autres groupes tels que les Aimak, les Pashayis, les Nouristanis et les Turkmènes, se sont joints à eux pour soutenir les mêmes revendications devant une dizaine de médias afghans. Il est vrai qu’une coalition des différentes ethnies pourrait redessiner le paysage afghan principalement représenté par l’ethnie pachtoune.  

Une résistance des minorités par le dialogue.

Monsieur Sayed Ahmad Ahmadi,  le représentant du Conseil des Jeunes Balouches d’Afghanistan a fourni aux médias toutes les informations sur le voyage du fondateur du ledit Conseil, Monsieur Abdul Ghafar Batur à Genève, ainsi que la plainte qu’il a adressée à la Commission des Droits de l’Homme près des Nations Unies et de l’article publié sur le blog de la Tribune de Genève par « Mme Djemâa, fameuse journaliste et activiste des Droits de l’homme à Genève » et tout ceci devant l’Afghanistan TV media ;Tolo Tv, Maiwand Tv, Khurshed, tv1, Nor Tv, Tamadon Tv, Rahe Farda Tv, kabul News Tv, Zhowandon Tv and radio Kled.

Les représentants des différentes minorités demandent au gouvernement de mettre en pratique le principe d'égalité et de non-discrimination  en respect du droit et au cas contraire, les minorités vont continuer à manifester et protester par la voie légale dans toutes les provinces d’Afghanistan.

La liste des revendications :

1- Les minorités n’ont pas le droit d’être engagée dans le gouvernement ce qui représente une discrimination gouvernementale à l’égard des minorités.

2- Le gouvernement n’a aucun programme pour la culture et les langues des minorités.

3- Les jeunes des différentes ethnies minoritaires n’ont pas la possibilité d’étudier à l’étranger pour des études supérieures.

 

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22/02/2017

La recenseuse

Campagne-de-Recensement-2017_zoom_colorbox.jpgRecensement national français. Un courrier nous parvient et nous prévient de la visite d'un recenseur qu'il faut naturellement bien accueillir. Quelques jours plus tard, ma fille me tend une feuille avec cet air ennuyé que les adolescents arborent, une moue indescriptible sur le visage : " une dame est passée pour dire qu'elle reviendra mais tu peux remplir par internet, il faut mettre tout ce qui vit chez nous !"
Le chat et les poissons rouges aussi ? Ah! Sans oublier les plantes ? Elle me répond dépitée : Lol!

Moins d'une semaine plus tard, la nuit est déjà tombée, je vois une dame courir dans le vent avec son badge autour du cou. Je lui lance un joyeux : Alors ce recensement ? ça boume ? Mais pensez-donc, j'en perds mon latin, me répond-elle.
Deux jours après, par un samedi matin pluvieux, je la vois qui a encore l'air de courir et lui pose la même question " alors ce recensement, ça boume toujours ? Et elle de répondre : " J'en perds mes petits".
Je lui propose de monter chez moi et qu'on remplisse tous les formulaires ensemble  il y a quatre pages par personne. Elle s'assied, un peu épuisée, la soixantaine, une queue de cheval légèrement ébouriffée par le vent d'un blond vénitien, un visage rond et joyeux. Je lui propose un thé ou un café, elle refuse gentiment en s'excusant et d'expliquer : parce que vous comprenez qu'après il faut aller au petit coin !
En voyant la pluie et le vent balayer la campagne, je lui dis qu'elle serait mieux devant un feu de cheminée.
Ah! Madame, vous savez comment c'est dans la vie ? Nous, les femmes, il faut qu'on bosse jusqu'à perpète. Il faut toujours envoyer un chèque à un enfant, même si eux sont déjà parents. J'ai un fils au centre de la France, et le travail, c'est dur à trouver.....
Et alors les gens sont sympa au moins, j'espère ? m'enquiers-je. Elle soupire, un peu gênée, puis presque dans un murmure hésitant lâche : Oui, disons presque tous. Mais vous savez les plus pénibles, dit-elle, en se penchant vers moi comme pour une confidence secrète, ce sont les Suisses qui vivent en France en résidence principale et qui font croire que c'est leur résidence secondaire, ceux-là sont vraiment désagréables. Ils ont peur, alors ils vous envoient balader! Pourtant le recensement c'est incognito, ça reste confidentiel, c'est juste pour les statistiques, se défend-elle.
Incognito? C'est du pipeau! lui répondis-je.
Finalement, après avoir rempli les papiers et remis sa veste, je la félicite en regardant la tempête s'amplifier sous mes yeux et lui dis: "Ma petite dame, vous avez bien du courage. Tenez! Je vous offre mon livre "Rêveries Chamanes". Elle est toute émue, l'emballe soigneusement et le range prestement dans sa sacoche en cuir. La tempête tape contre la vitre à coups de poing, je m'excuse et lui dis que c'est ridicule, j'aurais mieux fait de lui proposer un chapeau car la pluie tombe à verse. Non! Non! Insiste-t-elle, vous êtes trop gentille, j'adore bouquiner.
Un chapeau pour protéger les rêveries, parce qu'il faut toujours protéger ses rêves, vous êtes d'accord ?

Elle s'en va le badge sautillant autour du cou, les branches tournoient violemment dans l'air, ses cheveux ébouriffés par les rafales de vent semblent gonfler comme les voiles d'un navire. Elle s'engouffre dans un autre immeuble qui l'engloutit aussitôt comme ses formulaires qu'elle porte dans sa serviette et qui vous dévorent tout entier.

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07/02/2017

Quand la Croix-Rouge suisse dément la propagande militaire

Feuille d avis de Neuchâtel-page-001.jpgComme à chaque 8 février, la Tunisie va commémorer le bombardement du village de Sakiet Sidi Youssef près de la frontière algérienne en 1958.

Ce jour-là, un escadron de l’aviation française bombarde un village et touche aussi les camions du comité international de  la Croix-Rouge suisse, un bilan lourd de 72 morts et plus de 80 blessés, les deux tiers du village ont été détruits, mais pire, une école a été frappée de plein fouet et dont tous les petits élèves meurent.

Un acte impensable dans une Tunisie "indépendante" depuis 1956,  un pays qui n'est  pas en guerre;  des civils frappés à l’aveugle, sans distinction, aujourd’hui, on appelle ça un acte terroriste commis par des terroristes.

La Feuille d’Avis de Neuchâtel du 10 février 1958 qui couvre l'événement sur deux pages, titre  « L’aviation française a bombardé le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef ». Des délégués suisses du comité international de la Croix-Rouge confirment que trois de leurs camions ont été endommagés. Ils transportaient des vivres et des vêtements pour les réfugiés algériens et procédaient à leur distribution quand les bombes ont été larguées. Après les bombardements, la Croix-Rouge organisa les secours et transporta les blessés à l’Hôpital du Kef .

Les Suisses de la mission du comité international de la Croix-Rouge s’insurgent : »Nous représentons une organisation humanitaire internationale. Ce que nous avons vu ne fait pas honneur à l’humanité. »

Du côté de l’armée française, on jure avoir vu des rebelles du FLN et vouloir « écraser un nid de rebelles et d’assassins », et vouloir faire taire des mitrailleuses de D.C.A dont on ne retrouvera aucune trace parmi les décombres d’un village alors réduit en ruine. Le comité de la Croix-rouge pour sa part précise que ce sont des réfugiés et non pas des rebelles. L’absence de réaction officielle française choque l’opinion publique.

Erreur politique française grave qui persuade « à une politique d’extermination ». Mensonges, propagande, l’armée insiste : l’école est intacte, les camions de la Croix-Rouge n’ont pas été touchés et qu’ils n’ont aperçu aucun véhicule pendant les tirs et qu’ils n’ont visé que des objectifs militaires.

En 2017, 59 ans après le drame, l’amnésie et le déni du terrorisme colonial planent comme une ombre pesante. Quel héritage dans l’inconscient collectif ? Comment se construire dans les sables mouvants d’une mémoire défaillante ?

Et de s'interroger, alors comment lutter contre un radicalisme qui s’est nourri de ce silence et de ce déni historique qui empuantent l’air , un extrémisme nourri d’une colère inexplicable, une radicalisation nourrie d’une rage aveugle de détruire, réminiscences d’un vieux souvenir enfoui dans l’inconscient d’actes innommables qui n’ont été ni jugés, ni punis et encore moins reconnus. 

Pour comprendre aussi  le mal et lutter contre, il serait bon de revenir aux sources d’un autre terrorisme qu’on cache avec soin sous les oripeaux d’une histoire passée, d’un temps révolu. Une arrogance qui se prolonge par un silence assourdissant: qu'en est-il de la reconnaissance des erreurs passées, de la responsabilité, de l'analyse de conscience ?  Qu'en est-il de cette époque où le terrorisme aveugle frappait des innocents, une époque pas si lointaine et qui ressemble si étrangement à ce qu’on voit aujourd’hui : par un samedi, jour de marché, où tant de gens, des civils, femmes, enfants, vieillards vaquaient à leurs occupations quotidiennes.

Pas de justice sans pardon!  Il faudra hélas continuer à travailler cette mémoire délaissée pour reconstruire quelque chose qui  ait du sens. Et apprendre à cette jeunesse à qui on a volé son histoire que nous sommes responsables de nos actes. 

 

D’un vieux cahier qui appartenait à mon père et retrouvé au fond d'une malle  et au ton si prophétique voici le récit de cette journée le lendemain du drame :

« Le 8 février 1958, restera une date importante dans l’histoire tunisienne. C’était un samedi. Il y avait marché ce jour-là, c’est pourquoi la grande place s’animait. Celui-là voulait acheter un mouton et le marchandait, l’autre chargeait sur un âne le produit de ses achats.

Dans les champs avoisinants la verdure ondoyait sous le vent qui la caressait, les fleurs ouvraient leur corolle pour mieux recevoir le rayon du soleil. On entendait les enfants à l’école qui récitaient leur leçon.

Sur ce village qui semblait si paisible, si émouvant dans sa simplicité, qui, aurait pu prévoir qu’il allait vivre quelques heures plus tard, une horrible tragédie qui marquerait à jamais ses murs, ses visages.

Ce fut d’abord le bruit d’un bourdonnement qui s’amplifiait en se rapprochant.

Et puis ce fut un choc assourdissant et tout le monde comprit, alors qu’il était trop tard pour se défendre d’une escadrille d’avions les avait bombardés.

Pourquoi ? Les intrigues, les passions, les lâchetés, les colères de ceux qui veulent posséder et ne peuvent prendre, ne frappent que des innocents ? La vengeance ignoble de cette civilisation sans cœur, sans honneur qu’a-t-elle récolté ?

Les cris des enfants qui appelaient en vain leur mère puisque tout s’était écroulé en feu et en sang ?

La mort qui les frappait injustement par votre main au moment où ils vaquaient à leurs occupations habituelles, au lieu de vous apaiser Français cruels, augmentera votre haine et par ce fait vous tourmentera encore plus. Le soir quand vous vous endormirez vous entendrez le cri des agonisants, vous verrez dans votre tête le feu et le sang qui s’est versé par votre faute. Et vous aurez peur une peur que rien ne pourra calmer parce que vous vous êtes corrompus.

Et peut-être qu’un jour vos enfants vous appelleront en vain, car à force d’être faibles, humiliés, rejetés, des hommes vous rendront au centuple ce que vous leur avez fait. »

 

 

 

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04/02/2017

Une leçon grecque quant au traitement du corps de l’ennemi

Homere_10.jpgNe pas rendre le corps à son ennemi, même Zeus désapprouve et depuis la nuit des temps dans toutes les religions, nous savons que l’on doit rendre aux morts leur dimension sacrée sur laquelle nous n’avons aucun droit, ils appartiennent à l’éternité. 
Depuis l'Antiquité, on s’interroge et arbitre sur le corps de l’ennemi que l’on doit rendre à ses proches. Une éthique de guerre ? En lisant l’article de la Tribune de Genève, sur le soldat Oron Shaul et l’appel désespéré de son frère, et en faisant des recherches philosophiques, morales, religieuses sur le sujet, j'ai retenu ce qui me paraissait le plus intéressant, L’Iliade et le passage où Homère présente un Achille  malmenant et refusant de rendre le corps d'Hector à son père Priâm. 

"Enfin Hector tomba atteint à la gorge d'un coup mortel en prédisant à Achille sa mort prochaine. Achille lui perça les talons, l'attacha à son char et le traîna dans son camp. En mourant Hector le défenseur de Troie demande à Achille de rendre son corps à Priam, son père.
Achille refuse et traîne le cadavre derrière son char, après lui avoir percé les talons et les avoir liés d'une lanière de cuir.
Là, il jeta le cadavre dans la poussière, et le destina à être la proie des chiens errants et des oiseaux. Chaque matin, aux premières lueurs de l'aurore, il attelait de nouveau à son char le corps de son malheureux rival, et le traînait par trois fois autour du tombeau de Patrocle. Mais Apollon, dit Homère, touché de compassion pour Hector, éloignait de son cadavre tout ce qui pouvait le corrompre, et il le couvrait tout entier de son égide d'or, pour empêcher qu'Achille, en le traînant tant de fois autour du tombeau, ne le mette en pièces. Quelques auteurs veulent que le cadavre d'Hector ait été traîné, non autour du tombeau de Patrocle, mais autour de la ville de Troie
A la fin, les dieux, indignés mécontents et touchés de compassion pour un héros qui les avait toujours honorés, inspirèrent à Priam d'aller demander le corps de son fils; Priam vint auprès d'Achille et le supplia de lui restituer les restes de son malheureux fils afin de lui procurer une sépulture décente. Achille refusa tout d'abord mais les dieux en furent émus et Zeus agacé, envoya Iris ordonner à Achille de rendre la dépouille
Iris, messagère des dieux, a persuadé Priam d'aller racheter le corps de son fils ; le vieux roi de Troie, conduit par Hermès, arrive chez Achille, "lui embrasse les genoux, lui baise les mains - ces mains terribles, meurtrières, qui lui ont tué tant de fils !"
"Souviens-toi de ton père, Achille pareil aux dieux. Il a mon âge ; il est, tout comme moi, au seuil maudit de la vieillesse. Des voisins l'entourent, qui le tourmentent sans doute, et personne près de lui, pour écarter le malheur, la détresse! Mais il a, du moins, lui, cette joie au coeur, qu'on lui parle de toi comme d'un vivant, et il compte chaque jour voir revenir son fils de Troie. Mon malheur, à moi, est complet. J'ai donné le jour à des fils, qui étaient des braves, dans la vaste Troie : et je songe que d'eux aucun ne m'est resté. Ils étaient cinquante, le jour où sont venus les fils des Achéens [. . .] Le seul qui me restait, pour protéger la ville et ses habitants, tu me l'as tué hier, défendant son pays - Hector. C'est pour lui que je viens aux nefs des Achéens, pour te le racheter. Je t'apporte une immense rançon. Va, respecte les dieux, Achille, et, songeant à ton père, prends pitié de moi. Plus que lui encore, j'ai droit à la pitié ; j'ai osé, moi, ce que jamais encore n'a osé mortel ici-bas : j'ai porté à mes lèvres les mains de l'homme qui m'a tué mes enfants."
Il dit, et chez Achille il fait naître un désir de pleurer sur son père. Il prend la main du vieux et doucement l'écarte. Tous les deux se souviennent : l'un pleure longuement sur Hector meurtrier, tapi aux pieds d'Achille ; Achille cependant pleure sur son père, sur Patrocle aussi par moments ; et leurs plaintes s'élèvent à travers la demeure.
Achille, obéissant à la recommandation de sa mère Thétis, consent à rendre au vieillard le corps de son fils ; ils conviennent d'une trêve pour le temps des funérailles.
Homère, Iliade, XXIV, v. 486-495 et 499-512

Et rappeler par les mots de Sophocle, qu'Antigone convaincue que la loi divine doit l'emporter sur les décrets humains, brave l'interdiction du roi Créon et offre une sépulture à son frère Polynice condamné à être dévoré par les vautours.  Elle sera enfermée vivante dans le tombeau des Labdacides où elle se pendra avec sa ceinture.  Créon verra la malédiction le frapper, il a refusé d'enterrer le mort, et devra alors enterrer tous les vivants qu'il aimait. 

Les Grecs tout au long des guerres nombreuses rendaient les morts à leurs proches ou les laissaient récupérer sur les champs de bataille.  On ne refusait pas cela aux familles des morts quand bien même ils étaient considérés comme des ennemis. 

L'auteure de ces lignes a un père fusillé le 24 janvier 1963 et dont le corps a été jeté dans une fosse commune inconnue de tous jusque-là, or je comprends et partage la souffrance des familles qui ne peuvent pas honorer leurs morts  indépendamment de leur nationalité et de leur religion.

paix à la mémoire des morts et de tous les morts.

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02/02/2017

Uber überall en Arabie Saoudite

57500173efdb6uber-arabie-saoudite.jpgUn fin observateur qui se rend régulièrement en Arabie Saoudite me faisait la réflexion suivante : Uber a changé la vie des Saoudiennes.
En effet, les femmes qui n'ont pas le droit de conduire représentent le 80 % de la clientèle en Arabie Saoudite, bien que beaucoup d'entre elles apprennent à conduire dans le désert loin des regards indiscrets.
Le fonds saoudien a versé 3,5 milliards de dollars à la société de transports qui a doté son fonds d'investissement d'un montant jamais vu jusque-là. A travers cela le gouvernement vise plusieurs objectifs dans le cadre du plan "Arabie Saoudite Vision 2030" lancé en mars 2016. Un moyen de lutter contre le chômage et de remplacer les travailleurs immigrés par des Saoudiens qui voient la manne pétrolière fondre comme beurre au soleil et voient arriver le temps où ils vont  devoir se mettre à travailler.
Une chose en entraîne toujours une autre, Uber permet dorénavant à ces jeunes femmes qui prennent la voiture plusieurs fois par jour de rencontrer de jeunes Saoudiens et elles admettent qu'elles communiquent mieux avec eux que des travailleurs émigrés avec qui la compréhension est parfois difficile et l'élitisme saoudien  n'aidant pas, maîtres d'un côté, esclaves de l'autre. 
Le fin observateur cité plus haut, s'amusait de voir comment les jeunes femmes se mettent droit devant dans le rétroviseur et discutent joyeusement avec les chauffeurs et naturellement parfois le foulard glisse offrant une superbe chevelure au regard émerveillé du jeune conducteur, c'est la seule occasion qu'elles ont de se retrouver seules avec un homme. Les courses ont naturellement augmenté et pour un rien, elles font appel à Uber, se rendre au Collège, à l'Uni, voir des amies, faire du shopping.

Le gouvernement a pensé à tous les avantages de cette ubérisation sans se dire que les dulcinées hautement protégées se retrouvaient enfin en bonne compagnie et que peut-être la meilleure solution encore serait qu'elles aient plutôt les mains sur le volant à conduire que de les avoir ailleurs, et ceci lorsqu'on constatera une recrudescence de  bébés  Uber. Les laisser conduire pour un moindre mal.

 

 

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27/01/2017

Le passage à niveau

le-choc-s-est-produit-mercredi-soir-a-19h30-au-passage-a-niveau-du-centre-bourg-photo-le-dl-sabine-pellisson-1483107930.jpgUn fait divers qui secoue Collonges/Sous/Salève depuis le 29.12.2016 et qui s'est produit, ce soir-là,  à 19h30. Il ne se passe plus un jour sans qu'on entende des bribes sur ce drame inexpliqué. Comment une femme de 50 ans se retrouve bloquée entre les deux barrières du passage à niveau et voit venir sur elle, le monstre d'acier en provenance d'Annemasse direction Saint-Julien.

Le gérant de la pizzeria, située à deux pas des rails,   me décrit la scène, en me la brossant minutieusement depuis la fenêtre qui donne sur le passage à niveau, encore choqué par ce qu'il a vu, le restaurant étant à moins de 20 mètres de la scène où s'est déroulé le drame :"Nous faisions le service du soir quand un bruit fracassant a fait trembler tout le restaurant, on aurait cru un tremblement de terre, nous sommes  les premiers à être arrivés sur les lieux du drame. La pauvre dame qui venait des hauts de Collonges et se dirigeait en direction de la douane de Croix-de-Rozon a été projetée du siège conducteur aux sièges arrières, la voiture totalement explosée, elle paraissait endormie, morte sur le coup.  Imaginez ! Le train, un TER qui arrive à 110 km heures et transportant 272 voyageurs fonçant sur elle". Un client ajoute très peiné, la voix chavirant :" elle a dû la voir venir, Ô pour sûr,  elle a vu sa mort venir."

Tétanisée qu'elle était,  incapable de prendre une décision et pour cause, entre l'abaissement de la barrière et l'arrivée du train, il n'y a que 8-10 secondes. Tout le monde maintient que ce passage à niveau n'est pas adapté ni conforme, les barrières devraient être abaissées bien avant l'arrivée du train, au moins deux ou trois minutes avant.

Il y a encore autre chose qui chagrine et interpelle. Plusieurs personnes aussi bien hommes que femmes prétendent que si ç'avait été un homme, il aurait foncé dans les barrières pour échapper au danger, tandis que les femmes n'osent pas détruire un bien public; cette réserve qui s'explique par  une éducation de l'ordre et du respect plus grand de la propriété et qui aurait été un frein majeur. Alors vous comprendrez que chaque fois que vous passez le passage à niveau, la question vous taraude. Vraiment ! L'instinct de survie ne prendrait-il pas le pas ?  Conditionnement contre instinct de survie ? Un doute  qui tarabuste et qui exige l'urgence d'une vérification.
On finit par se dire qu'il faudrait confronter la théorie en fixant droit dans les yeux le monstre en acier. Ne pas être égaux devant un tel danger est déstabilisant, sous prétexte que les femmes sont éduquées pour le maintien, l'ordre, la chose bien rangée.

Alors voilà, on aurait comme une envie de se mettre un "pussy-hat" d'avoir une dizaine de ballons roses accrochés à la voiture et de foncer contre les deux barrières, deux secondes après qu'elles soient baissées et 6 secondes avant l'arrivée du train. Juste pour mesurer la théorie de la différence. Prendre son élan et à toute vitesse fracasser en un bruit extraordinaire les schémas accablants de la "femme qui n'ose pas".
Et expliquer ensuite au juge dans un procès Kafkaïen que ce n'est pas un acte gratuit dans la mouvance gidienne où Lafcadio dans les Caves du Vatican, précipite un vieil homme hors du train en marche. Non, dans ce cas précis, ce serait un exercice de la liberté pour mesurer la capacité immédiate du déconditionnement , mettre au défi le détachement au déterminisme. Il y aurait motif existentiel, agir par un acte volontaire qui n'a pas pour but de détruire, mais d'exploser l'idée conventionnelle que l'on se fait des femmes sur qui un train peut rouler tant elles ont le goût de l'ordre.
Tentation sublime, brèche dans le stéréotype social et dans une mécanique du monde. Devant un parterre médusé expliquer que c'est un pur acte de philosophie, une philosophie en mouvement, une philosophie rebelle qui au-delà des barrières explose les idées faites, un acte de liberté totale et en aucun cas gratuit.

C'est bien la thèse après enquête de  l'incident technique d'une voiture bloquée sur les rails et qui ne veut pas redémarrer qui a été retenue.

 

Paix à son âme.

 

Par  expérience, et après avoir vécu le tsunami en direct, ne pas regarder le danger incommensurable en face, il vous paralyse aussitôt, tout de suite analyser les chances de s'en sortir."Ne vous retournez pas, sinon vous serez transformés en statue de sel!" vaut pour le très grand danger qui entraîne une sidération qui fige sur place et nous transforme véritablement en statues. 

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