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Regards croisés - Page 4

  • Saint-Exupéry perdu et retrouvé (4)

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    616.jpgSaint-Exupéry ne saura jamais que , du Quai d’Orsay, pendant qu’on le recherchait de part et d’autre du canal de Suez, un télégramme avait été adressé « à l’attention urgente de la légation de France au Caire ». « Si on retrouvait les corps de l’aviateur Saint-Exupéry et de son mécanicien dans les déserts d’Egypte, n’oubliez pas , cette fois, de les faire placer dans des cercueils plombés pour faciliter leur rapatriement. »

    Le ministre de France, M. de Witasse, avait médiocrement apprécié le reproche inclus dans l’expression « cette fois » ; elle évoquait de pénibles souvenirs et rappelait de multiples complications administratives. L’année précédente, un groupe de jeunes administrateurs des colonies avaient décidé d’inaugurer leur long congé dans la métropole par un raid automobile transafricain ; au lieu de s’embarquer, comme tous leurs collègues, à Dakar pour Bordeaux, ils avaient décidé d’affréter un camion avec lequel ils traverseraient la zone tropicale d’ouest en est, du Sénégal au Nil.

    L’aventure avait été soigneusement préparée : ils emporteraient avec eux vivres, pièces de rechange pour la voiture, provisions d’essence et d’huile et même des secours médicaux. L’itinéraire prévu passait du lac Tchad au Kordofan en direction de Khartoum, capitale du Soudan anglo-égyptien. Il évitait la zone marécageuse du Bahr-el-Gazal dans laquelle s’était enlisée la mission Marchand en 1898. Cette première partie du voyage fut couronnée de succès et le plan de route scrupuleusement exécuté les amena à la date prévue au confluent du Nil bleu et du Nil blanc, où s’élèvent les trois villes qui forment l’agglomération de Khartoum. Les fonctionnaires anglais, mis au courant de l’itinéraire que leurs collègues français se proposaient de suivre pour continuer leur route jusqu’au Delta, les mirent en garde devant les dangers qu’ils devraient affronter pour terminer leur randonnée. Aucune route, au Soudan, ne suivait le cours encaissé du Nil vers la Nubie égyptienne. La seule voie praticable, mais ô combien périlleuse, était la piste traditionnelle des caravanes des marchands d’esclaves et de gomme rejoignant le fleuve en Moyenne-Egypte près de Minieh. On n’y trouvait que deux ou trois puits, à peu près toujours à sec, et les Français devraient progresser sur 1500 kilomètres, sous un soleil de feu, à travers des dunes de sable mouvants ; ils n’auraient comme jalons que les ossements blanchis des voyageurs et de chameaux morts de soif sur ce parcours.

    Avec trois voitures, disaient les méharistes soudanais du Desert Corps, les Français auraient pu réussir mais avec leur unique camion surchargé, ils risquaient leurs vies, d’autant plus que, n’ayant pas de T.S.F., ils seraient dans l’impossibilité de demander du secours et de donner leur position en cas de panne. Les jeunes coloniaux s’entêtèrent. Dans les avertissements des Britanniques, ils ne voulurent voir qu’une certaine jalousie sportive et même de la méfiance sur un possible espionnage de leur contrôle militaire dans le Haut Nil. Ils s’échappèrent vers le nord, un matin, sans avertir quiconque de leur départ, mais après avoir renouvelé leurs provisions d’essence et d’eau. Trois semaines s’écoulèrent sans qu’on les ait signalés en un quelconque point de la vallée. En France, les familles s’inquiétèrent ; elles avaient reçu les lettres envoyées du Soudan annonçant le départ discret de Khartoum, « malgré les objections soulevées par les Anglais ». Le ministère des Affaires étrangères demanda à la légation de France au Caire de signaler la disparition des voyageurs à l’administration égyptienne. Cette dernière envoya des bédouins des oasis, excellents pisteurs, à la recherche des absents. Aucune trace n’ayant été relevée au nord de la frontière, les services soudanais furent alertés. Sous le régime du condominium anglo-égyptien, aucun pays étranger n’ayant de représentants diplomatiques ou consulaires à Khartoum, les recherches s’en trouvèrent encore retardées. Tout faisait croire d’ailleurs que l’expédition française avait depuis longtemps quitté le Soudan et qu’on devait tenter de la trouver dans la région des grandes oasis de Farafra, de Dékheila ou Kharga relevant de l’administration des déserts d’Egypte.

    Pourtant, en patrouille de routine, à une dizaine de kilomètres du Nil, dans le secteur de Ouadi-Halfa, terminus de la ligne des chemins de fer soudanais, un garde-frontière aperçut un jour, du haut de son chameau, un scintillement au-dessus du sable. Pour les bédouins, c’est toujours une indication très claire : il y a là des essaims de mouches sur le corps d’une bête ou d’un homme morts. On retrouva ainsi le dernier survivant des joyeux coloniaux partis en congé de l’Afrique occidentale. Epuisé, il était tombé sur une dune dominant de loin le cours du Nil. Pendant les derniers pas de sa marche chancelante, durant son agonie, il aurait pu apercevoir les lumières de la ville soudanaise. Pas plus qu’aucun de ses camarades, il n’avait pénétré en territoire égyptien ; on les retrouva les uns après les autres en suivant les traces qu’ils avaient laissées et leur drame fut facilement reconstitué.

    Dans un creux du désert, un choc avait disloqué le pont arrière de leur véhicule ; ils avaient perdu un temps précieux en tentant de le réparer et , n’y parvenant pas, avaient alors décidé de revenir à pied vers le Nil. Ils s’étaient équitablement réparti les derniers litres de leur réserve d’eau, mais, sous cette latitude et en cette saison, un homme doit absorber six à huit litres de boisson par jour. Ils étaient loin du compte avec leurs bidons individuels…. Les plus résistants succombèrent les derniers dans cette marche désespérée. On ramena leurs restes desséchés au cimetière de Ouadi-Halfa et on les ensevelit dans de simples caisses de bois après les avoir identifiés grâce aux papiers qu’ils portaient.

    Les ennuis de la légation de France en Egypte ne faisaient que commencer : sur la foi des dernières lettres envoyées à Khartoum, les parents réclamaient une enquête. Pour eux, les fonctionnaires coloniaux avaient pu être victimes de ceux qui avaient tenté de les dissuader de s’aventurer à travers le nord du Soudan. Pourquoi n’avait-on pas fait examiner les corps par les médecins français et surtout pourquoi refusait-on de les rapatrier ? Les autorités britanniques et égyptiennes du Soudan interdisaient les exhumations avant un délai de deux ans, « les corps n’ayant pas été placés selon la réglementation internationale dans des cercueils plombés hermétiquement scellés ».

    Mais qui aurait pu, après la découverte des restes des victimes de cette malheureuse expédition, penser à cette formalité légale ? Ouadi-Halfa est à plus de 1600 kilomètres au sud du Caire. La légation de France en Egypte avait appris ce drame du désert tardivement. Khartoum, chef lieu du Soudan, ne transmit son rapport en priorité qu’à Londres et à Paris et lorsqu’il parvint en Egypte, on avait déjà enseveli les corps. Plaintes des familles, démarches des parlementaires, demandes d’enquête du ministère accaparèrent pendant des mois le Quai d’Orsay. Ils se souvenaient encore de ces ennuis lorsque Saint-Exupéry et son mécanicien disparurent à leur tour « quelque part » dans un désert africain.

    « Cette fois, n’oubliez pas les cercueils plombés.. » M.de Witasse, ministre de France au Caire, les avait fait préparer chez un entrepreneur cairote des pompes funèbres, à tout hasard. Il fallut les décommander. Mais Saint-Ex, pas plus que son compagnon, n’en surent jamais rien.

     

    Fin 

     

    Un merci réitéré à Florence qui vit à New-York,  petite-fille de Gabriel Dardaud journaliste durant 30 ans en Egypte,  pour nous avoir envoyé ces pages extraordinaires sur Saint-Exupéry écrites par son grand-père.

     

    Le Festival  de Taragalte 2018 consacré à Saint-Exupéry en cette 9ème édition,  vous accueille dans le désert les 26,27,28 octobre 2018.

     

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  • Saint-Exupéry perdu et retrouvé (3)

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    616.jpgSaint-Exupéry est le premier à en rire. Il a pris un bain chaud, a eu une émouvante conversation par téléphone avec son épouse Consuelo à Paris. Détendu, il ne paraît même plus pressé de se plonger dans un sommeil réparateur et aux journalistes, il raconte les péripéties de son aventure. Elle fera demain la "une" de tous les journaux. Le correspondant de Paris-Soir, Pierre Artigue, et moi-même, pour l'Intransigeant, avions téléphoné la nouvelle du sauvetage. A ma grande surprise, mon rédacteur en chef me dit: " C'est Saint-Exupéry qui doit écrire son reportage, pas vous. Il a un contrat exclusif avec nous." Il est deux heures du matin, l'aviateur est dans son lit, pas du tout disposé à pondre un article. Je le laisse dormir. Paris-Soir, notre concurrent, aura la primeur de l'aventure. Il étalera en gros titre le 3 janvier 1936 : SAINT–EXUPÉRY Y NOUS FAIT LE RÉCIT DE SA DRAMATIQUE ODYSSÉE: TROIS JOURS DANS LE DÉSERT ÉPUISÉ DE FATIGUE ET DE SOIF. LE CÉLÈBRE AVIATEUR ACCORDE A NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL AU CAIRE SA PREMIÈRE INTERVIEW APRÈS SON SAUVETAGE.

    Mon ami Pierre Artigue triomphe. Je ne puis lui en vouloir. A l’Intran, on ne voulait que la prose de Saint-Ex et on refusait la mienne, même en bouche-trou. Le lendemain, vers onze heures, je retrouve la terrasse du Continental et remets à Saint-Exupéry en grande forme un message pressant du journal : on lui rappelle sans beaucoup de délicatesse qu’il a encaissé presque la totalité du prix de son reportage pour son raid Paris-Saïgon. Un bon sourire s’épanouit sur la figure de mon interlocuteur : « Dites-leur donc de ma part que l’accident ne faisait pas partie de notre accord. On verra plus tard à arranger cela. Pour le moment, je vais rececoir ce qui reste de mon Simoun. J’attends la voiture de Raccaud. »

    Saint-Exupéry s’en va. Il a hâte d’aller effacer sur un des côtés de la carlingue les mots d’adieu qu’il y a tracés pour Consuelo ; il avait laissé Prévot écrire son testament de l’autre côté de l’appareil. Le mécanicien lui disait : « Je demande pardon à ma femme du mal que je lui ai fait. » Un chiffon mouillé à la main, Saint-Exupéry détruit lui-même minutieusement mot par mot son ultime message. Avant de le faire, il nous avait pudiquement demandé de nous éloigner et de le laisser seul.

    Il ne reviendra plus au Caire. Réfugié à Ouadi-Natroun, pendant plus d’une semaine, il habite chez les Raccaud pendant qu’on démonte le moteur de son avion pour l’embarquer à Alexandrie sur le bateau qui l’emportera vers la France.

     

    Suite.....4/4

     

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  • Saint-Exupéry perdu et retrouvé (2)

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    616.jpgIl en a tant vu depuis l'écrasement de son avion dans le désert, à l'ouest du delta du Nil: éclats d'un phare vert quelque part sur une côte, prairies ombrées par de grands arbres, fenêtres d'une maison hospitalière toute proche, monastère surmonté d'une croix dont les cloches sonnaient l'angelus, défilé de caravanes à l'horizon. Brûlés par le soleil, torturés par la soif, Saint-Exupéry et son compagnon avaient déliré pendant des heures, s'irritant quand l'un d'eux prétendait ne pas voir ce que l'autre décrivait. De ces heures d'inconscience, au bord de la folie, l'aviateur conservait un souvenir douloureux.

    Il en parlait à ceux qui entouraient son lit, mêlant l'imaginaire aux réalités techniques: "Le moteur tournait normalement, j'avais décidé de revenir vers l'ouest pour repérer les lumières des villes du Delta que je croyais avoir dépassées pendant que nous étions dans cette crasse épaisse. Il fallait descendre sous le plafond des nuages. J'avais remis cap à l'est, mon grand cercle accompli. Prévot était comme moi, le nez à la vitre. Brusquement, l'avion fut secoué dans tous les sens. Tout tombais sur nous en morceaux et un raclement effrayant au fond de la carlingue. J'ai coupé les gaz et , dans l'obscurité, j'ai crié à Prévot: Sors-toi. le feu! Mais rien ne brûlait. Nous étions tous les deux en pleine nuit sur un sol caillouteux. Quand nous avons repris notre souffle, j'ai pu retrouver une torche et constater l'étendue du désastre .De mon beau Simoun, il n'y avait plus guère que la queue d'intacte. Sur l'empennage j'éclairais la calligraphie: AVIONS CAUDRON."

    Comment Saint-Exupéry était-il venu, du désert où s'était écrasé son avion, jusqu'au centre du Caire, incognito, béret basque sur la tête, engoncé dans un gros chandail au col roulé et même …rasé de frais? Le mystère fut vite dissipé. Un ingénieur français, Emile Raccaud*, directeur d'une usine au Ouadi-Natroun entre Le Caire et Alexandrie, venait de rejoindre médecins et journalistes dans la chambre du rescapé: c'est lui qui avait ramené l'aviateur et son mécanicien retrouvés par hasard le matin même par ses ouvriers bédouins, à trente kilomètres de l'usine. Pour les conduire à la maison de leur patron, on les avait juchés sur des chameaux mais, pris de vertige et épuisés, ils n'avaient pas supporté les balancements de leurs montures; il avait fallu s'arrêter, les poser sur le sable. Deux Arabes étaient restés avec eux, leur faisant boire l'eau de leurs outres. Un troisième était parti porteur d'un appel au secours écrit pas Saint-Exupéry au dos d'un papier dactylographié tiré de sa poche : son plan de vol au-dessus de la Libye.

    En fin d'après- midi ce message était remis à Ouadi-Natroun dans le désert libyque à Mme Raccaud. Son mari ne devait rentrer que le soir d'une course d'Alexandrie. Saint-Exupéry disait :"Après cinq jours de marche sans presque une goutte d'eau dans le désert, nous venons d'aboutir mon mécanicien et moi, dans une petite oasis…Pouvez-vous nous recueillir le plus tôt possible en auto ou en canot?" Mme Raccaud envoya la voiture de l'usine qui ramena deux heures plus tard chez elle Saint-Exupéry et Prévot.

    Ils purent se reposer, manger; ils se lavèrent, se rasèrent et , thé et whisky aidant, revinrent vraiment à la vie. Il était temps; tout restait brouillé dans la tête de l'aviateur qui ne savait plus depuis son accident s'il était tombé à l'est ou à l'ouest du Nil, près de la mer ou d'un des bras du fleuve dans le Delta. Raccaud faisait lire le billet à Saint-Exupéry aux personnes présentes dans la chambre d'hôtel et lui demandait :"Où aviez-vous vu une oasis? Il n'y avait que quelques touffes de verdure sur le sable !Comment aurait-on pu vous envoyer une barque ?Il n'y avait pas d'eau!"

    * Emile Raccaud et son épouse, vaudois qui recueillirent  Saint-Exupéry dans le désert:

    https://www.24heures.ch/vivre/histoire/vaudois-recueillent-saintex-desert/story/28242832

     

    Témoin de première source, Gabriel Dardaud, journaliste pour l'AFP détaille les retrouvailles avec Saint-Exupéry au Caire, alors qu'on le croyait disparu, à jamais. C'est sa petite-fille qui vit à New-York qui m'a envoyé ce texte.

     

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  • Saint-Exupéry- Au cœur d’un festival berbère

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    616.jpgLa 9ème édition du Festival Taragalte 2018 qui se déroulera les 26,27 et 28 octobre, sera consacrée à un amoureux du désert et nommée « Sahara, une terre fertile, hommage à Saint-Exupéry ».

    Ce festival qui se situe dans la province de Zagora , près de l’Oasis de M’Hamid el Ghizlane au Sud du Maroc trouve ses racines dans les rassemblements d’antan appelés « Moussem » ,  "Anmougar" en Amazigh , un regroupement annuel des habitants du désert pour se retrouver, commercer, se divertir et renforcer le lien social. Musique, chants, contes populaires, compétitions et autres traditions se déroulaient sur plusieurs jours.

    Alors je vais profiter de ce « Moussem » pour vous conter moi aussi selon la tradition orale, l’histoire du retour de Saint-Exupéry au Caire suite à son accident d’avion. Un moment magnifique décrit sous la plume de Gabriel Dardaud, autrefois journaliste pour l’Agence France Presse et qui a vécu 30 ans au Caire. Témoin de cette scène très peu connue, il la raconte de manière extraordinaire. Grâce à sa petite-fille Florence que je remercie au passage et qui m’a envoyé ce texte de New-York, je puis à mon tour, au coin d’un feu, dans les brises fraîches du Sahara, le soir tombé, vous conter les retrouvailles avec Saint-Exupéry que l'on croyait perdu, à jamais.

     

    Saint-Exupéry perdu et retrouvé

    par Gabriel Dardaud

    Le lendemain du jour de l’an 1936, clôture du Congrès international de chirurgie, savantes assises qui ont amené au Caire, par centaines, des praticiens d’une vingtaine de pays . Ils remplissent les hôtels, accompagnés de leurs épouses – ou de leurs assistantes préférées. Le tableau de leurs communications (chirurgie des parathyroïdes, chirurgie de la bilharziose, chirurgie de la douleur, etc.) se double d’un programme d’excursions très élaboré. On trouve les participants, leur macaron à la boutonnière, plus nombreux au pied du Sphinx ou de la pyramide de Sakkara ou encore dans les mosquées mamelouks que dans les amphithéâtres de la faculté de médecine de Kasr-el-Aïni, dans la capitale.

    A l’un des plus célèbres d’entre eux, le professeur René Leriche de l’Académie de médecine, j’avais demandé : « Que pouvez-vous attendre, monsieur, de vos débats scientifiques ? » Il me répondit : « Jeune homme, lisez l ‘Imitation de Jésus-Christ. Il y est dit : les pèlerinages sanctifient rarement. Nos ancêtres s’en allaient vers Compostelle ou Assise, par piété sans doute, mais aussi pour voir du pays et s’éloigner des soucis familiaux et professionnels ; nous dirions aujourd’hui : faire du tourisme. Nos congrès, ce sont nos pèlerinages. Sans doute y voit-on des confrères et parle-t-on métier. Mais, croyez-moi, nous nous promenons beaucoup, et la science n’y gagne par grand-chose. »

     Ce soir, banquet au Shepheard’s Hôtel offert par la faculté de médecine du Caire et son doyen, le professeur Ali-Pacha Ibrahim. Tenue de rigueur : robe longue, habit et décorations. Près de plans de table protocolairement établis, un avis : « les congressistes qui souhaiteraient effectuer eux-mêmes un splénectomie peuvent s’inscrire ici pour les quinze prochains jours. Des dispositions seront prises pour leur donner toutes les facilités dans les centres hospitaliers. » Conséquence de la bilharziose, très répandue en Egypte, on y trouve, m’explique-t-on, par centaines, des fellah jeunes ou vieux, hommes ou femmes, aux ventres démesurément gonflés par l’hypertrophie de la rate. On les en débarrasse au bistouri, opération peu commune en Europe ou en Amérique. Dans ces contrées les chirurgiens ont rarement sous la main de pareils patients : on leur offre en prime cette occasion d’exercer leur talent pendant leur visite à la vallée du Nil. Au tableau, la liste des candidats opérateurs s’allonge à l’heure de l’apéritif…

    Minuit passé, derrière le représentant du roi Fouad d’Egypte et les membres de son gouvernement, congressistes et invités descendent de la terrasse du Shepheard’s. Les drogmans en robe sont toujours là , proposant pour la nuit « une visite au Fish-Market » le trop connu quartier de la prostitution, pittoresque en diable et si proche que pour y pénétrer, depuis, l’hôtel, il n’y a que la rue à traverser. Les voitures des congressistes ont été rangées devant l’Opéra sur la place Ismaïl-Pacha. Cent mètres à peine à marcher sur le trottoir, derrière le ministre de France, Pierre de Witasse, qui a pris la tête de la colonne précédé comme il se doit par son cawas, « suivant » en uniforme « à la turque » et sabre au côté.

    Petite bousculade devant l’Hôtel Continental où vont s’arrêter quelques-uns des invités ; deux chaouiches en tarbouche, requis par le portier grec, tentent de soulever un homme affalé sur les marches. Ils l’ont pris pour un ivrogne. Il résiste, répétant d’une voix lasse : « Fichez-moi la paix, je veux une chambre, je suis Saint-Ex… » Le ministre de France l’a entendu. Branle-bas de combat, on écarte les policiers, on soulève l’aviateur, qu’on recherchait partout depuis cinq jours entre le Nil et l’Euphrate et que l’on croyait définitivement perdu dans le désert Arabique, entre le Caire et la mer Rouge. On l’étend sur le canapé du vestibule. Dix des plus grands médecins du monde lui tâtent le pouls, lui soulèvent les paupières, l’auscultent sommairement. "Un whisky… "réclame Saint-Exupéry dans un souffle. Il l’aura.

    Quelques instants plus tard, dans une suite de luxe, plongé dans sa baignoire, il se ragaillardit, pas le moins du monde étonné par les personnalités cravatées de blanc et superbement décorées qui se penchent sur son anatomie. Un mirage de plus sans doute.

     

    Suite……..2/4

     

    *Illustration- L'Intransigeant du 4 février 1936.

     

     

     

     

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  • Charles Aznavour, un réverbère de la mémoire pour l’éternité!

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    img-0296.jpgCharles Aznavour s’en est allé et quel sentiment de vide ! C’est une page de mon enfance qui se tourne avec son départ mais quelle force de souvenirs, quelle puissance d’émotions.

    Je me souviens de ma grand-mère d'origine valaisanne et suisse-allemande qui en Tunisie écoutait sans relâche sans doute ce qui demeurera  les plus belles chansons du répertoire français, celles d’un auteur compositeur qui savait soigner l’âme. Âgée de 5 ans, j’observai ma grand-mère attentivement  et connaissais parfaitement le rituel « Aznavour .» Elle mettait un disque vinyl 45 tours, se versait un verre de vermouth, allumait sa cigarette mentholée et pleurait avant la fin de la première chanson. Et là, je savais que je pouvais tout lui demander, elle était sur son nuage romantique, un brin de nostalgie au fond des yeux, et une reconnaissance infinie pour ce chanteur qui la transportait dans un univers tissé d’amour et de beauté.

    Lorsque, j’ai lancé ma série sur les « Réverbères de la mémoire », naturellement, Charles Aznavour était en tête de liste parmi les artistes et poètes arméniens ou d’origine arménienne retenus avec  sa chanson "Ils sont tombés» dédiée au génocide arménien , puis la chose ne s’est finalement pas faite.

    Or,  à  l’inauguration au Parc Trembley de l’œuvre de l’artiste Melik Ohanian, mémorial du génocide arménien sous la forme de neuf Réverbères, Charles Aznavour y était, en sa qualité d'invité d'honneur, ambassadeur de l'Arménie en Suisse ,   tous se rassemblaient autour de lui, le photographiaient,  il leur adressait un sourire plein de bonté, nous étions tous émus par sa simplicité et la bienveillance   qui irradiait de toute sa personne.

    Hier matin, à l’aube, je chantai "La Bohème", ma fille est arrivée en courant : « mais qu’est-ce qui t’arrive ? Elle ne m’a quasiment jamais entendue chanter et encore moins si tôt, puis elle a vu la petite larme au coin des yeux  pour le départ de celui qui m’a accompagnée tout au long de ma vie. Et aujourd’hui de penser à ce grand homme qui a presque traversé un siècle et toute notre vie et  nous pouvons à notre tour, reprendre les dernières paroles de sa chanson "La Mamma"  :

    « Y a tant de larmes et de sourires

    A travers toi, toi Charles

    Que jamais, jamais, jamais

    Tu nous quitteras….. »

     

    Aznavour, un réverbère de la mémoire pour l’éternité.

     

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  • Un destin de lapin

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    IMG_1365.JPGUn fois n'est pas coutume, en été, je vous raconte en général mes déboires avec mes poissons rouges;  le retour de vacances avec le poisson flottant sur le dos,  oublié et non nourri par quelque distrait astro-physicien du CERN ou celui qui s'est suicidé en sautant du bocal ou l'infarctus du poisson rouge. Cette fois-ci, il s'agit d'un lapin ou plutôt d'une lapine. En juillet, une connaissance a débarqué quelques jours chez moi avec toute sa ménagerie, un chien et deux lapins parmi lesquels un lapin en trottinette.

    C'est l'histoire de Mel, une lapine de deux ans devenue paralysée de la patte droite après un traitement de stérilisation chez le vétérinaire qui du reste après coup a proposé de la piquer. C'était sans compter sur l'obstination et la sensibilité de Solange et de son fils Léo qui ont opposé un refus absolu. Mais plus encore, non seulement il fallait permettre à Mel de vivre mais aussi de continuer à vivre normalement pour un lapin, c'est-à-dire courater à gauche et à droite, à fureter avec son petit museau et fourrager où bon lui semble. Sans se laisser démonter, ils lui fabriquèrent une espèce de voiturette adaptée au corps de la paralysée et la voilà repartie, libre de ses mouvements.

    Une belle histoire pleine d'humanité et Solange me confie que lorsqu'elle enlève la voiturette de Mel pour la laver et la serrer tout fort contre elle tandis qu'elle sèche, elle sent une émotion l'étreindre de tenir ce petit être tout chaud  tout contre elle.

    Au-delà de l'anecdote, c'est une réflexion plus large sur notre lien à l'autre qui assurément avec notre propre évolution s'étend à l'animal et aux plantes;  cette altérité sensible qui est un signe de notre conscience du monde. Ce lien qui nous rend plus humains et qui nous permet de franchir un seuil qui nous éloigne encore davantage de notre propre animalité ou même nous la rappelle sous son meilleur jour. 

     

    Bravo à Solange et à son fils Léo d'avoir résister aux chants des sirènes du vétérinaire prêt à l'euthanasie.









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  • L'ONU obtient la suspension du renvoi de Flor Calfunao Paillalef

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    cropped13692723_655425894614098_5741261870959963848_n.jpgPetit soupir de soulagement après des semaines d'angoisse: le renvoi de la militante Mapuche Flor Calfunao Paillalef a été suspendu par le Comité des Nations Unies contre la Torture. 

    Suite à une décision du Comité des Nations Unies contre la torture (sigle anglais CAT) datant du 23 août dernier, les autorités suisses se sont engagées à ne pas procéder à l'expulsion de Flor, tant que le Comité n'aura pas fini d'examiner la plainte déposée par la défenseure. Une telle procédure pouvant prendre plusieurs mois, celle-ci reste donc en sursis pour quelques temps.

    Bien que temporaire, la décision impulsée par le CAT demeure un "soulagement" pour Flor. "J'avais beaucoup d'espoir dans le Comité (contre la Torture) et je ne suis pas déçue. S'ils ont pris cette mesure, c'est que la décision (des autorités suisses) leur est apparue problématique", confie Flor à ISHR. En effet, afin de justifier sa décision de renvoyer Flor au Chili, le Service d'Etat suisse aux Migrations (SEM) avait argué que les exactions visant les Mapuche étaient circonscrites à une seule région, l'Auracanie, où vit ce peuple. Il aurait donc suffi à Flor, selon l'argumentaire du SEM, de s'installer dans une autre région pour être en sécurité. Une perspective inenvisageable pour Flor dont l’intégrité physique et psychique serait menacée au Chili et qui, en plus d'être éloignée des siens, aurait perdu tout moyen de poursuivre son travail de défense des droits de son peuple.

    Malgré la mesure adoptée par le CAT, les autorités suisses peuvent encore décider de renvoyer la défenseure au Chili, pays qu’elle a fui en 1996 car les Mapuche, son peuple, y sont la cible d’exactions de toutes sortes: arrestations et détentions arbitraires, harcèlement judiciaire, pillages, voire assassinats. Plusieurs membres de la famille de Flor font ainsi l’objet de mesures de protection de la part de la Commission Interaméricaine des droits de l’Homme, compte tenu des nombreuses attaques dont ils/elles ont été victimes à cause de leur activité de défense de leur peuple et de leur territoire ancestral. 

    A ce titre, son seul espoir de poursuivre son travail repose sur l'ONU. "Si je suis là c'est grâce à l'ONU. Oui c'est lent, mais c'est la seule voie que je peux emprunter vu que je n'ai plus aucun recours au Chili", lance Flor. Et en Suisse non plus, étant donné que la défenseure y a épuisé toutes les voies de recours internes. Disposant d'un mécanisme de plaintes permettant à toute personne victime ou témoin de cas de torture de présenter un recours, le CAT peut en effet demander au pays concerné d'adopter des mesures provisoires pendant qu'il enquête sur les faits exposés. Une démarche qu'il adopte en général quand il estime disposer d'assez d'éléments justifiant une enquête de sa part. 

    "La Suisse est une terre de refuge pour beaucoup de militantes et militants des droits humains, et plus généralement pour les victimes de persécution" rappelle Vincent Ploton d’ISHR.  "En tant qu’Etat hôte du Haut-Commissariat et du Conseil des droits de l’Homme, il est capital que les mesures adoptées par des institutions comme le Comité contre la torture y soient respectées", ajoute t-il.

    Rappelons que Flor est la seule personne à représenter et porter les préoccupations de son peuple auprès du Conseil et autres instances des droits de l'Homme. Son renvoi au Chili mettrait un terme au lien privilégié entre les Mapuche et les Nations Unies.

     

    Source : International service for human rights

     

     

    Photo: Mission Permanente Mapuche auprès de l'ONU

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  • Saïd Mohamed – La tête dans les étoiles

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    ob_2c6d78_101863-librairienov-e1424106376293.jpgAujourd’hui même, Saïd Mohamed reçoit le prix Coup de cœur Charles Cros 2018 pour son recueil de poésie « Toit d’étoiles », un CD d’accompagnement musical qui lui a valu cette distinction. Une poésie tapie dans l’horreur du monde et qui sait en extraire des joyaux de cristal pur.

    Saïd Mohamed, nomade et troubadour est né en 1957 en Basse-Normandie d’un père berbère marocain et d’une mère tourangelle lavandière et asociale au caractère bien trempé. Enfant de la DASS, pourtant il deviendra, à la force de sa plume, un miraculé du quart monde. Celui qui est devenu un simple numéro de matricule - N36 - pour l’administration, se forgera un rêve dans la triste danse des exclus : devenir écrivain. Nomade dans l’âme, il est tour à tour, ouvrier imprimeur, voyageur, éditeur, chômeur, Il est maintenant enseignant dans la prestigieuse école Estienne, à Paris. Il n’en est pas à son premier prix, en 1995, il obtenait le prix Poésimage pour Lettres Mortes et le Prix CoPo en 2014, pour l’Eponge des mots. Il a été plusieurs fois boursier du Centre National des lettres.

    Comme son père devenu alcoolique, un chibani*dont le métier était terrassier et qui reconstruisait dans ce nouveau pays devenu alors le sien, les villes bombardées de France, Saïd Mohamed, lui, aussi a appris à creuser, à malaxer dans la veine, au cœur des mots ; il construit des tranchées parmi les étoiles pour nous offrir un ciel lumineux dans la noirceur de la nuit. Son recueil « Toit d’étoiles » nous lance  en brassées généreuses ces étoiles qui nous suivent et que nous rejoindrons tous un jour, destinés que nous sommes à la lumière stellaire, dans le requiem le plus triste naît l’intensité de nos destins, nous sommes voués à embrasser ces astres ad infinitum.

    A l’Etoile du Sud, le bar où on fait et défait les rêves, dans cette gloire de vouloir n’être rien où se déploie le fiel du recommencement, ou cette « putain d’étoile » à laquelle croit chacun de ces infortunés cachés sous les essieux du train qui file dans les ténèbres, passagers clandestins, frères d’infortune dont les corps sont rejetés par les flots ; cette fin silencieuse noyée dans les vagues de ceux qui ont cru à leur bonne étoile.

    Toutes ces étoiles racontées par Saïd Mohamed, cette quête d’infini qui se broie dans la noirceur du monde et brille d’un éclat étrange. Un subtil mélange dans ces voix superposées qui récitent les poèmes de l’auteur « mosaïque », parce c’est bien ce que nous offre la vie de Saïd Mohamed ; une mosaïque sublime de clair-obscur et qui rappelle les destins croisés de celui qui parcourt le monde, de celui qui dans la richesse de ses mots nous fait découvrir de nouveaux rivages. Mais celui qui sait aussi donner de la voix aux sans-voix, aux exclus, aux opprimés du monde, à ceux devenus fantômes; les voix de la résilience.

     

    Bravo à Saïd Mohamed pour son Prix Coup de cœur Charles Cros 2018 et à tous les musiciens de l’ensemble Dounia qui ont accompagné ses textes et à Karinn Helbert cristaliste à la carrière déjà bien remplie qui a joué de cet instrument si rare qu’est le cristal Baschet et en a assuré la direction artistique.

    Le CD a été soutenu entre autres par la Factorie, maison de la poésie de Normandie, les éditions les carnets du Dessert de lune son éditeur belge, et la compagnie coquelicot qui est la compagnie de Karinn Helbert.

     

     * chibani - Travailleurs maghrébins venus en France entre 1945-1975. En arabe signifie "sages, vieux, vieillards", "ceux qui ont les cheveux blancs"

     

    http://www.charlescros.org/

     

    Liens sur l’auteur via le blog de Mustafa Harzoune

    Tao du migrant

    http://letaodumigrant.hautetfort.com/mohamed-said/

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  • "Pute, salope, connasse"

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    images.jpgTitre choquant, n'est-ce pas ? Pas de points de suspension ni "p…", ni "s….." ni "c……" un titre qui vous arrive comme un point dans la figure. Mais ce qui choque le plus, ce sont ces insultes balancées aux femmes en moyenne deux fois par mois, une insulte lancée à la figure et sans ménagement.
    Pour un rien, il suffit d'une inattention, d'un homme bousculé par mégarde, d'un coup de frein un peu subit. Mais encore, au-delà des mots chargés de violence, il y a la violence physique et ce ne sont pas les anecdotes de rue qui manquent.
    Lors d'une soirée, une jeune fille se dirige vers le bar prendre une boisson, elle frôle un homme qui se retourne et lui envoie un coup de poing dans la figure en la traitant de salope. Un homme à vélo est obligé de freiner parce qu'une femme marche sur le trottoir et que lui-même s'y trouve, il est fou de rage, la suit, la harcèle, l'insulte en la pourchassant sur une longue distance et hurlant "fille de pute", personne ne réagit ! Elle finit en larmes, au milieu,  des passants qui restent indifférents. Une autre femme assise dans un bistrot, la cuisse légèrement dévoilée voit un homme se lever et se planter droit devant elle, le regard chargé de haine et l'accusant de l'"exciter", elle en est sûre, s'ils avaient été seuls, il l'aurait cognée. Une fille à vélo au bord de l'Arve qui se fait interpeller par un groupe d'homme "t'as un gros cul, espèce de salope" et ils font semblant de lui donner un coup de pied, au loin. Dans la file d'attente au service des passeports, un homme souffle à sa voisine "suceuse de bites", par contre, lui, sera sorti par un agent de sécurité. Et le cas des dragues qui tournent mal, en cas de refus et qui fait passer de "tu me plais" à "salope" ou les menaces de viol faites sans complexe. Autant de récits de femmes que j'ai croisées et qui choquent et elles-mêmes  sont choquées.

    Un constat réel d'une augmentation de la violence physique et verbale à l'égard des femmes et qui touche des filles de plus en plus jeunes. Les réseaux sociaux permettent aussi une autre forme de violence et de harcèlement, ils participent assurément à la dégradation de l'image de la femme et entraînent une désinhibition totale et sans filtre. Sur dix écrans vidéos que je voyais dans l'avion qui me ramenait de Vancouver à Genève, trois films visionnés par des passagers montraient des femmes battues par des hommes et menacées de mort.
    Le drame qui s'est déroulé cet été,- à la sortie du Petit Palace en Vieille Ville de Genève- , des femmes frappées violemment par un groupe de jeunes hommes n'est que la pointe de l'iceberg et nous interroge, au-delà de la récupération politique de tout bord, comment expliquer cette augmentation de cas, cette banalisation de la violence ? Comment en sommes-nous arrivés à "normaliser" cet état de fait,  à le banaliser?
    Force est de constater que la société dans laquelle nous vivons perpétue une discrimination à l'égard des femmes et cette discrimination feutrée et sournoise qui est aussi une forme de violence permet une violence encore plus grande;  elle autorise au relâchement sans complexe des plus lâches.
    Le remède? Il existe mais il exige une action plus grande que juste créer une plate-forme avec des policières comme suggéré et qui ne suffit évidemment pas , c'est un changement radical de société et de lutte contre la discrimination à l'égard des femmes, un suivi réel de toutes les formes de violence comme dans d'autre pays, exemple au Canada où c'est 0 tolérance pour les insultes ou harcèlement à l'égard des femmes.
    Pendant combien d'années encore faudra-t-il subir cette discrimination qui expose les femmes a autant de violence ? A quand une égalité des chances ? A quand des femmes à tous les conseils d'administration? A quand plus de femmes doyennes à l'Université? A quand plus de femmes cheffes d'orchestre? A quand une égalité de salaire? A quand un respect plein et entier ? Une seule femme retenue à la Mostra de Venise.
    Tant que la femme restera une citoyenne de seconde zone, on continuera à la violenter et lui faire croire que la rue ne lui appartient pas, qu'on ne lui concède que quelques heures par jour et que la nuit venue, on peut la cogner et l'insulter!
    Cessons de se voiler la face et attaquons le problème pour de vrai, en profondeur et sur la durée ! Il faut une volonté et des moyens pour réaliser les changements au-delà du léger frémissement d'horreur hypocrite face à une réalité insupportable et inadmissible. Les femmes attendent le vrai changement qui prouvera qu'on a définitivement réalisé un bond en avant pour vivre ensemble dans  une société moderne et non féodale, poussiéreuse à souhait.

    Evoluons tous ensemble pour le bien de notre société, pour une société harmonieuse où il fait bon vivre ensemble, dans le respect de tous, seule condition de notre évolution.

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  • Eglise du Sacré-Cœur – « Dieu ne peut rien pour les hommes »

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    IMG_1920.jpgUne église ravagée par les flammes par un jeudi 19 juillet, de quoi émouvoir. Une odeur âcre plane encore  sur les lieux le lendemain ; cette odeur de fumée refroidie légèrement écoeurante. Je me souviens du jour où elle a brûlé. La rue aussitôt bloquée, pompiers, ambulance, une agitation inhabituelle pourtant dans ce quartier toujours animé qu’est la plaine de Plainpalais où on voyait se répandre, au départ de l’incendie, une fumée blanche quasi immobile au-dessus des gens ; des traînées blanchâtres suspendues dans la chaleur caniculaire où pas un souffle d’air ne les aurait dispersées.

    Les pompiers sans relâche se sont battus contre les flammes, de 16h à 19h selon les témoins. Un témoin qui raconte ce qu’il a vu me dit avoir vu le prêtre en soutane courir en criant qu’il y avait le feu dans son église. Sans doute, ajoute-t-il, sous le toit par jour de forte chaleur, les circuits électriques auraient surchauffé.

    Un long échalas maigre comme un clou frisant la cinquantaine, s’approche des barrières de sécurité devant lesquelles je me tiens, là, en écoutant les réactions des badauds et tentant de sortir les vers du nez du vigile, muet comme une tombe et qui applique les ordres, à la lettre, pas un mot ! L'homme nous raconte que ses parents espagnols se sont mariés dans cette église, mais comme elle, leur mariage est parti en fumée ! Tandis que lui marié, à la mairie, l’est toujours. De ce pas, il allait appeler annoncer à son père en Espagne que « leur » église avait brûlé, sa mère déjà au ciel a dû apprendre la nouvelle plus vite que quiconque.

    Puis un autre intervient en disant sur ce ton désabusé propre aux désillusionnés : « De toutes les façons, Dieu ne peut rien pour personne, même son Fils, il n’est pas parvenu à Le sauver. Que dire de la 1ère Guerre Mondiale avec tous ses morts et de la 2ème Guerre mondiale où des millions de gens ont brûlé ? Là, non plus Dieu n’a rien fait, Il ne peut rien pour les hommes, sinon on s’en serait déjà aperçu. Les pompiers ont fait plus pour sauver ce Sacré-Cœur que le bon Dieu lui-même conclut-il, un brin dépité, pourtant il se présente avec humour "fils de l'esprit éveillé" et pencherait plutôt pour la philosophie bouddhiste.

     

    Bravo aux pompiers !

     

    IMG_1919.jpg

    Crédit photo D.Chraïti

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