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Regards croisés - Page 2

  • La grève des femmes - Un défilé du 14 juin 2019 inoubliable

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    J'y étais ! Un défilé sans précédent, des slogans pleins d'humour et pleins de sens. Les femmes et les hommes  solidaires se sont mobilisés en masse. 20'000 personnes à Genève.

    Et maintenant on fait quoi, qu'est ce qui restera de la grève des femmes? Le combat, voilà ce qui reste. Ni gauche, ni droite, en avant toutes. Ce sont les fondements du système qu'il faut revoir et qui reposent sur une conception patriarcale de la société, un système éculé. On continue à se battre, au quotidien, jour après jour, chacune à son niveau puis toutes ensemble. Pour ma part, fonctionnaire à l'Etat de Genève, j'ai fait grève et demande depuis plus d'un an,  une égalité de salaire par rapport à mes homologues masculins et que l'on me refuse systématiquement sous mille prétextes plus fallacieux les uns que les autres et naturellement je résisterai pour obtenir gain de cause et rester exemplaire pour les générations à venir.

    Mon slogan :"-20%, pourtant c'est pas les soldes. Egalité salariale!" - Ce ne sont pas les soldes saisonnières, mais on brade le travail des femmes tout au long de l'année.

    La Suisse est le dernier bastion à la traîne sur l'égalité hommes- femmes et le dernier pays en Europe à avoir accordé le droit de vote aux femmes. Il y a du travail sur la planche et il faut s'y mettre pour le plus grand bien et des femmes et des hommes. 

    Après le 14 juin, le travail sur l'égalité continue au quotidien et partout !

     

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    Et le policier goguenard de lui répondre :"Je n'ai pas assez bu pour comprendre ce que vous me dites", elle avait un peu forcé sur la bière semble-t-il.

     

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  • « Faux réfugiés syriens » pour un vrai Ramadan

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    Unknown-2.jpegAnnemasse ploie sous les familles de mendiants « syriens » placés dans les carrefours, aux feux rouges, à la sortie des épiceries orientales et qui en réalité sont des rroms déguisés en réfugiés syriens portant des pancartes en carton avec la mention« SOS Syriens » ou « famille syrienne –Faim- Aidez-nous «  et chaque année c’est la même histoire. Ils viennent du Nord de la France, de Roubaix en particulier, selon le témoignage d’un policier.

    Dès le premier jour du Ramadan, les rroms mendiants se préparent au « carnaval », ils sortent tout le déguisement oriental ; je vois une jeune fille à la sortie d’un magasin oriental qui mendie avec son enfant, les yeux exagérément noirs cerclés de Khôl, on la croirait sortie d’une revue de mode. Plus loin ailleurs, une famille entière se tient devant un autre magasin, l’homme a hésité entre la casquette et le keffieh, finalement il porte les deux et on ne sait pas d’où il sort ça, il porte un pagne autour de son jeans, il a dû voir une photo sur internet d’un homme sorti du hammam avec un linge autour des hanches. Ils ont reçu assez de victuailles pour ripailler pendant quelques mois.

    Chaque client qui sort du magasin oriental leur donne à manger et de l’argent, certains leur ont apporté des habits. Leurs cabas sont pleins à craquer ! Zakhat oblige, l'aumône est le troisième pilier de la religion, chaque musulman donne selon son cœur mais la recommandation est entre 5 et 7 euros pour des mendiants. Ceux que je vois en face de moi, doivent déjà atteindre les 500 euros pour la journée et ceci depuis le début du Ramadan, soit le 6 mai. Le 4 juin, on verra des centaines de « réfugiés syriens » car c’est le dernier jour du jeûne et la distribution de cadeaux; Noël avant l’heure pour les Rroms évangélistes.

    Je fais remarquer au vendeur la scène, il hausse les épaules en disant ce sont de « faux réfugiés » mais de « vrais pauvres » alors c’est kif-kif, tu donnes,  dit-il en  esquissant un sourire un peu las,  marqué par le jeûne.

    Certains sont embarqués au poste avec tout ce qu’ils ont récupéré mais plus encore. A Paris et ailleurs,  de vrais Syriens les pourchassent, les maudissant de rajouter à leur malheur en se faisant passer pour eux et profiter de leur misère de réfugiés et du même coup attenter à leur dignité car mendier dans la culture syrienne est considéré comme honteux et tabou.

    Alors qu’en penser ? Faut-il différencier les misères entre des vrais réfugiés syriens et  de vrais rroms qui mendient sous le couvert de « faux syriens » et qui trichent et qui en ont besoin et se dire qu’on n’attend ni Ramadan ni Noël pour être généreux ? Qu’on a encore tous les autres jours de l’année pour lutter contre la faim dans le monde et éradiquer la pauvreté et son corollaire, la mendicité ?

    « Fais l'aumône ne serait-ce qu'avec la moitié d'une datte car il y a aucune différence pour toi que tu la gardes ou que tu la donnes. En effet si tu es affamé cette moitié de datte ne va pas apaiser ta faim et si tu es rassasié tu n'en a pas besoin. »

    رمضان مبارك

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Un looping loupé

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    images.jpegHier , c'était la fête des voisins, un moment sympathique et détendu durant lequel je réalise avec un brin d'étonnement  que mes  voisins sont de plus en plus jeunes. Ma tortilla avait naturellement cramé, j'ai eu la mauvaise idée de la mettre en route sur la plaque en vitrocéramique et d'aller piquer un petit somme; l'odeur de brûlé m'a extirpée d'un rêve joyeux. Trop tard, les pommes de terre avaient viré au noir intense, mais un voisin à l'empathie incommensurable en piochant dans la noirceur volcanique de mon plat conclut en souriant :  votre tortilla a un bon goût de sieste !

    Puis, tout en sifflant des verres depuis notre jardin commun proche du Salève, nous voilà, au moment le plus improbable, devenus  témoins d'un accident. Tandis qu'on observait un parapentiste faire un looping insensé, sa voile part en torche, il tombe dans le vide, nous poussons des cris durant une fraction de seconde, puis le parachute de secours s'ouvre, les pompiers qui nous accompagnent déclarent que le parachute servira juste à amortir le choc mais il n'est pas directionnel. En effet, 20 minutes  après une ambulance toute sirène déployée grimpe la route  à vive allure, puis un hélicoptère suivra et emmènera sans doute le blessé  au centre de traumatologie de l'hôpital d' Annecy. A-t-il survécu ?

    On s'étonne et on débat sur le nombre d'accidents au Salève où des hélicoptère interviennent au moins une fois par semaine en été;  chutes, accidents de parapente, marcheurs imprudents.  Le pompier confirme qu'on récupère des gens blessés partis faire le sommet du Salève en tong. Il y a quelques jours, je voyais des sauveteurs faire un exercice de sauvetage qui consistait à savoir comment accrocher un brancard à une corde et faire coulisser le blessé le long de la falaise.  Et de leur dire: il faudrait avant tout ne pas oublier d'apprendre aux gens à respecter la montagne, puis un homme très sûr de lui me répond d'un ton arrogant:  la montagne est faite pour être gravie !  et de lui rétorquer : Oui mais pas n'importe comment! 

    Et de rappeler ce que disait l'alpiniste Edward Whymper qui réussit la première ascension du Cervin:

    "Grimpez si vous le voulez, mais n'oubliez jamais que le courage et la force ne sont rien sans prudence, et qu'un seul moment de négligence peut détruire une vie entière de bonheur. N'agissez jamais à la hâte, prenez garde au moindre pas. Et dès le début, pensez que ce pourrait être la fin"

     

     

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  • Syrie : la guerre d'après

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    Mon témoin d'origine syrienne est assise à une petite table de bistrot devant moi, les yeux écarquillés encore par l'horreur entr'aperçue,   elle baisse la voix pour me raconter ce qu’elle a vu après deux mois passés en Syrie. Ses yeux s'emplissent de larmes tandis qu'elle décrit la situation.

    - Si tu savais le courage que ces femmes ont. Ce sont des villages entiers où il n'y a plus un seul homme. Ils ont tous été tués; pères, frères, fils, oncles, grands-pères, tous du plus vieux au plus jeune, embarqués, liquidés. Les rebelles les ont emportés et tués, les uns après les autres, certains après avoir été  soumis à la torture.

    Aujourd'hui, les femmes se retrouvent à réparer leur maison, travailler aux champs ou se rendre en marchant des heures durant vers les villes les plus proches pour y vendre leurs babioles, des produits artisanaux ou des fruits et légumes. Puis, il faut s'occuper des seuls hommes qui restent, des handicapés, des lambeaux de chair qui ont réussi à s'enfuir des geôles des fous.

    Une mère m'a raconté une histoire incroyable continue-t-elle ! Ses cinq fils ont été emmenés et tués par les rebelles, elle a supplié le cadet de résister quoiqu'il arrive, de tenir au-delà de tout ce qu'il pourrait supporter. Emprisonné, il réussit pourtant à s'échapper. Un soir, une ombre traînante se profila dans le jardin, un corps se hissait péniblement sur les coudes.

    - Maman, j'ai tenu ma promesse, me voilà de retour ! Le fils est  revenu de l’Enfer  comme il l'avait promis, et,  qui deviendra tétraplégique après des semaines de torture.

    Mon témoin ne peut plus parler, elle ravale ses larmes.

    - Quel courage, si vous pouviez imaginer l'état de ce pays et cette force de vie !

     Puis elle me parle longuement de créer des centres sanitaires avec des bus qui circuleraient de village en village pour soulager ces femmes et leur apprendre à s'occuper de leurs enfants dorénavant handicapés.

    - Tout reste à faire, il faut commencer à quelque part, alors commençons déjà par le plus urgent, la santé  dans ce pays qui compte, aujourd'hui, presque trois millions d'invalides victimes de guerre,conclut-elle en soupirant. C'est une nouvelle guerre qui démarre, celle contre la pauvreté et la maladie.

     

     

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  • « Béatrice un siècle »

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    Hejer et Béatrice lors de la projection du film précédent de Hejer Charf 2016.jpgPar un matin de pluie, le ciel baigné d’anthracite, je roule en voiture, tandis que les gouttes tambourinent contre les vitres, j’écoute sur les ondes de Radio Orient, une voix qui raconte son documentaire, celle de Hejer Charf parlant de la vie de Béatrice Slama. Aussitôt, le soleil s’est mis à briller, ce récit solaire au milieu de la grisaille m’a réjouie, je contacte alors la réalisatrice tuniso-canadienne via son site internet pour en savoir plus sur cette femme engagée, née aussi en Tunisie et qui décédera quatre jours après la diffusion du film projeté, à Paris, le 15 septembre 2018. On l’a pleurée en France et en Tunisie.

    Lorsqu’elles les deux femmes se rencontrent, elles se reconnaissent comme des sœurs malgré les quatre décennies qui les séparent ;   la cause des femmes, la littérature, l’engagement, autant de points communs qui devaient les lier. Une vit en France, l’autre au Canada, toutes deux nées en Tunisie.

    Le père de Béatrice Slama née Saada, était  un franc-maçon originaire de Gabès et la mère originaire de Livourne dont la famille était installée en Tunisie depuis le XIXème siècle. A la maison on parle italien et français, l’arabe viendra ensuite pour Béatrice. La famille échappera aux camps de concentration car la politique de Vichy ne prendra que difficilement en Tunisie, les Allemands ne parviennent pas appliquer leur plan d’extermination des Juifs de Tunisie qui fait déjà rage en Europe, la population les protège et les cache. Le mari de Béatrice, Ivan Slama sera toutefois incarcéré, elle lutta pour sa libération.

    Communiste puis résistante, Béatrice fondera l’Union des Jeunes filles de Tunisie, organisme proche du parti communiste tunisien qu’elle dirigera de 1944 à 1948. Première femme agrégée de Tunisie en littérature française, elle enseignera durant 15 ans à Tunis. Celle qui a soutenu une thèse sur l’insurrection anticoloniale du XIXème siècle se plaisait à souligner la schizophrénie des sociétés coloniales. Le président Bourguiba lui demandera d’écrire sa biographie, déçue par lui et sa politique d’éradiction du communisme, elle refusera. Sans lui en tenir rigueur, il fera publier son livre « L’insurrection de 1864 en Tunisie. »

    Après l’indépendance, elle devient touriste chez elle et doit quitter le pays avec son mari Ivan. Mai 68, à Paris, lui redonnera des ailes et la sortira de sa dépression qui la ronge depuis qu’elle a dû quitter son pays, prête à revivre une nouvelle utopie. Elle enseigne à l’université de Nanterre, sur ses bancs, le jeune Cohn Bendit. Elle a une réelle volontaire d’inscrire le deuxième sexe dans l’histoire, grève des femmes, presse féminine, ses séminaires deviennent sa tribune. Spécialiste de Duras, femme de Lettres citant Simone de Beauvoir, elle n’aura de cesse tout au long de sa vie de mettre les femmes sous les projecteurs et cela sous un regard neuf.

    La réalisatrice, Hejer Charf ne pouvait pas rester indifférente à cette figure marquante , « elle a choisi Béatrice parce qu’elle est tunisienne, qu’elle est savante, qu’elle est féministe, et que son histoire croise la sienne. » et d'insister, il faut donner la parole aux femmes qui ont aussi des rides.

    Projeté en première mondiale à la cinémathèque tunisienne en décembre 2018, les spectateurs ont pu découvrir cette figure lumineuse qui raconte sur le grand écran l’amour pour son pays natal et citant Colette rappeler qu’elle appartient à un pays qu’elle a quitté.

    J’aime ces rencontres entre les Tunisiens que nous sommes, accrochés au radeau de nos souvenirs, exilés juifs et musulmans, nous traversons la mer de nos vies, le visage tourné par dessus l’épaule à regarder derrière nous ce qui est devenu une île lointaine et observer avec un sentiment pétri de nostalgie cette terre qui nous accueillait, autrefois, il y a si longtemps !

     

    AU CINEMA  SAINT-ANDRE DES ARTS JUSQU'AU 21 MAI 2019

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    BEATRICE SLAMA

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    LA BANDE-ANNONCE 


     

    1ère photo Hejer  Charf et Béatrice Slama

    Pour en savoir plus sur la réalisatrice

    http://www.hejercharf.com/Nadja_productions/FRANCAIS.html

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  • Un village africain au coeur de la Colombie

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    DSC01437.jpgSur les traces de mon personnage Benkos Biohó, l’esclave cimarron, me voici à Palenque San Basilio, situé dans les contreforts des Montes de Maria , au sud-ouest de Cartagène des Indes, à 1h30 de distance en bus.

    Arraché à sa terre natale par les Portugais en Guinée Bissau, sur l’archipel des Bijagos, à environ l’âge de 15 ans, puis vendu à Cartagène des Indes à un maître espagnol sous le prénom de Domingo, Benkos Biohó , quelques années plus tard deviendra le premier esclave avec lequel la couronne espagnole devra négocier pour obtenir la paix de ses sujets espagnols, attaqués sans cesse, contre sa liberté et celle des 650 esclaves fugitifs qui l’ont suivis. Nommé Roi de la Matuna, il aura su s’imposer et donner naissance à ce Palenque en 1603,- les palenques étaient le refuge d’esclaves - , premier palenque libéré du continent américain et le seul qui subsiste, à ce jour, en Colombie. Pendu et écartelé sur la place publique par les Espagnols, le 16 mars 1621, il laissera derrière lui, un peuple libre. 4500 personnes vivent encore dans ce palenque et on a rarement vu un peuple plus fier que cela ; fier de ses ancêtres, de sa culture, de sa force de résistance. Du plus petit au plus grand ce village porte haut en couleur, celui devenu sa légende, le héros Benkos Biohó qui leur ouvre les portes du monde avec une arrivée toujours plus importante de touristes et d'argent.

    Imprégné de la culture africaine, les traditions subsistent, la langue palenque trouve ses racines dans les langues bantoues, les rituels funéraires du lumbalú accompagnés de tambours sont restés ceux de l’Afrique et on souhaite au mort un retour vers la terre de ses ancêtres. Le conseil des anciens est toujours d’actualité ainsi que la cour de justice traditionnelle. L’herboristerie médicinale et l’animisme laissent l’église et le centre sanitaire du petit village quasi vides. La police n’est pas autorisée à y circuler, le gouvernement colombien leur envoie toutefois des soldats qui sur leur moto pétaradante tournent en boucle, l’arme en l’air.

    Partie de Carthagène des Indes en bus pour la destination de San Basilio Palenque, la seule voyageuse non afro-descendante, j’étais attendue de pied ferme dans ce village par un guide. J’ai également rencontré le linguiste et poète Bernardino Perez Miranda qui continue à assurer que l’enseignement du palenque se réalise auprès des jeunes. Entre deux vers qu’il me récite, il s’interrompt et se lève pour servir quelques mesures de riz du fond de la pièce ouverte sur la ruelle et qui fait office de petite épicerie de village. Chacun me parle de son rêve, la création d’un musée Benkos Biohó. A la fin de la journée, après une chaleur torride et une ondée bienfaitrice, je reste assise devant une échoppe, à regarder les vieux jouer aux dominos, tandis que les jeunes s’arrachent le ballon dans une partie effrénée de foot. Les jeunes filles déambulent bras dessus bras dessous en riant. On reste, là, assis pendant deux heures, à regarder le temps s’égrener lentement.

    Pendant ce temps, je m’imagine mon personnage, lui dessine des traits et songe combien il est nécessaire et urgent d’arracher cette fausse croyance de l’esclave africain passif et indolent face à son destin. Les gens qui défilent sous mes yeux sont la preuve vivante que leurs descendants ont su résister, se battre, faire preuve d’imagination et de créativité, ils ont su inventer des stratégies de défense hors du commun, ils ont fait preuve d’un courage immense dans un système de terreur constante, ils ont été visionnaires. Ces gens qui défilent sous mes yeux sont la preuve vivante que leurs ancêtres étaient nés libres contrairement à ce qu’on a tendance à vouloir nous faire croire, que  les esclaves arrivés en Amérique étaient déjà esclaves en Afrique et qui est le plus odieux et le plus insupportable des mensonges.

    Benkos Biohó, un homme né libre en Afrique et qui est mort libre.

     

    La suite du voyage dans le courant de l’année, direction Guinée Bissau sur les traces de l’enfant Biohó. Les habitants de San Basilio Palenque attendent avec impatience les récits du voyage. Très peu de choses ont été écrites à ce sujet, je n’ai recensé en espagnol que cinq ouvrages, à la bibliothèque de Bogota tandis qu’une bande dessinée circule auprès des jeunes.  

     

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    Le linguiste et poète Bernardino Perez Miranda 

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    MAESTRO RAFAEL CASSIANI  

    https://www.youtube.com/watch?v=3MgryNTWCrk

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    EN SOUTIEN AUX FRERES AMERICAINS AFRO-DESCENDANTS

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    STATUE DE "KID PAMBELE" ORIGINAIRE DU PALENQUE SAN BASILIO. PREMIER CHAMPION DU MONDE DE BOXE COLOMBIEN. SOUS LES FEUX DES PROJECTEURS, IL SERA CELUI QUI PARVIENDRA A AMENER L'ELECTRICITE ET L'EAU DANS SON PALENQUE NATAL. 

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    MUCHAS GRACIAS JHON SALGADO Y TAMBIEN A TU HERMANA SAMBA

    MON GUIDE ET SES DEUX NIECES

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     Crédit photo D.Chraïti

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  • Entre rituel chamanique et semaine sainte en forêt amazonienne

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    DSC01521.jpgColombie - Il y a des rêves qui nous tiennent à cœur et qu’on finit par réaliser. Le mien consistait à participer à un rituel chamanique en Amazonie et que je vais partager avec vous.

    Une invitation lancée en novembre 2018 par une amie qui avait participé à plusieurs rituels dans la province du Putumayo, située au sud-ouest du pays, à la frontière avec l’Equateur et le Pérou, m’a convaincue du sérieux de la chose, de la rencontre avec un vrai guérisseur chamane appelé « Taita » et d’une réelle expérience à vivre.

    Seule étrangère, partie de Bogota avec une vingtaine de personnes parmi lesquelles quelques indigènes colombiens, une psychologue, une anthropologue, un enseignant et plusieurs personnes atteintes dans leur santé,   nous avons roulé de nuit, pour arriver à l’aube, à Condagua, un endroit situé à 20 mn en voiture de Mocoa, la capitale de Putumayo. A savoir que ces expériences sont très suivies par des médecins, des psychiatres et des psychologues colombiens.

    Le voyage était une initiation en soi, descendus du mini-van,  nous avons continué à pied dans la forêt amazonienne, inondée. Une terre boueuse et excessivement glissante rendait la marche difficile, puis nous avons traversé toujours à pied, sac à dos, le río Caquetá  tant bien que mal déjà dévorés par les moustiques et pour finalement arriver, après une heure de marche dans un campement paradisiaque.

    En guise de campement, quelques huttes, au centre la Maloca énorme, 33 mètres de long, 12 mètres de large et 3 portes. A interpréter par la mort du Christ à l’âge de 33 ans, les 12 apôtres et la Sainte Trinité et qui est le lieu du rassemblement collectif dédié aux cérémonies de guérison chamane.

    Dès notre arrivée, nous avons pris un petit déjeuner composé de soupe, de riz et de poisson, puis installé nos hamacs dans la Maloca. Ensuite, un moment de purification par un bain dans la rivière suivi d’un bain de plantes médicinales, puis un dernier repas à 3 heures de l’après-midi.  Le reste du temps, nous restons dans nos hamacs jusque tard dans la soirée avant de commencer le rituel de guérison qui se déroulera toute la nuit.

    A 21 heures, le « Taita » appartenant au groupe indigène inga et qui représente l’intermédiaire entre le monde spirituel et la communauté se présente à nous. Il nous prévient du danger de la rivière, ne jamais y aller seul, inutile de prendre des risques, il a déjà vu des gens s’y noyer, et c’est simple, il nous fait la démonstration avec de larges mouvements des bras :  »L’eau tourbillonne, vous emporte, puis il faut attendre 3 jours pour voir le corps remonter à la surface, rempli comme un ballon et qui flotte. Je vous le dis, ne prenez pas ce risque, la rivière est trompeuse, elle paraît calme ! » Puis, il officie comme un prêtre, tous récitent le Pater Noster, il invoque plusieurs saints en cette semaine sainte et nous accueille officiellement dans la terre de ses ancêtres, tous chamanes de père en fils depuis un temps immémorial et les femmes peuvent aussi l'être et son appelées  Mamas. Il raconte la connaissance des plantes médicinales, sa mère en connaissait 20'000, le pouvoir de guérison du Yagé ( à prononcer Ya-hé avec le h aspiré) ou l'ayahuasca, un mélange à base de liane consommé depuis plus de 5000 ans par la chamanes. Son pouvoir de guérison et sa capacité à vous donner des visions et vous dire qui vous êtes, ce qui vous travaille et vous libère. C’est un voyage à l’intérieur de vous qui vous permet de vous débarrasser de tout ce qui vous empêche d'évoluer. 

    Puis, orné de son serre-tête de plumes, il vous offre le breuvage après l’avoir béni du signe de la croix. A ce stade, j’avais comme une légère appréhension. Puis comme tous, j’ai avalé un demi-bol d’un liquide épais, couleur miel, sucré et amer. Dans l’heure qui a suivi, les premiers vomissements se font entendre et qui font partie du processus de guérison ou la diarrhée en saisit plus d'un, une boisson liquide à base de plante, légèrement visqueuse et distribuée après le Yagé doit faciliter ce passage très désagréable. Puis des sensations nouvelles apparaissent, tous se recouchent dans le hamac, des aides du guérisseur surveillent les personnes pour qu’elles ne partent pas dans la forêt amazonienne victimes de quelque hallucination. Pour ma part, une sensation de bien-être, sans autre effet, si ce n’est des rêves très précis, cette extrême sérénité m'a même troublée quand j'entendais l'expérience de certains.  Mais comme disait le chamane quand vous avez réglé le problème de l'angoisse de la mort et maîtrisé vos peurs, la vie devient très sereine.  Une vision plus accentuée de tout ce qu’on regarde y compris de nos pensées. Une forme de lucidité étrange avec peu d’effet sur le corps, un voyage à l’intérieur de soi guidé par la plante qui semble illuminer les parties sombres. Dans la nuit, des chants, puis certains dansent autour du feu central. Le lendemain, la même cérémonie se répète avec au préalable un bain dans la rivière et un massage au moyen d'une plante épineuse tapotée sur le corps et qui fait office d’acupuncture, au premier contact, j'ai failli crier stop. A l’aube, le Taita pratique le diagnostic et le rituel de guérison, dans sa langue Inga, il danse, chante, vous touche et selon recommande une plante médicinale. Il passe plus de temps avec des personnes très atteintes dans leur santé. Les deux jours se terminent par des témoignages de l’expérience de chacun avec la plante sacrée et qui au demeurant étaient fort intéressants.

    J’ai interviewé le chamane guérisseur et lui ai demandé comment il expliquait le lien étroit entre la religion catholique qu’il pratiquait et le chamanisme. La question semblait beaucoup l’étonner. Selon lui, la culture traditionnelle du chamanisme n’entre jamais en conflit ni avec les personnes, ni avec leur culture, ni avec leur religion ; elle est ouverte à tous et reste une autre croyance qui fait partie d’un tout et n’entre pas en conflit avec tout autre croyance. Les plantes médicinales sont un cadeau de la nature et de Dieu, il n’y a pas de contradiction, mais elles doivent être considérées comme sacrées et ne peuvent pas être maniées n’importe comment et par n’importe qui, ce rituel doit avoir un sens.

    Et qu’en est-il du futur des chamanes comme lui ? Ils sont depuis des millénaires les gardiens du « poumon du monde ». Sans l’Amazonie, la terre n’existerait plus, autant que l’Amazonie existe avec toutes ses plantes dont on ne connaît qu’une infime partie, les chamanes existeront, les médicaments du futur sont déjà là, au cœur de l’Amazonie. Leur mission depuis la nuit des temps est de protéger et de lutter à la préservation de cet organe vital sans lequel nous serions tous condamnés à disparaître. Ils sont les gardiens de ce temple sacré !

     

    Mise en garde : Chaque année, l’expérience chamanique est pratiquée par des gens qui ne sont pas de vrais guérisseurs traditionnels et qui se trompent dans les mélanges du Yagé entraînant la mort. Il est important pour ceux et celles qui souhaitent vivre cette expérience d’avoir la garantie d’être avec un chamane dont la connaissance de la plante est absolue.

     

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    Invitaçion a Kwichi Tambu

    https://www.youtube.com/watch?v=GjGpMREFjqE

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  • Spinoza, un penseur pour l’éternité

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    838_738_spinoza.jpgLors d’un voyage récent aux Pays-Bas, sur les traces de Baruch Spinoza, au cours  d’un tour organisé par un passionné du philosophe, j’ai pu découvrir in situ, la vie du grand penseur ; sans doute l’un des plus grands penseurs de notre civilisation.

    Quel triste destin pour ce philosophe de la "joie" ! Un mémorial dans le jardin de l’église de Nieuwe Kerk, à la Haye, à quelques centaines mètres de son domicile, rappelle discrètement sa mort. Sur la pierre, une épitaphe en latin laisse entendre discrètement que jadis dans cette terre étaient enterrés les os de Spinoza. Et puis ? Rien. Les os ont été disloqués et disséminés dans une fosse commune après l’expiration de la concession, au bout de 12 ans, jusqu’à aujourd’hui, on ne sait pas précisément où.

    Né à Amsterdam en 1632, il meurt de tuberculose, à la Haye, le 21 février 1677. Or, il fallut vendre ses quelques 160 livres pour parvenir à l’enterrer. 

    Dans une armoire en bois aux cinq rayons, à peu près toute sa richesse ave le lit de ses parents qu’il emmenait partout avec lui, un acte notarié répertoria devant Rieuwerts son éditeur-imprimeur, chacun de ses livres et qui permettra d'en récupérer 140 de sa bibliothèque d’antan et présentés au musée Spinoza à Rijnsburg près de Leyde.

    Celui qui parlait le portugais, le flamand, l’hébreu, l’italien, l’espagnol, puis le latin, - il a essayé quelques tentatives modestes en grec- mena une vie monastique, ce n’est que grâce à un quatrain sur la façade du mur de la maison qu’il a occupée à Rijnsburg qu'on retrouvera ses traces.  Il vécut chez un chirurgien durant 3 ans, de 1660 à 1663, parmi les « Collégiants », secte protestante libérale établie dans cette région.

    "Si tous les hommes étaient des sages

    Qui de surcroît feraient le bien

    La Terre pourrait être un paradis

    Alors qu’elle ressemble à un enfer. »

    Achetée il y a plus de 122 ans et devenue Musée, on peut y découvrir dans une maisonnette avec un jardinet, un humble logis, composé de 2 pièces, sa chambre et sa bibliothèque et un atelier avec un banc de polissage où il y polissait ses verres. Le Livre d’or est une mine d’information, on y trouve entre autres, les signatures de Albert Einstein qui lui dédiera un poème et le président portugais Mario Suares. Sa correspondance avec Leibniz, une copie du herem* (l’excommunication) prononcée, le 27 juillet 1656, par la communauté juive de Amsterdam et qui signifie véritablement « destruction », « anéantissement » et exclusion aussi du peuple juif d’Israël ou la lettre signée de la main du président Ben Gurion sont exposées au 1 er étage de la petite demeure.

    La Lettre de Ben Gurion est intéressante, car il écrit ne pas comprendre pourquoi on devrait lever le « herem ». Selon lui, il n’existe tout simplement plus et n’a aucun effet, pour preuve, le philosophe est  enseigné à l’Université hébraïque et une rue porte son nom à Tel-Aviv et en conclusion, il s'informe sur les coûts de la tombe de Spinoza pour participer aux frais. Pourtant, on sait qu’en 1948, il a tout de même fait une demande de levée du ledit herem qui a été rejetée par les rabbins. Mais plus encore, un autre document du registre familial de la famille Spinoza, montre son nom tracé sur cette lignée familiale. Et là, on ressent, la violence, tout entière sur ce simple trait ; l’exclusion la plus totale et la plus anéantissante.

    A Amsterdam, une philosophe bénévole vous donne rendez-vous devant sa statue réalisée,  en 2008, par Nicolas Dings, puis, ensuite, tout proche,  on peut continuer la visite  du quartier où Spinoza avait dû habiter et travailler dans l’entreprise familiale d’import-export, avant de devoir s’éloigner des siens.

    Ce philosophe de la « joie » et de la béatitude qui cachetait ses lettres avec ses initiales au moyen du sceau« Caute » (prudence) est mort en toute sérénité. A la veille du grand départ, celui que ses amis nommaient affectueusement Bento, prépara ses écrits, décida de ce qu’il fallait garder et détruire,  surtout la correspondance. Son ami Louis Meyer appelé à son chevet emporta tous ses écrits vers Amsterdam acheminé en barque par le canal situé à quelques mètres de sa maison. Toute son œuvre emportée discrètement commencera par être publiée après sa mort de façon anonyme sous "Oeuvres posthumes" pour la postérité et grâce à cet ami proche, nous pourrons à tout jamais accéder à l’ensemble du travail du philosophe qui résuma toute sa pensée sur Dieu par un « Deus Sive Natura » Dieu sinon la Nature et qui signifie aussi Dieu est la Nature et qui lui vaudra les foudres de tous les religieux tout en nous offrant les prémisses de la laïcité où Dieu n’a pourtant jamais été autant pensé.

    Dieu est partout, nul besoin de miracles ni de mystères, Il est là, Il est en nous, nous sommes Lui, Il est nous, nous ne faisons qu’un. Il fallait oser le dire, à une époque, où le religieux déjà soumet l’individu et le domine entièrement. Adopter le Dieu de Spinoza annonçait le glas des religions et sans doute son lot de guerres avec pour corollaire tendre vers la liberté des hommes et leur offrir un accès au  divin qui les grandit au lieu de les rabaisser. S'éloigner d'un Dieu anthropomorphe qui ressemble si tristement aux humains et à leurs passions et qui n'en est qu'une émanation. Diviniser les hommes et cesser d'humaniser Dieu, un paradigme qui préfigure la modernité. 

    Et qui se passionne de Spinoza peut verser à tout jamais et pour toujours dans l’œuvre de ce penseur unique. La bénévole du musée à la Haye, me raconta qu’un Kurde qui venait de leur rendre visite la semaine précédente, fit de la prison pour ses idées politiques en Turquie et y découvrit Spinoza. A l’issue de sa libération, il vint à Amsterdam pour se consacrer entièrement à ce philosophe. Tandis qu’en Espagne, un fonctionnaire aurait touché son salaire pendant au moins un an sans travailler, utilisant ce temps libre pour devenir un spécialiste de Spinoza. Son absence a été remarquée en 2010, le jour où il était attendu pour se voir remettre une médaille de récompense de ses années de service.

    Quant aux blogueurs une petite note de Spinoza qui nous ramène tous à beaucoup de modestie :

    « Enfin, les honneurs nous sont une forte entrave dans la recherche du vrai bien en ce que pour les atteindre on doit nécessairement diriger sa vie selon l'opinion de la foule, c'est-à-dire, fuir ce qu'elle fuit communément et rechercher ce qu'elle recherche. »

     

    Un parcours à ne pas manquer si vous vous rendez à Amsterdam. Pour les spinozistes férus, et si vous insistez, un deuxième voyage pourrait sans doute être organisé  par notre philosophe passionné.  

     

     *  Le texte du Herem

    « Les messieurs du Mahamad* vous font savoir qu’ayant eu connaissance depuis quelques temps des mauvaises opinions et de la conduite de Baruch de Spinoza, ils s’efforcèrent par différents moyens et promesses de le détourner de sa mauvaise voie. Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies qu’il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu’il commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui déposèrent et témoignèrent surtout en présence dudit Spinoza qui a été reconnu coupable ; tout cela ayant été examiné en présence de messieurs les Rabbins, les messieurs du Mahamad décidèrent avec l’accord des rabbins que ledit Spinoza serait exclu et retranché de la Nation d’Israël à la suite du herem que nous prononçons maintenant en ces termes: 

    A l’aide du jugement des saints et des anges, nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le consentement de toute la sainte communauté d’Israël en présence de nos saints livres et des 613 commandements qui y sont enfermés. Nous formulons ce herem comme Josué le formula à l’encontre de Jéricho. Nous le maudissons comme Elie maudit les enfants et avec toutes les malédictions que l’on trouve dans la Torah.

    Qu’il soit maudit le jour, qu’il soit maudit la nuit, qu’il soit maudit pendant son sommeil et pendant qu’il veille. Qu’il soit maudit à son entrée et qu’il soit maudit à sa sortie. Que les fièvres et les purulences les plus malignes infestent son corps.

    Que son âme soit saisie de la plus vive angoisse au moment où elle quittera son corps, et qu’elle soit égarée dans les ténèbres et le néant. 

    Que Dieu lui ferme à jamais l’entrée de Sa maison.

    Veuille l’Eternel ne jamais lui pardonner. Veuille l’Eternel allumer contre cet homme toute Sa colère et déverser sur lui tous les maux mentionnés dans le livre de la Torah.

    Que son NOM soit effacé dans ce monde et à tout jamais et qu’il plaise à Dieu de le séparer pour sa ruine de toutes les tribus d’Israël en l’affligeant de toutes les malédictions que contient la Torah. Et vous qui restez attachés à l’Eternel , votre Dieu, qu’Il vous conserve en vie."

     

    *Mahamad : le conseil supérieur des Juifs portugais d'Amsterdam.

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  • Deuxième sommet de la diaspora albanaise à Tirana

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    DSC01362 (1).jpgLa diaspora albanaise a été reçue à bras ouverts, à Tirana, durant les 28 février, 1er et 2 mars 2019. C’est un tapis rouge qui l’attendait. Une réception au Ministère organisée par le Ministre de la diaspora Monsieur Pandeli Majko a lancé le sommet, 600 personnes y ont été amenées au moyen d'une  trentaine de  bus. Ministres, présidents, vice-présidents, ils étaient nombreux à cette édition édition du Sommet de la diaspora, tous réalisent la manne que rapportent les Albanais de l’étranger, première source de revenus, ils forment aussi le gros du contingent annuel des touristes se rendant en Albanie et au Kosovo.

    La délégation suisse était largement représentée par d’abord celui qui est surnommé en Albanie : L’ambassadeur des nations -  Monsieur Astrit Leka. L’homme le plus décoré d’Albanie et qui a sur créer des ponts entre la Suisse et l’Albanie en sa qualité de directeur de l'association SOLIDEST (Assoc. Int.de Solidarité pour le Dévelop. des Pays de l’Est) en installant d'abord  le buste de Skanderbeg à Genève et ensuite celui de Eugène Pittard, l'anthropologue genevois,  à la faculté des sciences de Tirana. Mais encore, il a permis que des étudiants en archéologie puissent effectuer des fouilles une fois par an en Albanie, sur le site d'Orikum. L'association culturelle lausannoise ILIRËT  était aussi représentée par son directeur Illir Bytyqi. Agim Paçarizi,  l’ancien directeur de la Ligue des enseignants et des parents albanais, à Genève participait également à ce sommet avec d’autres personnes de la Suisse allemande. Une brochette de représentants fiers de représenter la Suisse parmi les 60 nations présentes.

    Ce fut aussi l’occasion de rappeler par la diaspora d’Israël,  le rôle qu’a joué l’Albanie durant la 2ème guerre mondiale ; le pays a reçu des milliers de Juifs de l'Europe du Nord et de la Grèce les cachant parmi la population en leur créant de faux papiers pour leur permettre ensuite de partir en Israël. Un voisin qui cachait un Juif n’aurait jamais été dénoncé ni par son village ni même par la police. Besa oblige. Un code d’honneur à respecter sur l’hospitalité que rien ne doit violer même pas les ordres des Nazis.

    Monsieur Leka qui souhaite que je devienne sa biographe m’a proposé de venir à ce sommet et de visiter par la même occasion,  l’Albanie et le Kosovo pour m’en faire une idée et décider ensuite après cela,  si j’avais un intérêt quant à l’histoire de son pays et la sienne. Il n’a pas attendu ma réponse pour me présenter comme telle à tous,  y compris aux présidents qu’il connaît personnellement. Un sourire, un étonnement, puis une joie se lisaient sur les visages, à l'idée que quelqu’un s’intéresse à l’histoire de l’Albanie. Deux auteurs albanais m’ont invitée à lire leur livre sur M.Astrit Leka et les citer si j’y puisais des informations. Le romancier albanais Ismaël Kadaré pourrait signer le préambule de la biographie à venir. Bref, le travail ne manque pas et il est colossal avec 80 ans de résistance et d'engagement.

    En arrivant au Kosovo, je me suis rendue au mémorial de Adem Jashari, le fondateur et dirigeant de l’UCK assassiné, le 5 mars 1998, avec toute sa famille, au total 52 personnes, un triste record mondial. Puis une visite de la ville de Mitrovica divisée en deux entre le Kosovo et la Serbie par le pont qui enjambe l’Ibar. Filer ensuite,  à Tirana en bus, à environ 4h de Pristina, et être soumis au contrôle douanier pour quitter le Kosovo et entrer en Albanie.

    Il est certain  que l’Albanie et le Kosovo méritent d’être mieux connus surtout en Suisse, où vivent plus de 200'000 albanais dont une majorité du Kosovo. Une histoire qu’il faut sans cesse revisiter tant elle est complexe et dont une grande partie échappe à notre compréhension. En Macédoine, où 25,2 % de la population est albanaise, l’Albanais a été reconnue comme langue officielle. Mère Teresa y est pour beaucoup. Qui refuserait de ne pas reconnaître sa langue me souffle mon voisin assis à côté de moi lors du sommet ? L’aéroport de Tirana porte son nom Nënë Teresa.

    Dorénavant, j'ai mon surnom en Albanie « La biographe » et qui pourrait être un titre de roman. Monsieur Leka ne cachait pas sa joie en me disant qu’avoir sa propre biographe c’est comme une pierre qui brille sur une couronne;  celle qu’il a tressée sur ses grands combats durant des décennies.

    Le 3ème sommet de la diaspora est prévu en 2021.

     

    ZVICËR  Suisse en albanais

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     Monsieur Leka et le Ministre de la Diaspora Pandeli Majko

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    Président de la République  du Kosovo Hashim Thaçi

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    Premier Ministre albanais Edi Rama

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    Illir Bytyqi  de l'association ILIRËT

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    Le rabbin de Tirana  Yisroel Finman qui explique le rôle joué par les Albanais durant

    la 2ème Guerre mondiale. 

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    Monsieur Astrit Leka  

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  • Astrit Leka, un monument vivant de la résistance albanaise

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    1718019496.JPGUn coup de fil surprenant la semaine passée. Une voix que je reconnais aussitôt, ferme et tranchante et qui roule légèrement les "r", celle de Astrit Leka qui m’invite à le revoir (j’avais écrit un billet en 2009 sur le blog Pâquis j’adôôôre) et demeure surprise de cet appel après tant d’années.  Nous fixons rapidement un rendez-vous et je débarque chez les Leka avec mon carnet de notes et un stylo, curieuse de savoir ce qu’il souhaite me dire.

    Je l’avais prévenu : « Monsieur Leka, s’il vous plaît, une heure maximum. » Parce que je le connais bien, ses 80 ans de résistance et d’engagement ne se résument pas autour d’un café, entre deux gorgées.

    Comme je l'avais prévu et malgré mon avertissement,  il commence son récit par l’ancêtre , le châtelain catholique Jean Leka qui en 1571 se fera exploser avec tous ses combattants en mettant le feu aux poudres pour ne pas se rendre aux Ottomans. Tous se sont nourris dès le biberon et ce depuis des générations ,de l'acte héroïque de Jean Leka. A son tour, après des oncles et des frères plus âgés, Astrit Leka marquera cette longue lignée par un autre acte de bravoure. Durant l’occupation allemande, dès 1943, il s’introduit à Tirana, au Ministère sous le nez et la barbe de tous les gardes, et, menace d’un revolver le Ministre de l’économie pour obtenir un laissez-passer que seul lui pouvait délivrer et ainsi parvenir à livrer armes et nourritures à ses compagnons de résistance. Un film en noir et blanc tourné récemment en Albanie évoque cet épisode devenu historique.

    Une heure a déjà été largement dépassée, Benito Mussolini dont le français appris en Suisse était plus que rudimentaire nargue Leka - il l'a croisé en Italie,  à l'âge de 14 ans Leka parlait un français châtié pour son jeune âge en plus de l'italien - , Nelson Mandela, Jacques Chirac, toutes les personnalités qu’il a connues défilent dans cette sarabande du temps qui passe. Micheline Calmy-Rey, Flavio Cotti, Kaspar Villiger, Otto Stich, Alain Berset; un long cortège de personnalités à travers les 56 pays où il a été invité et la Suisse où il y vit depuis 30 ans.

    IMG_2994.jpgTassée au fond de mon fauteuil, je souris à Emine Leka , ravie de me revoir, elle me montre le prix qu’elle a reçu, en 2017,   à l’occasion du 65ème anniversaire de la fondation de la faculté vétérinaire de Tirana, elle est si fière de son prix. Elle me raconte les souffrances et les sacrifices d'antan. "Enver Hoxha était un deuxième Staline!" lâchelle-t-elle, les yeux écarquillés pour exprimer l'horreur. Travailler dans une porcherie ou divorcer de son mari. Vétérinaire de formation, elle se soumet à la première solution. Ses recherches attireront des scientifiques chinois venus consolider la révolution chinoise en Albanie. Et pourtant ancien professeur de son mari, le fondateur du parti communiste albanais,   le sauvera six fois de la condamnation à mort. Le maître est sans doute resté attaché à son turbulent et pourtant brillant ancien élève.

    Deux mémoires qui ont tant à raconter ! Finalement, après deux heures passées, je demande à Monsieur Astrit Leka s’il envisageait un billet pour son prochain rendez-vous à Tirana, le 28 février prochain, pour une énième remise de prix à  l’Albanais de la diaspora le plus médaillé et récompensé de l’histoire de ce petit pays qui a donné de si grands héros.

    - Pas du tout ! Il ne s’agit pas de ça me rétorque-t-il. Je le vois s’installer plus confortablement sur sa chaise et se pencher vers moi. Non ! il s’agit d’écrire ma biographie en français. A ce stade, j’avale mon café de travers et m’étouffe.

    Mais pourquoi moi ? m’étonné-je, il y a d’excellents traducteurs albanais et tant d’autres gens mieux placés que moi pour un tel travail historique.

    - Je vous ai choisie parce que vous êtes d’origine multiculturelle , vous êtes une passeuse de cultures, vous seriez à même d’expliquer aux Occidentaux ce pan de l’histoire albanaise sans a priori et sans préjugés et vous garderiez tous les droits pour vous, je m'occuperai de la traduction albanaise et garderai les droits sur celle-ci.

    Je reste songeuse et observe dans son bureau des tonnes d’articles, de documents éparpillés, des CD qui trônent, 80 ans de résistance. C’est un engagement moral aussi, je songe aux heures, aux semaines aux mois que je vais y passer et pour lui le temps presse, à 94 ans, l’urgence est déjà à sa porte. Et de penser et qu'en est-il de mon roman sur Benkos Bioho, l’esclave libre qui reconstruira en Colombie une communauté africaine et  qui n’avance pas et qui me fait hésiter ?  Je songe à Stefan Zweig et ses biographies sur Marie-Stuart, Magellan, Marie-Antoinette, Fouché et bien d’autres figures historiques et de m’interroger quand l’auteur écrit des biographies réalise-t-il pleinement son travail d’écrivain ?

    Nous décidons d'un nouveau rendez-vous afin que je vienne chercher- je l’imagine à l'avance - deux cabas pleins de documents, de photos, de coupures de presse. Toute la vie du grand Astrit Leka jetée pêle-mêle au fond de deux sacs et qu’il faudra extirper à la lumière de l’Histoire albanaise et ainsi participer modestement à rendre, par ce  travail de fourmi, une dignité à un peuple souvent maltraité et incompris ; un petit pays avec une si longue histoire.

     

    Emine,  malgré sa difficulté à marcher,  insiste pour m'accompagner jusqu'en bas de leur immeuble situé aux Pâquis, j'ai peur qu'elle n'attrape froid, elle insiste: chez nous, c'est une tradition d'accompagner les invités! Il y a quelque chose d'émouvant chez ce couple, tous deux témoins de l'histoire de leur pays et qui depuis leur petit appartement pâquisard balaie d'un geste un presque siècle de récits historiques. Assurément, deux figures emblématiques.

     

     

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