01/11/2012

Le Corbusier- Lumière et cristal

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Tout a quasiment été dit ou écrit sur Charles-Edouard Jeanneret , dit Le Corbusier, nom d’un de ses lointains ancêtres qu’il adoptera en 1920.  Une vie intense, pleine, aux facettes multiples. Génial dans tout ce qu’il entreprend, le graveur, né à la Chaux-de Fond,  débutera  sa carrière parisienne en gravant des montagnes suisses sur les horloges. Puis, le dessin le prédestinera à l’architecture, il sera  reconnu par ses pairs comme un des plus grands architectes du monde, cet exceptionnel autodictate.  Un magicien qui paraît tenir une baguette magique, tout ce qu'il touche se transforme en oeuvre d'art. Peintre, écrivain, poète, dessinateur, designer, les Muses l'ont doué pluriel.  

En me remémorant l’exposition du Musée Rath : "Le Corbusier et la Synthèse des Arts », je me souviens avoir été frappée par sa collection de cristaux, puis finalement, l’évidence s’est imposée. Cette transparence, cette luminosité semblaient être la quête d'une vie. Cet homme qui «  s’imposait une discipline de fer, vivant comme un moine, heureux , habitué au silence, au travail intérieur. ». Il se polissait de l'intérieur, effaçant toute trace, toute impureté, retouchant sans cesse pour chasser   rugosité et aspérité;  un interminable labeur qui façonnait les valeurs profondes, qui aplanissait toutes les saillies pour offrir un bijou étincelant de lumière, ses oeuvres reflétaient cet acharnement sur soi ,  cette soif de transcendance.

Un artiste qui a aussi connu une longue période d’échecs, entre 1937 et 1950 où tout ce qu’il entreprenait semblait ne jamais aboutir, essuyant refus sur  refus pour tous ses projets.

Mais tout au long de cette vie, on perçoit une constance;  un modèle récurrent, la fascination pour la transparence,  hymne à la lumière.

Cette translucidité qui sera la force libératoire de l’individu planté dans un environnement constitué  d’espace et de lumière. Un être inondé de lumière, parce qu’il est nécessaire de bâtir dans le soleil,  fournir du silence, dans un cadre de verdure. Construire « une œuvre architecturale magistrale, faite de rigueur, de grandeur, de noblesse, de sourire et d’élégance. ». L’individu peut enfin accéder à l’infiniment pur, les espaces solaires sont libérés pour lui offrir une voie vers l’éblouissement et la transparence.

Le graveur-architecte, en réalité, continue, éclat, par éclat à ciseler et polir, dorénavant  du cristal, offrande de pureté et de splendeur, pour faire entrer le soleil dans la maison et dans le cœur des gens .  La maison de l’homme , dépasse le cadre de ses murs et de ses fenêtres.  Le Corbusier ne propose  pas moins que l’infini,  à travers,  la pureté du cristal. Il le dit, lui-même,  « l’architecture c’est une tournure d’esprit et non un métier ». C’est une quête, un dépassement. Et nous avons renoncé à construire des palais, voilà un signe des temps, se plaint-il.  

L’artiste doit oser et vouloir créer, mais surtout vouloir se surpasser et se transformer pareils aux prismes du cristal qui rayonnent d’une lumière légèrement différente mais toujours éclatante selon l’angle par lesquels on les observe. Chaque éclat est travaillé dans " un duel terrible entre l’artiste et son art ; une bataille terrible, intense, sans pitié, sans témoins ; un duel entre l’artiste et lui-même." Le simple est un choix, une cristallisation ayant pour objet la pureté même

La recherche de l’harmonie est la plus belle passion humaine, et sa quête de  pureté cristalline, assurément son plus grand combat. .

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Le 27 août 1965, alors, âgé de soixante-dix huit  ans, Le Corbusier meurt à Cap Martin au cours d'une baignade dans la Méditerranée. C’est là, dans la lumière et la transparence cristalline de l’eau que son long voyage a pris soudainement fin.  Une mort à l’image de la quête de toute une vie : transparence et pureté.

 

 

 

 

 

 

 

Falaise d'où le Corbusier aimait plonger à Roquebrune

 

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Vue sur Monaco depuis le Sentier des Douaniers

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Un grand merci pour ces photos  à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/

 

Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch

13/10/2012

Salève - L'OURS

0438.jpgLa forêt exhale cette présence sacrée ; cette énergie puissante que dégage la nature dans un silence absolu en forme de révélation, une symbiose parfaite entre la nature et l’homme où chacun se reconnaît en l’autre.

Une tranquillité à peine effleurée par le craquement d’une branche de pin de laquelle un Engoulevent vient de s’envoler; un écureuil monte prestement le long d’un arbre, tandis qu’une musaraigne tremblante de peur montre discrètement son museau pointu.

Un souffle puissant, une chaleur près du visage inattendue et pourtant il n’y a  rien aux alentours. Tout est désert, le chien se met à gémir en regardant l’entrée de la Grotte aux Ours, gueule noire déserte, à l’intérieur de laquelle ne cohabitent que papillons trogloxènes  et chiroptères enveloppés dans leur cape de velours noir, profondément endormis, la tête en bas, les pattes ventousées contre la roche calcaire.

Le chien recule en montrant les dents, il semble voir une apparition effarante tandis que l’humain reste désemparé, surpris de constater, une fois de plus que les animaux ont une mémoire ancestrale qui leur rappelle les dangers, cette peur génétique transmise de génération en génération depuis des millénaires, une présence, une odeur suffisent à la réactiver.  Le chien,  instinctif pressent la présence de l’ours brun, imaginaire,  encore tapi au fond de la grotte. Il n'est plus que tremblement épileptique et gémissement sourd.

Le vagabond marcheur et solitaire, d’un poids moyen de 120 kg, paraît se tenir debout du haut de ses 1m10. Il ouvre sa mâchoire large avec ses 20 dents supérieures menaçantes, tandis que ses griffes longues de 5 à 7 centimètres paraissent prêtes à se planter sur sa proie,  derrière laquelle il peut courir jusqu’à 55 km/heure. Dérangé dans son sommeil, le plantigrade sait que les hommes et leurs chiens sont devenus dangereux.

Les chasseurs français forts d’un arrêté préfectoral en 1844,  signalant que considérés comme nuisibles  «"les ours pourront être détruits partout, en tous temps et par tous moyens et en tous lieux..." leur permet  dorénavant des battues afin de les pourchasser sans relâche,  jusque dans leur tanière, oursons inclus.

Le fantôme du dernier ours brun semble planer encore sur la forêt qui, elle,  dans un frémissement ténu, déroule le long parchemin de son histoire. Elle se souvient du temps où lynx, loups, (le dernier observé en avril 2012), ours, cerfs, chamois vivaient paisiblement dans cette forêt Salèvienne, si tranquille.

Un Eden, où l’ours confortablement assis sur couche tendre de fougère, méticuleusement préparée, observait, paresseux, la salamandre avancer lentement. Tandis que sous le saule près de l’étang de Crevin, il chassait les libellules de sa large patte qui fendait l’air d’un coup sec et rapide pour engloutir cette délicieuse friandise,  à laquelle,  il ajoutait, ensuite quelques myrtilles et framboises. A la belle saison, notre vagabond solitaire courait dans les champs au milieu des  crocus et des gentianes printanières pour chasser quelques beaux papillons sous le regard médusé d’un milan noir soupçonneux face à cette concurrence en forme de poil brun si  encombrante.

pretre.jpgLe dernier ours, au grand regret du philosophe suisse, Jan Marejko, aurait été tué en 1875 par l’association genevoise des étudiants en philosophie. Tandis qu’un autre chasseur se vante, lui d’avoir tué le dernier plantigrade du Salève en 1821, celui-là même qui trône dans les vitrines du muséum.

Le patois savoyard et les noms de lieux attestent d'une forte présence de l'ours qui a passé dans le vocabulaire, les expressions populaires et dans les noms de lieux et par là-même dans l'inconscient collectif:

Quelques exemples de la présence l'ours dans le patois savoyard  : 

tagnia - tanière  de l’ours 

 

Kolyo orse -  couloir de l’ours

 

Tenir l’orse par le cotzon (par la nuque)

Shandèluza n f Chandeleur. la Shandèluza : si l ours vaè lèvò l solaè l matin, u retournè sè kashiyè dyè sa tan-na pè karanta zheur : la Chandeleur : si l’ours voit lever le soleil le matin, il retourne se cacher dans sa tanière pour 40 jours. (patois de la Lattaz)

 

 

Noms de lieux en Haute-Savoie 

Méan de l’Ours

 

Couloir de l’Ours

 

Bois de l´Ours,

Creux à l´Ours,

 

Fontaine à l’Ours

 

Gouille à l’Ours

Grotte à l'Ours

 

Pré de l’Ours

 Tête du Pas de l'Ours

 

Plan des Ours 

 

Photo couverture du  livre de Bernard Prêtre 


mon site www.djemaachraiti.ch

 

20/07/2009

L'olivier millénaire- Si vivant, si émouvant !




P1000751.JPGPlanté au sommet d’une colline avec à l’horizon la Ste Victoire qui le nargue au loin, l’olivier trône, là , fier et puissant, dans cette région aride du Var, depuis paraît-il 800 ans ou 1’000 ans, qu’importe ! Nous n’en sommes plus à quelques siècles près. Un tronc noduleux, tortueux, torturé par des siècles pas toujours très tendres; scindé en deux, entouré de lavande et bercé du chant des cigales, ses branches étalées comme des bras ouverts paraissent plonger dans le ciel bleu de Provence. A quelques mètres, son ami de toutes les guerres, le chêne, le toise du haut de ses quinze mètres. Le petit d’autrefois, frêle arbre, il y a si longtemps déjà, a poussé et grandi jusqu’à lui faire de l’ombre et malgré ses deux cents ans, il lui paraît encore bien jeune, juste adolescent.

Olivier millénaire qui, bon siècle mal siècle, arrive encore à se couvrir de délicates feuilles tendres et argentées, parvient, néanmoins, à fleurir et offrir quelques olives, minuscules et vertes, si fraîches, si jeunes comparées à ce vieux rabougri qui semblait n’avoir plus rien à donner, un être à bout de souffle et pourtant ! On l’imagine tout au long de ces siècles avoir vécu tant de périples, s’être épuisé au fil des ans. Il n’en est rien. Du mistral puissant à décorner les boeufs à la tramontane, ce vent du nord, qui balaie tout sur son passage, les incendies de forêt auxquels il a échappé l’imprégnant pour des années d’une odeur tenace et l’habillant de deuil, couleur cendre. Les années de sécheresses, puis celles d’inondations, il a résisté à toutes les tempêtes, survécu à toutes les affres du temps.


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Il s’était habitué à voir paître les troupeaux de moutons et entendre leur jeune berger au large chapeau souffler dans son pipeau, les notes allègres lui parvenaient de loin en loin mêlées aux chants des cigales, épousant le chuintement du vent qui décoiffe le feuillage des arbres, perdu dans une danse de Saint-Guy qui affole le paysage. Il se souvient autrefois des sangliers qui s’acharnaient au pied du chêne pour y dénicher quelques truffes brunes à la forte odeur de terre. Il observait attentivement les larges sillons tracés à la charrue tirée par des boeufs de labour, essouflés sur ces coteaux arides. Le large fouet du paysan en nerf de boeuf fendait l’air d’un bruit puissant et s’abattait impitoyable sur le dos des bêtes suintantes et haletantes qui s'acharnaient sur cette terre ingrate.  Toutes feuilles frémissantes, il retenait son cri : que les hommes sont donc cruels !

A l’aube naissante, dans la promesse du jour qui pointe, lorsque les dernières étoiles lasses d’avoir scintillé de tous leurs éclats la nuit durant succombent enfin à la lumière qui les tète, les engloutit peu à peu et qui enfin nourrie de cette luminescence stellaire renvoie une solarité rayonnante, plongé dans  les couleurs pastels de Provence à l'heure de la rosée rafraîchissante qui vient se poser comme perle rare sur ses feuilles nouvelles, l’olivier entend l’angélus du presbytère tinter gaiement,  le chant du coq se mêle joyeusement au carillon.

Des années, des siècles qui passent alors  que l’arbre millénaire étend ses racines, vaste réseau labyrinthique aux entrelacements sinueux qui se nourrit de cette terre rouge bauxite. Mieux ancrées sont les racines plus grande est la résistance.
Métaphore ? Sans nul doute.

10:37 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : var, olivier millénaire | | |  Facebook