14/01/2017

Lettres de Gandhi à Hitler

15941438_10212268948867894_7289637724124515237_n.jpgBombay- En visitant le musée Mani Bhavan, l’ancienne maison de Gandhi transformée en monument commémoratif et qui y vécut de 1917 à 1934, je fus surprise de découvrir,  exposée,  la première lettre de Gandhi à Hitler. Par la suite, la bibliothécaire, à ma demande, me montrera la seconde lettre dans un des nombreux volumes de correspondance du Mahatma. 

Ces lettres soulèvent de nombreuses questions, d’abord le ton très amical de la première qui donne du « My dear friend » et se conclut par un « I remain, Your sincere friend » , ensuite Gandhi explique qu’on l’a pressé d’écrire cette lettre au nom de l’humanité. Le « on » pourrait être entre autres personnes,   Kallenbach Hermann, un juif allemand d'origine lituanienne, la plus grande passion de Gandhi, architecte et body builder avec qui il vécut eux ans en Afrique du Sud. Une amitié extraordinaire, la rencontre de deux hommes d’exception qui  travaillèrent côte à côte après avoir fondé la ferme de Tolstoï près de Johannesburg.  La correspondance quasi amoureuse de Gandhi à Kallenbach, laisse croire qu’il y aurait pu avoir entre les deux hommes plus qu’une simple amitié, du reste l’Inde s’est empressée de récupérer toute la correspondance de Kallenbach et Gandhi en 2012, à Londres,  pour plus d'un million de dollars.  La biographie de Gandhi par le journaliste américain Joseph Lelyved’s qui penchait pour la thèse homosexuelle in  :  Great Soul – Mahatma Gandhi and his struggle with India publiée en 2011 a fait des vagues, il est interdit de vente dans le Gujarat, pays natal de Gandhi, difficile de toucher au mythe ! Quant à Gilbert Sinoué, il  en a fait un roman dans "La nuit de Maritzburg" et confirme que Kallenbach est la personne que Gandhi a le plus aimée de toute sa vie.  Or, à la  lecture de l'autobiographie de Gandhi, on constate qu'il portait un amour immense et infini pour les gens de manière générale et ce qui devrait nous amener à une certaine prudence.

Mais sans doute, ces liens bien que très antérieurs avec Kallenbach (1909-1910) ont dû rendre Gandhi attentif à la situation de l'Allemagne en 1939 et l'inciter à écrire au Führer, voire même à la demande pressante de son ami qu'il portait sur son coeur et avec qui il correspondra jusqu'à sa mort. 

Cette première lettre écrite le 23 juillet 1939, n’est sans doute jamais parvenue à Hitler ayant été interceptée par les Britanniques auparavant. Elle constitue un appel étonnant à la veille de la seconde guerre mondiale d’un homme pour qui la guerre peut réduire l’humanité à l’état sauvage. Et il termine en sollicitant le pardon de Hitler pour le cas où il aurait commis une erreur en lui écrivant.

Dans la deuxième lettre, à Hitler, datée du 24 décembre 1940 comme pour se justifier après avoir reçu de nombreuses critiques quant au « Cher Ami »,  Gandhi lui écrit, en s’adressant encore une fois au « Dear Friend » qu’il s’adresse à lui sans aucune formalité, et que depuis 33 ans, il s’applique à s’engager dans l’amitié pour la terre entière et chérir l’humanité sans distinction de race, de couleur ou de religion. Mais Gandhi rappelant qu’il n’avait pas d’ennemi, pouvait sans autre s’adresser à Hitler comme à un ami. Toutefois, le chantre de la non-violence n’hésitera pas à accuser Hitler même s’il n’ose pas croire qu’il est le monstre qu’on décrit, que ses actes et ceux de ses amis et admirateurs sont monstrueux et peu compatibles avec la dignité humaine et que depuis petit, on nous a appris à les regarder comme des actes dégradants pour l’humanité. Il explique dans cette seconde missive à Hitler que ses résultats obtenus par la non-violence sont probants et qu’au nom de l’humanité, il lui demande d’arrêter la guerre et que cette lettre vaut aussi pour Mussolini que Gandhi avait rencontré à Rome.

Le courrier de non-violence de Gandhi, a dû véritablement tomber des mains de  à Hitler, alors que lui suggérait à Lord Halifax en 1938 , de tuer Gandhi et tous les leaders nationalistes indiens.

Deux lettres que je vous laisserai découvrir et qui a parfois inspiré du mépris pour un Gandhi taxé de naïf, et celui qui croyait n’avoir aucun ennemi alors que Hitler avait recommandé sa mise à mort, en a trouvé un autre sur son chemin, un nationaliste hindou qui le 30 janvier 1948 le tuera de trois balles, à Delhi.

Quoiqu’il en soit on ne pourra jamais reproché  à Gandhi d’avoir tenté d’empêcher la seconde guerre mondiale et cela à deux reprises tout en respectant sa ligne éthique qui était la non-violence. Mais avec Hitler, la Satyagraha connaissait ses limites, la non-violence et la Force de la Vérité  qu'il suggéra à la communauté juive allemande pour vaincre Hitler par la résistance passive était une utopie, une utopie dangereuse.

15940973_10212268948787892_1366782392235136510_n.jpg

Gandhi letter to Hiller dec 1940 Works vol 79 p 453.jpg

Gandhi letter to Hiller dec 1940 Works vol 79 p 454.jpg

Gandhi letter to Hiller dec 1940 Works vol 79 p 455.jpg

Gandhi letter to Hiller dec 1940 Works vol 79 p 456.jpg

Gandi letter to Hitler 1939 Works vol 76 p 156.jpg

TrDUCTION fr Gandi letter to Hitler 1939 Works vol 76 p 156.jpg

 

Sources : The Collection Works of Mahatma Gandhi LXX (July 16- November 30, 1939)/The Publication Division/Ministry of Information and Broadcasting Government of India.

Vous trouverez toute la correspondance  de Gandhi dans les 98  volumes du Gandhi Ashram Collected Works of Mahatma Gandhi

 

EXCELLENTE ANALYSE PLUS DETAILLEE DES DEUX LETTRES DE DR.KOENRAAD ELST dans  Les lettres du Mahatma Gandhi à Adolf Hitler

 

La grandes étapes de la vie de Gandhi reproduites par des figurines dans le musée Mani Bhavan 

 

Gandhi à Genève avec Romain Rolland en 1931. A la demande de Gandhi, Romain Rolland joue

la V ème symphonie de Beethoven. 

Romain Rolland publia la première biographie de Gandhi en 1924. Celui qu'il surnomma le Jésus Christ de l'Orient. Gandhi lui aurait rétorqué :"Non seulement vous m'avez rendu célèbre, vous avez aussi inventé un homme appelé Gandhi."

15940452_10212268828144876_579395890767158870_n.jpg

15894935_10212268826744841_2454399110947654657_n.jpg

15977528_10212268943867769_940579852168024130_n.jpg

L'assassinat de Gandhi 

15965493_10212268826664839_7460016105897527103_n.jpg

Sa chambre à coucher avec le métier à tisser le charka 

15940498_10212268826704840_3363653929429765805_n.jpg

 

15978071_10212268961708215_3542171322196515422_n.jpg

 

Crédits photo : Djemâa Chraïti

08:29 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |

15/06/2015

ART - un arbre à questions chargé de doutes

 

image.jpgLe marché de l'art semble être une immense et royale

galère

Les marchands d'art souvent appelés

galeristes

Sont aux commandes de cette galère

Les artistes en sont les galériens

Qui rament, qui rament, qui rament

pour que "VOGUE LA GALERE"

Ce sont par ces quelques lignes que s'exprime le  peintre Jacques Strauss, 

D'autres artistes ou non ont nourri mon arbre à questions, interroger c'est vivre, celui qui ne pose plus de questions est celui qui renonce à interroger le monde dans lequel il évoluerait comme un aveugle les yeux fermés.

Les  riches, aiment-ils  l'art ou surtout l'argent ?

L'art ça sert à quoi ?

L'art subventionné est-ce encore de l'art ou de la soumission ?

Comme Platon, exclure sensation contre raison de la Cité idéale ?

L'art doit-il toujours être beau ? Francis Bacon décrivait l'horreur

Y-a-t-il un art sans transgression ?

Les artistes reconnus sont-ils les meilleurs ?

Pourquoi les artistes morts ont-ils plus de succès que les vivants?

Les artistes , sont-ils  à l'avant-garde ? 

Les artistes sont-ils visionnaires

La beauté d'une oeuvre change-t-elle avec le temps?beau aujourd'hui, laid demain

Les grands faussaires sont-ils aussi de grands artistes?

La cote d'un peintre l'apparente-t-elle a de la marchandise qui prendrait de la valeur?

La beauté est-elle universelle et intemporelle?

Les artistes doivent-ils se sentir malheureux pour être créatifs?

Pourquoi les écrivains jalousent les peintres?

Les écrivains sont-ils des peintres ratés ?

Les femmes peintres sont-elles moins reconnues ou moins nombreuses?

Les galeries vampirisent-elles les artistes?

 Est-ce que l'art est intemporel?

L'art induit-il nécessairement une réflexion?

La reconnaissance est-elle nécessaire à l'art pour qu'il existe?
 
Art et génie sont-ils indissociables?
 
Peut-on être artiste par intermittence?
 
Comment se définit la cote d'un artiste?
 
L'intérêt pour l'art est-il un effet de mode?
 
L'artiste doit-il être insoumis et rebelle?
 
L'art est-il le reflet de son âme et conscience?
 
L'art est-ce penser par soi-même?
 
L'art est-il une  sublimation de la réalité?
 
...........................................
 
 
 

 

 

19:28 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

21/10/2012

Quand les marques s’approprient notre espace public

get_attachment.php.jpegEn déambulant dans les rues genevoises , je songeai à la place que les marques prennent dans notre  champ visuel;  une pollution optique imposée et contre laquelle on demeure impuissant, si ce n’est juste pouvoir constater que l’espace public devient des lieux d’appropriation qui se monnaient.

Récemment le pont Hans-Wilsdof construit en forme de boîtier de montre et qui nous projette la marque Rolex en grand sur firmament de ciel genevois.  Les Genevois se sont laissé bercer d’illusions en croyant que ce pont leur était offert.  Il est bel et bien un hommage à la marque et financée par elle via sa Fondation, elle nous le rappelle au quotidien sur fond vert pétard et criard.

Imaginez que Coca-Cola nous financerait la réfection de la machinerie du Jet d’eau, elle pourrait alors en compensation  nous inonder de sa marque écrite sur  fond de jet d’eau  illuminé la nuit,  aux couleurs rouge sang et noir. Ou Mac Do qui ferait jaillir du lac un M envahissant,  jaune  (voir la photo plus bas) 

Mais encore, Pampers qui financerait  la rénovation de l’ONU qu’elle métamorphoserait  en Pampers géant et qui ferait dire aux mauvaises langues que plus rien ne fuit, plus rien n'en sort.  On ne  sait pas ce qui s’y trame mais  ça pue ! Comme à l’accoutumée ! répondront d'autres impertinents. 

Entre Hôtel Richemond et Hôtel Beau-Rivage, deux hôtels historiques, on peut lire placé entre deux, sur un  large panneau « Generali »  pareille à une verrue.  Ou Macumba qui surcharge  le ciel de ses faisceaux lumineux croisés, à l’heure où on préfèrerait observer les étoiles et qui plongent dans une confusion totale les volatiles nocturnes et les humains qui appellent  la police pour leur annoncer l'arrivée d' extraterrestres. 

Comme le clame, haut et fort,    Michel Serres, le philosophe  français;  les marques sont héritières de cette tradition des prostituées d’Alexandrie qui gravaient,  en caractères gras,   leur nom sous la semelle de leurs sandalettes afin que les clients les reconnaissent.  S’afficher pour être identifiées et consommées contre monnaies sonnantes et trébuchantes.  Michel Serres a raison , quelle différence entre les marques et les prostituées ?

Mais l’art souffre et nous avec, de cette constante incursion dans notre champ visuel. L’art pour être art doit rester  un acte gratuit. Une récupération quelconque  marchande vicie cette forme sublime d’expression et la corrompt dans son trait de génie.  C’est ramener tristement à la dimension humaine ce qui appartenait aux Muses célestes et éternelles. Le promeneur se voit constamment interpellé, jour et nuit,  par une marque qui semble lui dire "Tu viens chéri, t'as un peu d'argent sur toi ?" avec le clin d'oeil d'une marque allumée dans la nuit genevoise. 

 

get_attachment-1.php.jpeg

 

get_attachment-2.php.jpeg

 

pont wilsdorf,michel serres,genève,rolex,marques,publicité

 

Un grand merci pour ces photos  à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/

 

Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch

 

 

04/10/2012

Ecrire pour séduire - Du SMS au Haïku

141-1560932097-image2.jpgRien de tel que des SMS pour faire renaître l’art du Haïku . A un feu rouge qui durerait  trop longtemps, pendant une réunion ennuyeuse.  Une pratique simple .  Idéalement, le haïku se compose de 17 syllabes réparties en trois séquences  ou trois lignes : 5-7-5.  La règle veut qu’il comporte au minimum un mot –saison (kigo) ou du moins l’évoquer. Il est rédigé au présent. 

Décrire brièvement, plus légères que les ailes d’un papillon, un moment d’émotion à  lire en une seule respiration. L'art de séduire par les mots consiste à  tracer un trait simple, intense et court.  Tout peut être suggéré en trois lignes. Rajoutez donc les vôtres ! 

 

 

Le jet d’eau défait

Sa mantille de dentelle

Rosée turlurette 

------------------

Dans les yeux du soir

La  lumière  aspire

Le jour lumineux

-------------------- 

 Les heures s’égrènent

Si longues si profondes

Temps immobile

---------------- 

  Magie des  mots

Emportés par le vent chaud

Se déposent sur les lèvres

-------------------

 La lune  éclaire

Les rêves éphémères

Bouquets étoilés

------------------ 

Sur la mer s’emporte

La vague ô déchaînée

L’écume des jours

 

Photo Bruno Toffano "Coucher du soleil à Genève" plus de photos  http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/

 

mon site http://www.djemaachraiti.ch

 

23:14 Publié dans Culture, Genève, Lettres, littérature | Tags : écrire, haïkus, sms | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

16/11/2009

Trou dans le CV ou vue sur la mer !

Fly_dédicace.jpgPour parler enfin de nos trous dans le CV avec joie  et confiance !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'AVIS DE L'EDITEUR
Et si le vivant, l’homme, ne résidait pas dans le parcours que liste soigneusement son CV, mais dans les blancs inexpliqués de celui-ci, dans les années d’interruption, de rêve, de liberté, de créativité, où il échappe au rouleau compresseur de la "productivité" et de "l’efficacité"? Et si nous réapprenions à valoriser l’individu, à insuffler un peu d’humanité dans une chaîne de travail disséquée, démembrée, bien délimitée? C’est ce que nous souffle Djemâa Chraïti, dans un joli texte qui mêle les voix fictives d’artistes, de penseurs, de poètes (qu’aurait pensé un employeur de nos jours devant le CV de Chopin, de Frida Kahlo?) à celles bien réelles d’inconnus "troueurs de CVs", qui ont mis entre parenthèses leur vie professionnelle pour s’occuper de leurs enfants, prendre soin de leur santé, ou tout simplement obéir à un irrépressible besoin de liberté. Un appel émancipateur et salutaire dans un monde du travail qui se déshumanise de plus en plus.

 

RESUME
Les employeurs se méfient des "trous" dans les CVs, des plages vides, des années "inactives". Vides? Inactives? C’est pourtant ces zones d’ombres qui intéressent Djemâa Chraïti, ces irrégularités de vie qui permettent à l’humain de l’emporter sur le monde policé de l’entreprise. Dans un monde où le travail se dépersonnalise de plus en plus, où l’homme est oublié au profit de la productivité, où les tâches sont fragmentées jusqu’à réduire à néant l’horizon de l’ouvrier, Trou dans le Curriculum Vitae apparaît comme un remède efficace. Texte chaleureux, personnel, qui s’adresse directement à ceux qui travaillent comme à ceux qui sèment leur CV d’escapades salutaires, il est un véritable éloge à la vie, à la liberté, à la solidarité, dans une volonté de repenser le monde de l’entreprise.

Pour en savoir plus

http://www.publibook.com/boutique2006/detail-4506-PB.html


Parcours professionnels interrompus: les trous dans un CV ne doivent pas être tabous

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0363a024-61ca-11de-a6ab-1...

 

22:11 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/10/2009

Van Gogh-Gauguin – La dramatique cohabitation à Arles


om3308.jpgEté 1888- Vincent Van Gogh attendait avec impatience la venue de son ami Gauguin à Arles, il écrivait régulièrement  à Théo, son frère, le rassurant sur les perspectives financières bien engagées : investir sur le deuxième lit pour son ami et finalement à deux ils feront caisse commune et partageront les frais. Les questions matérielles réglées, le logement, le pain quotidien et la couleur assurés, il s’adonneront entièrement à la peinture,  corps et âme. A eux deux, ils recréeront le Pont-Aven du Sud et soutiendront  ensemble le “siège de l’insuccès”. “Se résigner à vivre en moines ou en ermites, avec le travail pour passion dominatrice, avec résignation du bien- être.” Des lettres et des lettres destinées à Théo qui montrent avec quelle fébrilité, ferveur et impatience Vincent attendait  Paul Gauguin. 

Le grand Paul finit par arriver, par un matin d’automne,  un peu cassé après quinze heures de voyage et les six changements de train,  en provenance de Pont-Aven en Bretagne et déjà usé aussi par les maladies tropicales.  Il est  choqué à la vue de la Maison Jaune de Vincent, il critique tout, pas un mot de remerciement à cet ami qui prépara sa venue avec tant d’amour et qui souhaitait “rendre la plus jolie pièce d’en haut aussi bien que possible comme un boudoir de femme réellement artistique.” Effectivement, la chambre de Paul irradiait du jaune tournesol qui était une obsession chez le “Hollandais fou”. Paul  a fini par l’associer à cette fleur et l’avait représenté peignant des tournesols, s’immolant dans ce jaune tourmenté, Vincent n’apprécia pas son portrait :”Oui, c’est bien moi. Mais fou.”
selbstbildnis_les_miserables_hi.jpgA vivre ensemble, Vincent découvre chez Paul,  hormis un grand peintre, un ami et un bon cuisinier, ils se partagent  les tâches, Paul range, Vincent salope ! Paul fait le ménage, Vincent les courses, un jour sur deux , chacun fait le ménage. Ils travaillaient tous deux d’arrache pied à leurs tableaux, se concertent, s’encouragent, Paul aurait plutôt tendance à critiquer le travail de Vincent.  Vincent,  lui,  admire les oeuvres de Paul et l’écrit à  son frère, Théo :  “Gauguin travaille  à une femme nue très originale dans du foin avec des cochons… Il a fait revenir de Paris , un pot magnifique  avec 2 têtes de rat.”
Arrivé en octobre, les relations entre Gauguin et Vincent sont déjà au plus mal en décembre, le 23 décembre,  il envoie une lettre à Théo précisant que " Gauguin est découragé de la bonne ville d’Arles, de la petite maison jaune et de Vincent lui-même”. Ce soir-là ils se disputent, Vincent menace Gauguin avec un rasoir, finalement il se tranche une partie de l’oreille gauche, l’enveloppe dans du papier journal pour l’offrir à Rachel, sa prostituée préférée, filiforme,  qui travaillait chez Mme Virginie. Cette Rachel pour qui Vincent puisait  dans la cagnotte commune destinée aux frais généraux de la maison et qui faisait hurler Paul qui insistait auprès de Vincent qui n’avait qu’à faire comme lui et séduire des femmes, ça coûterait moins cher !

gaugin-paul-29.JPGDe ce séjour à Arles, Gauguin emportera avec lui une passion pour les tournesols, il en fait planter à Tahiti, et plus tard les acclimatera aussi dans les îles Marquises, illuminant son jardin, hommage au “Hollandais fou” ? Mais encore il les peints, tournesols dans  un fauteuil, un oeil rivé au coeur de la fleur fixe le spectateur. Vincent fixant Paul  ? La conscience torturée de Paul trois ans (1901) après la nuit dramatique du 23 décembre 1888 ?

Malgré la  fin tragique de Paul dans les îles Marquises, la jambe purulente, épuisé, pauvre, il gardera un souvenir ému de Vincent et ses corbeaux qui rêvait de créer les Ateliers du Sud où vivrait la future communauté d’artistes qu’ils fonderaient dans les pays exotiques. Et sans le savoir, Paul avait réalisé le rêve fou du Hollandais, en créant à Tahiti l'Atelier des Tropiques, un endroit primitif où l’argent y serait aboli, la fraternité des artistes trouveraient là un paradis entièrement voué à l’art.

 

Sources : Vincent Van Gogh - Lettres à son frère Théo

Mario Vargas Llosa - Le Paradis - un peu plus loin

Portrait de Van Gogh par Paul Gauguin

Autoportrait de Paul Gauguin - Les Misérables, lui représenté en Jean Valjean,  en arrière fond le portrait d'Emile Bernard

22:15 Publié dans Culture | Tags : van gogh, gauguin | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

16/05/2009

Piotr Anderszewski la douce errance d'un pianiste voyageur

« Le temps d'une tournée, le train est devenu ma maison. Je suis extrêmement paresseux. Le fait qu'un wagon me porte et que je n'y mette aucun effort, cela me comble. L'immobilité est quelque chose à quoi j'aspire et qui m'angoisse. Voyager dans un train permet de voir le paysage et de le voir changer." Douce lenteur , apprécier la qualité de ce qui passe lentement, l'éloge de la lenteur, du temps suspendu, de la saveur de l'air, l'errance assumée. On baisse la vitre, on regarde le paysage défiler, on voit le changement de paysage, on peut ouvrir les fenêtres, rencontrer des gens. Le cliquetis des roues qui à la longue vous berce dans un rythme perpétuel . "Ce n'est pas du temps perdu, c'est du temps de qualité. En avion, on perd son temps." Il voyage dans sa vie aussi à contre-courant. Au concours de piano à Leeds en 1990, il a fait sensation en interrompant son concert puis quitté la salle. Il avait alors 21 ans, il a interrompu au milieu de l’opus de Webern parce qu’il n’était pas content de lui. Il avait honte. Ironie du sort, son interprétation de l’œuvre a été un grand succès par la suite. Il a même reçu des récompenses, Mais mieux, il doute tout simplement de la valeur artistique des concours. Comme un juge peut-il être objectif ? Comment peut-on attribuer une note à une interprétation ? Quelle question intelligente, en allant jusqu'au bout de ce raisonnement toutes les écoles d'art devraient fermer leur porte. A la question pourquoi jouez-vous du piano ? Il répond, je n'ai pas le choix. Pianiste d'origines polonaise et hongroise né en 1969 à Varsovie, d’une mère Hongroise d’origine juive, il est souvent allé en Hongrie petit. Son père est Polonais. Plus tard, sa famille s'est installée à Paris. Il a donc grandi avec trois langues. Il fait ses tournées dans un train, l'errance est sa patrie, il apprécie la lenteur, sentir intensément le temps qui passe. Sentir la vie.


00:00 Publié dans Culture | Tags : piotr anderszewski | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

13/05/2009

L'intranquillité chez Van Gogh

 

 

vincent-van-gogh-biography-14.jpg

 

L'exposition à Bâle est impressionnante, effectivement entre ciel et terre, disons plutôt qu'on ne touche pas terre avec Vincent Van Gogh. Il s'apprécie à dose homéopathique, trop d'oeuvres vous donnent le vertige; chez lui tout n'est que spirales, tourbillons;  insaisissable. Royaume de l'intranquillité,  la nature, le ciel, tout danse sans jamais se poser. Une oeuvre qui vous suffoque parce que trop de mouvements, de couleurs broyées, de ciel si bas, de soleils si tourmentés.

 

 

 

 

 

oliviers.jpg

Vous haletez, étouffez, Van Gogh vous entraîne dans sa descente en enfer où il n'a plus prise sur rien. Même les oliviers centenaires dansent avec un ciel affolant si bas, aussi tortueux que le tronc des arbres.

On supplie, un peu de tranquillité, Vincent, un peu de calme et de sérénité. Tout ce qui manquait à cet artiste de génie.

 

18:35 Publié dans Culture | Tags : van gogh, bâle | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |