21/10/2012
Quand les marques s’approprient notre espace public
En déambulant dans les rues genevoises , je songeai à la place que les marques prennent dans notre champ visuel; une pollution optique imposée et contre laquelle on demeure impuissant, si ce n’est juste pouvoir constater que l’espace public devient des lieux d’appropriation qui se monnaient.
Récemment le pont Hans-Wilsdof construit en forme de boîtier de montre et qui nous projette la marque Rolex en grand sur firmament de ciel genevois. Les Genevois se sont laissé bercer d’illusions en croyant que ce pont leur était offert. Il est bel et bien un hommage à la marque et financée par elle via sa Fondation, elle nous le rappelle au quotidien sur fond vert pétard et criard.
Imaginez que Coca-Cola nous financerait la réfection de la machinerie du Jet d’eau, elle pourrait alors en compensation nous inonder de sa marque écrite sur fond de jet d’eau illuminé la nuit, aux couleurs rouge sang et noir. Ou Mac Do qui ferait jaillir du lac un M envahissant, jaune (voir la photo plus bas)
Mais encore, Pampers qui financerait la rénovation de l’ONU qu’elle métamorphoserait en Pampers géant et qui ferait dire aux mauvaises langues que plus rien ne fuit, plus rien n'en sort. On ne sait pas ce qui s’y trame mais ça pue ! Comme à l’accoutumée ! répondront d'autres impertinents.
Entre Hôtel Richemond et Hôtel Beau-Rivage, deux hôtels historiques, on peut lire placé entre deux, sur un large panneau « Generali » pareille à une verrue. Ou Macumba qui surcharge le ciel de ses faisceaux lumineux croisés, à l’heure où on préfèrerait observer les étoiles et qui plongent dans une confusion totale les volatiles nocturnes et les humains qui appellent la police pour leur annoncer l'arrivée d' extraterrestres.
Comme le clame, haut et fort, Michel Serres, le philosophe français; les marques sont héritières de cette tradition des prostituées d’Alexandrie qui gravaient, en caractères gras, leur nom sous la semelle de leurs sandalettes afin que les clients les reconnaissent. S’afficher pour être identifiées et consommées contre monnaies sonnantes et trébuchantes. Michel Serres a raison , quelle différence entre les marques et les prostituées ?
Mais l’art souffre et nous avec, de cette constante incursion dans notre champ visuel. L’art pour être art doit rester un acte gratuit. Une récupération quelconque marchande vicie cette forme sublime d’expression et la corrompt dans son trait de génie. C’est ramener tristement à la dimension humaine ce qui appartenait aux Muses célestes et éternelles. Le promeneur se voit constamment interpellé, jour et nuit, par une marque qui semble lui dire "Tu viens chéri, t'as un peu d'argent sur toi ?" avec le clin d'oeil d'une marque allumée dans la nuit genevoise.



Un grand merci pour ces photos à Bruno Toffano, la suite des photos sur son blog Tribune de Genève
http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/
Pour découvrir mon site http://www.djemaachraiti.ch
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04/10/2012
Ecrire pour séduire - Du SMS au Haïku
Rien de tel que des SMS pour faire renaître l’art du Haïku . A un feu rouge qui durerait trop longtemps, pendant une réunion ennuyeuse. Une pratique simple . Idéalement, le haïku se compose de 17 syllabes réparties en trois séquences ou trois lignes : 5-7-5. La règle veut qu’il comporte au minimum un mot –saison (kigo) ou du moins l’évoquer. Il est rédigé au présent.
Décrire brièvement, plus légères que les ailes d’un papillon, un moment d’émotion à lire en une seule respiration. L'art de séduire par les mots consiste à tracer un trait simple, intense et court. Tout peut être suggéré en trois lignes. Rajoutez donc les vôtres !
Le jet d’eau défait
Sa mantille de dentelle
Rosée turlurette
------------------
Dans les yeux du soir
La lumière aspire
Le jour lumineux
--------------------
Les heures s’égrènent
Si longues si profondes
Temps immobile
----------------
Magie des mots
Emportés par le vent chaud
Se déposent sur les lèvres
-------------------
La lune éclaire
Les rêves éphémères
Bouquets étoilés
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Sur la mer s’emporte
La vague ô déchaînée
L’écume des jours
Photo Bruno Toffano "Coucher du soleil à Genève" plus de photos http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/
mon site http://www.djemaachraiti.ch
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16/11/2009
Trou dans le CV ou vue sur la mer !
Pour parler enfin de nos trous dans le CV avec joie et confiance !
L'AVIS DE L'EDITEUR
Et si le vivant, l’homme, ne résidait pas dans le parcours que liste soigneusement son CV, mais dans les blancs inexpliqués de celui-ci, dans les années d’interruption, de rêve, de liberté, de créativité, où il échappe au rouleau compresseur de la "productivité" et de "l’efficacité"? Et si nous réapprenions à valoriser l’individu, à insuffler un peu d’humanité dans une chaîne de travail disséquée, démembrée, bien délimitée? C’est ce que nous souffle Djemâa Chraïti, dans un joli texte qui mêle les voix fictives d’artistes, de penseurs, de poètes (qu’aurait pensé un employeur de nos jours devant le CV de Chopin, de Frida Kahlo?) à celles bien réelles d’inconnus "troueurs de CVs", qui ont mis entre parenthèses leur vie professionnelle pour s’occuper de leurs enfants, prendre soin de leur santé, ou tout simplement obéir à un irrépressible besoin de liberté. Un appel émancipateur et salutaire dans un monde du travail qui se déshumanise de plus en plus.
RESUME
Les employeurs se méfient des "trous" dans les CVs, des plages vides, des années "inactives". Vides? Inactives? C’est pourtant ces zones d’ombres qui intéressent Djemâa Chraïti, ces irrégularités de vie qui permettent à l’humain de l’emporter sur le monde policé de l’entreprise. Dans un monde où le travail se dépersonnalise de plus en plus, où l’homme est oublié au profit de la productivité, où les tâches sont fragmentées jusqu’à réduire à néant l’horizon de l’ouvrier, Trou dans le Curriculum Vitae apparaît comme un remède efficace. Texte chaleureux, personnel, qui s’adresse directement à ceux qui travaillent comme à ceux qui sèment leur CV d’escapades salutaires, il est un véritable éloge à la vie, à la liberté, à la solidarité, dans une volonté de repenser le monde de l’entreprise.
Pour en savoir plus
http://www.publibook.com/boutique2006/detail-4506-PB.html
Parcours professionnels interrompus: les trous dans un CV ne doivent pas être tabous
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0363a024-61ca-11de-a6ab-1...
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25/10/2009
Van Gogh-Gauguin – La dramatique cohabitation à Arles
Eté 1888- Vincent Van Gogh attendait avec impatience la venue de son ami Gauguin à Arles, il écrivait régulièrement à Théo, son frère, le rassurant sur les perspectives financières bien engagées : investir sur le deuxième lit pour son ami et finalement à deux ils feront caisse commune et partageront les frais. Les questions matérielles réglées, le logement, le pain quotidien et la couleur assurés, il s’adonneront entièrement à la peinture, corps et âme. A eux deux, ils recréeront le Pont-Aven du Sud et soutiendront ensemble le “siège de l’insuccès”. “Se résigner à vivre en moines ou en ermites, avec le travail pour passion dominatrice, avec résignation du bien- être.” Des lettres et des lettres destinées à Théo qui montrent avec quelle fébrilité, ferveur et impatience Vincent attendait Paul Gauguin.
Le grand Paul finit par arriver, par un matin d’automne, un peu cassé après quinze heures de voyage et les six changements de train, en provenance de Pont-Aven en Bretagne et déjà usé aussi par les maladies tropicales. Il est choqué à la vue de la Maison Jaune de Vincent, il critique tout, pas un mot de remerciement à cet ami qui prépara sa venue avec tant d’amour et qui souhaitait “rendre la plus jolie pièce d’en haut aussi bien que possible comme un boudoir de femme réellement artistique.” Effectivement, la chambre de Paul irradiait du jaune tournesol qui était une obsession chez le “Hollandais fou”. Paul a fini par l’associer à cette fleur et l’avait représenté peignant des tournesols, s’immolant dans ce jaune tourmenté, Vincent n’apprécia pas son portrait :”Oui, c’est bien moi. Mais fou.”
A vivre ensemble, Vincent découvre chez Paul, hormis un grand peintre, un ami et un bon cuisinier, ils se partagent les tâches, Paul range, Vincent salope ! Paul fait le ménage, Vincent les courses, un jour sur deux , chacun fait le ménage. Ils travaillaient tous deux d’arrache pied à leurs tableaux, se concertent, s’encouragent, Paul aurait plutôt tendance à critiquer le travail de Vincent. Vincent, lui, admire les oeuvres de Paul et l’écrit à son frère, Théo : “Gauguin travaille à une femme nue très originale dans du foin avec des cochons… Il a fait revenir de Paris , un pot magnifique avec 2 têtes de rat.”
Arrivé en octobre, les relations entre Gauguin et Vincent sont déjà au plus mal en décembre, le 23 décembre, il envoie une lettre à Théo précisant que " Gauguin est découragé de la bonne ville d’Arles, de la petite maison jaune et de Vincent lui-même”. Ce soir-là ils se disputent, Vincent menace Gauguin avec un rasoir, finalement il se tranche une partie de l’oreille gauche, l’enveloppe dans du papier journal pour l’offrir à Rachel, sa prostituée préférée, filiforme, qui travaillait chez Mme Virginie. Cette Rachel pour qui Vincent puisait dans la cagnotte commune destinée aux frais généraux de la maison et qui faisait hurler Paul qui insistait auprès de Vincent qui n’avait qu’à faire comme lui et séduire des femmes, ça coûterait moins cher !
De ce séjour à Arles, Gauguin emportera avec lui une passion pour les tournesols, il en fait planter à Tahiti, et plus tard les acclimatera aussi dans les îles Marquises, illuminant son jardin, hommage au “Hollandais fou” ? Mais encore il les peints, tournesols dans un fauteuil, un oeil rivé au coeur de la fleur fixe le spectateur. Vincent fixant Paul ? La conscience torturée de Paul trois ans (1901) après la nuit dramatique du 23 décembre 1888 ?
Malgré la fin tragique de Paul dans les îles Marquises, la jambe purulente, épuisé, pauvre, il gardera un souvenir ému de Vincent et ses corbeaux qui rêvait de créer les Ateliers du Sud où vivrait la future communauté d’artistes qu’ils fonderaient dans les pays exotiques. Et sans le savoir, Paul avait réalisé le rêve fou du Hollandais, en créant à Tahiti l'Atelier des Tropiques, un endroit primitif où l’argent y serait aboli, la fraternité des artistes trouveraient là un paradis entièrement voué à l’art.
Sources : Vincent Van Gogh - Lettres à son frère Théo
Mario Vargas Llosa - Le Paradis - un peu plus loin
Portrait de Van Gogh par Paul Gauguin
Autoportrait de Paul Gauguin - Les Misérables, lui représenté en Jean Valjean, en arrière fond le portrait d'Emile Bernard
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16/05/2009
Piotr Anderszewski la douce errance d'un pianiste voyageur
« Le temps d'une tournée, le train est devenu ma maison. Je suis extrêmement paresseux. Le fait qu'un wagon me porte et que je n'y mette aucun effort, cela me comble. L'immobilité est quelque chose à quoi j'aspire et qui m'angoisse. Voyager dans un train permet de voir le paysage et de le voir changer." Douce lenteur , apprécier la qualité de ce qui passe lentement, l'éloge de la lenteur, du temps suspendu, de la saveur de l'air, l'errance assumée. On baisse la vitre, on regarde le paysage défiler, on voit le changement de paysage, on peut ouvrir les fenêtres, rencontrer des gens. Le cliquetis des roues qui à la longue vous berce dans un rythme perpétuel . "Ce n'est pas du temps perdu, c'est du temps de qualité. En avion, on perd son temps." Il voyage dans sa vie aussi à contre-courant. Au concours de piano à Leeds en 1990, il a fait sensation en interrompant son concert puis quitté la salle. Il avait alors 21 ans, il a interrompu au milieu de l’opus de Webern parce qu’il n’était pas content de lui. Il avait honte. Ironie du sort, son interprétation de l’œuvre a été un grand succès par la suite. Il a même reçu des récompenses, Mais mieux, il doute tout simplement de la valeur artistique des concours. Comme un juge peut-il être objectif ? Comment peut-on attribuer une note à une interprétation ? Quelle question intelligente, en allant jusqu'au bout de ce raisonnement toutes les écoles d'art devraient fermer leur porte. A la question pourquoi jouez-vous du piano ? Il répond, je n'ai pas le choix. Pianiste d'origines polonaise et hongroise né en 1969 à Varsovie, d’une mère Hongroise d’origine juive, il est souvent allé en Hongrie petit. Son père est Polonais. Plus tard, sa famille s'est installée à Paris. Il a donc grandi avec trois langues. Il fait ses tournées dans un train, l'errance est sa patrie, il apprécie la lenteur, sentir intensément le temps qui passe. Sentir la vie.
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13/05/2009
L'intranquillité chez Van Gogh

L'exposition à Bâle est impressionnante, effectivement entre ciel et terre, disons plutôt qu'on ne touche pas terre avec Vincent Van Gogh. Il s'apprécie à dose homéopathique, trop d'oeuvres vous donnent le vertige; chez lui tout n'est que spirales, tourbillons; insaisissable. Royaume de l'intranquillité, la nature, le ciel, tout danse sans jamais se poser. Une oeuvre qui vous suffoque parce que trop de mouvements, de couleurs broyées, de ciel si bas, de soleils si tourmentés.

Vous haletez, étouffez, Van Gogh vous entraîne dans sa descente en enfer où il n'a plus prise sur rien. Même les oliviers centenaires dansent avec un ciel affolant si bas, aussi tortueux que le tronc des arbres.
On supplie, un peu de tranquillité, Vincent, un peu de calme et de sérénité. Tout ce qui manquait à cet artiste de génie.
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