12/01/2012

"Pour voir la lumière, il faut sortir la tête du cul du chameau "

chameau-4.jpgUn an après le début de la  révolution des pays du printemps arabes avec la Tunisie en chef de file,   que dire ? Une joie timorée, beaucoup de vigilance et très très loin de l'euphorie.  Une Révolution n'est que les prémices d'un chantier où tout est à reconstruire. Des années s'écoulent avant de voir émerger les premières constructions solides. Le lendemain de la Révolution française de 1789 , ce sont des charettes surchargées d'humains que l'on voyait traverser la ville et  qui menaient les défenseurs de liberté à la guillotine.  On pouvait apercevoir avec horreur,  des  morts flotter par centaines et cela durant des mois  ;  la Terreur s'était installée et cela au nom de la Révolution qui se fêtait sur des corps de suppliciés exposés sur la place publique.

La « Terreur » des pays arabes serait le tentative d'entraîner ces pays fraîchement libérés du joug des dictateurs vers  un obscurantisme qui n'aurait rien à envier aux prédécesseurs et cela avec des méthodes identiques ; les personnes changent mais pas les rôles ,

Dans les pays du printemps arabes, nous n'avons pas d'autruches  qui auraient pu se mettre la tête dans le sable; fort heureusement il y a un bon vieux proverbe bédouin qui fera parfaitement l'affaire : "Pour voir la lumière, il faut sortir la tête du cul du chameau "

Certes, si prosaïque mais si imaginé qu'il n'est pas nécessaire d'avoir passé un doctorat en biochimie pour deviner le sens caché de cet adage populaire.  Un enfant  en maternel  comprendra d'instinct,  qu'il fait bien noir,  là -dedans et que pour avoir un peu de lumière, il faudrait la sortir cette tête.

L'obscurantisme équivaut à se retrouver dans le cul d'un chameau, un regard court, épais, impossible de tourner la tête ni à gauche, ni à droite, pris dans les noirceurs immondes et malodorantes, celui qui même malgré la plus grande passion du monde ne peut décrire que ce qu'il voit :  un trou profond, obscur et abject.

Ainsi,  l'obscurantiste est  l'aveugle si sûr de sa science qui croit que ce qu'il voit est l'unique vérité et prêt à vous la matraquer à coups de sermons sentencieux quand ce n'est pas à coups de matraque. Un rétrograde qu'on invite de toute urgence, pour son bien et celui du monde, à  revenir à l'ère des Lumières, de la tolérance, de la culture ouverte sur le monde et sur les autres et à revenir bénéficier des lumières  du XXI ième siècle.

Quant à nous autres, plus sages, plus  éclairés et plus lettrés ,  nous refusons de mettre, à notre tour, la tête dans le cul du chameau pour voir le monde. On préfère la lumière, le scintillement, les couleurs joyeuses de la vie, une pensée universelle qui englobe le monde.

On préfère la tolérance au fanatisme, la liberté au dogme, le respect entre hommes et femmes plutôt que la domination, la connaissance large à la monoculture radicale et à son corollaire, l' ignorance. A choisir, on préfère la coexistence pacifique à la haine et à la violence à l'encontre de tout ce qui pourrait être différent. On préfère une religion humaniste, intelligente et respectueuse que celle vue du fond d'un trou par un ignorant dont la vue restreinte et l'étroitesse d'esprit résument sa vision à un gouffre de ténèbres et d'abrutissement.

Nous avons résolument et ce depuis très longtemps, voire des siècles sortis la tête du cul du chameau pour trouver la Lumière, il n'est pas question de l' engrouffrer ou de nous la plonger , à nouveau et par la  force brutale et violente,  dans ces noirceurs sombres et immondes d'un autre temps.

Nous n'avons pas soutenu la Révolution pour nous laisser soumettre, une fois encore  !

Profitons de ce premier anniversaire pour soutenir   de tout notre cœur la résistance du peuple Syrien et gardons une pensée émue pour tous les révolutionnaires qui sont morts au nom de la liberté qui nous est devenue d'autant plus chère et d'autant moins  négociable. On ne la veut ni en pièces détachées, ni en alternance, ni fractionnée, ni en pointillé, ni en point d'interrogation, ni sous condition : La liberté, on la veut tout entière, ici et maintenant  !

 

 

 

 

 

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10/01/2012

Un seul Tunisien Juif insulté et c'est l'esprit de la Révolution qui est trahi et bafoué

Synagogue-Tunis[1].jpg

Nous n'avons pas fait la Révolution pour laisser insulter nos concitoyens Tunisiens de confession juive. Nous ne sommes pas montés au front pour laisser s'installer la haine et la discrimination en Tunisie.

C'est avec force que nous dénonçons les slogans antisémites qui ont fusé jeudi passé à l'aéroport de Tunis - Carthage lors de l'arrivée du représentant du Hamas et de rappeler que ces actes de violence sont contraires à l'esprit de l'Islam;  contraires à l'esprit de démocratie , contraires au respect entre citoyens, contraires à l'esprit d'égalité.

C'est l'occasion de rappeler que les tribus Berbères juives se trouvaient en Afrique du Nord il y a déjà 3'000 ans et que tous leurs descendants sont légitimement chez eux, et cela bien avant l'arrivée des Arabes et de l'Islam.

La loi doit sanctionner ces dérapages qui sont le fait de quelques obscurantistes qui n'ont pas compris l'esprit de la Révolution et que si nous les laissons prendre corps dans cette nouvelle Tunisie post-révolutionnaire, ils feront taches d'huile et nous  subirons  bien d'autres dérives à l'encontre de tout autre groupe minoritaire.

Nous demandons pardon à nos compatriotes pour ces actes d'incivilité et demandons que de tels agissements  soient punis et empêchés à l'avenir.

 

 

Un autre billet qui tombe à pic sur mon autre blog, un conte chamanique sur  :Les frontières

http://tangalle.hautetfort.com/archive/2012/01/08/conte-c...

16:51 | Tags : tunisie | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook | | |

27/02/2010

LA GRANDE CARRIERE DU MULET CONTREBANDIER AWAX

le-vieux-mulet-1.jpgAWAX est un mulet qui a défrayé la chronique en 1996 en Tunisie.  Sa mort a peiné les foules nombreuses. Ignorés les droits de l'homme dans le quotidien La Presse, indifférents aux  Islamistes emprisonnés et longuement cités dans le Temps, aux  grandes escroqueries largement décriées  dans La Dépêche, les lecteurs n'étaient passionnés que par la mort de la pauvre bête.  Les politiciens, le jour de la mort du mulet, avaient beau s'égosiller, emplir les colonnes de la presse de tous leurs mensonges, les journalistes dénoncer les malversations de toutes sortes, on n'entendait que cris, pleurs et grincements de dents  sur la mort d'AWAX- montré à pleines pages, éclipsant,  du coup,  les plus grandes personnalités politiques qui auraient payé cher pour avoir une telle audience. Ils auraient payé bonbon pour se mettre dans la peau du mulet ne serait-ce qu'un seul jour. Politiciens et journalistes étaient inexorablement relégués dans l'ombre du mulet tunisien, grand  contrebandier entre la frontière tunisienne et algérienne. Awax, ainsi se nommait-il. Son nom faisait référence à l'avion-radar espion américain.

 

Awax est né dans un petit village proche de Tabarka - au Nord-est de Tunisie-  et situé à flancs de montagne couverte d'épineux. Dès sa naissance, on le déclara intelligent et vif et son maître lui prédit une glorieuse carrière - celle de contrebandier habile et discret.

Dès ses deux ans, son maître le prépara à craindre les uniformes de policiers tunisiens et algériens et des douaniers des deux frontières.  Après avoir confectionné de manière parfaite les quatre  uniformes, le maître dès qu'il montrait un uniforme tapait le mulet. A force de coups répétés face à des mannequins fabriqués de toutes pièces et arborant ces habits étranges, le mulet sur le modèle  pavlovien finit par  avoir le juste réflexe quant au  danger de la chose: la fuite . Il avait compris de la façon la plus évidente du monde :  un uniforme,  un coup. Il avait conclu que tout ce qui portait un uniforme pouvait s'avérer être dangereux pour son dos.

Après trois ans d'exercices quotidiens, Awax était prêt enfin à traverser la frontière à  Babouch.  Chargé comme un mulet de matériel électronique de pointe, devenu spécialiste malgré lui de transfert de technologie. Le tout glissé dans les deux couffins  en osier, étroitement attachés sur chaque côté de la bête.  Il connaissait par coeur le sentier qui passait près des douanes. A la vue d'un douanier, ou d'un policier, il augmentait le pas de charge pour s'enfuir le plus vite possible et épargner sa peau des méchants coups de bâtons auxquels il fut soumis durant des années et qu'il pouvait encore être amené à recevoir.

Durant quatre  ans, à raison de 30 à 40 km par jour. Awax s'en allait par les sentiers escarpés livrer le fruit de la contrebande. Son maître et l'acolyte algérien voyaient leur fortune grossir à vue d'oeil et tous les efforts fournis sur la bête leur rapportaient beaucoup d'argent.  Leur mulet était la  poule aux oeufs d'or. Un comparse récupérait la marchandise sur sol algérien et renvoyait le mulet avec des nouvelles marchandises de contrebande dont des cigarettes de contre-façon et de l'essence libyenne à moitié prix qui transitait par l'Algérie.  Celle-là même qui se vend au bord de la route et que des malhonnêtes mélangent à de l'eau. Quand vous croyiez avoir fait une bonne affaire, vous vous retrouviez en panne quelques kilomètres plus loin avec en guise d'essence de la mauvaise huile mélangée à de l'eau.

Un  douanier algérien finit par remarquer cet étrange manège du mulet fuyant à leur vue. Ils finirent par le suivre, et plus vite ils couraient, plus vite le mulet les distançait, malhabile dans sa course,  freiné par son lourd chargement. Un jour, ce qui devait arriver, se produisit,  les  douaniers algériens le rattrapèrent et le trouèrent de plusieurs balles.

Ainsi s'acheva la grande carrière de contrebandier du mulet. Durant ses années d'exercices, il passa environ vingt  tonnes de marchandises non déclarées, ignorant tout ce qui avait de fastidieux à remplir les formulaires TVA et le carnet ATA et à devoir glisser, sans cesse, sous table  des backchiches pour accélérer  la procédure interminable de dédouanement des produits.

 

 

23:39 | Tags : tunisie, awax | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

14/07/2009

- Six jours pour grandir !


TmarrakechBW.jpg1967- Il y a des années qui sont marquées au fer rouge, elles restent définitivement ancrées et au fil du temps on finit par donner un sens à ce que l’on a vu et vécu.

Enfant suisso-tunisienne, je me retrouvai plantée à la Goulette dans une famille tunisienne d’origine africaine. Ma grand-mère d'origine valaisanne avait cru bon de me laisser chez cette ancienne nounou pour venir travailler quelques mois en Suisse. A cinq dans une chambre d'un  appartement qui donnait de plain-pied  sur la ruelle animée et où les enfants y jouaient du matin au soir, je découvris avec émerveillement ce quartier qui devait devenir le mien par la suite.
Il fallait véritablement se l’appropier à une époque où la Tunisie multiculturelle vous offrait la chance de frayer avec plusieurs langues et plusieurs religions. A l’époque, les portes des maisons restaient ouvertes et on pouvait passer ses journées à aller chez les uns et les autres, les enfants étaient toujours bien reçus et particulièrement moi qui devais décrire la Suisse sous tous ses angles , parfois,   je devais lire pour l'un ou pour l'autre, tant bien que mal,  les lettres en français que certains recevaient de France ou des journaux français sans rien y comprendre surtout lorsqu'il s'agissait de lettres administratives.

Dans cette ruelle d’un quartier populaire, il y avait les Siciliens installés en Tunisie depuis plus de 20 ans et qui jouaient aux cartes en riant et en se disputant, ils allaient pêcher le dimanche. Un jour, la Madalena m’invita à rentrer dans la chambre de son père mourant; un homme fort vieux qui ne pouvait s’empêcher de parler de la Sicile sans ravaler un sanglot qui finissait par le faire longuement tousser au point de l'étouffer.  Au-dessus du lit,  un crucifix énorme, je restai bouche bée, horrifiée devant le spectacle de ce crucifié dégoulinant de sang, je pris un air dégoûté et Madalena me demanda si je ne le trouvais pas magnifique. Du haut de mon innocence, je répondis :”Je le trouve affreux!”- Elle s’en est allée quérir un balai et m’a couru après dans toute la maison. Soit, je compris qu’il y des choses qu’il fallait éviter de dire, que cet homme souffrant sur une croix  était supposé être très beau !

Entre l’agneau adorable dans la cour et auquel on s’attachait irrémédiablement et qui finissait égorgé et quelque temps après la circoncision du fils aîné qui hurlait à vous déchirer les  tympans, je naviguais curieuse dans ce milieu relativement nouveau et populaire, chamarré et bruyant. Ayant appris à danser le twist en Suisse, j’étais le clou du spectacle des mariages du quartier, on m’invitait à faire ma danse “zazou” aux sons des darboukas.

Puis il y eu des inondations épouvantables, dans tous les foyers on ne parlait que d’enfants aspirés par des bouches d’eau, des morts par noyades. J’osai à peine sortir de crainte d’être moi même engloutie par je-ne-sais-trop-quoi. Mes visites régulières se faisaient le plus souvent chez Sarah, la belle et jeune voisine qui vivait plus loin, pâtisserie et bonbons, j’y trouvais toujours quelques bonnes surprises et de surcroît elle parlait le français. Lorsque ses amies venaient l’aider pour les grandes festivités, elles se mettaient à plusieurs dans la cuisine, et parfois elles baissaient la voix pour parler , j’imagine des anecdotes drôles et pas pour les oreilles d’une enfant.

Les semaines se transformèrent peu à peu en mois et  se déroulaient plus ou moins bien. Le mari de ma logeuse qui travaillait sur les ferries français, ramena, une fois, une télévision. Très fiers de cette grande nouveauté, ils la posaient sur le bord de la fenêtre avec un cintre en guise d’antenne et des gens du quartier s’asseyaient dans la rue, qui sur des chaises, qui sur des coussins, qui sur des tapis pour écouter des discours auxquels je ne comprenais rien, mais chargés de cris, de haine. Les gens dans le quartier s’échauffaient, la colère grondait.  Un beau matin, on décréta que je ne pouvais plus aller chez Sarah, la voisine sous prétexte que les “juifs mangent les enfants arabes”- Stupéfaction, incompréhension de ma part.  Sarah,  au fur et à mesure  des jours pleurait davantage, je continuai à me glisser en douce chez elle pour papoter comme nous avions pris l’habitude de le faire et continuer à manger des pâtisseries.
Un matin, je trouvai les volets de sa maison clos, le portail  cadenassé. Ils étaient partis. J'arpentais inlassablement la ruelle en espérant voir quelque chose se produire, un jour, deux jours passèrent, puis il fallut se rendre à l’évidence, ils ne reviendraient plus.

J’avais tout supporté jusque là, mais je compris que quelque chose de grave s’était produit, qu’en quelques jours tout avait changé. Du coup, je restai couchée , refusant de manger, une colère sourde, quelque chose d’injuste s’était passé mais je ne savais  comment l’expliquer, les journées se noyaient dans mes larmes.  Après trois jours de mutisme absolu durant lesquels on me força à manger, un marabout vint très sérieux faire des prières en vue de ramener mon âme. Ils avaient conclu que Sarah était partie avec elle et que la voisine juive m’avait maudite, voire ensorcelée.

Bien des annés plus tard, je compris que nous avions vécu la guerre des six jours.

Aujourd’hui, le deuxième prénom de ma fille est Sarah, je refuse d’avoir une  télévision et j'abhorre les fascistes de tous bords qui du reste étonnamment se ressemblent sur tous les points du globe, dans toutes les religions et dans toutes les cultures.

23:52 Publié dans Résistance | Tags : la guerre des six jours, la goulette, tunisie | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |