01/08/2009

Chronique africaine - Une terre gorgée de sang

ug5_4964-1.JPGIl est 4 heures du matin, sur la route du Botswana en provenance du Zimbabwe, la  limousine engloutit l’asphalte, silencieuse et  aérienne, les roues effleurent à peine la route. Confortablement installée à l’arrière, j’apprécie,  à l’horizon,  la promesse de l’aube  qui annonce  un  embrasement superbe aux couleurs arc-en-ciel.  Les arbres fantomatiques de ces grands espaces semi-désertiques sont en faction, veilleurs et gardiens attentifs de ces étendues infinies.

La vitre baissée, je profite de l’air frais du matin, une bise légère souffle agréablement sur mon visage. J’aspire à pleins poumons l’odeur de cette terre aux senteurs chaudes et riches qui taquinent agréablement les narines. Un doux répit avant les grosses chaleurs qui s'imposent jour après jour, sans surprise,  une fatalité qui s'acharne sur vous.

Au volant de la belle voiture, un riche homme d’affaires indien, ses doigts boudinés dégoulinent de bagues en or, énormes et qui tiennent le volant d’une manière désinvolte, le coude appuyé sur le bord de la fenêtre. Son corps massif emplit tout l’espace, il est profondément câlé dans son siège.
Sur la route au loin, devant nous, un groupe d’hommes est penché sur quelqu’un, l’image est encore floue, mais au fur et à mesure que nous avançons, elle se précise dangereusement sous nos yeux étonnés. 
Ils traînent un homme couché par terre tout en lui écrasant la tête avec une énorme pierre, cette tête, ils la lui fracassent à coups répétés, le mourant n’est plus que gémissements et soupirs. La voiture arrive à leur hauteur, je prie l’Indien d’arrêter la voiture et de faire quelque chose, j’ordonne : « Arrêtez  la voiture ! Intervenez pour sauver cet homme! »  D’un ton laconique et méprisant, l’Indien en crachant par la fenêtre lâche un  : « Laisse les cafards régler leurs problèmes entre eux ! »
Je me retourne et observe par la lunette arrière l’homme qui n’est plus qu’un amas sanguinolent sur la route, bouillie humaine, morceaux de chair éparpillés.  Un haut le cœur, une nausée se pose au bord de mes lèvres. Entre temps, le ciel est devenu rougeoyant, une boule de feu sortie des entrailles de la terre, aussi rouge que le sang sur l’asphalte noir, le bush se réveille de sa torpeur nocturne, la vie frémissante s’ébroue et se défait de son manteau de velours noir. Au loin, les girafes mangent tranquillement les feuilles d’un arbre, une à une , consciencieusement, sans se presser.

Mon regard se pose à nouveau sur le conducteur adipeux et je finis par m’interroger sur la présence des Indiens en Afrique, cette terre qu’ils vampirisent sans jamais se mêler aux Africains malgré les quatre ou cinq générations qui ont passé sur ce continent qui les accueille et leur permet de s’enrichir. Même morts, ils continuent à vider le pays de ses richesses. Leurs cadavres, avant d’être renvoyés en Inde,  passent par les mains d’un boucher- chirurgien qui les ouvrent comme des sacs, les vident et les remplis d’émeraudes et d’argent, recousus à la hâte,  on les remet en bière et postés via l’Inde.  Les chroniques des quotidiens adorent rapporter  ce genre d'anecdotes avec des titres à vous hérisser les cheveux sur la tête :"Un coeur trop gros pour un si petit corps" , au titre on sait immédiatement que le coeur n'est qu'un paquet de pierres précieuses destiné à sortir illégalement.

Le regard perdu au loin, j’inspire profondément frappée par le contraste de tant de violence et de tant de beauté de cette terre africaine gorgée de vie et de sang.

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24/07/2009

Nouvelle provençale - UN COUP POUR RIEN !

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Soucieux, le nez plongé dans son Pastis, Alain épie les moindres mouvements de la jambe de Gilles; cette jambe folle pareille à celle d’un pantin désarticulé, qui va dans tous les sens, qui mène sa vie propre sans plus se soucier de son propriétaire. Gilles , debout devant le comptoir en zinc, après avoir traversé bruyamment tout le bistrot “La Farigoulette” en claudiquant, s’enfile quelques pastagas et repose brusquement son verre en observant tranquillement de biais, Alain perdu dans ses rêves, les épaules voûtées, toute sa vie comme repliée autour de son verre longiligne sur lequel est inscrit “51”, la bouche légèrement ouverte presque pendante sur un visage décharné, des yeux vitreux et hagards et constamment fixés sur le pantalon noir.

Alain revoit inlassablement défiler sous ses yeux la même scène, qui tourne en boucle, invariable depuis si longtemps. C’était par un de ces matins froid d’automne, une légère brume couvrait d’un voile léger la garrique. Dans une odeur magnifique de romarin, de ciste purpureus et de thym mêlée à la senteur chaude de terre et de champignons, ils étaient partis , à cinq, à la chasse au sanglier. Le jour à peine levé encore laiteux et qui annonçait une belle journée; une de ces belles journée automnale où la lumière vive donne au paysage une géométrie parfaite, son fusil sous le bras, les chiens couratant autour d’eux, surexcités, aboyant, furetant partout. Ce matin-là, il avait le coeur légèrement serré, il semblait suffoquer à chaque inspiration comme s’il se trouvait enfermé dans une pièce exiguë et surchauffée, bien que l’air fût frais. C’était l’appel du destin, il ne pouvait pas faire autrement, il était forcé, incité à le faire, pression plus forte que lui et devant laquelle il ne pouvait résister, il le faisait pour Stéphanie. Une voix intérieure le commandait, l’ordonnait, c’était son devoir de le faire, il n’avait plus le choix.
Sa décision était prise, il savait qu’il ne le raterait pas, il était connu pour être le meilleur tireur de la région.
Gilles marchait , quelques pas devant, ne se doutant de rien. Un doigt appuyé sur le chien du fusil, un déclic, un cri renvoyé longuement par un écho lugubre , une douleur lancinante, Gilles s’écroule. Alain sait que les trois autres ont tout vu, témoins et complices malgré eux. Le sanglier courait à bien deux mètres plus en avant, impossible de confondre la bête apeurée et l’homme, même un novice n’aurait pas commis cette monstre bourde.

L’enquête ne donnera rien, tout le monde appuie et confirme la thèse de l’accident, bête et méchant. Gilles a perdu sa jambe, le sanglier court toujours, les villageois regardent Alain avec comme un lourd reproche silencieux au fond des yeux, l’accusation rampante, ils l’ont tous jugé coupable. C’est connu, les grands secrets des villages , c’est comme ceux des familles, ils les enchaînent les uns aux autres par une omerta implacable, même à huis-clos, sur l’oreiller, dans ces confidences chuchotées, on n’ose pas se le dire que ce n’était pas un accident.

Alain avait prévenu Gilles d’un regard haineux, un regard qui tue chargé d’une noirceur diabolique, à sa façon, il lui a bien montré qu’il ne fallait pas s’intéresser à la Stéphanie.
Une jeune beauté qui arrivait d’un pas nonchalant et gracieux, par jour de marché, les mercredi et samedi, marché qui se tenait sur le terrain de pétanque, avec son panier de fromages de chèvre frais, délicatement enroulés dans des feuilles de vigne, ses parents possédaient une ferme à quelques kilomètres de là et qui y élevaient vingt adorables biquettes blanches comme des colombes. Stéphanie avec sa longue chevelure brune et ses yeux en amande d’un vert émeraude était aussi fraîche et appétissante que ses fromages ronds comme sa belle taille. Ses fromages et elle debout devant une minuscule table sur laquelle elle déposait délicatement sa marchandise de ses longs doigts encore potelés, encore à peine sortis de l’enfance, formaient un tableau attachant.
Les gars du village lui tournaient autour, elle riait, joyeuse, ses seins se soulevaient pleins et généreux et Alain se serait damné pour un seul de ses sourires, il aurait vendu son âme pour un seul soupir qui aurait gonflé magnifiquement cette poitrine qui le rendait fou.
Gilles, lui tournoyait autour avec quelque succès, il la faisait rire aux éclats par de bons mots, des compliments joliment tournés. Alain, plutôt taciturne, silencieux et solitaire sentait qu’elle lui échappait. Et dans sa tête, c’était devenu comme air têtu et qui ne vous lâche plus : “ il fallait empêcher qu’il la lui vole, elle est à moi, à moi, à moi…..Ritournelle infernale dans sa tête qui l’envahissait tout entier. Lui aussi avait sa chance, il en était certain. Tiens ! La dernière fois, elle l’avait regardé en souriant, longuement ses yeux plongés dans les siens. Il en était sûr qu’elle s’intéressait à lui.
Jour et nuit, il y pensait, les deux hommes se croisaient sans plus se saluer, ils ne se reprochaient rien ouvertement, mais et l’un et l’autre savaient ce qu’il en retournait : Stéphanie et ses robes à dentelles, Stéphanie et sa belle bouche pulpeuse, Stéphanie, Stéphanie…… qui leur brûlait les sens, qui les rendait fous, qui les empêchait de dormir.

C’était il y a presque trente ans, Alain ne tire plus, il tremble, l’alcool y est certainement pour beaucoup. Il est là, les yeux perdus dans la jambe de Gilles comme si il y lisait toute son histoire, celle d’une vie ratée. Le trou béant de la balle qu’il devine sous le pantalon noir et qui l’aspire tout entier, qui l’engloutit, le dévore, le ronge, le mine, le détruit peu à peu sournoisement.
Et pourquoi tout ça, finalement ! La Stépanie a fini par monter à Paris avec un brocanteur parisien qui vendait de si belles choses, elle est partie sans un regard pour eux, sans un regret, elle n’est jamais plus revenue dans la région, livrant les deux hommes à l’enfer.

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13/07/2009

Ah sous la burqa ! L'Atlantide engloutie

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Il y a de ces haltes imposées qui vous minent le moral. Ainsi, la compagnie Etihad Airways qui vous retient en otage,  une nuit au moins,  à Abu Dabi, dans un cinq étoiles avant de continuer le périple ves l'Asie.  Plantée dans un décor hollywoodien de carton-pâte, face à votre petitesse des immeubles imposants surgissent du désert, frigorifiée par des ventilations qui vous gèlent  l'âme. Vous ne savez que faire de votre temps, vous observez du haut de votre immeuble de 20 étages, les longues limousines dans lesquelles s'engouffrent quelques obèses paresseux qui se traînent d'une limousine à une boutique chic et de la boutique à une autre limousine, chic et luxe , l'argent transpire de partout, mais c'est  surtout d'ennui que l'on transpire.

Soit, il faut bien tuer le temps en attendant de reprendre mon vol le lendemain matin, ayant en horreur le shopping, néanmoins, je me damne et m'engouffre dans "The"  Abu Dabi Mall. Les classiques enseignes mortifères Woolworths, Zara, Versace, Burberry, Louis Vuitton, Channel, Gucci and Yves Saint Laurent s'alignent comme partout ailleurs et puis cette vitrine insensée devant laquelle s'arrêtent quelques groupes de femmes en burqua. Dentelles noires et rouges, string recouvert d'un voile transparent léger comme la bise, aux allures de mille et une nuits, porte-jarretelles en moucharabieh noires , coeurs en diamant strass, papillons en plume rouge, froufrouteries, un monde insoupçonné, érotique, tapageur, le tout très coquin.  Du coup, j'entre dans la boutique pour m'assurer de qui pourrait bien plonger dans cet univers de soie et de dentelles. Les femmes parfumées à outrance, dans un cliquetis d'or,  choisissent quelques sous-vêtements qui jurent avec leur burqa, elles rient entre elles passent à la caisse en déposant leur butin prometteur de quelques nuits coquines.

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Elles repartent plus lascives et ondulantes que jamais laissant derrière elles une traînée odorante de jasmin et de rose, les yeux hyper maquillés brillent d'un éclat plus intense et on s'imagine un monde englouti sous la burqa, l'Atlantide des désirs enfouis et cachés sous le léger voile qui répond au moindre mouvement du corps imposant du coup un autre regard sur l'érotisme.  Un monde insoupçonné derrière la burqa !

 

 

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22/06/2009

Haschich: de l’extase à la dépendance

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Rien de nouveau sous le soleil ! On se pose autant de questions aujourd’hui sur ces substances qu’on s’en posait il y a plusieurs siècles.
Autrefois, considéré comme le “vin des pauvres” le haschich était admis. Connue comme plante médicinale par les Grecs et intégrée dans la préparation de médicaments, sa consommation comme drogue jouissive apparaît en Syrie et en Egypte avant la fin du XI ème siècle. Débarquée avec les Tatars, le haschich se répandra  plus largement et on finit par le considérer comme une deuxième arme, l'épée de Genghis Kan, souverain mongol, et la drogue qui rend passif celui qui devrait se battre contre l'envahisseur.

Ibn al-Baytar (XIIIème siècle) en décrit ses effets et sa préparation : Hachîcha (herbe). Il enivre fortement ceux qui en prennent même en petite quantité, son usage conduit à l’abrutissement. Leur esprit s’altère et ils aboutissent à la folie, quelque fois même à la mort. Les fakirs en usent abondamment, mélangé à du sésame ou du sucre, on le mastique ce qui procure excitation et gaieté. Parfois on le boit mélangé à quelque liquide - On ne le fumera pas avant l’apparition du tabac, c’est-à-dire début du XVII ème siècle.

Dès le XIV ème siècle, on tente de trouver par quelques pirouettes savantes une façon de le condamner, n’étant ni rejeté par la Sainte écriture, ni par le Coran finalement les docteurs de la religion optent pour une interprétation avec le raisonnement par analogie. L'ivresse du vin est interdite parce qu'elle corrompt la raison, idem pour le haschich donc par extension on devrait aussi interdire l'herbe et son ivresse. On s’appuie surtout sur ses effets nocifs; destruction mentale et physique et un hadith pose un principe général “Tout ce qui enivre est interdit” tout ce qui altère la raison, la corrompt et crée l’absence de cette dernière. Objet de prohibition absolu. Montée au créneau des opposants qui s’érigent contre cette décision, on le déclare seulement “corrupteur” ou “narcotique” et qu’il ne fallait juste pas en abuser, ils se réfèrent au Livre pour attester qu'aucune mention n'est faite au sujet de cette drogue : Un poète féru de taverne répondra par ces vers :" Dans  le vertige du haschich réside l'objet de mon désir, ô les petits possesseurs d'intelligences et d'esprits ! Sans motif ni rationnel ni scripturaires ils l'ont interdit. Or il est interdit d'interdire ce qui n'est pas interdit. Dans le conte des mille et une nuits, on découvre à travers les récits , la lascivité  « luxe, calme et volupté » induit par le haschich, même les sultanes s'y adonnent dans des parfums vaporeux, elle se laisse griser par la douce rêverie des voyages imaginaires au-delà  de l'enfermement du harem.


L’apparition du café à la fin du XV ème siècle, qui se répand du Yémen au Hedjâz, puis Egypte et Damas suscite des controverses aussi grandes,  à l’instar du haschich. Critiques vaines, car il était difficile de démontrer avec le café des effets aussi importants sur l’organisme et l’esprit. Les proliférations des Kahvehânes en attestera,  on y déguste à loisir ce nouveau nectar avec un peu de haschich, nouvel espace de convivialité et d’oisiveté.

Le cheikh damascain Ibn Taymiyya (1328) part en croisade contre le haschich. Il mène campagne aussi contre les lupanars et les tavernes à Damas. Il prononcera cinq fatwas contre le haschich. Il nous laissera des études approfondies sur le sujet afin de démontrer la nocivité de cette substance.
Dans son oeuvre “L’herbe de l’ivresse” il démontre qu’il serait illogique d’interdire le vin qui enivre et pas le haschich qui produit les mêmes effets, voire pires car l’herbe a des effets psychiques. Les buveurs peuvent devenir furieux, à l’opposé l’herbe produit langueur et soumission, diminue l’ardeur et le potentiel de nuisance de ses adeptes, amoindrit leur jalousie et les jette dans l’abjection, les rend effeminés et les conduits à se laisser cocufier ou à se prostituer eux-mêmes quand ce n’est pas les deux à la fois. La drogue est donc surtout un danger pour celui qui en use. Il a usé de toute la richesse du vocabulaire arabe pour en décrire les méfaits : altération, corruption, trouble, affaiblissement, couverture, diminution, confusion, absence, disparition ou inexistence de la raison, aveuglement de l’entendement, non-conscience de ce qu’on dit, folie.
Toutefois elle “ouvre la porte de l’imaginaire” et elle provoque plaisir et ravissement, voilà en quoi réside l’ivresse tant décriée car il est ensuite  difficile de s’en libérer. Un médecin contemporain Dr Al-Qastallâni mentionne une “enfermedad mental” se manifestant par un “el cambio que tiene lugar en el temperamento, que violenta los actos voluntarios y rompe el equilibrio, conduciendo de este modo al exceso y al desorden”. Tous s’accordent sur la dépendance des états mentaux et entraîne sûrement des effets désastreux sur l’organisme, le foie devient une éponge.

Mais le pire pour Ibn Taymiyya ce sont ceux qui utilisent la drogue comme moyen de se rapprocher de Dieu, suivez mon regard……Les Soufis sont pleinement visés et qui, eux,  maintiennent que l’utilité du haschich est plus grande que le péché d’en consommer. Elle amène droit à l’extase donc rapproche du divin. On reprochera aux Soufis sous couvert de démarches mystiques de vivre dans des couvents pour simplement “manger du haschich.” Eux  maintiennent  que  l'herbe est "Bouchée du souvenir et de la réflexion qui meut la détermination vers le plus noble des lieux, elle mène vers la Voie." Les poètes vont jusqu'à lui consacrer des vers :"Es el hachis el secret con el espiritu- Se eleva a las mas sublimes moradas- En la ascension celestial de un entendimiento- Libre de ataduras mundanas.
Marco Polo décrira d’autres mystiques “les haschishiyyin” “camés aux haschich” d’où le mot assassin parce qu’ils devenaient fous et selon les dires tuaient en masse.
On reproche aux  Soufis sous l’effet de la drogue de se transpercer, de manipuler des fers tranchants avec lesquels ils se font violence, dépendants ils offrent dès lors leurs corps aux supplices et qui les conduisent droit à la mort. Pour le cheick la société mamlûke va à la dérive, irraison, immoralité et mécréance.
Peut-on speeder la religion ? Pour les religieux, non ! Seule la prière et s’en tenir au Livre et à la Tradition doivent suffire contrairement aux Soufis qui sont aussi religieux et qui prônent l’inverse, les ultra-religieux les comparent aux Nazaréens qui boivent du vin pendant l’eucharistie pour atteindre l’ivresse et rencontrer Dieu.
On dénonce chez les Soufis les pratiques libertines peu en phase avec la religion telle qu'elle est conçue par les ultra-religieux: sous prétexte de religion, ils incitent à la transe, à la défonce par la drogue, encouragent le libertinage et la débauche, hétérosexuelle et homosexuelle dont avec des éphèbes.  "Religieux camés, mélomanes, omnivores, illusionnistes, entremetteurs, sodomites et autres imposteurs illuminés et  attaqués par Ibn Taymiyya."  On ira même à comparer par la suite les Soufis toxico Mamlûk comme des hippies avant l’heure, contre-culture par excellence au coeur de l’Islam. Ils vivaient en communauté, rejetant le système économique et partageaient leurs biens matériels. Leur position aujourd’hui est toujours très ambivalente, rejetés, pourchassés, ils continuent à déranger et sont carrément interdits en Arabie Séoudite. (le mouvement soufi au coeur de l'Islam reste un sujet passionnant, on les surnomme les néo-platoniciens !)

Au sujet des soufis stambouliotes, dans Voyages, Gérard de Nerval  écrit :”Ces derviches représentent la tradition non interrompue des cabires, des dactyles et des corybantes, qui ont dansé et hurlé durant tant de siècles antiques sur ce même rivage. Ces mouvements font arriver l’homme à un état bizarre où Dieu, touché de son amour, consent à se révéler par des rêves sublimes, avant-goût du paradis.”

Toutefois, on reste un peu plus souple quant à l’utilisation du haschich dans le cadre médical mais accepté du bout des lèvres – "L'usage de la marijuana, du haschich et de l'opium comme substances intoxicantes est interdite (haram). S'en abstenir est une obligation. C'est cependant permis dans une proportion qui n 'est pas nocive et n'a pas d'effet sur l'esprit,  sur recommandation d’un médecin spécialiste et pour autant que cela fasse du bien au patient” -  Al-Haskafi (1677 )


En conclusion : “Rien de nouveau sous le soleil !” à une exception près le taux de THC a notamment augmenté depuis ce temps avec tous les effets pervers que cela induit auprès des jeunes notamment.

Ouvrage de référence Ibn Taymiyya Le Haschich et l’extase
Textes traduits de l’arabe et présentés et annotés par Yahya Michot

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27/05/2009

A chacun son tsunami- Le retour à Genève ou la troisième vague

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A l’aéroport de Colombo de nombreuses photos sont épinglées par des familles de touristes disparus. Un couple de parents âgés vient d’arriver de France, probablement pour chercher leur enfant ou petit-enfant, on remarque qu’ils n’avaient jamais certainement voyagé aussi loin. Ils parlent à peine l’Anglais. Ils ont déjà l’air totalement perdu. Je les plains en me demandant ce qu’ils vont découvrir précisément, peut-être le savent-ils déjà.

Dans l’avion qui nous ramène en Suisse via la France, des sapeurs pompiers,  une quinzaine voyagent avec nous. Ils sont épuisés. De leur carrière, ils n’avaient jamais vu cela.  Ils sont intervenus près de Trincomalee dans le nord est du Sri Lanka, ils ont assisté des gens d’un village qui avait reçu de plein fouet une vague haute de 12 mètres. Une femme sapeuse-pompier compare cela à un immeuble qui se serait effondré sur le village, plus de la moité des gens sont morts, faisant du coup  un nombre incroyable d’orphelins,  de nombreuses autres personnes sont  blessése au niveau des hanches et des jambes surtout.

Fermer les oreilles, les yeux, je ne veux plus rien entendre, plus rien savoir …… C’en est  trop, trop de tout.

Le retour sera pour nous comme une  troisième vague. Après le 26 décembre , les gens ont surconsommé  des images d’horreur, spectaculaires. Je suis surprise de constater combien nous avons été plus réactifs qu'eux en rapport à ce qui nous est arrivé. A Genève, les personnes que je croise et qui nous regardent un peu comme des bêtes de cirque et qui nous  interrogent sans égards  ont l’air plus marquées que nous autres qui pourtant avions vécu ce drame au Sri Lanka. Ils ont subi l’évènement, nous l’avons affronté :  en cela résidait toute la différence.

Après quelques jours, nous finissons par être fatigués de répondre aux mêmes questions, répétitives, les enfants aussi montrent des signes d'agacement, un grand sentiment de lassitude nous envahit, un rien m’épuise. Je me couche tôt, je dors mal.

Chacun reprend ses activités, école, travail. Mais cette sensation de flottement ne me lâche plus tout à fait, une distance légère,  la vie se déroule   à travers l'écume des vagues, une impression de flotter, un peu cotonneuse pas tout à fait inconfortable. Les nuits sont remplies de mêmes cauchemars:  courir, se perdre , ne plus savoir où sont les  enfants tandis que l’Océan nous fonce dessus.

Quatre mois de ce sentiment étrange, puis un à mon tout grand étonnement, de la façon la plus inattendue comme ces choses-là arrivent, un jour surprise ! Un tsunami de type inattendu, sentimental celui-là  !  Je croise un homme que je connaissais mais de très loin, néanmoins  sa sensibilité et son intelligence ne m'avaient pas échappées, il passe devant moi, je suis en grande discussion avec quelqu'un d'autre, je souris tout en parlant.  Lui est entouré de gens, je regarde distraite ce groupe avancer, arrivé à ma hauteur, mon regard s'accroche au sien, velours brun, je plonge délicieusement dans  ses yeux; tangue, bouleversée. Et voilà que la vie vient me chercher, si délicieuse, elle  se met à courir avec passion dans mes veines, l'émotion me submerge, le coeur bat la chamade, sacré atterrissage .  Quel beau retour à la vie !

FIN


Epilogue : par la suite, nous lancerons une association d'aide au micro-crédit Tangage et je retournerai deux fois dans ce cadre au Sri-Lanka. Nos amis ont participé financièrement à la réalisation de petits projets qui avaient pour but de racheter les outils de travail:  filets de pêche, bateaux, tuk-tuk, machines à coudre...etc

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26/05/2009

A chacun son tsunami - Parents, amis, connaissances, la folle angoisse

 

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A peine trois heures après le tsunami, les appels nous proviennent de nos parents inquiets. Il est très tôt en Europe le décalage est d'environ  - 5h 30. A l'aube,  ma mère  tôt levée venait d'entendre une information stupéfiante à la radio, elle m'envoie aussitôt un sms auquel je réponds deux heures plus tard en la rappelant, puis elle prévient aussitôt ma grand-mère qui avait aussi entendu parler d'un truc qui porte un "nom compliqué japonais" dans la région où nous nous trouvions. En réalité, c'est de la Suisse que je devais apprendre le drame qui s'était produit en Asie du Sud Est, nous n'avions pas encore réalisé l'ampleur des dégâts et des conséquences du tsunami, même pas au niveau du Sri Lanka. On pensait, que seul le sud du Sri Lanka, là où nous nous trouvions, était touché par la vague. Quel choc devant l'étendue des dégâts à une telle échelle !

 

Nous étions sur la route pour Kandi lorsque je parviens à joindre ma mère sur mon portable en zone à faible réseau, lorsqu'elle entendit ma voix, j'ai senti un long silence dû au soulagement de m'avoir au bout du fil. Je lui ai expliqué brièvement que nous avions réchappés et que nous étions saufs. Puis, les parents, amis,  gens ne se contentaient pas de savoir que vous alliez bien, ils voulaient véritablement vous avoir au bout du fil et entendre votre voix et s'assurer  que c'était bien vous.

A partir de ce jour, les portables ne cesseront de  sonner,  jour et nuit,  chez tous les touristes tout au long de la journée. Parents, amis, collègues de bureau, enseignants d'enfants . Nous passions notre journée à rassurer tout le monde et expliquer le déroulement des choses. Le soir même arrivée à l'hôtel, je voyai une allemande qui ne pouvait pas répondre au téléphone sans éclater en sanglots et sa famille assurément la rappelait des dizaines de fois jusqu'à ce qu'elle puisse enfin se reprendre et raconter ce qui s'était réellement passé.

Les espaces internet étaient pris d'assaut, la ville de Kandi était submergée d'arrivée de touristes inattendus et qui avaient fui les côtes sinistrées. Dans les réceptions d'hôtel c'était une agitation sans précédent. Bien évidemment les gens n'avaient pas réservé, les chambres étaient prises d'assaut.  Dans tous les hall,  la télévision donnait des images en continu du tsunami, si bien qu'épuisés par cette ambiance surmédiatisée, le  stress des sonneries de portable, de gens qui pleurent, qui parlent fort,  nous avions opté pour louer une maisonnette en attendant de savoir ce qu'il fallait faire. La maison d'une artiste peintre, par bonheur.

L'aéroport de Colombo se transformait en hôpital de personnes à rapatrier, les Autrichiens  mettaient à disposition gratuit un avion pour aider les gens à quitter le pays et nous, on ne savait plus trop s'il était préférable de rester ou  de partir. On optera pour la deuxième solution, laisser partir ceux qui étaient blessés d'abord.

Dans la journée, la France parvenait à envoyer le numéro vert à contacter au Sri  Lanka  sur tous les portables français de ses ressortissants français. Nous étions impressionnés par la rapidité d'action. Les Français et d'autres pays européens faisaient afficher sur les devantures de lieux internet des informations concernant leurs ressortissants. Quant à la Suisse vous oubliez, inexistante.  Calmy Rey me répondra par la suite que la Suisse ne pouvait  pas intervenir sur le modèle français en raison de la loi plus restrictive sur la protection des données.

Dès les premiers jours  dans Kandi, tous les lieux publics, banques, commerces, écoles affichaient la photo de leurs morts avec l'annonce de leur  disparition. Pas un endroit n'avait son ou ses morts;  la ville entière se transformait en cimetière, les vacances scolaires y étaient pour beaucoup, tant de gens étaient partis sur la côte  et qui n'en reviendraient jamais ……………………………………..……….……..

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A chacun son tsunami - Passer par le conduit de la cheminée

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Elle s'appelle Ishanka, c'est un minuscule bout de femme qui est assise sur un lit  dans une pièce très simple. Elle m'a carrément entraînée chez elle de force pour m'offrir à boire. Ses trois enfants sont assis dans  un vieux canapé en face de nous, ils sont figés, pas un trait sur leur visage froid et impassible. Je suis étonnée de les voir si "retirés."  Ils écoutent leur mère raconter pour la  énième fois son histoire de tsunami. Elle vient de Galle, la vague est arrivée en trombes  dans leur demeure,  les enfants se sont enfuis en sachant qu'ils avaient laissé leur mère derrière eux  tandis que l'eau s'engouffrait dans leur maison dans un fracas terrible. Elle se réfugie dans la cheminée très large et se retrouve portée en haut du conduit   et elle redescend avec le retrait  de la vague. Les enfants terrifiés et croyant leur mère morte, la voient sortir indemne de chez eux. Sur un ton hystérique, elle décrit cette scène qui me paraît surréaliste tandis que je constate avec efffroi que les enfants sont atrocement atteints et choqués.

Il bégaie depuis le tsunami et se plaint "Maintenant ma femme me déteste, elle dit que nos deux enfants sont morts noyés par ma faute." Il avait décidé de rester quelques jours chez ses parents qui vivaient au bord de l'Océan à Galle , elle n'y tenait pas particulièrement, il a insisté, elle a cédé. Le tsunami les emportera,  ses parents et ses enfants. La femme le lui reproche tous les jours :"Je ne voulais pas, c'est toi qui as insisté"

Des scène de ce type par milliers, avec à  chaque fois un individu touché et choqué, chacun a vécu son "évènement traumatisant". Beaucoup de personnes âgées mourront de crise cardiaque peu de temps après le tsunami, aphasie, bégaiement, apathie complète, dépression, alcoolisme, toutes la gamme des maux qui sont des manifestations du choc post-traumatique. Et tous les dégâts collatéraux qui découleront de cette tragédie.

Pourquoi raconter encore cela direz-vous ?  Pour la simple raison qu'il y a encore beaucoup à dire, aujourd'hui, loin de la surmédiatisation et autant de leçons à retenir sur ce qui s'est produit.

 

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25/05/2009

A chacun son tsunami - La nature est-elle si cruelle ou sommes-nous si dénaturés ?

 

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La première nuit après le tsunami fut très  mouvementée. On s'endort épuisé et moins d'une heure après on a les yeux grands ouverts. Au moment de se coucher ma fille se met à pleurer, elle se souvient avoir laissé sa poupée dans le bungalow. Elle sanglote en se lamentant :" j'ai laissé ma poupée se noyer, je suis une mauvaise maman" et à nous de la convaincre et de lui démontrer qu'on l'avait  seulement oubliée dans la précipitation du départ mais qu'elle sera assurément adoptée par une enfant sri lankaise qui sera très heureuse de s'en occuper de sa poupée "Vanessa"

 

Au milieu de la nuit je réfléchis et m'interroge :  la  nature peut-elle tuer autant de personnes sans prévenir ?  Je passe tout en revue et admets qu'il y avait de forts signes avant-coureurs de tsunami,  mais en ce qui me concerne je n'étais pas apte à mettre un nom sur ce qui se produisait. J'ai identifié les maux sans pouvoir poser de diagnostic, mais n'importe quel scientifique qui aurait repéré les signes de  la veille déjà entre 15h30 et 17h30 aurait pu décrire exactement ce qui se passait et dire quelle était la cause précise des manifestations visibles :  à savoir un tremblement de terre sous-marin.

 

Le 25 décembre entre  15h30 et 17h30 , c'est-à-dire  le jour d'avant, j'était assise sur la plage de Tangalle, entrain de laisser tranquillement le sable glisser entre mes doigts. . Un bruit  étrange sous moi qui m'a étonnée. Mais j'étais à peine sûre de l'avoir senti. Normalement une horde de 4 ou 5 chiens couleur sable se baladaient ensemble, ils se sont enfuis peu de temps après ce boum souterrain, et un seul qui est resté s'est mis à pousser des hurlements pareil à un loup.

Finalement, les filles  jouaient  à plonger dans les vagues en compagnie d'une sage-femme française venue au Sri Lanka en voyage de noces. Pas très finaude à ce jeu de cache-cache avec les vagues en général, lorsque je me baignai je  les surveillai de très près   et étudiai le moment précis de plonger profondément  sous la vague pour repasser de l'autre côté . Mais ce jour-là impossible, elles étaient secouées, brisées, cassées comme de l'eau dans un verre qu'on secouerait fortement. Je suis immédiatement sortie de l'eau, puis  ensuite un homme s'est mis à dériver avec son surf sur lequel il était couché.

 

A partir de ce moment, je suis restée debout à surveiller les baigneuses et très inquiète je leur ai dit de sortir de l'eau, à la sage-femme également.  Vous sortez de l'eau immédiatement ! Elles étaient surprises, mais je leur ai dit " vous ne voyez pas que l'Océan est bizarre aujourd'hui."

 

Certes, la théorie du complot on la connaît tous, mais je puis affirmer qu'avec une bonne communication ad hoc, on aurait épargné des milliers de vie et que les phénomènes nombreux sont apparus bien avant. Ose-t-on le dire ? Si oui, on sera obligé de constater le déficit d'information et l'incapacité à réagir rapidement et qui aurait épargné tant de souffrances .

 

Je confirme persiste et signe que la veille nous avions déjà des signes anticipateurs du désastre.

 

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24/05/2009

A chacun son tsunami - Une grand-mère sauvée par ses petits-enfants

 

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A Unawatuna située au Sud de Galle ,  Dan un Zürichois vivant entre la Suisse et le Sri Lanka  me raconte son tsunami. Il était sur la terrasse lorsqu'il a vu l'eau arriver dans leur jardin qui ne donne pas directement sur l'Océan. Il court, réunit les 16 personnes  qui vivent dans leur guesthouse  -  une magnifique demeure coloniale - et dont la plupart sont des touristes. Ils  se réfugient tous sur la colline.

Pendant ce temps, l'eau monte inexorablement, charrie des frigos, des tables, des portes, même un générateur de 200 kg au bas mot. Une grand-mère n'arrive pas à les suivre dans leur course effrénée, ses petits-enfants l'attendent. Elle reste paralysée de peur sur un pont qui commence aussi à être submergé d'eau, les petits-enfants,  deux garçons et une fille qui doivent avoir entre 8 et 12 ans , sont décidés à ne  pas abandonner la grand-mère qui leur commande de partir.  Ils refusent d’obtempérer et s’accroche à elle pour la décider de quitter le pont auquel elle s’agrippe désespérement. Dan rebrousse chemin, enlève sa chemise et plonge, il attrappe une table et les invite à s'y accrocher. Les petits-enfants arrivent à persuader leur grand-mère qui ne sait pas nager d'entrer dans l'eau et de s'accrocher à la table que leur tend Dan. Il réussira à les  emmener  de l'autre côte de la rive.
Ils passeront la nuit sur la colline avec  300 autres personnes. Sans eau, sans nourriture, des hélicoptères passent au-dessus de leur tête. Ils font des signes désespérés pour demander des vivres, rien. Les hélicoptères  s'éloignent dans un bruit assourdissant.
Le lendemain, après une nuit à dormir dehors, bouffés par les moustiques, ils redescendent et découvrent avec stupeur une vision dantesque. La maison est détruite, les meubles balayés. A ce choc, vient s'ajouter celui des vols, leur meilleur employé a fracturé le coffre, ce sont des collègues qui l’ont vu faire tandis que l’eau entrait dans la pièce.

Un  vieux monsieur qui est tour à tour, portier, gardien de nuit, jardinier, bénisseur,  sa tâche consiste aussi à bénir les lieux le soir, à l'aide  un encensoir, il parcourt les pièces et les bénit en  murmurant des prières supposées vous protéger et protéger l'endroit. Ce petit monsieur de 1m50 portait un uniforme de capitaine de bateau tout blanc à épaulettes jaunes et une casquette à visière jaune également. Toujours sur le pont, en l'occurrence la terrasse de la guesthouse,  à aller et venir, aux aguets, il  déambulait  fièrement dans  son costume. Il est choqué et n’a pas encore réalisé  que ses deux uniformes de capitaine sont partis emportés par le tsunami. Il est dégoûté de voir que l'Océan ne respecte rien ni personne, même pas les galons de son uniforme, symboles de force et de pouvoir.

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23/05/2009

A chacun son tsunami - Le train fantôme d'Hikkaduwa


train01.jpgLe soir après des heures de route, on  arrivait enfin  à Kandi.  A l’hôtel, on tomba nez-à-nez avec  des touristes belges qui se trouvaient être dans la même résidence que nous,  à Palm Paradise. Ils nous tombèrent dans les bras, soulagés de nous voir tous présents. Eux-mêmes qui étaient partis tôt ce matin-là avaient plongé, à Hikkaduwa, ville au bord de l'Océan,  hors des fenêtres du train*  en marche qui les menait à Colombo et qui fut frappé par la vague mortelle, faisant  mille cinq cents morts d’un coup. On imagine aisément l'horreur, le train se trouvait être à moins de cinq  mètres de la mer. Nous paraissions tous être dans un état d’excitation étrange, surréel. Nous nous serrions dans les bras, émus, en silence comme des frères, alors que nous étions jusque là quasiment que des inconnus,  les uns pour les autres .

Les premières images que je vis à la télévision et qui par la suite tourneront en boucle pendant des semaines et qui me firent découvrir l'étendue des dégâts dans une bonne partie de l'Asie du Sud Est,   me faisaient  frémir et surtout avoir cette impression si étrange après avoir entendu le nombre de morts, impression qui consistait à n'avoir pas survécu à une telle catastrophe, je m'imaginai encore être vivante alors que j'étais certainement morte............ je me pincai pour être  sûre de n'être pas noyée, cette sensation de ne plus être de ce monde  restera pendant des semaines. Quel doute affreux !


*LE TRAIN FANTÔME D'HIKKADUWA

Ce qu'il adviendra de ce train par la suite
Il est resté là durant des mois, les vitres brisées, tout rouillé au milieu d'un camp de réfugiés, victimes du tsunami. La vie , ma foi, reprenant son bonhomme de chemin, et la curiosité aidant, Sri lankais et touristes s'arrêtaient voir ce train fantôme. Une espèce de musée s'est organisé naturellement et spontanément avec ticket d'entrée, visite, parking et buvette le tout improvisé par les gens du camp.

Les autorités d'Hikkaduwa ont décidé que c'était manqué de décence que de transformer ce train en site touristique incontournable sur la route menant vers le sud. Donc, ils l' ont déplacé,  malgré la farouche résistance des guides improvisés et l'ont stationné sur une plate-forme de la gare d'Hikkaduwa.

Je racontai ceci à un Sri Lankais à Colombo et nous faisions  un parallèle avec Pompéi, site touristique où on paie pour voir  des gens figés par la lave rattrapés dans leur course folle par cette rivière de feu.
Conclusion :  ceci n'est   que question de temps.

11:40 Publié dans Voyages | Tags : sri lanka, tsunami, hikkaduwa, train fantôme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |