18/11/2010

L'ACCIDENT

k0653058.jpgMardi - Un ciel bas et pluvieux qui confond les heures de la journée, tôt le matin, tard le soir ? On ne sait plus trop précisément, dans cette grisaille où  tout devient flou. Face  à l'entrée des urgences des Hôpitaux universitaires de Genève, je vois un groupe se former.  Des hommes essentiellement, ils sont huit ou neuf, ils ressemblent à des ouvriers. Ils se resserrent et forment désormais un cercle fermé, un rond parfait comme pour se protéger de tout nouveau malheur, comme pour s'assurer que le destin ne viendra pas encore frapper une fois un des leurs. Les femmes commencent à arriver, ils se serrent la main rapidement, sans se regarder pour être sûr de ne pas rajouter à la tristesse de l'autre en lui offrant le spectacle de leurs larmes.  

 Régulièrement un homme ou une femme du groupe entre aux urgences,  "URGENCES" écrit en grand, collée contre,  l'ancienne inscription Pavillon d'acc...... légèrement en vue et dont les lettres à moitié effacées étaient moulées dans le béton gris, puis plus loin, l'enseigne de la cafétéria des HUG ."Aux bonnes choses", ces trois enseignes côte à côte ont presque quelque chose d'insensé en ce jour de grand drame.

 

A tour de rôle, ils  poussent la porte tournante et disparaissent  dans la bouche sombre comme dans une mine après un coup de grisou, un va-et-vient incessant pour ramener des nouvelles d'en bas qu'ils viennent murmurer aux autres qui attendent en haut.  On imagine les médecins s'acharner à sauver cette vie. Hochement de tête attristé, personne ne parle, les hommes aspirent la fumée en tirant nerveusement par petites bouffées, sur leurs cigarettes, à pleins poumons, comme pour se remplir de vie ou se sentir encore en vie.  Ils  les fument l'une derrière l'autre en aspirant intensément et en rejetant  la fumée en  un soufflement  fort et bruyant, ils sont  fous d'anxiété.

 La presse l'annoncera en quelques lignes laconiques. Un ouvrier meurt suite à un accident de chantier, un homme de 34 ans qui a chuté d'un échafaudage d'une hauteur de huit mètres et laisse derrière lui désormais une femme veuve et quatre enfants orphelins de père.

Selon la TDG "L'ouvrier travaillait pour un sous-traitant de l'entreprise de construction britannique ISG Europe. Selon nos informations, les travaux, censés être achevés le 15 novembre, ont pris du retard. «Une grosse pression est faite sur les ouvriers pour accélérer le rythme de travail, rapporte notre informateur. L'ouvrier en question était un carotteur. Ils lui ont fait faire beaucoup de zigzag, pour faire des trous ici et là, à un endroit où l'échafaudage ne comportait pas de garde-corps. D'ailleurs, ils n'en ont toujours pas mis après l'accident.» Nous n'avons pas pu joindre ISG Europe aujourd'hui.

Le syndicat Unia, qui voulait se rendre sur le chantier comme il le fait à chaque accident, s'en est vu refuser l'accès, ce qu'il dénonce comme une violation de la liberté syndicale. «Nous ne savons rien des circonstances de l'accident, ni du statut de la victime, déplore la secrétaire syndicale d'Unia Filipa Fazendeiro. Etait-il déclaré ou non? Etait-il employé, indépendant, chef d'entreprise? Combien de morts faudra-t-il pour que Mark Muller revienne sur son projet de démanteler l'Inspectorat des chantiers?»

En parcourant ces lignes, je reconnais le drame, le jour et l'heure correspondent, effectivement ceux que j'observais étaient des ouvriers,  sans le savoir, je vivais avec eux l'attente douloureuse et puis comme si ce fut un ami, j'apprends la triste nouvelle de sa mort, émue je songe aux quatre enfants, à la veuve.

Paix à son âme !

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28/10/2010

RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES : UNE MODE OU UNE VRAIE BONNE IDEE ?

PAR MARION MOUSSADEK - JOURNALISTE INDEPENDANTE RP

photo2.jpgEconomie européenne - Aujourd'hui, s'ouvre le sommet sur la responsabilité sociale des entreprises, à Bruxelles. A l'île Maurice, cette mesure incitative est obligatoire depuis peu pour toutes les PME.

« Je n'en reviens toujours pas. Avant, chaque matin, dans mon village, je regardais partir la navette des employés de l'hôtel avec envie. Je me disais qu'ils avaient une chance inouïe de travailler là-bas. Maintenant, je fais partie du convoi matin et soir ! », raconte Vanetta Sarah, 28 ans. Cette Mauricienne originaire du sud de l'île, un des coins les moins développés de ce lopin de terre grand  comme le canton de Zurich, a arrêté l'école à 13 ans -« dans ma tête, je me disais tout le temps que ce n'était pas fait pour moi »-. Contre toute attente, elle peut aujourd'hui se targuer d'être gouvernante dans le superbe hôtel de luxe Charles Telfair, pieds dans l'eau...de l'océan indien. Une aubaine pour cette jeune fille qui tournait en rond à la maison avec sa mère, en attendant chaque jour que ses ouvriers de père et frère rentrent dîner.

 

 

A qui doit-elle cette formidable opportunité ? A un levier, appelé « responsabilité sociale des entreprises », RSE, ou CSR, Corporate Social Responsiblity, pour les plus avertis. Mais encore ? Le gouvernement mauricien qui a rendu ce levier obligatoire pour toutes les compagnies privées, le définit ainsi : « les firmes étrangères ou locales devront reverser 2% de leurs bénéfices nets à des ONG ou des programmes nationaux qui contribuent au développement social et environnemental du pays [...] en vue de promouvoir une convergence entre l'économie, le développement social et l'environnement ».  Le thème réunit aujourd'hui les ténors de l'industrie avec des représentants de GDF Suez ou encore d'IBM Europe, emmenés par le vice-président européen de l'industrie et de l'entreprenariat Antonio Tajani et le commissaire européen à l'emploi Laszlo Andor.

Comportement responsable

Ces sommités vont se creuser la tête pour que le tissu économique européen tende à «un comportement responsable [qui] se traduit par une réussite commerciale durable ». Les firmes sont libres de choisir sur quel projet elles veulent jeter leur dévolu, mais quoiqu'il en soit, la mise en place d'une RSE implique nécessairement trois acteurs : gouvernement, secteur privé et société civile.

A l'île Maurice, ces trois protagonistes ont été déterminants pour Vanetta et une centaine d'autres jeunes que s'est engagée à former cette entreprise dans l'année à venir. Pour mettre en place cette politique, ce superbe complexe hôtelier de luxe, Veranda Resorts, qui compte notamment 2 hôtels 5 étoiles au sud-ouest de l'île, le Charles Telfair et l'Heritage Awali, ainsi que quelque 300 villas individuelles en cours de construction destinées à être vendues aux riches étrangers, s'est dotée d'une fondation.

 

 

 

photo1.jpgPas d'assistanat

Cette fondation de « L'atelier du savoir de Bel-Ombre »  se charge d'injecter ces fameux 2% dans les domaines qui lui semblent les plus pertinents. Et ils ne manquent pas : création de crèches, de pistes cyclables, de chapeaux à partir du vétiver qui pousse sur le golf 18 trous... Pour chacune de ses activités, la fondation Bel-Ombre forme (réparateurs vélos), accompagne (cours d'entreprenariat par exemple) et insère (stage suivi d'emploi).

Son directeur, un passionné qui soulèverait des montagnes, Bernard Li Kwong Ken, insiste pour se démarquer de la politique d'assistanat : « Notre fondation est comme un centre d'incubation ! Nous avons plusieurs programmes d'insertion de la population locale. Tout doit être pensé avec son corollaire systématique. Par exemple, nous avons formé des dames aux métiers de la petite enfance pour qu'elles soient capables de gérer une crèche. Cette garderie créée permet désormais aux mères, que nous avons parallèlement formées à différents métiers, à laisser leur enfant en toute sécurité et à aller travailler. Si nous mettons en place le tri des déchets (ndlr : inexistant dans tout le sud de l'île), le verre pulvérisé pourra être utilisé pour sculpter des figurines artisanales. »

6 000 dollars par villa vendue

Filles-mères ou anciens sucriers restés sur le carreau suite à la rationalisation imposée par l'OMC : ces mesures permettent aussi de réinsérer des Mauriciens qui travaillaient pour la première ressource du pays, le sucre, désormais reléguée en troisième position...après le textile. Sur les 300 employés que compte le seul hôtel Heritage Telfair, implanté en plein ancien domaine sucrier, une centaine devrait, à terme, être formée par la fondation de l'atelier du savoir de Bel-Ombre, dont le financement paraît incroyablement simple.

Sur chacune des 288 villas du domaine dit Valriche, « la vallée des ruches », vendues de 1, 2 millions à 2,5 millions de dollars, quelque 6 000 dollars iront à la fondation du savoir de Bel-Ombre. Une somme qui a notamment permis de mettre en place un programme d'alphabétisation. « Nous avons le cas d'une retraitée de 59 ans, analphabète, qui, chaque mois, se faisait voler son chèque de pension par ses enfants. Au bout de 2 semaines à fréquenter notre atelier d'alphabétisation, elle savait lire et reconnaître l'enveloppe qui arrivait à son nom. Pour elle, ça a été la fin du calvaire », raconte Bernard Li Kwong Ken.

Gagnant-gagnant

Mais attention, cours d'alphabétisation, projets de création de pistes cyclables, vannerie produite à partir du vétiver qui pousse sur le golf : aucun de ces programmes louables ne se fait entre deux portes, même si, comme d'autres, Vanetta a été recrutée par la fondation du savoir de Bel-Ombre, au cours d'une opération de porte-à-porte. Il aura fallu un stage de 3 semaines en « Life skill management », trois mois de cours à l'école hôtelière à Eben, à 1heure de là, pour que celle que les enfants de son village appelait « marraine » -« le peu de choses que je savais, je les leur ai transmises »-, se retrouve « housekeeper » en fin de formation à l'hôtel. Avec la nouvelle opportunité que représentent le complexe de villas de luxe en construction qui surplombent le golf, Vanetta a même pu s'offrir le luxe de choisir son employeur. « Je vais désormais être la gouvernante d'un client privé sud-africain qui a acheté 10 villas. Il m'offre le double de mon salaire actuel ». Un solde dont le chiffre - 10 000 roupies par mois (340 francs suisses environ)- a été soufflé par l'employeur actuel lui-même. Qui accompagne donc jusqu'au bout.

Un employeur qui reconnaît à demi-mots que tout le monde trouve son compte dans cette politique imposée par le gouvernement : « En laissant la population autochtone à l'écart du développement touristique, qui plus est, de luxe, en laissant ces poches de pauvreté à nos portes, on attiserait l'envie et la jalousie. Là, tout le monde ressort gagnant : l'environnement est sécurisé, notre complexe draine des emplois. Tout le monde est content », lâche un directeur d'hôtel. Un dernier commentaire de Vanetta le confirme : « Aux yeux du village, et de mes parents qui sont désormais infiniment fiers de moi, j'ai réussi ».

 

Marion Moussadek

Aujourd'hui, les discussions du réseau européen de la CSR, dont quelque 70 multinationales sont membres, sont à suivre en ligne, sur Facebook notamment.

http://www.csreurope.org

 

Un grand merci à Marion Moussadek, journaliste indépendante et très engagée  pour sa contribution à ce billet.

 

 

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28/03/2010

La smala de Gorée- Retour au Sénégal

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Chose promise, chose due, la tête fourrée dans la liste des courses à acheter pour Dakar -  nous prévoyons de fêter nos anniversaires sur place - 1 er avril pour moi et 4 avril pour Marie-Jo,  je repars ainsi pour 15 jours. Vous vous souvenez en décembre, je vous racontais l'histoire d'une amie auprès de qui  je devais me rendre en vacances, des pieds en éventail sur la plage dans mon imaginaire de vacancière, je terminai en réalité par travailler à l'usine Transtech avec elle. Debout à 6h30, dans la chaloupe pour le trajet Gorée- Dakar, puis l'usine.

Marie-Jo venait de perdre son mari Eric, directeur d'une  usine de recyclage de déchets plastiques, et  dès lors contrainte de reprendre  les commandes de l'affaire, du même coup, après sa mort, elle devenait veuve avec 14 enfants dont une bonne partie sont des orphelins adoptés.

A vous  tous blogueurs qui me lisez , il est important que je vous explique que le blog sur la "Smala de Gorée" a crée un réseau de soutien extraordinaire. Nous avons reçu des appels téléphoniques en Afrique, des emails de soutien et puis des propositions concrètes d'aide. Comme la dernière - et je viens de l'apprendre seulement hier- d'une blogueuse émérite Marie-France de Meuron qui en se rendant au Sénégal pour suivre les travaux de l'Hôpital de médecine traditionnelle Keur Massa près de Dakar a rencontré une  Marie-Jo, subjuguée et qui décrit cette rencontre magnifique avec  Marie-France que je ne connais pas encore. Elle a reçu la commande d'un  chantier d'assainissement  et qui donnera encore du travail à l'usine. Pour sa part, Marie-Jo a engagé un jeune stagiaire, une connaissance de celle-ci. Et je vous jure, que je me réjouis de rencontrer ce jeune Moussa qui m'a écrit des emails pour me demander un stage en décembre. Tenace, il a fini par l'avoir et bravo à lui !

Puis, Reginald  de Darest à Genève qui ému par cette histoire s'est fait mentor pour suggérer des pistes de réflexion et d'action pour l'usine Dakaroise. A Place des Affaires, Enza Testa, propose à Marie-Jo un stand l'année prochaine, à Dakar Sylvestre qui a pris sur lui de créer en temps record  le site internet de l'usine financé en partie par son frère Oscar à Genève.  Spipou de Paris qui nous a proposé son soutien sur la protection des brevets.   Bref, vous le constaterez, vous n'étiez pas simplement sur des blogs à tapoter dans une vie virtuelle, mais la réalité pour certains vous avez su la prendre à bras-le-corps et je vous en remercie tous.

Donc, comme je vous l'écrivais dans les premières lignes, je me prépare à repartir. Inquiète par cette urgence de déposer 40'000 euros sur le compte d'une banque française à Dakar sous peine de fermer l'usine et que nous n'avons naturellement pas.  Le bankster est têtu, il ne veut rien entendre. Je console mon amie, tu ne les trouveras pas sous le sabot d'une mule, mais croyons au miracle, même si à Lourdes nous n'en voyons plus depuis fort longtemps, peut-être qu'à Dakar, les miracles se font encore.

Qui sait- une main généreuse, plusieurs qui s'associent en échange d'un séjour gratuit sur l'île de Gorée ?

(suite ...mon départ est prévu le 9 avril 2010, je reprendrai le blog de manière continue de Smala de Gorée)

 

 

 

 

11:29 Publié dans Solidarité | Tags : dakar, transtech | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

24/03/2010

Assises pour le droit à la formation scolaire et professionnelle : dessine-moi un sans-papiers !

assises 009.JPG Combien de sans-papiers en Suisse. Quelques chiffres flous , tout et son contraire. 100'000 ou 300'000  ? Posons la question différemment. Combien de familles suisses , de personnes âgées et invalides ont besoin d'un sans-papiers .L'Italie a osé  regarder les choses sous cet angle et répond une famille sur sept. Un constat révélateur et qui a permis des régularisations en masse de badante (auxiliaires de vie )  entre 300'000 et 400'000 .  Et qu'en est-il en Suisse ? Quand osera-t-on lever ce voile sur les besoins d'une économie domestique qui se sert auprès des sans-papiers.

 

Parmi eux combien d'enfants sans-papiers, là aussi, on ne peut se fier à aucun chiffre précis. Mais un seul enfant qui n'aurait pas droit à sa formation scolaire ou professionnelle serait un enfant de trop au regard de la Convention pour les droits de l'enfant et du Pacte 1 de l'ONU.

 

Les jeunes sans papiers ont accès à l'école primaire et obligatoire, parfois ils suivent le cursus des hautes écoles. Celui qui n'est pas scolaire n'a pas de chance, il doit continuer la formation professionnelle à plein temps à l'école, il ne pourra pas entamer un apprentissage pour la simple raison que sans statut légal, il est impossible de signer le contrat d'apprentissage qui un contrat de travail qui présuppose un permis de séjour.

 

La solution serait que la Confédération  et l'Office fédéral des migrations autorisent les sans-papiers de signer des contrats d'apprentissage. En attendant, Genève pourrait délivrer des titres cantonaux - un CCC au lieu du CFC - certificat cantonal de capacité en lieu et place du certificat fédéral  de capacité.

 

Lors des Assises de nombreuses questions sont soulevées. Dans la plupart des cas, ce sont aujourd'hui des adultes qui entrent en formation. Convention de l'enfant jusqu'à quel âge ? La formation des jeunes est prévue jusqu'à 25 ans.

Ne pas permettre à un jeune de se former, c'est de le contraindre à traîner dans la rue. Cela coûtera plus cher à la société.

 

A l'issue des Assises, le comité propose une résolution adoptée par l'assemblée générale de clôture des Assises pour le droit à la formation scolaire et professionnelle pour les sans-papiers. :

1- dépôt d'une initiative parlementaire fédérale pour garantir la formation scolaire et professionnelle ainsi que la prise de contrat d'apprentissage pour les sans-papiers (...)

2-De prendre contact avec les cantons et les communes où des procédures législatives sont en cours afin d'élargir ou d'ouvrir l'accès à l'éducation scolaire ou à la formation professionnelle des sans-papiers porter (....) sur le plan fédéral le débat (...)

3 - Mettre en place un groupe de spécialistes avec des spécialistes d'autres cantons en vue d'élargir l'interprétation restrictive du Tribunal Fédéral quant au droit à l'éducation et à la formation.

4 En attendant  permettre aux sans-papiers d'accéder à la formation professionnelle duale et de la reconnaître par une certification cantonale (CCC)

5 De proposer aux cantons et communes avec lesquels le canton a pris contact de se reconnaître mutuellement ces attestations cantonales de formation.

6 De ne pas procéder à l'expulsion de  jeunes sans-papiers scolarisés ou en formation ni de leur famille ou famille d'accueil, pour leur permettre de poursuivre sereinement leur formation.

 

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18/03/2010

UNE JOURNEE ITALIENNE - SANS LES IMMIGRES NOUS SERIONS PERDUS!

24 heures sans les immigrés et l'Italie serait paralysée. Un webdocumentaire contre les lieux communs sur l'immigration (une idée de Riccardo Stagliano) de la Reppublica tv

Essayez de déchiffrer ces noms : Eto'o, Pato, Vucinic,Felipe Melo, Milito,Ronaldinho,Vargas.

Imaginez qu'au prochain match ils ne jouent plus.

Ce serait une catastrophe. Sur 933 joueurs de football de série A et bien  322 sont des étrangers.

Un exemple révélateur. La vérité c'est que sans immigrants (même clandestins), toute  l'Italie serait paralysée.

 

Presque le 10% du Pil Italien arrive des immigrants, une famille sur dis dépend d'une nounou étrangère.

Même l'Église, aussi les hôpitaux. Dans le Trentin, dans la vallée de Non, les pommes sont cueillies  par des sénégalais. En Vénétie  des nigériens tannent les peaux pour la confection de vestes destinées à Hollywood.

 

À Vedelago, au coeur du leguisme Vénitien, ce sont les immigrants qui assurent le 90% du recyclage des ordures.

 

À Reggio d'Émilie les porteurs sont presque tous des Indus. En Campania les Sikh  élèvent les buffles .

En Sicile sans les pêcheurs tunisiens,  la flotte de Mazara du Vallo ne pourrait pas prendre la mer .

Et les routiers ? Au nord est le deux tiers sont des albanais et des roumains, aucun italien est capable de leur quarts

Et qui garderait nos vieux et nos enfants ? Les bureaux, qui les nettoieraient ?

Les immigrants ne viennent pas nous voler notre travail mais faire les métiers que nous refusons de faire.

Il suffit de raconter, comment  nous faisons ici, une journée de travail en Italie pour vérifier ce qui se passe en réalité.

 

Du  nord au sud.

NOUS AVONS BESOIN D'EUX !

 

(merci à Luzia de m'avoir envoyé ce lien et traduit le texte )

source :  http://tv.repubblica.it/copertina/immigrati-stagliano/437...

 

 

 

21:14 Publié dans Solidarité | Tags : italia, riccardo staglianò | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

11/02/2010

Mémoires d'une femme de ménage

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Un avant-goût du bagne, le boulot sur le ferry-boat à Ouistreham, la journalise Florence Aubenas a testé pour nous. Sous prétexte d'une année sabbatique au Maroc, elle s'installe à Caen, se teint les cheveux en blond les tire en arrière, lunettes sur le nez, ainsi transformée en chômeuse-pointeuse. Tous les matins, elle pointe son petit minois au Pôle Emploi où il y ancre ses habitudes : téléphone, imprimante, photocopieuse pour capter les offres du jour qui tournent en rond.  Nettoyage d'un  magasin de luxe à Deauville, trottoirs et vitres. Distribution d'échantillons de déodorants à Caen. Elle décrochera finalement le job sur les ferries, où on accepte aussi les  débutants.

Jeff le boss avale 100 km par jour pour venir travailler.  Il recrute comme au temps des esclaves : « Vous sortez vos papiers d'identité, je les photocopie. Vous ferez une formation demain matin, vous commencerez après-demain. Il y a, en général, trois ferrys par jour, à 6 heures, à 14 heures, à 21h30. On fait le ménage pendant l'escale, entre le moment où le bateau arrive et celui où il repart. Pour commencer, vous serez embauchés sur l'horaire du soir, six jours par semaine, congé le mercredi. La vacation à bord va jusqu'à 22h30. Ça fait une heure payée, en salaire de base. Après on verra. Pas de questions ? »

C'est Mauricette, la chef d'équipe qui forme les nouveaux. "Son humeur monte et descend comme la mer " Collé aux sanis (sanitaires) notre journaliste découvre les joies du nettoyage, le tout en 30 minutes. "En un quart d'heure, mes genoux ont doublé de volume, mes bras sont dévorés de fourmis et j'écume de chaleur dans le pull que j'avais cru prudent de garder. Je n'arrête pas de me cogner dans les gens, les meubles, je ne suis pas loin d'éborgner une collègue avec un pulvérisateur pendant qu'elle fait les bannettes. Elle ne se trouble pas : «Moi, le mois où j'ai débuté, j'avais des crampes dans tout le corps. J'ai perdu au moins 6 kilos. » Mauricette hurle Florence ; « Viens là. Tu ne vois rien dans la douche ? Les poils, là, sur le côté ? » Il faut recommencer à frotter devant elle, à quatre pattes dans les sanis, pendant qu'elle continue de cravacher le reste de la troupe, sans regarder derrière elle : « Allez les filles, dépêchez-vous, faut tenir la cadence."

Sur fond de seaux qui s'entrechoquent, de fracas d'aspirateurs, d'eau qui coule, des amitiés se tissent, des solidarités. Petit clin d'œil sur les parachutes dorés des pauvres : 200 euros.

Et la rencontre avec Astrid la conseillère en insertion de Pôle Emploi, toujours de bonne humeur.

"En général, nos entretiens commencent par une conversation de circonstance sur le ménage, que Mme Astrid mène rondement, y mettant même un certain piquant. « Quand vous faites des candidatures, madame Aubenas, qu'est-ce que vous mettez à la case "motivation" ? - Justement, je voulais vous en parler, madame Astrid. Je ne sais jamais quoi écrire. - Je vous comprends. C'est vrai : comment définir une motivation dans ce secteur ? Ici, mes collègues me disent que ça les détend de faire le ménage le dimanche. Moi, franchement, je préfère me mettre sur le canapé avec un livre. »
« Qu'est-ce que vous avez comme passion, madame Aubenas ? » Je réponds enfin, d'un ton un peu plat : « A votre avis, quel genre de passion pourrait intéresser un employeur qui recrute une femme de ménage ? »
Rien ne décourage Mme Astrid, jamais : « La musique, par exemple. Est-ce que vous aimez la musique ? » « Et comment vous décririez- vous, madame Aubenas ? Avec quelles qualités ? » A nouveau je sèche. Elle répond pour moi : «Moi, je vous vois dynamique. » Elle tape : « Dynamique. » « Et vous avez un bon contact l'esprit d'équipe aussi. » Elle ajoute : « Esprit d'équipe. » Le CV qu'elle me tend est une oeuvre d'art, avec des colonnes différentes, des grisés".

La visite chez le médecin du travail qui n'en a rien à faire . Il l'invite à se peser avec sa parka ? Pas perdre de temps surtout.

Florence Aubenas a osé une sacrée aventure, il fallait avoir le courage de plonger dans l'univers de la précarité, de relever les macches et d'y aller . Ce monde où, un jour, épuisé, on finit par se coucher et ne jamais plus se relever. 6 mois d'expérience à faire des ménages,  côte à côte,  avec les plus fragiles, l'armée des  CDD. Ceux qui ont amorcé la  voie de Clochardisation des Démunis et des Déprimés. La nouvelle classe ouvrière qui ne gagne pas plus de 700 euros par mois, un goût sulfureux d'une révolution qui s'annonce. Ils n'auront plus d'autre choix que celui de la révolte.

Sortie prochaine aux Editions de l'Olivier - Quai de Ouistreham de Florence Aubenas

Source Nouvel Observateur http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/2010021...

 

19:15 Publié dans Solidarité | Tags : florence aubenas, editions olivier | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

27/01/2010

Robin des Bois et le sens du service public

nottingham_haut23[1].jpgUn agent CGT d'ERDF-GRDF mis à pied 21 jours pour avoir revendiqué le rétablissement de l'électricité à des Rmistes

 

AP | 21.01.2010 | 13:43

Un agent de l'unité clients fournisseurs d'ERDF-GRDF Midi-Pyrénées a été mis à pied 21 jours pour avoir revendiqué le rétablissement de l'électricité à un couple de Rmistes et leur petite fille de deux ans, a-t-on appris jeudi auprès de l'agent en question.

Dans le cadre de la procédure disciplinaire engagée contre lui en octobre dernier, Dominique Liot, monteur branchement et militant CGT, était menacé de 28 jours de mise à pied pour avoir revendiqué en avril 2009 une opération façon "Robin des Bois" de rétablissement de l'électricité dans une maison squattée par un couple de Rmistes et leur petite fille.

"Le fait que la direction prononce une mise à pied de 21 jours alors que la sanction qui avait été votée au départ était de 28 jours montre, selon nous, qu'elle n'est pas à l'aise sur la logique de sanctionner mais aussi de couper l'électricité", a déclaré à l'Associated Press M. Liot qui a annoncé son intention de faire appel en interne et d'aller si nécessaire "jusqu'aux prud'hommes".

"On a d'un côté Henri Proglio, le patron de Veolia et d'EDF, qui touche deux salaires, et en face une famille de Rmistes qui ne peut pas payer ses factures et à qui on coupe le jus. Nous sommes dans une société de plus en plus injuste", a-t-il dénoncé.

Cette opération avait été menée lors du conflit qui avait opposé au printemps dernier la direction régionale de ces filiales de distribution d'EDF et GDF-Suez à certains agents opposés au projet d'externalisation de plusieurs services et de suppressions de sites. A l'issue de ce mouvement social mené de mars à mai 2009, qui s'était soldé par le retrait du projet et l'embauche de 66 personnes, la direction régionale avait déclenché plusieurs procédures disciplinaires.

AP

Vous pouvez rejoindre le groupe de soutien sur Facebook pour  Monsieur  Dominique Liot -

soutien à un agent EDF mis à pied pour avoir remis l’électricité

http://www.facebook.com/group.php?v=wall&gid=29396897...

soyez nombreux à envoyer vos commentaires de soutien sur Facebook

18:20 Publié dans Solidarité | Tags : edf, dominique liot | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

19/12/2009

Les animaux au coeur des conflits

images-4.jpgAu début de la guerre de Sarajevo, en avril 1992, nombre de correspondants de la presse internationale racontèrent l'histoire des animaux agonisants du zoo de Sarajevo qui mouraient de blessures par des éclats d'obus ou de la famine.

Le parc même fut placé dans un "no man's land" sur la ligne de front et ses employés essayaient en vain de s'en approcher pour les nourrir.

Une évacuation d'animaux vers d'autres pays avait même été envisagée, mais ils furent abandonnés à leur sort tant le risque d’être tué était grand.

Les habitants du quartier disent se souvenir encore des hurlements de leur lion mourant. Ils étaient si fiers du lion et de la girafe reçus quelques années avant le conflit. Tous les enfants et leurs parents avaient rendu au moins une fois visite à ces hôtes d’un genre particulier. Lorsque le gardien qui tentait de nourrir, au péril de sa vie,  les pauvres bêtes entre deux tirs de snipers, finit par être touché et mourir, les bêtes furent tristement livrées à elles-mêmes. Durant des semaines, on entendait des cris affreux, le directeur du zoo se souvient : "C'était horrible. J'entendais le cri de ces bêtes innocentes sans pouvoir les aider".  Quand après des jours d’agonie le lion expira, ce fut une défaite pour tous les habitants de Sarajevo. Le roi de tous les animaux considéré comme le plus fort en succombant les ramenait à leur propre faiblesse. Le seul qui survécut à ce désastre fut le boa dont la digestion lente lui assura sa survie.

Ane-Zebre.jpgToujours dans le registre des animaux, souvenons-nous de ce tour de passe-passe à Gaza quand les ânes, à la plus grande satisfaction des enfants, furent transformés en zèbres. Zèbres de fabrication locale à défaut de pouvoir en acheter et les acheminer par le tunnel. Les enfants ne s’en laissaient pas conter mais trouvaient que ces ânes étaient quand même beaux.

Ces animaux doivent vraiment penser que ces humains sont fous !

23:48 Publié dans Solidarité | Tags : sarajevo, gaza | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

18/12/2009

La smala de Gorée - Une mère courage !


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Elle m’avait invitée pour les vacances de Noël . Le billet en poche pour Dakar, je m’imagine prendre la chaloupe qui m’amènera sur l’ìle de Gorée, l’île aux esclaves. Des vacances idéales les pieds en éventail, à boire du lait de coco, entre baobabs et bougainvillées, en regardant la mer au loin. Soit, la paresse au rendez-vous, douce détente.

Entretemps, je recois un email dévastateur qui ébranle jusqu’aux tréfonds de l’âme. Mon amie m’annonce la mort de son mari, un français installé au Sénégal depuis de nombreuses années, entrepreneur d’une entreprise de recyclage de matière plastique avec ses 30 ouvriers. La voilà propulsée à la tête de l’entreprise et seule avec 14 enfants, la plupart sont adoptés. Ce petit bout de femme qui va devoir se démener, avec toute sa souffrance pour seul bagage.

Les vacances se passeront à ses côtés à tenter de sauver l’usine, à soutenir les enfants. Le plus urgent, trouver les fonds 15’000 euros pour acheter la matière première, bloquée au port de Dakar pour relancer l’usine. A part écrire, que puis-je faire ? Je me console en me souvenant que Rimbaud a bien été chef de chantier à Chypre et en Egypte. Passer de la plume au chantier. Je lui annonce que je compte du coup faire un reportage sur place, les ouvriers sont ravis. Suivre, jour après jour, le sauvetage de l’entreprise en plein deuil.

Mon arrivée à Dakar est prévue le 20 décembre.

Affaire à suivre………

 

Novembre - MES CONDOLEANCES A MA BELLE SMALA DE GOREE QUI VIENT DE PERDRE UN PERE ET UN MARI.

 

Mai 2009

Il y a de ces amitiés solaires qui ne prennent pas une ride en trente ans. Seules les années nous ont légèrement égratignées, marquant leur passage de  traits profonds, autant de  belles signatures. Le temps du pensionnat à Vevey où nous déambulions en jupe bleu marine et socquettes blanches est si loin, un vieux souvenir poussiéreux, a-t-il même existé ?

Deux bonnes amies qui se retrouvent et en quelques heures nous passons en revue, la famille de l’une et de l’autre : des parents déjà morts, des suicidés, des toxicodépendants, des naissances, des amours joyeuses, d’autres beaucoup moins, des voyages, des études, des mariages, des divorces, et puis une ribambelle d’enfants.

Mon amie, un minuscule bout de femme,  qui a gardé son regard plein de malice me raconte sa vie sur l’île de Gorée où elle réside, située à moins de quatre kilomètres de Dakar, au centre de la rade que forme la côte sud de la presqu'île du Cap-Vert. Sa vie joyeuse avec  14 enfants âgés de 14 ans à 26 ans, 5 filles, le reste sont des garçons. C’est le destin qui l’a voulu ainsi;  trois enfants sont les siens dont deux avec Eric un Français du Beaujolais qui travaille à Dakar dans le recyclage de plastique et qui fabrique entre autres des meubles très design. Puis la soeur qui décède et laisse sept enfants, on fait donc un peu de place, à eux tous viennent s’ajouter encore quatre autres enfants qui ont décidé et demandé à partager la vie de cette joyeuse bande.

Mais comme si cela ne posait aucun problème, mon amie Marie-Jo arrive encore à prendre le bateau tous les matins et se rendre à sa Galerie d’art L'Artisanerie, proche du débarcadère à Dakar. Un lieu d’insertion pour le travail des prisonniers et des enfants de la rue, c’est une coopérative artisanale. Quelqu’uns de ses enfants "adoptifs"  travaillent avec elle et gagnent ainsi un peu d’argent, le reste va dans une cagnotte qui permettra d’acheter ce qui manque aux autres. Et quand vraiment y a plus assez et que les caisses sont vides, on se retourne vers “Tonton Eric”.

Elle se met au fourneau tous les  soirs et prépare des mets cap-verdien, français ou sénégalais. Comme certains enfants sont musulmans et d’autres chrétiens, c’est avec porc ou sans porc, on honore toutes les fêtes religieuses, le Carême, le Ramadan, Noël, certains vont à l’église, d’autres à la mosquée. Chaque enfant respecte la religion de l’autre et même de ceux qui ne pratiquent pas. Avec les parents on parle français pour qu’Eric ne se sente pas exclu, les enfants entre eux parlent wolof.

Ils l’appellent tous Maman et Eric “Tonton” et parfois lorsqu’ils sont tous partis soit au travail, soit à l’école, soit en formation, on entend dans la grande maison vide, dite d’une voie éraillée un “Maman ! Maman ! strident, c’est le perroquet surnommé “Tocard” qui ne veut pas être en reste.
On compte parmi cette joyeuse troupe, des footballeurs professionnels, un tailleur, un moniteur d’équitation, un mécanicien de précision. Eux tous mettent volontiers la main à la pâte pour du bricolage à la maison sous l’oeil attentif d’Eric. Tous les enfants traitent avec le plus grand respect l'Oncle Charles,  50 ans, qui a perdu la boule et qui n'est qu'un enfant de plus, le personnage central de la maisonnée. Ils apprennent la tolérance et à intégrer la différence.

Si c’est compliqué ? Ils s’autorégulent, s’organisent entre eux, règlent leurs problèmes souvent à l’amiable, les grands grondent les petits lorsqu'ils font des bêtises ou parlent mal aux "parents.  Le  week-end, d’autres enfants viennent élargir le groupe.
Quant aux courses, elles se font par 50 kg au minimum, achetées à Dakar mises dans la chaloupe, puis transportées à la maison à pied. Il n’y a pas de voitures sur l’île. Chacun repart avec une liste de commissions et ce sont des centaines de kilos par an de nourriture.
Tandis qu’elle me raconte cette vie joyeuse et intense, son portable ne cesse de sonner. Oui ! installe la table au centre de la cour, répond-elle à l’artiste peintre au bout du fil. Actuellement, elle organise à distance une exposition de peinture par des artistes qui participent au Festival annuel artistique sur l’île de Gorée.


Leurs enfants écoutent avec passion les années suisses de “Maman” ou la France d’Eric, ils s’imaginent ces paysages, cette tranquillité, ce calme, cet ordre, la neige, le froid. Marie-Jo a vécu douze ans en Suisse, et achevé ses études avec une licence en droit à l'Université de Fribourg.

A force de gérer autant d'enfants, elle me raconte l'anecdote avec Sarkozy qui s'était  rendu sur l'île de Gorée, elle était entrain de lui parler en sa qualité de conseillère municipale, présidente de la commission environnement, avant même qu'elle ait fini son discours, il se retourne et part. Elle l'interpelle :"Eh ! Vous là-bas, je n'ai pas terminé" . Il revient sur ses pas et l'écoute jusqu'au bout, elle expliquait les avantages de faciliter l'obtention des visas pour les conjoints de ressortissants français, afin d'éviter les demandes de naturalisation. Elle me dit en s'excusant qu'est-ce que tu veux avec tous ces enfants, on finit par traiter tout le monde du pareil au même.

Ce que ça apporte tout ça ? - La générosité, l'ouverture sur des mondes nouveaux, maintenant on s'intéresse au foot, aux chevaux, au design. On n'arrête plus d'être passionnés.  C'est vrai, il y a parfois des problèmes à régler, des remises à l'ordre mais en rapport à ce que l'on peut vivre, ça vaut tous les efforts du monde. On n'a pas le temps de se regarder le nombril et de se sentir mal, on est juste pris dans ce mouvement dynamique d'un groupe qui évolue si vite, tous ensemble.

Elle termine sur un grand éclat de rire et me lance un énergique, tu sais quoi  ? "Je me réjouis trop de devenir grand-mère!"

Pour convaincre, elle a son argument choc, “le contraire de noble, c’est ignoble” alors soyons nobles et grands, si on peut et même si les moyens manquent parfois, et d'autant plus lorsqu'on peut  partager généreusement ce que l’on a la chance de posséder.

 

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09/11/2009

Le "Nègre Gelé" de Diemtigtal

images.jpgEn voyant les premières neiges sur les sommets des montagnes, le souvenir de l'Africain gelé en février 2009 à Diemtigtal ressurgit tel un fantôme dans ma mémoire. J'imagine encore cette triste histoire, la tragédie d'un homme qui n'avait pas reçu la juste information au bon moment , ce réfugié à qui on n'avait pas suffisamment expliqué en quoi consistait son statut de NEM - non entrée en matière.  Il a préféré s'enfuir, se cacher, il le payera de sa vie, de sa méconnaissance des conditions rigoureuses des montagnes suisses en hiver. Ce fait divers a été repris de manière libre dans un prochain roman, mais tout en écrivant cette histoire, je songe à l'errance solitaire de cet homme jusqu'à sa fin ultime. Paix à sa mémoire !

 

"Amir  se souvient d’avoir croisé au Centre de requérants , Mustafa, un Somalien très souriant avec qui il partageait les tâches de nettoyage du réfectoire, Mustafa parlait dans un anglais hésitant. Un jour, il vit que le Somalien était très dépité, il venait de recevoir une réponse négative en lien avec sa demande de statut de réfugié, il craignait tant d’être renvoyé en Somalie, ce qui signifiait pour lui la fin de tous ses espoirs, la mort. On lui colla l’appelation d’un NEM, non entrée en matière. Il lui fit comprendre qu’il allait disparaître bientôt, se volatiliser pour être sûr de ne pas être rapatrié chez lui. Effectivement, un matin, on constata que Mustafa avait disparu.

Quelques mois plus tard, sur un ton laconique, le présentateur du téléjournal annonçait un “Nègre gelé” dans les Alpes, le descriptif correspondait si bien à lui, qu' Amir était certain qu’il ne pouvait s’agir que de Mustafa bien que personne ne connaissait de manière précise le nom de l’Africain gelé ou du moins on n’estima pas nécessaire de le nommer ni de révéler  sa véritable identité. Il avait déchiré ses papiers, s’était réfugié en plein hiver dans les hautes montagnes sans connaître les conditions exactes et cruelles des froids hivernaux. Les villageois de Diemtigtal dans l’Oberland bernois, s’étonnaient de voir un Noir, si noir sur cette neige blanche que l’on voyait apparaître et disparaître au fond de cette vallée des Alpes bernoises sises à 1600 mètres d’altitude. Les chasseurs avaient écarté l’idée qu’il puisse s’agir d’ un homme et encore moins d’un Africain, aucun homme ne pouvait échapper aux nuits glaciales. De vieilles légendes réapparaissement comme par enchantement. Les dires des anciens du village se réactualisaient et se réinterprétaient sans fin au vu des derniers événements, des histoires de fantômes, de revenants, de loups-garous ressurgissaient comme par miracle, les vieilles histoires cachées du village transpiraient, refaisaient surface avec toute sa cohorte de vieilles haines,  transmises de génération en génération,  entre les familles du village.  On se souvenait de la jeune fille morte dans des douleurs atroces après un avortement subi à la sauvette à l’aide d’aiguille à tricoter, son fantôme probablement ou celui de son enfant devenu grand. Ou alors l’assassin du boulanger qui a été pendu, haut et court, autrefois et qui s’avérait être innocent et qui désormais hante les blanches montagnes pour décrier la noirceur du monde.

Soit la présence fugitive de cet Africain dont on ignorait tout et dont même la présence était incertaine avait réveillé les mémoires, délié les langues, dans les bistrots on commentait la chose en baissant la voix de crainte d’être entendu, d’effrayer les femmes et les enfants. La région entière finissait par vivre à l’ombre de l’Africain errant transformé en arbre à palabres des villageois qui commentaient cette noirceur du fond de leur verre de blanc. Une femme prétendit l’avoir aperçu; un Africain qui avait si fière allure. Une autre serveuse à qui il commanda à boire, un jour, appela la police très inquiète de voir un Africain pour la première fois dans cet endroit perdu, dans ce trou du cul de Judas. Le policier très débonnaire lui dit qu’en Afrique on n'appelle pas la police lorsqu'un  Blanc commande à boire et qu’il ne voyait pas pourquoi il devait se déplacer pour un contrôle d’identité chaque fois qu’un Noir commandait à boire dans un village perché des Alpes suisses.

Mustafa donc se réfugia d’un cabanon à l’autre, il entrait par effraction, y passait une nuit ou deux sans rien voler, ni nourriture de réserve qui se conservait longtemps, ni habit, ni couverture. Juste dormir, échapper à la police se croyant pourchassé.  Puis une propriétaire d’un de ces refuges de montagne réalisant que quelqu’un y avait passé la nuit, fit cadenasser la porte épaisse en bois. Décision fatale, ce fut précisément devant cette cahute “Ramseli” que Mustafa arriva épuisé, transi de froid, il n’eut plus la force de revenir en arrière, il tenta en vain avec ses dernières forces de fracturer le volet, mais il s’affaissa et le froid fit le reste. On le retrouva raidi, tout gelé couvert d’une mince pellicule de neige. La police enquêtera principalement sur le fait de savoir ce que le pauvre homme avait volé pour survivre.
Au sein de la résidence, cette histoire fit grand bruit, les Somaliens craignaient tous de finir gelés comme leur compatriote. Mais il aurait suffi d’expliquer à Mustafa que même si la loi était inique, car quand bien même le statut de réfugié lui était refusé, il ne pouvait pas être renvoyé chez lui et qu’en bout de course, il se retrouverait simplement dans une situation illégale et qu’hormis notifier l’infraction, la police se trouverait contrainte de le relâcher après le contrôle de routine. C’était une de ces situations kafkaïennes dans laquelle, le gouvernement se plaisait à engluer les demandeurs d’asile déboutés.

22:43 Publié dans Solidarité | Tags : diemtigtal | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |