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  • Récit d'une tragédie en mer

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    11044643.jpgUn réfugié m'a raconté une histoire qui me poursuit depuis plusieurs jours et que je partage avec vous. En provenance de Syrie, il a traversé la mer avec sa femme et trois enfants. Le réfugié qui est aussi journaliste s'est retrouvé dans une barque avec soixante personnes au lieu de trente autorisées. Il tenait sa petite fille de cinq ans par la main et sous sa veste, il  avait caché son ordinateur, son téléphone et son argent. Mais le trésor le plus précieux,   surtout à son ordinateur dans lequel se trouvait tout son travail de plusieurs années ses articles. Bref, la mémoire de sa vie.

    A mi-parcours en direction de la Grèce, l'eau commence à s'infiltrer et monter dans l'embarcation. Affolement général, les réfugiés rejette à toute vitesse l'eau qui menace de les faire chavirer. Le père tient l'enfant par la main et son ordinateur de l'autre main. La petite de 5 ans lui dit :"Papa, tu tiens ton ordinateur, mais si tu le perds tu pourras en racheter un, mais moi si tu me perds tu ne pourras pas me remplacer, tiens moi fort !".

    Le réfugié à ces mots, avec encore de la rage et des larmes pleins les yeux, me dit, je t'assure  que ce jour-là j'aurais pu cogner Dieu de mes deux poings et de toutes mes forces et il lève les bras au ciel menaçant encore au souvenir de ce jour de grande frayeur.

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  • De Maïakovski à Pavlenski

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    IMG_1500.JPGL’artiste Piotr Pavlenski, à l’origine de la chute de Benjamin Griveaux, me fait penser sous certains aspects au poète russe Vladimir Maïakovski. Non seulement par le physique mais surtout par la posture. Tous deux ont su approcher le politique par le biais de l’art. Maïakovski sans doute plus opportuniste que Pavlenski, sous réserve que le temps ne vienne pas prouver que Piotr serait au service du Kremlin, celui–là même qu’il aurait combattu autrefois. Mais les artistes sont aussi capables de girouetter, l’art avant tout. 
    Par le scandale, par le jusqu’au-boutisme, par une forme de dérision; ils savent démonter des mécanismes ringards, une pirouette artistique pour réduire en cendres un système tombé en désuétude. La façade polie et vernie des hypocrites ne résiste pas à un tel traitement, pour preuve le retrait de Benjamin Griveaux. Si le politicien  avait eu une once de créativité et l’âme d’un artiste, il aurait été capable de récupérer le scandale à son profit. Ce qui fait dire à l’artiste Pavlenski tombant des nues :"c’est bizarre qu’il se retire"après la diffusion des vidéos. Bizarre pour l’artiste qui n’en est plus à une performance près de sa nudité mise au service d’une cause ou d’une autre.
    Piotr Pavlenski dans son abondance d’excès, rappelle que l’art a pour mission première de repousser les frontières toujours plus loin, au–delà de la norme, pour tutoyer l’invisible. Griveaux ne représente pour lui qu’une palette fade et terne sur laquelle il a rajouté, de la couleur, du cri et de la rage. L’exercice est réussi, on parle de l’artiste et de son oeuvre qui a succombé au trop plein du créatif.
    Pavlenski est fidèle à la longue tradition d' artistes et poètes déjantés russes, il est rare de voir un pays qui ait su donner à l’art autant de sacrifiés prompts à se brûler corps et âme pour une performance réussie.
    Vladimir Maïakovski, le poète dandy et communiste s’est tiré, à l’âge de 36 ans, une balle dans la poitrine mettant fin à ses jours et sur qui l’autopsie révélera un cerveau pesant 1700 grammes, 360 grammes de plus que celui du père de la Révolution. Le poète détestait les cerveaux ramollis:"Votre pensée/Rêvant dans votre cerveau ramolli/Comme un laquais repu se vautre au gras du lit/Je la taquinerai sur un morceau de coeur sanglant/J'en rirai tout mon soûl, insolent et sanglant. Piotr aussi à sa façon s’attaque aux cerveaux ramollis qu’il taquine avec toute l’impertinence et la dérision dont il est capable.
    Tandis que la presse décortique la chute du politicien voué avant le scandale à une brillante carrière, l’artiste rit aux éclats, réjoui par sa performance.
    Piotr signe d’un trait sanglant sa toile, il y a épinglé un homme qui souffre abondamment et observe d’un air amusé son chef–d’oeuvre avec satisfaction, "en riant de tout son soûl, insolent et sanglant."

     

    BOUCHE COUSUE

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    SEPARATION

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    LIBERTE

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    CARCASSE

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    FIXATION

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