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Guinée Bissau – Sur les traces du héros, l'esclave Benkos Biohò (1)

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DSC01825.jpgCela faisait des années que je n’avais pas vécu un tel voyage de baroudeuse. Partir de la Casamance, Ziguinchor-Bissau, en taxi brousse ou nommé taxi sept places. Un départ chahuté à la gare routière de Ziguinchor, pas un seul touriste à l’horizon, une traversées épique de la frontière Sénégalo-Guinéenne au milieu des poules et des chèvres pour se rendre d’un check-point à l’autre. Quelques arrêts-rançons assumés par le chauffeur, un policier menace de tous nous faire descendre du bus pour le saisir parce que l’entretien n’est selon lui pas assuré, le chauffeur hurle tant et si bien que le policier nous laisse repartir. 3h30 de route chahotique, sur des pistes de sable rouge annoncées comme une autoroute.

L’arrivée à Bissau deux jours après le résultat des élections laisse songeurs, quasiment pas un blanc dans la capitale. Les délégations étrangères ont renvoyé une bonne partie de leur personnel sur Dakar en attendant de voir comment les choses tournent ; des soupçons pèsent sur leur déroulement. Une longue panne d’électricité inhabituelle a été constatée lors du comptage des voix et qui aurait permis de faire basculer les votes en faveur du président élu.

 

DSC01728.jpgAprès une nuit à Bissau, je file vers les îles Bijagos rejointes après 3h15 de pirogue qui tape les vagues de l’Atlantique avec enthousiasme, trempée jusqu’aux os, je débarque dans le paradis de l’île d’Orango. L’environnement me déstabilise, je n’avais pas imaginé une seconde ceci dans mon roman ; l’univers animiste qui règne dans cette île constituée de savane et de mangrove, très vite je repasse les chapitres dans ma tête et envisage les modifications et retouches à réaliser. La responsable de l’écolodge est une roumaine ethnologue, Mariana Mihaiela Ferreira vivant depuis plus de 30 ans en Guinée Bissau et quatre ans sur l’île. Elle est appréciée de la population bijagos vivant sur l’île Orango qui appartient à un archipel de 88 îles et dont elle emploie plusieurs habitants issus de villages différents. Bien intégrée, les baloberos, des sages ou sorciers, lui proposent une cérémonie pour attirer le « Iràn » sur son territoire et bénir et protéger les lieux, je puis assister également à cette cérémonie qui n’avait plus eu lieu depuis quatre ans et réservée aux hommes d’abord, ensuite aux baloberas. La société bijagos fut matriarcale à l’origine, la genèse est l’arrivée de quatre femmes qui ont eux des fils et qui se sont installées dans des terres fertiles créant ainsi les premiers villages de l’île. Ce sont les jeunes filles qui demandaient la main de l’homme qu’elles avaient choisi à ses parents. Les Evangélistes tentent de mettre fin à ces croyances animistes en tentant tant bien que mal de s’installer dans les villages où les vieux résistent et qui font un lien entre leurs croyances et l’écologie et le respect de la nature. Mais les nouvelles technologies font aussi leur immersion, les portables chargés au solaire sonnent durant les cérémonies animistes et le sorcier qui officie répond aux appels en plein rituel.

L’histoire de Benkos Biohò relayée entre autres par l’ethnologue fait le tour de l’île, elle leur montre un ancien article du blog de la Tribune de Genève qui relate le village africain au cœur de la Colombie et l’histoire de leur ancêtre esclave résistant. Des villageois racontent ce récit à des gens qui poussent des cris d’exclamation et marquent leur étonnement avec des claquements de langue très sonores. On me regarde longuement et ils hochent la tête en regardant la mer et imaginer, là-bas de l’autre côté sur le continent sud américain, cet autre village où les gens leur ressemblent comme des frères. Et moi d’imaginer après avoir marché dans les mangroves où se trouvent des crocodiles comment mon héros avait à travers son initiation durant laquelle il devait comme les autres jeunes hommes être capable de vivre seul deux ou trois mois  dans la forêt, avait les connaissances pour résister et faire face aux troupes espagnoles dans les mangroves de Colombie. Il reçut tous les savoirs qui lui permirent de survivre dans un milieu hostile et attirer et perdre les soldats dans les méandres mangroviennes. Il a aussi grandi auprès d'un des rares peuples d’Afrique capable de soigner les morsures du cobra.

Reste plus qu’à annoncer que j’aimerais déjà apporter des modifications à mon roman, comme quoi un roman est vivant, il raconte des récits et reste perméable aux changements et rappelle la force de l’oralité par rapport à la chose imprimée et la question suprême à se poser faudrait-il vraiment tout publier ou préférer parfois le récit oral ?

 

Suite à venir Mariana Mihaiela Ferreira trajectoire d'une ethnologue roumaine.

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Suite à venir Mariana Mihaiela Ferreira trajectoire d'une ethnologue roumaine.

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Commentaires

  • Cieux! pas de temps pour s'ennuyer quand la littérature touche à la vie.! Que l'année soit bonne!
    ioan

  • Passionnant et triste en meme temps leur siruation est si difficile. comprend t'on qui est contre qui. Et comme dans le temps en Afrique tous vivent a travers les pourboirs. La precarite de leur vie, cette insecurite de tous les jours , cette lutte pour la liberte, la corruption... Situation difficile.

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