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Guinée Bissau – Sur les traces du héros, l'esclave Benkos Biohò

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2410698101.jpgLes bagages sont bouclés, la valise de livres offerts par tous mes amis pour les enfants de l’île de Gorée est déjà en surpoids ; sur la recommandation de quelques sportifs j’y ai rajouté deux ballons de foot que j’ai choisis, vêtue de mon plus beau training de sport. Le vendeur était ému de choisir ces ballons pour des enfants sénégalais, épuisé par l’hystérie des achats de Noël : « Madame, si vous saviez combien ce geste me fait du bien, je suis certain qu’eux apprécieront vraiment ! » Je repars d’un pas léger et me remémore la place du village de Gorée visitée il y a 10 ans,  un peu caillouteuse et les enfants y jouer au foot. A deux pas du terrain improvisé aire de jeux,  quelques chiens assoupis, écrasés par la chaleur du jour daignent lever une paupière paresseuse sur cette agitation juvénile tissée de cris et de rires.

Mon manuscrit en poche, -  en lecture auprès de trois grandes maisons d’édition françaises dont une qui a donné un préavis favorable et qui tranchera en janvier- ,  j’organise au mieux ce voyage. Dakar, île de Gorée pendant quelques jours puis la Casamance et là ça se corse, prévoir dans les meilleures conditions un départ en Guinée Bissau : voiture, taxi-brousse, bus, avions privé avec des pêcheurs de gros qui seraient d’accord de faire un prix s’il reste des places ? On surveille du coin  de l'oeil les élections présidentielles fixées au  29 décembre. Je voulais éviter Bissau puisque je me rends sur les îles Bijagos, le lieu précis de naissance de Benkos Biohò, mais impossible ! Le bateau part à l’aube force est d’y rester une nuit, veille du voyage. On m’a prévenue le check-point est le haut lieu de la « délestation » du portefeuille, si un douanier n’aime pas la couleur de l’encre de votre visa, vous feriez mieux de lui laisser un billet. Je lui brandirai mon roman sous le nez et lui donnerai un cours d’histoire en hispano-portugais-anglais, mon palenquero à moi, langue créole des voyageurs.

Les habitants colombiens de San Basilio de Palenque - prévenus par mon amie Rrom de Bogotà - dans la département de Bolivar, à 70 km de Carthagène des Indes, savent que je pars sur l’île de leur héros, Benkos Biohò, l’esclave de Guinée Bissau qui résista jadis et créa une cité africaine toujours vivante et fière dans cette province. En Guinée Bissau, certains se préparent à accueillir l’histoire de leur ancêtre dont ils n’ont jamais entendu parler ou alors que très vaguement. L’auteure que je suis fait office de trait d’union entre l’Afrique et l’Amérique latine, à travers un récit et de se demander si ce n’est pas en cela que réside le rôle de tous les écrivains : faire office de trait d’union.

Et quand l'histoire que vous écrivez vous mène par le bout du nez aux quatre coins du monde, vous y allez sans hésiter. J'ai imaginé le lieu de naissance du héros, comment il y vivait et après coup je me rends sur les lieux et voir si l'imagination est restée fidèle à la  réalité, comparer, décider s'il faut modifier le texte ou pas. C'est le récit devenu le centre de tout qui ne vit plus que par lui-même et pour lui-même; l'écrivain n'a plus qu'à suivre son histoire traîné comme par une laisse invisible. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'on y guerroie, qu'on s'y étripe, menacé de mille maux s'il se rend dans tel ou tel pays, il y va résolument du pas du conteur qui trace de larges et profonds sillons dans les esprits;  le plus important consiste à raconter et nourrir la mémoire des générations à venir!

 

Un village africain au coeur de la Colombie San Basilio de Palenque

http://regardscroises.blog.tdg.ch/archive/2019/04/27/un-village-africain-au-coeur-de-la-colombie-298511.html

 

@photo D.Chraïti

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