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  • « L’art est la rupture du silence»

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    images.jpg« L’art est la rupture du silence » dixit le compositeur Dimitri Chostakovitch. Je viens de terminer ses mémoires et reste persuadée que nous avons rendez-vous avec les livres. Je suis tombée sur un ouvrage traitant de la vie du compositeur Chostakovitch en me promenant aux Bastions, posté entre les grilles du parc à hauteur de la rue Saint-Léger, parmi une trentaine d’autres livres ainsi exposés dans la rue.

    D’emblée, il a attiré mon regard, un livre noir, épais de 321 pages,  édité chez Albin Michel et qui semblait me faire de l’œil, sur la première page d’une minuscule écriture, on peut y lire Sarah Dorian, novembre 87 et qui rappelle à qui appartenait l’ouvrage.

    Hallucinant ! Terrorisant, les rapports des artistes sous Staline tous mis sous tutelle.  Le compositeur russe sait décrire avec une précision toute chirurgicale les folies du « Coryphée des Arts ». Staline contrôlait tout de façon démentielle avec une passion perverse particulière pour le cinéma et il fallait craindre chaque succès qui aurait pu lui faire de l’ombre comme autant de clous dans le cercueil.

    Symphonies adorées puis critiquées comme « formalistes » « anti-prolétariennes » »bourgeoises » et il fallait s’attendre à des coups contre votre porte, frappés aux poings, à l’aube et un départ pour un camp en Sibérie. A chaque critique, le compositeur n’en dormait plus faisant des cauchemars terribles, il décrit cette peur qui ne vous lâche plus. Combien d’artistes morts en camps et de poètes assassinés. Pour exemple, Staline fit réunir sous prétexte que "leur vie devienne meilleure et plus gaie" tous les chanteurs populaires aveugles de  l'Ukraine pour un premier congrès réunissant tous  les "lyrniks et "bandouristes".  Il les fit alors tous fusiller pour ne plus les avoir dans la rue car il était impossible de les censurer, ils chantaient à tout va tout ce qui leur passait par la tête, leur cécité leur permettant de dire tout ce qu’ils voulaient sans écrit et sans preuve.

    Mais nombreux artistes ont résisté et immanquablement aux dépens de leur vie. Le poète Evgueni Evoutchenko dénonce dans son poème « Babi Yar » le pire massacre de Juifs qu’on connaisse qui s’est déroulé dans un ravin près de Kiev en Ukraine. Les 29 et 30 septembre 1941, les Einsatzgruppen tuent à bout portant plus de 33'000 juifs. Staline imposera le silence sur ce massacre, il ne vouIait pas se mettre à dos son grand copain Hitler.

    Dimitri Chostakovitch en mémoire de ce massacre et inspiré par le poème de Evoutchenko composera la Symphonie n°13 « Babi Yar », le compositeur très féru de musique yiddish a toute sa vie dénoncé l’antisémitisme crasse qui régnait en Russie et n’a jamais caché son goût pour cette musique qu’il trouvait passionnante et qu’il aurait fallu taire. Montrer un intérêt pour la musique juive ou tzigane pouvait vous conduire aux camps comme personne déviante.

    L’art devrait toujours être la rupture du silence et briser ce silence en ces temps de terreur équivalait à signer son arrêt de mort.

    Les Mémoires de Dimitri Chostakovitch, propos recueillis par Solomon Volkov est une œuvre inoubliable car non seulement le compositeur est pris dans les filets de l’Histoire sous une des plus féroces dictatures mais il décrit de façon précise son processus créatif et montre un lien entre littérature et musique avec une préférence pour Tchekhov. Il devrait toujours y avoir une sonorité musicale dans l’écriture conclut le compositeur russe, il pense à Shakespeare qui aimait assurément la musique.

    Je remercie celui ou celle qui a posé ce livre entre les grilles du parc des Bastions, côté rue Saint-Léger. Depuis,  j’ai écouté toutes les symphonies du maestro russe en lisant ses Mémoires et lu du Tchekhov en écoutant la musique de Chostakovitch inspirée du Violon de Rothschild, une démonstration magnifique de l'inextricable lien musique-littérature et comment un art devrait se  nourrir de l'autre.

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    J’en profite pour vous demander de pardonner mon silence, je viens de terminer la rédaction du roman Benkos Biohò, il est en cours de correction et part chez les éditeurs. Deux ans de travail, je suis entre deux états d’âme, un peu sonnée par l’absence de mes personnages, avec cette sensation de vide quand on met le point final.Il faut retrouver ses repères, c'est comme si vous aviez accueilli  des invités pendant deux ans chez vous.  Bruits, récits, couleurs, odeurs, fêtes, drames et puis soudain plus rien. Ils sont tous partis, la maison est vide. Et puis, il a fallu que je fasse vérifier la traduction en hébreu de mon ouvrage précédent publié sur Amazon, "Eliahu Itzkovitz - La vengeance d'un enfant juif" et qui laisse songeur.

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