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  • TGV – « Accident de personne »

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    Unknown-2.jpegComme l'écrivait, l’auteur chilien Roberto Bolaño , en littérature il nous faut plonger dans le réalisme viscéral et ne pas craindre de traiter des sujets qui dérangent.

    Mardi, lors d’un aller Genève-Paris en fin de journée, le train s’arrête au milieu de nulle part et annonce, « accident de personne », un « groupe de gens sur les voies », 45 minutes de retard, ½ après la voix d’un steward qui se veut la plus neutre possible corrige le tir et lâche 1H30, une clameur s’élève du wagon, tous sont exaspérés et peu après comme pour clore en beauté, le steward sans frémir annonce un « retard indéterminé » et à ce point-là, ce sont des cris qui s’élèvent, des gens furieux qui bondissent de leur siège pour courir au bar en se disant que mieux vaut au moins manger et boire  quelque chose avant qu'il n'y ait plus rien , certains vont jusqu’à dire « il ne reste plus qu’à se saouler ». Puis la voix du  steward continue et  nous invite à remplir le formulaire G30 en ligne dans les 60 jours pour un remboursement en raison du retard.

    Dans la queue pour le bar, j’aperçois une philippine que j’avais renseignée sur le quai à Genève et qui avec son mari, trimballaient à eux deux,  six énormes valises. A-t-elle acheté des chaussures, lui demandai-je un brin narquois? Sans penser à Imelda Marcos et ses 400 paires de chaussures, elle me répond « a lot », un tas de chaussures. J’en étais sûre ! Puis une syndicaliste congolaise de Brazzaville venue à la célébration des  100 ans de l'OIT, à Genève,  me fait remarquer que la Suisse a le taux de chômage le plus bas du monde grâce à l'argent planqué par tous les mafieux et certains présidents véreux  du monde y compris africains souligne-t-elle, elle inspire profondément en me disant cela, satisfaite de sa sortie. Plusieurs autour de nous hochent la tête en signe d'acquiescement ou de réprobation.

    Puis chacun s’enquiert de la signification précise de : «accident de personne », on traduit en anglais par "suicide on the tracks" ça a le mérite d'être plus clair. C’est simple c’est un suicide comme d’hab ! répondent plusieurs personnes. Le TGV n’arrive jamais à l’heure à cause des gens qui se couchent sur la voie, soupire un autre. Une femme suggère que sans doute ce sont des Manouches qui volent du cuivre, un ingénieur rétorque : « il n’y a pas de cuivre sur les rails ! » - alors sur les fils électriques dit-elle plus timidement ! Et tenter d'imaginer comment ils volent ce cuivre sans se faire électrocuter.

    Quand le contrôleur passe, il rassure plusieurs personnes en précisant que ce n’est pas nous qui avons tué le suicidé ! C’est le train précédent et du coup on s’arrête ! lâche-t-il. Puis, je m’étonne que malgré tout, le mort ne pose problème à personne, le plus important c’est d’arriver à l’heure ! Et si le train allait moins vite, il est certain qu’on resterait encore dans une forme à dimension humaine, le train roulerait plus lentement, il aurait le temps de freiner, mais la haute technologie semble avoir totalement effacé la possibilité même de sauver une vie et de prendre le temps de s'en préoccuper. Le trajet Paris-Genève est parcouru à 320 km/heures pour une durée totale de 3h08 et voilà pas qu’un malheureux freine cette performance par son geste désespéré. Le trajet a été réalisé en 5heures. Les SNCF ont mis en place la procédure en cas d’accident de personne, le tout chronométré à 2h30.

    • la circulation est interrompue dans les 2 sens
    • les pompiers, la police ou la gendarmerie sont appelés
    • un Officier de Police Judiciaire (OPJ) est avisé, et se rend sur place
    • Si la personne est blessée, elle est évacuée par les pompiers. L’OPJ mène une enquête, effectue les premières constatations et auditionne les témoins.
    • Si la victime est décédée, les pompes funèbres sont sollicitées. Par mesure de sécurité, le trafic reste interrompu pendant la présence des différents intervenants. Sur les lignes à grande vitesse, 3 heures en moyenne sont nécessaires ; sur les autres lignes, le délai moyen est de 2 heures.
    • Le conducteur du train impliqué est relevé de son service et un accompagnement psychologique lui est proposé.

    Et une fois qu’on a lu tout ça, la seule question qui demeure est non pas de se demander pourquoi on arrive souvent en retard avec un TGV ou d'autres trains mais pourquoi autant de personnes se suicident ? Cette forme de suicide atteint un 10% en Suisse, soit 115 désespérés par an, un article dans l’Illustré parle de stabilité avec 143suicides par rail et 14 blessés graves en 2018, avec une moyenne de 115 cas chaque année depuis 2013.

    Et de me souvenir de ce ministre du transport zimbabwéen qui haranguait ses auditeurs à la télévision : »Mais arrêtez de vous suicider sur mes voies : Faites donc ça chez vous ! » et qui a choqué une partie de l’opinion publique.

     

    Comment prévenir ces actes désespérés ? Sans doute plus de liens sociaux, plus d’écoute, plus d’anticipation, plus de solidarité et moins de solitude.

    Paix de l'âme à tous ceux et toutes celles qui se sont couchés sur une voie de rail pour en finir.On garde une pensée émue en pensant à eux.

     

    CFF la mort en face

    https://www.illustre.ch/magazine/cff-mort-face

     

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  • Jamais sans ma mère 

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    Unknown-3.jpegCe qui devait arriver est finalement arrivé ! Le fils adopté en devenant père à son tour s’interroge, quel arbre généalogique transmettre à sa descendance, que dire ? Quelque chose le trouble, il ne s’est jamais senti aussi peu en phase avec lui-même, une crise d’identité le frappe. Il a sans doute vu le film inspiré d’une histoire vraie « Lion » qui raconte le périple de cet enfant adopté par une famille australienne et qui retrouve sa mère biologique en Inde. Un film bouleversant et qui a dû l’émouvoir avec tout le flot de questions sur son propre parcours.

    Il décide alors de se rendre au centre d’adoption et demande son dossier. Tout y est, sa date de naissance, le nom de sa mère, l’acte d’adoption. Elle vient d’un pays de l’Est et s’excuse longuement dans une lettre maladroite de l’avoir abandonné, issue d’une famille religieuse, elle ne pouvait montrer à tous  qu'elle  était enceinte sans être mariée - ou portait le  fruit d'un viol ?  Pour son bien à lui, elle prit cette décision de le confier à une famille après son accouchement.

    Son nom, son prénom, tout y est. Il suffit de remonter la piste. Grâce aux réseaux sociaux et aux amis qui connaissent son pays d’origine, en moins de 24h, il la retrouve. Elle a émigré et vit aux Etats-Unis avec son mari et peut-être ses enfants ? Le fils se tourmente, s’interroge, comment procéder. Il tient fermement, entre ses doigts,  son numéro de téléphone sur un bout de papier plié et déplié mille fois . La première fois, il compose le numéro puis abandonne, la deuxième fois, il entend la voix de sa mère et raccroche en retenant sa respiration.

    Deux semaines passent, il a perdu du poids, il ne mange plus, dort à peine. Comment s’y prendre. Puis, il décide de lui envoyer un texto, en Anglais.

    Et nous d’imaginer cette femme qui a refait sa vie, qui n’a jamais rien dit ni à son mari, ni à ses enfants et voir débarquer 30 ans plus tard un magnifique gaillard,  beau comme Apollon, à l’esprit vif. Il arrive comme un orage dans sa vie tranquille, sa présence risque de tout chambouler, de réveiller de vieux démons, des souvenirs qu'on croyait endormis à tout jamais. Son mari rentrant à la fin de la journée  lui demande si tout s'est bien passé, qu'elle a l'air préoccupé! et elle de répondre:  "Non, Non, honey, tout va bien ! Juste un peu fatiguée." .... Ou d'imaginer qu'elle attend avec impatience ce fils qu'elle n'a  jamais revu et le serrer longuement dans ses bras.......Ou en  le voyant, le supplier à genoux de pardonner son abandon ! Mille scenarii défilent dans l'imaginaire de cette  rencontre mère-fils et on espère un happy end, parce qu'on aime les contes de fées. 

    La réponse tombe tranchante comme la lame d'un couteau, un coup douloureux, profond et qui fait mal.  Dès  la réception  du  sms, elle lui répond immédiatement.  Elle admet être sa mère biologique, mais l’invite à en rester là. Inutile d’essayer d’aller plus loin et de prendre contact avec elle. La déception, puis la colère, le fils abandonné se sent rejeté une deuxième fois.

    Toutes mes envolées romanesques tombent comme un soufflé raté. Je reste perplexe. On a envie de lui dire : « Mais acceptez Madame, de rencontrer au moins une fois votre fils, une seule fois, votre enfant, donnez-lui une chance de lui donner le contexte de sa naissance, d’expliquer pourquoi il a fallu renoncer à lui, qui était son père biologique ? » - Il a le droit de savoir et de comprendre qui il est. 

    A mon avis, elle ne résistera pas, c’est elle qui demandera à le rencontrer. Si elle a laissé une lettre, c’est qu’elle savait qu’il remonterait le courant et arriverait jusqu’à elle. On imagine le choc qu’elle a dû recevoir à la lecture du texto : »C’est moi, c’est ton fils ! I am your son !»

    Des battements de cœur à profusion, un affolement sur le qu’en-dira-ton. Comment expliquer ce secret révélé au grand jour, ce coup de tonnerre dans son petit quotidien réglé comme une horloge. Puis, elle va peu à peu s’habituer à l'idée , se souvenir du bébé, de la tendresse de sa peau, de ses grands yeux noirs, de l’esquisse d’un sourire.

    Elle n’y tiendra pas ! On parie ? On n’oublie jamais son enfant, même celui qu’on n’a pas voulu. Et se souvenir aussi que les parents d’adoption ont tout donné, ils se sont entièrement investis dans leur rôle, ils ont aimé ce garçon, l’ont élevé, c’est le leur. Ils doivent craindre le déroulement de l’histoire de cette rencontre pour autant qu’ils le sachent et pour autant qu'il y ait une suite.

    La suite………….un jour………..peut-être, bientôt ou jamais………….

     

     

     

     

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  • La grève des femmes - Un défilé du 14 juin 2019 inoubliable

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    J'y étais ! Un défilé sans précédent, des slogans pleins d'humour et pleins de sens. Les femmes et les hommes  solidaires se sont mobilisés en masse. 20'000 personnes à Genève.

    Et maintenant on fait quoi, qu'est ce qui restera de la grève des femmes? Le combat, voilà ce qui reste. Ni gauche, ni droite, en avant toutes. Ce sont les fondements du système qu'il faut revoir et qui reposent sur une conception patriarcale de la société, un système éculé. On continue à se battre, au quotidien, jour après jour, chacune à son niveau puis toutes ensemble. Pour ma part, fonctionnaire à l'Etat de Genève, j'ai fait grève et demande depuis plus d'un an,  une égalité de salaire par rapport à mes homologues masculins et que l'on me refuse systématiquement sous mille prétextes plus fallacieux les uns que les autres et naturellement je résisterai pour obtenir gain de cause et rester exemplaire pour les générations à venir.

    Mon slogan :"-20%, pourtant c'est pas les soldes. Egalité salariale!" - Ce ne sont pas les soldes saisonnières, mais on brade le travail des femmes tout au long de l'année.

    La Suisse est le dernier bastion à la traîne sur l'égalité hommes- femmes et le dernier pays en Europe à avoir accordé le droit de vote aux femmes. Il y a du travail sur la planche et il faut s'y mettre pour le plus grand bien et des femmes et des hommes. 

    Après le 14 juin, le travail sur l'égalité continue au quotidien et partout !

     

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    Et le policier goguenard de lui répondre :"Je n'ai pas assez bu pour comprendre ce que vous me dites", elle avait un peu forcé sur la bière semble-t-il.

     

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