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« Béatrice un siècle »

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Hejer et Béatrice lors de la projection du film précédent de Hejer Charf 2016.jpgPar un matin de pluie, le ciel baigné d’anthracite, je roule en voiture, tandis que les gouttes tambourinent contre les vitres, j’écoute sur les ondes de Radio Orient, une voix qui raconte son documentaire, celle de Hejer Charf parlant de la vie de Béatrice Slama. Aussitôt, le soleil s’est mis à briller, ce récit solaire au milieu de la grisaille m’a réjouie, je contacte alors la réalisatrice tuniso-canadienne via son site internet pour en savoir plus sur cette femme engagée, née aussi en Tunisie et qui décédera quatre jours après la diffusion du film projeté, à Paris, le 15 septembre 2018. On l’a pleurée en France et en Tunisie.

Lorsqu’elles les deux femmes se rencontrent, elles se reconnaissent comme des sœurs malgré les quatre décennies qui les séparent ;   la cause des femmes, la littérature, l’engagement, autant de points communs qui devaient les lier. Une vit en France, l’autre au Canada, toutes deux nées en Tunisie.

Le père de Béatrice Slama née Saada, était  un franc-maçon originaire de Gabès et la mère originaire de Livourne dont la famille était installée en Tunisie depuis le XIXème siècle. A la maison on parle italien et français, l’arabe viendra ensuite pour Béatrice. La famille échappera aux camps de concentration car la politique de Vichy ne prendra que difficilement en Tunisie, les Allemands ne parviennent pas appliquer leur plan d’extermination des Juifs de Tunisie qui fait déjà rage en Europe, la population les protège et les cache. Le mari de Béatrice, Ivan Slama sera toutefois incarcéré, elle lutta pour sa libération.

Communiste puis résistante, Béatrice fondera l’Union des Jeunes filles de Tunisie, organisme proche du parti communiste tunisien qu’elle dirigera de 1944 à 1948. Première femme agrégée de Tunisie en littérature française, elle enseignera durant 15 ans à Tunis. Celle qui a soutenu une thèse sur l’insurrection anticoloniale du XIXème siècle se plaisait à souligner la schizophrénie des sociétés coloniales. Le président Bourguiba lui demandera d’écrire sa biographie, déçue par lui et sa politique d’éradiction du communisme, elle refusera. Sans lui en tenir rigueur, il fera publier son livre « L’insurrection de 1864 en Tunisie. »

Après l’indépendance, elle devient touriste chez elle et doit quitter le pays avec son mari Ivan. Mai 68, à Paris, lui redonnera des ailes et la sortira de sa dépression qui la ronge depuis qu’elle a dû quitter son pays, prête à revivre une nouvelle utopie. Elle enseigne à l’université de Nanterre, sur ses bancs, le jeune Cohn Bendit. Elle a une réelle volontaire d’inscrire le deuxième sexe dans l’histoire, grève des femmes, presse féminine, ses séminaires deviennent sa tribune. Spécialiste de Duras, femme de Lettres citant Simone de Beauvoir, elle n’aura de cesse tout au long de sa vie de mettre les femmes sous les projecteurs et cela sous un regard neuf.

La réalisatrice, Hejer Charf ne pouvait pas rester indifférente à cette figure marquante , « elle a choisi Béatrice parce qu’elle est tunisienne, qu’elle est savante, qu’elle est féministe, et que son histoire croise la sienne. » et d'insister, il faut donner la parole aux femmes qui ont aussi des rides.

Projeté en première mondiale à la cinémathèque tunisienne en décembre 2018, les spectateurs ont pu découvrir cette figure lumineuse qui raconte sur le grand écran l’amour pour son pays natal et citant Colette rappeler qu’elle appartient à un pays qu’elle a quitté.

J’aime ces rencontres entre les Tunisiens que nous sommes, accrochés au radeau de nos souvenirs, exilés juifs et musulmans, nous traversons la mer de nos vies, le visage tourné par dessus l’épaule à regarder derrière nous ce qui est devenu une île lointaine et observer avec un sentiment pétri de nostalgie cette terre qui nous accueillait, autrefois, il y a si longtemps !

 

AU CINEMA  SAINT-ANDRE DES ARTS JUSQU'AU 21 MAI 2019

Affiche Béatrice.png

BEATRICE SLAMA

Béatrice fond rouge.jpeg

Jeunes filles tunisiennes.png

LA BANDE-ANNONCE 


 

1ère photo Hejer  Charf et Béatrice Slama

Pour en savoir plus sur la réalisatrice

http://www.hejercharf.com/Nadja_productions/FRANCAIS.html

Par un matin de pluie, le ciel baigné d’anthracite, je roule en voiture, tandis que les

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Commentaires

  • Bravo Djemâa !

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