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Un village africain au coeur de la Colombie

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DSC01437.jpgSur les traces de mon personnage Benkos Biohó, l’esclave cimarron, me voici à Palenque San Basilio, situé dans les contreforts des Montes de Maria , au sud-ouest de Cartagène des Indes, à 1h30 de distance en bus.

Arraché à sa terre natale par les Portugais en Guinée Bissau, sur l’archipel des Bijagos, à environ l’âge de 15 ans, puis vendu à Cartagène des Indes à un maître espagnol sous le prénom de Domingo, Benkos Biohó , quelques années plus tard deviendra le premier esclave avec lequel la couronne espagnole devra négocier pour obtenir la paix de ses sujets espagnols, attaqués sans cesse, contre sa liberté et celle des 650 esclaves fugitifs qui l’ont suivis. Nommé Roi de la Matuna, il aura su s’imposer et donner naissance à ce Palenque en 1603,- les palenques étaient le refuge d’esclaves - , premier palenque libéré du continent américain et le seul qui subsiste, à ce jour, en Colombie. Pendu et écartelé sur la place publique par les Espagnols, le 16 mars 1621, il laissera derrière lui, un peuple libre. 4500 personnes vivent encore dans ce palenque et on a rarement vu un peuple plus fier que cela ; fier de ses ancêtres, de sa culture, de sa force de résistance. Du plus petit au plus grand ce village porte haut en couleur, celui devenu sa légende, le héros Benkos Biohó qui leur ouvre les portes du monde avec une arrivée toujours plus importante de touristes et d'argent.

Imprégné de la culture africaine, les traditions subsistent, la langue palenque trouve ses racines dans les langues bantoues, les rituels funéraires du lumbalú accompagnés de tambours sont restés ceux de l’Afrique et on souhaite au mort un retour vers la terre de ses ancêtres. Le conseil des anciens est toujours d’actualité ainsi que la cour de justice traditionnelle. L’herboristerie médicinale et l’animisme laissent l’église et le centre sanitaire du petit village quasi vides. La police n’est pas autorisée à y circuler, le gouvernement colombien leur envoie toutefois des soldats qui sur leur moto pétaradante tournent en boucle, l’arme en l’air.

Partie de Carthagène des Indes en bus pour la destination de San Basilio Palenque, la seule voyageuse non afro-descendante, j’étais attendue de pied ferme dans ce village par un guide. J’ai également rencontré le linguiste et poète Bernardino Perez Miranda qui continue à assurer que l’enseignement du palenque se réalise auprès des jeunes. Entre deux vers qu’il me récite, il s’interrompt et se lève pour servir quelques mesures de riz du fond de la pièce ouverte sur la ruelle et qui fait office de petite épicerie de village. Chacun me parle de son rêve, la création d’un musée Benkos Biohó. A la fin de la journée, après une chaleur torride et une ondée bienfaitrice, je reste assise devant une échoppe, à regarder les vieux jouer aux dominos, tandis que les jeunes s’arrachent le ballon dans une partie effrénée de foot. Les jeunes filles déambulent bras dessus bras dessous en riant. On reste, là, assis pendant deux heures, à regarder le temps s’égrener lentement.

Pendant ce temps, je m’imagine mon personnage, lui dessine des traits et songe combien il est nécessaire et urgent d’arracher cette fausse croyance de l’esclave africain passif et indolent face à son destin. Les gens qui défilent sous mes yeux sont la preuve vivante que leurs descendants ont su résister, se battre, faire preuve d’imagination et de créativité, ils ont su inventer des stratégies de défense hors du commun, ils ont fait preuve d’un courage immense dans un système de terreur constante, ils ont été visionnaires. Ces gens qui défilent sous mes yeux sont la preuve vivante que leurs ancêtres étaient nés libres contrairement à ce qu’on a tendance à vouloir nous faire croire, que  les esclaves arrivés en Amérique étaient déjà esclaves en Afrique et qui est le plus odieux et le plus insupportable des mensonges.

Benkos Biohó, un homme né libre en Afrique et qui est mort libre.

 

La suite du voyage dans le courant de l’année, direction Guinée Bissau sur les traces de l’enfant Biohó. Les habitants de San Basilio Palenque attendent avec impatience les récits du voyage. Très peu de choses ont été écrites à ce sujet, je n’ai recensé en espagnol que cinq ouvrages, à la bibliothèque de Bogota tandis qu’une bande dessinée circule auprès des jeunes.  

 

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Le linguiste et poète Bernardino Perez Miranda 

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MAESTRO RAFAEL CASSIANI  

https://www.youtube.com/watch?v=3MgryNTWCrk

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EN SOUTIEN AUX FRERES AMERICAINS AFRO-DESCENDANTS

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STATUE DE "KID PAMBELE" ORIGINAIRE DU PALENQUE SAN BASILIO. PREMIER CHAMPION DU MONDE DE BOXE COLOMBIEN. SOUS LES FEUX DES PROJECTEURS, IL SERA CELUI QUI PARVIENDRA A AMENER L'ELECTRICITE ET L'EAU DANS SON PALENQUE NATAL. 

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MUCHAS GRACIAS JHON SALGADO Y TAMBIEN A TU HERMANA SAMBA

MON GUIDE ET SES DEUX NIECES

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 Crédit photo D.Chraïti

Sur les traces de mon personnage Benkos Biohó, l’esclave cimarron, me voici à Palenque San Basilio.

Lien permanent 3 commentaires

Commentaires

  • Bravo et merci de ce récit, qui est aussi une forme d'hommage aux habitants d'origine africaine de ce pays magnifique. Mon épouse est née dans la province de Choco, dont tous les habitants sont de couleur et grâce à elle nous avons de beaux enfants qui en gardent une trace dans leur peau.

  • Et Carthagène des Indes, quelle merveille!

  • Oui, j'attends la suite. De tels récits rendent vivante la planète si lointaine dans notre petite rue.
    take care Djemâa!

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