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Entre rituel chamanique et semaine sainte en forêt amazonienne

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DSC01521.jpgColombie - Il y a des rêves qui nous tiennent à cœur et qu’on finit par réaliser. Le mien consistait à participer à un rituel chamanique en Amazonie et que je vais partager avec vous.

Une invitation lancée en novembre 2018 par une amie qui avait participé à plusieurs rituels dans la province du Putumayo, située au sud-ouest du pays, à la frontière avec l’Equateur et le Pérou, m’a convaincue du sérieux de la chose, de la rencontre avec un vrai guérisseur chamane appelé « Taita » et d’une réelle expérience à vivre.

Seule étrangère, partie de Bogota avec une vingtaine de personnes parmi lesquelles quelques indigènes colombiens, une psychologue, une anthropologue, un enseignant et plusieurs personnes atteintes dans leur santé,   nous avons roulé de nuit, pour arriver à l’aube, à Condagua, un endroit situé à 20 mn en voiture de Mocoa, la capitale de Putumayo. A savoir que ces expériences sont très suivies par des médecins, des psychiatres et des psychologues colombiens.

Le voyage était une initiation en soi, descendus du mini-van,  nous avons continué à pied dans la forêt amazonienne, inondée. Une terre boueuse et excessivement glissante rendait la marche difficile, puis nous avons traversé toujours à pied, sac à dos, le río Caquetá  tant bien que mal déjà dévorés par les moustiques et pour finalement arriver, après une heure de marche dans un campement paradisiaque.

En guise de campement, quelques huttes, au centre la Maloca énorme, 33 mètres de long, 12 mètres de large et 3 portes. A interpréter par la mort du Christ à l’âge de 33 ans, les 12 apôtres et la Sainte Trinité et qui est le lieu du rassemblement collectif dédié aux cérémonies de guérison chamane.

Dès notre arrivée, nous avons pris un petit déjeuner composé de soupe, de riz et de poisson, puis installé nos hamacs dans la Maloca. Ensuite, un moment de purification par un bain dans la rivière suivi d’un bain de plantes médicinales, puis un dernier repas à 3 heures de l’après-midi.  Le reste du temps, nous restons dans nos hamacs jusque tard dans la soirée avant de commencer le rituel de guérison qui se déroulera toute la nuit.

A 21 heures, le « Taita » appartenant au groupe indigène inga et qui représente l’intermédiaire entre le monde spirituel et la communauté se présente à nous. Il nous prévient du danger de la rivière, ne jamais y aller seul, inutile de prendre des risques, il a déjà vu des gens s’y noyer, et c’est simple, il nous fait la démonstration avec de larges mouvements des bras :  »L’eau tourbillonne, vous emporte, puis il faut attendre 3 jours pour voir le corps remonter à la surface, rempli comme un ballon et qui flotte. Je vous le dis, ne prenez pas ce risque, la rivière est trompeuse, elle paraît calme ! » Puis, il officie comme un prêtre, tous récitent le Pater Noster, il invoque plusieurs saints en cette semaine sainte et nous accueille officiellement dans la terre de ses ancêtres, tous chamanes de père en fils depuis un temps immémorial et les femmes peuvent aussi l'être et son appelées  Mamas. Il raconte la connaissance des plantes médicinales, sa mère en connaissait 20'000, le pouvoir de guérison du Yagé ( à prononcer Ya-hé avec le h aspiré) ou l'ayahuasca, un mélange à base de liane consommé depuis plus de 5000 ans par la chamanes. Son pouvoir de guérison et sa capacité à vous donner des visions et vous dire qui vous êtes, ce qui vous travaille et vous libère. C’est un voyage à l’intérieur de vous qui vous permet de vous débarrasser de tout ce qui vous empêche d'évoluer. 

Puis, orné de son serre-tête de plumes, il vous offre le breuvage après l’avoir béni du signe de la croix. A ce stade, j’avais comme une légère appréhension. Puis comme tous, j’ai avalé un demi-bol d’un liquide épais, couleur miel, sucré et amer. Dans l’heure qui a suivi, les premiers vomissements se font entendre et qui font partie du processus de guérison ou la diarrhée en saisit plus d'un, une boisson liquide à base de plante, légèrement visqueuse et distribuée après le Yagé doit faciliter ce passage très désagréable. Puis des sensations nouvelles apparaissent, tous se recouchent dans le hamac, des aides du guérisseur surveillent les personnes pour qu’elles ne partent pas dans la forêt amazonienne victimes de quelque hallucination. Pour ma part, une sensation de bien-être, sans autre effet, si ce n’est des rêves très précis, cette extrême sérénité m'a même troublée quand j'entendais l'expérience de certains.  Mais comme disait le chamane quand vous avez réglé le problème de l'angoisse de la mort et maîtrisé vos peurs, la vie devient très sereine.  Une vision plus accentuée de tout ce qu’on regarde y compris de nos pensées. Une forme de lucidité étrange avec peu d’effet sur le corps, un voyage à l’intérieur de soi guidé par la plante qui semble illuminer les parties sombres. Dans la nuit, des chants, puis certains dansent autour du feu central. Le lendemain, la même cérémonie se répète avec au préalable un bain dans la rivière et un massage au moyen d'une plante épineuse tapotée sur le corps et qui fait office d’acupuncture, au premier contact, j'ai failli crier stop. A l’aube, le Taita pratique le diagnostic et le rituel de guérison, dans sa langue Inga, il danse, chante, vous touche et selon recommande une plante médicinale. Il passe plus de temps avec des personnes très atteintes dans leur santé. Les deux jours se terminent par des témoignages de l’expérience de chacun avec la plante sacrée et qui au demeurant étaient fort intéressants.

J’ai interviewé le chamane guérisseur et lui ai demandé comment il expliquait le lien étroit entre la religion catholique qu’il pratiquait et le chamanisme. La question semblait beaucoup l’étonner. Selon lui, la culture traditionnelle du chamanisme n’entre jamais en conflit ni avec les personnes, ni avec leur culture, ni avec leur religion ; elle est ouverte à tous et reste une autre croyance qui fait partie d’un tout et n’entre pas en conflit avec tout autre croyance. Les plantes médicinales sont un cadeau de la nature et de Dieu, il n’y a pas de contradiction, mais elles doivent être considérées comme sacrées et ne peuvent pas être maniées n’importe comment et par n’importe qui, ce rituel doit avoir un sens.

Et qu’en est-il du futur des chamanes comme lui ? Ils sont depuis des millénaires les gardiens du « poumon du monde ». Sans l’Amazonie, la terre n’existerait plus, autant que l’Amazonie existe avec toutes ses plantes dont on ne connaît qu’une infime partie, les chamanes existeront, les médicaments du futur sont déjà là, au cœur de l’Amazonie. Leur mission depuis la nuit des temps est de protéger et de lutter à la préservation de cet organe vital sans lequel nous serions tous condamnés à disparaître. Ils sont les gardiens de ce temple sacré !

 

Mise en garde : Chaque année, l’expérience chamanique est pratiquée par des gens qui ne sont pas de vrais guérisseurs traditionnels et qui se trompent dans les mélanges du Yagé entraînant la mort. Il est important pour ceux et celles qui souhaitent vivre cette expérience d’avoir la garantie d’être avec un chamane dont la connaissance de la plante est absolue.

 

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Invitaçion a Kwichi Tambu

https://www.youtube.com/watch?v=GjGpMREFjqE

 

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Commentaires

  • Vraiment très intéressant ! J'avais vu un documentaire à ce sujet.

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