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Spinoza, un penseur pour l’éternité

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838_738_spinoza.jpgLors d’un voyage récent aux Pays-Bas, sur les traces de Baruch Spinoza, au cours  d’un tour organisé par un passionné du philosophe, j’ai pu découvrir in situ, la vie du grand penseur ; sans doute l’un des plus grands penseurs de notre civilisation.

Quel triste destin pour ce philosophe de la "joie" ! Un mémorial dans le jardin de l’église de Nieuwe Kerk, à la Haye, à quelques centaines mètres de son domicile, rappelle discrètement sa mort. Sur la pierre, une épitaphe en latin laisse entendre discrètement que jadis dans cette terre étaient enterrés les os de Spinoza. Et puis ? Rien. Les os ont été disloqués et disséminés dans une fosse commune après l’expiration de la concession, au bout de 12 ans, jusqu’à aujourd’hui, on ne sait pas précisément où.

Né à Amsterdam en 1632, il meurt de tuberculose, à la Haye, le 21 février 1677. Or, il fallut vendre ses quelques 160 livres pour parvenir à l’enterrer. 

Dans une armoire en bois aux cinq rayons, à peu près toute sa richesse ave le lit de ses parents qu’il emmenait partout avec lui, un acte notarié répertoria devant Rieuwerts son éditeur-imprimeur, chacun de ses livres et qui permettra d'en récupérer 140 de sa bibliothèque d’antan et présentés au musée Spinoza à Rijnsburg près de Leyde.

Celui qui parlait le portugais, le flamand, l’hébreu, l’italien, l’espagnol, puis le latin, - il a essayé quelques tentatives modestes en grec- mena une vie monastique, ce n’est que grâce à un quatrain sur la façade du mur de la maison qu’il a occupée à Rijnsburg qu'on retrouvera ses traces.  Il vécut chez un chirurgien durant 3 ans, de 1660 à 1663, parmi les « Collégiants », secte protestante libérale établie dans cette région.

"Si tous les hommes étaient des sages

Qui de surcroît feraient le bien

La Terre pourrait être un paradis

Alors qu’elle ressemble à un enfer. »

Achetée il y a plus de 122 ans et devenue Musée, on peut y découvrir dans une maisonnette avec un jardinet, un humble logis, composé de 2 pièces, sa chambre et sa bibliothèque et un atelier avec un banc de polissage où il y polissait ses verres. Le Livre d’or est une mine d’information, on y trouve entre autres, les signatures de Albert Einstein qui lui dédiera un poème et le président portugais Mario Suares. Sa correspondance avec Leibniz, une copie du herem* (l’excommunication) prononcée, le 27 juillet 1656, par la communauté juive de Amsterdam et qui signifie véritablement « destruction », « anéantissement » et exclusion aussi du peuple juif d’Israël ou la lettre signée de la main du président Ben Gurion sont exposées au 1 er étage de la petite demeure.

La Lettre de Ben Gurion est intéressante, car il écrit ne pas comprendre pourquoi on devrait lever le « herem ». Selon lui, il n’existe tout simplement plus et n’a aucun effet, pour preuve, le philosophe est  enseigné à l’Université hébraïque et une rue porte son nom à Tel-Aviv et en conclusion, il s'informe sur les coûts de la tombe de Spinoza pour participer aux frais. Pourtant, on sait qu’en 1948, il a tout de même fait une demande de levée du ledit herem qui a été rejetée par les rabbins. Mais plus encore, un autre document du registre familial de la famille Spinoza, montre son nom tracé sur cette lignée familiale. Et là, on ressent, la violence, tout entière sur ce simple trait ; l’exclusion la plus totale et la plus anéantissante.

A Amsterdam, une philosophe bénévole vous donne rendez-vous devant sa statue réalisée,  en 2008, par Nicolas Dings, puis, ensuite, tout proche,  on peut continuer la visite  du quartier où Spinoza avait dû habiter et travailler dans l’entreprise familiale d’import-export, avant de devoir s’éloigner des siens.

Ce philosophe de la « joie » et de la béatitude qui cachetait ses lettres avec ses initiales au moyen du sceau« Caute » (prudence) est mort en toute sérénité. A la veille du grand départ, celui que ses amis nommaient affectueusement Bento, prépara ses écrits, décida de ce qu’il fallait garder et détruire,  surtout la correspondance. Son ami Louis Meyer appelé à son chevet emporta tous ses écrits vers Amsterdam acheminé en barque par le canal situé à quelques mètres de sa maison. Toute son œuvre emportée discrètement commencera par être publiée après sa mort de façon anonyme sous "Oeuvres posthumes" pour la postérité et grâce à cet ami proche, nous pourrons à tout jamais accéder à l’ensemble du travail du philosophe qui résuma toute sa pensée sur Dieu par un « Deus Sive Natura » Dieu sinon la Nature et qui signifie aussi Dieu est la Nature et qui lui vaudra les foudres de tous les religieux tout en nous offrant les prémisses de la laïcité où Dieu n’a pourtant jamais été autant pensé.

Dieu est partout, nul besoin de miracles ni de mystères, Il est là, Il est en nous, nous sommes Lui, Il est nous, nous ne faisons qu’un. Il fallait oser le dire, à une époque, où le religieux déjà soumet l’individu et le domine entièrement. Adopter le Dieu de Spinoza annonçait le glas des religions et sans doute son lot de guerres avec pour corollaire tendre vers la liberté des hommes et leur offrir un accès au  divin qui les grandit au lieu de les rabaisser. S'éloigner d'un Dieu anthropomorphe qui ressemble si tristement aux humains et à leurs passions et qui n'en est qu'une émanation. Diviniser les hommes et cesser d'humaniser Dieu, un paradigme qui préfigure la modernité. 

Et qui se passionne de Spinoza peut verser à tout jamais et pour toujours dans l’œuvre de ce penseur unique. La bénévole du musée à la Haye, me raconta qu’un Kurde qui venait de leur rendre visite la semaine précédente, fit de la prison pour ses idées politiques en Turquie et y découvrit Spinoza. A l’issue de sa libération, il vint à Amsterdam pour se consacrer entièrement à ce philosophe. Tandis qu’en Espagne, un fonctionnaire aurait touché son salaire pendant au moins un an sans travailler, utilisant ce temps libre pour devenir un spécialiste de Spinoza. Son absence a été remarquée en 2010, le jour où il était attendu pour se voir remettre une médaille de récompense de ses années de service.

Quant aux blogueurs une petite note de Spinoza qui nous ramène tous à beaucoup de modestie :

« Enfin, les honneurs nous sont une forte entrave dans la recherche du vrai bien en ce que pour les atteindre on doit nécessairement diriger sa vie selon l'opinion de la foule, c'est-à-dire, fuir ce qu'elle fuit communément et rechercher ce qu'elle recherche. »

 

Un parcours à ne pas manquer si vous vous rendez à Amsterdam. Pour les spinozistes férus, et si vous insistez, un deuxième voyage pourrait sans doute être organisé  par notre philosophe passionné.  

 

 *  Le texte du Herem

« Les messieurs du Mahamad* vous font savoir qu’ayant eu connaissance depuis quelques temps des mauvaises opinions et de la conduite de Baruch de Spinoza, ils s’efforcèrent par différents moyens et promesses de le détourner de sa mauvaise voie. Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies qu’il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu’il commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui déposèrent et témoignèrent surtout en présence dudit Spinoza qui a été reconnu coupable ; tout cela ayant été examiné en présence de messieurs les Rabbins, les messieurs du Mahamad décidèrent avec l’accord des rabbins que ledit Spinoza serait exclu et retranché de la Nation d’Israël à la suite du herem que nous prononçons maintenant en ces termes: 

A l’aide du jugement des saints et des anges, nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le consentement de toute la sainte communauté d’Israël en présence de nos saints livres et des 613 commandements qui y sont enfermés. Nous formulons ce herem comme Josué le formula à l’encontre de Jéricho. Nous le maudissons comme Elie maudit les enfants et avec toutes les malédictions que l’on trouve dans la Torah.

Qu’il soit maudit le jour, qu’il soit maudit la nuit, qu’il soit maudit pendant son sommeil et pendant qu’il veille. Qu’il soit maudit à son entrée et qu’il soit maudit à sa sortie. Que les fièvres et les purulences les plus malignes infestent son corps.

Que son âme soit saisie de la plus vive angoisse au moment où elle quittera son corps, et qu’elle soit égarée dans les ténèbres et le néant. 

Que Dieu lui ferme à jamais l’entrée de Sa maison.

Veuille l’Eternel ne jamais lui pardonner. Veuille l’Eternel allumer contre cet homme toute Sa colère et déverser sur lui tous les maux mentionnés dans le livre de la Torah.

Que son NOM soit effacé dans ce monde et à tout jamais et qu’il plaise à Dieu de le séparer pour sa ruine de toutes les tribus d’Israël en l’affligeant de toutes les malédictions que contient la Torah. Et vous qui restez attachés à l’Eternel , votre Dieu, qu’Il vous conserve en vie."

 

*Mahamad : le conseil supérieur des Juifs portugais d'Amsterdam.

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Commentaires

  • Bravo (encore) pour votre note !

    Encore une personne que Djemâa aurait voulu rencontrer, allez savoir si ils n'étaient pas contemporains dans une de ces vies cachées dans les mémoires ?

    Quelle honte pour ces Rabbins corrompus par leurs certitudes et leurs compromis, sans doute le pire des pêchés commis contre HM !

    Et combien seraient-ils actuellement à vouloir tuer Spinoza Z.L., si ce dernier s'était trompé d'époque ?

    A ces Rabbins désobéissants, je ne peux leur trouver qu'une seule excuse ; Que les autorités du coin fassent payer l'insolence de Spinoza Z.L. sur l'ensemble de la communauté juive !

    Mais qu'ils ne se soient pas expliqués avec le "coupable", d'homme à homme ne laisse apparaître qu'un seul constat, c'est que Spinoza Z.L. ne faisait pas face à des "hommes" mais à des sortes de "dybbuks" aveugles et lâches déguisés en Rabbins !!!

    Shalom Baruch !

  • A l'attention de ceux qui auraient croisé sur le net la controverse, j'aimerai confirmer que contrairement à ce qui se dit parfois, l'indication sur l'épitaphe écrite en latin n'est pas mensongère, elle relate un fait véridique. Elle mentionne que les os s'y trouvaient ce qui sous-entend qu'ils n'y sont plus :olim en latin signifie jadis.
    "Terra Hic Benedicti de Spinoza in ecclesia nova olim sepulti ossa tegit"

  • Je conseille la lecture de "Le Miracle Spinoza" de Frédéric Lenoir.

  • Djemâa, nous le savons, Baruch a été enseveli dans une fosse commune.

    Selon la Halakha, il n'y a deux raisons qui font qu'un israélite est exclu d'un cimetière israélite : Qu'il se suicide ou qu'il se fasse assassiné, dans le sens qu'il soit l'objet d'un meurtre prémédité contre sa personne en tant que telle.

    Ce n'est pas le cas dans un accident, lors d'un acte terroriste ou un pogrom, éventuellement dans le cas d'un meurtre passionnel non prémédité. Uniquement dans les deux cas précité, un israélite est "excommunié" et cela se traduit par l'exclusion de cette personne du cimetière confessionnel accompagné du rituel.

    Par exemple, l'assassin cité plus haut, ne sera pas concerné par ce bannissement du cimetière alors que sa victime, oui !

    Deuxième point, concernant l'échelle des actes condamnables selon la Halakha, ce qui distingue l'homme de l'animal, l'est par la capacité de maîtriser le langage, le parlé comme l'écrit. N'importe quel animal peut avoir la faculté de voler, de tuer, de blesser ou de menacer, cependant, les animaux n'ont pas la faculté de médire, de mentir ou de pratiquer de la "mauvaise langue", (lashon ha-ra), et c'est pour cette raison que ces pratiques sont les plus condamnables dans la tradition et les codes de conduites israélites, spécialement lorsque ces actes se font dans le dos de la personne concernée et qu'en plus il s'agisse de mensonges !

    Dans le cas de Spinoza, certes qu'il n'avait pas sa langue dans sa poche, qu'il dénonçait ouvertement les habitudes et les pratiques politiques de son époque et également de certains traits de caractère de l'humanité en général et que ses discours pouvaient être allusifs et en rapport avec des personnages non fictifs, c'est ce dont il fut accusé et jugé par les Rabbins de la communauté où il vivait et au delà.

    Il aurait fait de ce don attribué exclusivement à l'humain, une utilisation contre-nature, ce qui reste à prouver !?!?

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