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10/10/2018

Saint-Exupéry perdu et retrouvé (3)

616.jpgSaint-Exupéry est le premier à en rire. Il a pris un bain chaud, a eu une émouvante conversation par téléphone avec son épouse Consuelo à Paris. Détendu, il ne paraît même plus pressé de se plonger dans un sommeil réparateur et aux journalistes, il raconte les péripéties de son aventure. Elle fera demain la "une" de tous les journaux. Le correspondant de Paris-Soir, Pierre Artigue, et moi-même, pour l'Intransigeant, avions téléphoné la nouvelle du sauvetage. A ma grande surprise, mon rédacteur en chef me dit: " C'est Saint-Exupéry qui doit écrire son reportage, pas vous. Il a un contrat exclusif avec nous." Il est deux heures du matin, l'aviateur est dans son lit, pas du tout disposé à pondre un article. Je le laisse dormir. Paris-Soir, notre concurrent, aura la primeur de l'aventure. Il étalera en gros titre le 3 janvier 1936 : SAINT–EXUPÉRY Y NOUS FAIT LE RÉCIT DE SA DRAMATIQUE ODYSSÉE: TROIS JOURS DANS LE DÉSERT ÉPUISÉ DE FATIGUE ET DE SOIF. LE CÉLÈBRE AVIATEUR ACCORDE A NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL AU CAIRE SA PREMIÈRE INTERVIEW APRÈS SON SAUVETAGE.

Mon ami Pierre Artigue triomphe. Je ne puis lui en vouloir. A l’Intran, on ne voulait que la prose de Saint-Ex et on refusait la mienne, même en bouche-trou. Le lendemain, vers onze heures, je retrouve la terrasse du Continental et remets à Saint-Exupéry en grande forme un message pressant du journal : on lui rappelle sans beaucoup de délicatesse qu’il a encaissé presque la totalité du prix de son reportage pour son raid Paris-Saïgon. Un bon sourire s’épanouit sur la figure de mon interlocuteur : « Dites-leur donc de ma part que l’accident ne faisait pas partie de notre accord. On verra plus tard à arranger cela. Pour le moment, je vais rececoir ce qui reste de mon Simoun. J’attends la voiture de Raccaud. »

Saint-Exupéry s’en va. Il a hâte d’aller effacer sur un des côtés de la carlingue les mots d’adieu qu’il y a tracés pour Consuelo ; il avait laissé Prévot écrire son testament de l’autre côté de l’appareil. Le mécanicien lui disait : « Je demande pardon à ma femme du mal que je lui ai fait. » Un chiffon mouillé à la main, Saint-Exupéry détruit lui-même minutieusement mot par mot son ultime message. Avant de le faire, il nous avait pudiquement demandé de nous éloigner et de le laisser seul.

Il ne reviendra plus au Caire. Réfugié à Ouadi-Natroun, pendant plus d’une semaine, il habite chez les Raccaud pendant qu’on démonte le moteur de son avion pour l’embarquer à Alexandrie sur le bateau qui l’emportera vers la France.

 

Suite.....4/4

 

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