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08/10/2018

Saint-Exupéry- Au cœur d’un festival berbère

616.jpgLa 9ème édition du Festival Taragalte 2018 qui se déroulera les 26,27 et 28 octobre, sera consacrée à un amoureux du désert et nommée « Sahara, une terre fertile, hommage à Saint-Exupéry ».

Ce festival qui se situe dans la province de Zagora , près de l’Oasis de M’Hamid el Ghizlane au Sud du Maroc trouve ses racines dans les rassemblements d’antan appelés « Moussem » ,  "Anmougar" en Amazigh , un regroupement annuel des habitants du désert pour se retrouver, commercer, se divertir et renforcer le lien social. Musique, chants, contes populaires, compétitions et autres traditions se déroulaient sur plusieurs jours.

Alors je vais profiter de ce « Moussem » pour vous conter moi aussi selon la tradition orale, l’histoire du retour de Saint-Exupéry au Caire suite à son accident d’avion. Un moment magnifique décrit sous la plume de Gabriel Dardaud, autrefois journaliste pour l’Agence France Presse et qui a vécu 30 ans au Caire. Témoin de cette scène très peu connue, il la raconte de manière extraordinaire. Grâce à sa petite-fille Florence que je remercie au passage et qui m’a envoyé ce texte de New-York, je puis à mon tour, au coin d’un feu, dans les brises fraîches du Sahara, le soir tombé, vous conter les retrouvailles avec Saint-Exupéry que l'on croyait perdu, à jamais.

 

Saint-Exupéry perdu et retrouvé

par Gabriel Dardaud

Le lendemain du jour de l’an 1936, clôture du Congrès international de chirurgie, savantes assises qui ont amené au Caire, par centaines, des praticiens d’une vingtaine de pays . Ils remplissent les hôtels, accompagnés de leurs épouses – ou de leurs assistantes préférées. Le tableau de leurs communications (chirurgie des parathyroïdes, chirurgie de la bilharziose, chirurgie de la douleur, etc.) se double d’un programme d’excursions très élaboré. On trouve les participants, leur macaron à la boutonnière, plus nombreux au pied du Sphinx ou de la pyramide de Sakkara ou encore dans les mosquées mamelouks que dans les amphithéâtres de la faculté de médecine de Kasr-el-Aïni, dans la capitale.

A l’un des plus célèbres d’entre eux, le professeur René Leriche de l’Académie de médecine, j’avais demandé : « Que pouvez-vous attendre, monsieur, de vos débats scientifiques ? » Il me répondit : « Jeune homme, lisez l ‘Imitation de Jésus-Christ. Il y est dit : les pèlerinages sanctifient rarement. Nos ancêtres s’en allaient vers Compostelle ou Assise, par piété sans doute, mais aussi pour voir du pays et s’éloigner des soucis familiaux et professionnels ; nous dirions aujourd’hui : faire du tourisme. Nos congrès, ce sont nos pèlerinages. Sans doute y voit-on des confrères et parle-t-on métier. Mais, croyez-moi, nous nous promenons beaucoup, et la science n’y gagne par grand-chose. »

 Ce soir, banquet au Shepheard’s Hôtel offert par la faculté de médecine du Caire et son doyen, le professeur Ali-Pacha Ibrahim. Tenue de rigueur : robe longue, habit et décorations. Près de plans de table protocolairement établis, un avis : « les congressistes qui souhaiteraient effectuer eux-mêmes un splénectomie peuvent s’inscrire ici pour les quinze prochains jours. Des dispositions seront prises pour leur donner toutes les facilités dans les centres hospitaliers. » Conséquence de la bilharziose, très répandue en Egypte, on y trouve, m’explique-t-on, par centaines, des fellah jeunes ou vieux, hommes ou femmes, aux ventres démesurément gonflés par l’hypertrophie de la rate. On les en débarrasse au bistouri, opération peu commune en Europe ou en Amérique. Dans ces contrées les chirurgiens ont rarement sous la main de pareils patients : on leur offre en prime cette occasion d’exercer leur talent pendant leur visite à la vallée du Nil. Au tableau, la liste des candidats opérateurs s’allonge à l’heure de l’apéritif…

Minuit passé, derrière le représentant du roi Fouad d’Egypte et les membres de son gouvernement, congressistes et invités descendent de la terrasse du Shepheard’s. Les drogmans en robe sont toujours là , proposant pour la nuit « une visite au Fish-Market » le trop connu quartier de la prostitution, pittoresque en diable et si proche que pour y pénétrer, depuis, l’hôtel, il n’y a que la rue à traverser. Les voitures des congressistes ont été rangées devant l’Opéra sur la place Ismaïl-Pacha. Cent mètres à peine à marcher sur le trottoir, derrière le ministre de France, Pierre de Witasse, qui a pris la tête de la colonne précédé comme il se doit par son cawas, « suivant » en uniforme « à la turque » et sabre au côté.

Petite bousculade devant l’Hôtel Continental où vont s’arrêter quelques-uns des invités ; deux chaouiches en tarbouche, requis par le portier grec, tentent de soulever un homme affalé sur les marches. Ils l’ont pris pour un ivrogne. Il résiste, répétant d’une voix lasse : « Fichez-moi la paix, je veux une chambre, je suis Saint-Ex… » Le ministre de France l’a entendu. Branle-bas de combat, on écarte les policiers, on soulève l’aviateur, qu’on recherchait partout depuis cinq jours entre le Nil et l’Euphrate et que l’on croyait définitivement perdu dans le désert Arabique, entre le Caire et la mer Rouge. On l’étend sur le canapé du vestibule. Dix des plus grands médecins du monde lui tâtent le pouls, lui soulèvent les paupières, l’auscultent sommairement. "Un whisky… "réclame Saint-Exupéry dans un souffle. Il l’aura.

Quelques instants plus tard, dans une suite de luxe, plongé dans sa baignoire, il se ragaillardit, pas le moins du monde étonné par les personnalités cravatées de blanc et superbement décorées qui se penchent sur son anatomie. Un mirage de plus sans doute.

 

Suite……..2/4

 

*Illustration- L'Intransigeant du 4 février 1936.

 

 

 

 

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Commentaires

Et puis ?

On attend la suite !!

Merci Djemmâa pour ce court décollage vertical

Écrit par : Corto | 09/10/2018

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