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21/07/2018

Eglise du Sacré-Cœur – « Dieu ne peut rien pour les hommes »

IMG_1920.jpgUne église ravagée par les flammes par un jeudi 19 juillet, de quoi émouvoir. Une odeur âcre plane encore  sur les lieux le lendemain ; cette odeur de fumée refroidie légèrement écoeurante. Je me souviens du jour où elle a brûlé. La rue aussitôt bloquée, pompiers, ambulance, une agitation inhabituelle pourtant dans ce quartier toujours animé qu’est la plaine de Plainpalais où on voyait se répandre, au départ de l’incendie, une fumée blanche quasi immobile au-dessus des gens ; des traînées blanchâtres suspendues dans la chaleur caniculaire où pas un souffle d’air ne les aurait dispersées.

Les pompiers sans relâche se sont battus contre les flammes, de 16h à 19h selon les témoins. Un témoin qui raconte ce qu’il a vu me dit avoir vu le prêtre en soutane courir en criant qu’il y avait le feu dans son église. Sans doute, ajoute-t-il, sous le toit par jour de forte chaleur, les circuits électriques auraient surchauffé.

Un long échalas maigre comme un clou frisant la cinquantaine, s’approche des barrières de sécurité devant lesquelles je me tiens, là, en écoutant les réactions des badauds et tentant de sortir les vers du nez du vigile, muet comme une tombe et qui applique les ordres, à la lettre, pas un mot ! L'homme nous raconte que ses parents espagnols se sont mariés dans cette église, mais comme elle, leur mariage est parti en fumée ! Tandis que lui marié, à la mairie, l’est toujours. De ce pas, il allait appeler annoncer à son père en Espagne que « leur » église avait brûlé, sa mère déjà au ciel a dû apprendre la nouvelle plus vite que quiconque.

Puis un autre intervient en disant sur ce ton désabusé propre aux désillusionnés : « De toutes les façons, Dieu ne peut rien pour personne, même son Fils, il n’est pas parvenu à Le sauver. Que dire de la 1ère Guerre Mondiale avec tous ses morts et de la 2ème Guerre mondiale où des millions de gens ont brûlé ? Là, non plus Dieu n’a rien fait, Il ne peut rien pour les hommes, sinon on s’en serait déjà aperçu. Les pompiers ont fait plus pour sauver ce Sacré-Cœur que le bon Dieu lui-même conclut-il, un brin dépité, pourtant il se présente avec humour "fils de l'esprit éveillé" et pencherait plutôt pour la philosophie bouddhiste.

 

Bravo aux pompiers !

 

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Crédit photo D.Chraïti

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07/07/2018

Un nouvel an Mapuche

calfunao.jpgLes Mapuches , Amérindiens du Chili et de l'Argentine viennent de fêter leur nouvel an.  Un moment privilégié de communion avec la terre, les Mapuches se tournent alors vers leurs champs en s'adressant à eux: avez-vous été bien soignés ? Les remercier pour leur récolte et demander aux arbres fruitiers pourquoi ont-ils si peu donnés : vous manquent-ils quelque chose? Ô terre nourricière, Ô notre mère à tous, sommes-nous dignes de vous ?
Puis élever le chant de la terre aux animaux, se plonger avant le lever du soleil dans les rivières et se sentir en parfaite harmonie avec l'eau et la terre et s'inspirer de l'énergie environnante car tout n'est que vie.
Cette terre tant aimée. Quel prix faut-il payer pour la préserver ? Le prix de sa vie ?

Flor Calfunao Paillalef dont le le prénom fleur évoque la nature en elle, ambassadrice à l'ONU pour le peuple Mapuche et depuis 22 ans  requérante d'asile que je surnomme affectueusement "Doyenne des sans-papiers" et à qui j'ai expliqué,  à sa demande,  que doyenne c'est comme être devenue reine et que nous pourrons dans une même ferveur ceindre son front d'un diadème rutilant et la faire sortir sous cet apparat scintillant du néant administratif. De ce labyrinthe kafkaïen émergera enfin un statut, une reconnaissance celle de "Reine des sans-papiers" .  En souriant de ce nouveau titre affublée, elle   me raconte d'une voix serrée cette triste anecdote au Chili.

Une femme Mapuche, Macarena Valdès,  a dénoncé une firme multinationale RP Global qui installait une centrale hydro-électrique sur leur  territoire  de Tranguil dans la commune de Panguipulli, sans autorisation de leur part et  qui déversait ses déchets toxiques dans la rivière de la communauté. La femme revendiquant leurs droits a tenté de s'opposer et lutter contre l'installation qu'elle considérait comme sauvage . Quelques jours plus tard, on la retrouvera,  son corps pendu au bout d'une corde tandis que ses enfants encore petits sont en train de regarder la télévision sans réaliser que c'est leur mère qui est là sans vie et qui balance dans le vide.  La police conclut au suicide sans mener l'enquête alors que tout prouve que le corps a été suspendu après qu'on l'ait tuée.

Un peuple persécuté depuis la colonisation et l'annexion de leur territoire par le Chili et l'Argentine dans les années 1883-1885. Depuis,   70'000 Mapuches ont été tués en Argentine, du côté chilien, il n'y a pas de chiffre concret.

De nos jours, les colons installés détruisent la terre, se l'approprient puis déforestent, ensuite ils polluent l'eau, tout ce qu'ils touchent est aussitôt contaminé. Flor s'étonne, elle qui avant de boire donne de l'eau à ses plantes parce qu'elle rappelle que sans les plantes et les arbres, nous serions tous morts et d'expliquer pourquoi les Amérindiens marchent en "file indienne" et qui leur vaut d'être la risée de tous. Ils ont appris à marcher ainsi pour éviter de détruire les champs en foulant le sol et faire le moins de dégâts possibles, le moins d'empreintes courbant l'herbe, le passage de l'homme au coeur de la nature doit passer inaperçu, c'est le respect dû à notre environnement et le meilleur moyen de le protéger, le considérer comme du vivant.

Un combat amer tissé de harcèlement, d'emprisonnement, d'expropriation, une lutte sournoise qui fait chaque années des morts. Un peuple harcelé, réduit à la pauvreté. Plus de 1.7 million de Mapuches résistent, "sans la terre nous ne sommes rien, nous appartenons à la terre, comme elle nous appartient, cette terre de nos ancêtres". Un pays qui leur appartenait et ratifié par le traité de Quilin en 1641 et reconnu par le Chili en 1825 avec un tracé des frontières précis , un peuple qui possède une langue, une culture vivante, une mémoire.

Flor Calfunao Paillalef mène son combat d'un pied ferme, la "Doyenne des sans-papiers" a confiance en l'avenir, elle représente un peuple qui a une histoire, "c'est pour la mémoire de nos parents, de nos arrières-grands parents que nous luttons, ils nous ont légué un héritage que nous préserverons, voilà notre fierté et une fierté participe à l'identité d'un peuple", conclut-elle.

Que cette nouvelle année soit une année de paix ! Et peut-être que la Suisse pour montrer son attachement et son respect aux peuples autochtones octroiera enfin l'asile à notre "Doyenne des sans-papiers" en cette 23ème année sans statut.

*photo Thierry Porchet dans l'article à lire:

https://www.evenement.ch/articles/militante-de-naissance

11:06 | Tags : mapuche, chili, flor calfunao, environnement | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |