153727

20/05/2018

Miracle!

images-1.jpgPar un mardi pluvieux tandis que le ciel gris se penche sur vous comme une larme immense, je traîne ma douleur dans une jambe droite au point que je décide, au milieu de la journée, de prendre ma voiture et filer chez moi avaler quelques anti-inflammatoires.

Arrivée au rondeau de Carouge, je vois une dame qui doit avoir plus de huitante ans faire  du stop, là, sous la pluie. Malgré, la douleur lancinante, je me dis que je peux sans doute encore faire quelque chose pour elle dans l'état pitoyable dans lequel je me trouve. Je m’arrête.  Tout sourire, elle ouvre la portière lentement, se hisse  péniblement dans la voiture, dépose à grand- peine  son lourd sac à main noir ouvert comme une bouche immense et son parapluie grenat à pois blancs. Une dame bienveillante qui attendait le bus, ferme prestement la portière derrière elle, en m’envoyant un baiser de la main et me remerciant d’avoir eu du cœur de prendre cette pauvre vieille dame sous la pluie.

- Vous allez où ?lui, demandai-je.

- A l’église arménienne.

- Vous êtes arménienne ?

- Non, je suis italienne, mais j’habite à Troinex près de l’église. Vous savez, continue-t-elle, je prie le bon Dieu, lorsqu’il pleut que quelqu’un me prenne en stop et bien sûr, j’explique à Dio ce que c’est le stop; je vais me mettre au bord de la route et tendre mon pouce. Elle roule magnifiquement les « r » en un français hésitant et continue à m’expliquer ce dialogue pré-stop avec Dieu. Je m’en amuse.

- Et surtout, continue-t-elle, j’implore Dieu de bénir celui ou celle qui me prendra.

Arrivées devant l’église arménienne, je lui propose de l’emmener au pied de son immeuble situé à quelques centaines de mètres, elle me demande alors  si je n'ai pas quelques contacts avec des régies parce qu'elle aimerait revenir en ville et se rapprocher des magasins et qu'elle pourrait échanger avec un appartement plus petit,  et qu'elle propose  "due balconcini"; je les imagine fleuris et tout le soin qu'elle peut en prendre puis en partant, elle m’embrasse avec effusion, sort de la voiture et postée quelques minutes, elle me fait de grands gestes d’adieu. Cette vieille dame, là, debout,  sur ce trottoir avec sa masse de cheveux blancs, tout de noir vêtue à l’exception d’un chemisier ton crème, son visage rond avec ses petits yeux bleus rieurs dégage quelque chose de joyeux, tandis qu’elle tient son parapluie à pois blancs. Elle continue à me saluer par de larges geste de la main qu'elle agite de façon énergique  et me bénir jusqu’à ce que je disparaisse de sa vue.

Agréablement distraite par cette « auto-stoppeuse », j’en ai oublié ma douleur. En sortant de la voiture, je ne ressens plus rien, toute tension a disparu et carrément, je gambade comme si je n’avais jamais eu mal après des heures de douleurs.

Ses bénédictions semblent avoir porté ses fruits. Miracle !

 

08:58 | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

19/05/2018

Affaire Maudet, affaire maudite

images.jpgA chaque nouvel épisode, dans cette boîte de Pandore qu'est devenue l'affaire Maudet ,  je me gratte la tête car la frontière est ténue entre la sphère privée et professionnelle.
Et voilà ce qui m'interpelle. Invitée en Inde, l'automne prochain avec à la clé une proposition d'un billet réduit payé en partie par les organisateurs, sur Air India, pour assister aux festivités du Millénaire des Rroms,à Kannauj en Inde,  nous partirons avec un groupe de musiciens rroms, de grandes figures de personnes engagées et last but not least,  Brigitte Macron, sous réserve de confirmation.
Sans doute, on nous invitera dans une chambre à plusieurs que je partagerais avec quelques amies Rroms et si par hasard, prise d'une soudaine compassion, Brigitte Macron aurait la bonne idée de me convier à partager sa suite dans un élan de solidarité,  dû à mon dos, souffreteuse que je serais sur un lit d'appoint, je refuserais d'emblée en invoquant mon statut de fonctionnaire suisse.

- Brigitte, merci pour l'invitation que je décline, à mon plus grand regret et pour le resto ce soir, j'ai préféré un plat de dhal et de naan (plat le plus populaire) .

Et se demander jusqu'où on pourra accepter et refuser, quelques centaines de francs vont si vite. Réduction sur le billet, réduction sur la chambre, repas offerts et vous avez déjà dépassé sans doute les 600 frs, alors que la Confédération recommande un cadeau d'une valeur maximum de 400 frs.

Mais le vrai fond de l'affaire, c'est que lorsqu'il y une contre-partie attendue par celui qui paie, ça devient carrément laid et devient tout simplement de la corruption. Affaire Maudet, affaire maudite, on ouvre la boîte de Pandore, accepter jusqu'où et pour quel retour précisément? Lorsqu'on reçoit un cadeau d'un certain montant, il est important d'en connaître les attentes précises, à moins d'être totalement naïf.

Et en conclusion, le plus simple c'est de se prendre en charge et payer en fonction de ses moyens et c'est exactement ce que je compte faire, me payer le billet plein tarif et la chambre et puis c'est se garantir une totale liberté d'expression, dans mon cas. Je pourrais couvrir l'événement en toute liberté pour mes chers lecteurs de cette blogosphère, m'abandonner à une douce impertinence sans que nul ne puisse interférer parce qu'on m'aurait offert qui sait quoi.

C'est le prix à payer pour une entière liberté d'expression ! Cette leçon vaut bien un billet sans doute.

 

09:21 | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook | | |

05/05/2018

Quand les ouragans font de la résistance

BANANES-kqE-U101036779693WSH-860x420@lafranceagricole.fr.jpgQuelques bribes de conversations lors de mon séjour en Guadeloupe me reviennent tandis que je continue la rédaction sur la résistance des esclaves africains dont il faudra sans cesse rappeler et marteler que oui, ils ont résisté et déjà en terre africaine, où on y découvre des figures féminines extraordinaires de reines stratèges et guerrières qui négociaient et guerroyaient comme la Reine Anna Nzinga Mbende d’Angola, des royaume de Ndongo et de Matamba (actuel Angola) au XVIIème siècle. Elle savait tirer profit de la concurrence entre les Portugais et les Hollandais se battant pour mettre main basse sur les richesses de son pays y compris sur les humains.On parlait de cette guerrière qui avait appris le Portugais pour communiquer avec ses ennemis,  dans toutes les cours européennes. Autre figure marquante, la prophétesse Yaya Kimpa Vita du Royaume du Congo qui sera brûlée vive par les Portugais, le même siècle et surnommée "La Jeanne d'Arc du Congo".

Des souvenirs qui remontent lentement de mon passage en Guadeloupe et de la posture post-coloniale ou franchement coloniale de quelques français de la Métropole qui donne ce genre de conversation légère et coupable tandis que j’annonçai avoir acheté d’excellents ouvrages d’auteurs guadeloupéens très engagés dans une démarche d’indépendance et qui revendiquent leur créolité.

  • Ils savent si bien écrire lorsqu’ils renoncent à leur langue ampoulée, d’un autre temps et d’une époque révolue. Et ces élans indépendantistes n’ont aucun sens, aucune logique, mais comment vivront-ils sans la France et avec quoi ? Ils exportent tout même leurs bananes quand les ouragans veulent bien leur en laisser quelques unes. Eclat de rire un brin moqueur !

Ou alors la version frivole d’une autre métro :

  • J’ai vécu longtemps en Martinique et avait un ami très sympathique, il est même venu, à Paris,  me rejoindre un temps et j’ai eu un enfant avec. Maintenant, j’ai pris ma retraite et ne veut plus vivre dans ce pays de "Békés" tout aussi insupportables, finalement les Martiniquais sont racistes et tellement prétentieux et je dirais même arrogants. Je trouve que les hommes guadeloupéens sont, "Ssssi gentils...." (elle insiste sur le "s" comme si elle imitait le sifflement du serpent), ils sont tellement plus drôles et tellement plus faciles à vivre et ils dansent si bien. Ah, la biguine ! A ces mots elle remue,  sur la chaise,  tout son corps replet,  les cuisses généreuses et débordantes engoncées dans un short en coton serré, le visage rond et rose légèrement suant tournoie sur son épais cou pour marquer le tempo du rythme effréné d'un orchestre qui joue sur la terrasse, en plein soleil;  les frisettes blondes de ses cheveux courts sautillent tandis qu'elle parle très fort tout en écarquillant ses yeux vert absinthe luisant comme des billes en vous fixant.  Doudou, dit-elle en levant le bras, apporte-moi encore un rhum.

Côté guadeloupéen, ça grince un peu des dents. L’avis d’une interlocutrice.

- Le mouvement indépendantiste a vraiment pris racine avec un fort ancrage chez les jeunes qui regardent les « ti-blancs » comme une éternelle menace et pour preuve, les postes importants sont laissés aux Métros surtout lorsqu’il s’agit de postes en lien avec l’économie ; on lâche le social ou la santé comme un vieil os rongé aux Guadeloupéens. Ont-ils tort, ces jeunes ? Nous sommes totalement dépendants de l’économie française et les ouragans n’y arrangent rien. Avant, il y avait un ouragan destructeur tous les trois ans, aujourd’hui, vous en avez deux dans la même année, alors que voulez-vous ? Mieux vaut que ce soit la France qui paie la facture car on n’y arriverait pas, il faut être réaliste et pragmatique, soupire-t-elle.

La solution ? Une transition pendant 15 ans qui accompagnerait la Guadeloupe dans son processus d’indépendance et payée par la France ; c’est une façon de continuer un processus de décolonisation et de payer la facture de l’esclavagisme. Nous pourrions nous allier à tous les pays des Dom-Tom, et avec la Martinique ne plus se regarder en chiens de faïence et créer l’équivalent d’un « Mercosur en Amérique latine »; une force économique commune et indépendante. En attendant, les ouragans balaient tous les projets futurs et la seule chose qu’on se dit, c’est que chaque fois qu’on s’en sort, on a bien de la chance ! Il faut être réaliste, on n'a pas les moyens de notre volonté d'indépendance si on ne nous tend pas la main.

 

09:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

03/05/2018

Ethique 4.0

ethique, taopic.com.jpgUn billet co-écrit avec Ioan Tenner   http://wisdom.tenner.org

Il ne se passe pas un jour sans qu'une nouvelle technologie s’annonçant fièrement « disruptive » n'influence notre quotidien et ne change nos façons de travailler et de vivre.

Il ne se passe plus un jour sans que le fossé ne se creuse entre les valeurs morales instituées par ces évolutions technologiques et l’éthique de la masse de gens que nous sommes, qui utilisent ces technologies, s’y intègrent et s’y adaptent sans un débat public sur ce qui se joue en arrière-fond.

Qui entre nous, qui mandaté par nous, c’est donné le devoir et le temps d'évaluer les conséquences de ce que trafiquent les fameux algorithmes quand nous cliquons un like sur Facebook, quand j’accepte de donner mon numéro de téléphone en échange d’une connexion « gratuite » ? Qu'est-ce qu’on me prend quand je fais mes recherches sur Internet ou quand je paie avec ma carte de crédit ? Que se passe-t-il quand je recherche un emploi et je m'inscris sur toutes ces plates-formes ?

A qui sert tout ceci, ces Big Data ? Qui a le contrat social de gouverner ce changement de société ? J’apprends qu’à présent nous nous exprimons tous par "mots-clés". Tout ce que j'écris, je lis, je cherche, se transforme en "mots-clés". Mais des clés pour ouvrir quelle porte et à qui ?

Bien entendu, c’est le progrès, cette chose que nous croyons sacrée et inévitable, une amélioration de notre mode de vie. Tout ce monde veut notre bien, nous aider. Comment assurer pourtant que tous ces logiciels qui nous "veulent tous du bien" nous aident vraiment ? Qu’ils respectent une morale humaniste ?

A ce jour, on tâtonne dans un monde nouveau, numérique et artificiel, on le dit même post-humain. Nous y sont proposées comme "normales" des valeurs nouvelles, apparemment sans rapport aux valeurs morales désuètes des siècles passés. Tout ce qu’on peut dire on a le droit d’exprimer, tout ce qu’on peut imaginer on a le droit d’inventer, tout ce qu’on invente on a le droit de produire, vendre et appliquer. Il semble aussi se créer une nouvelle cassure sociale, une forme d'élitisme qui n’a plus rien à voir avec la démocratie libérale; les maîtres de technologie qui l'appliquent décident au-dessus des Etats ; tous les autres, les petits peuples qui font l’objet et qui utilisent ces progrès sans vraiment les comprendre le subissent plutôt que de le choisir. 

On l'a compris déjà, c'en est fait de la forme de liberté individuelle qui est la vie privée, de la confidentialité, le temps de se rendre compte on est arrivé à la transparence sans limites, apparemment inévitable. Les générations suivantes devront s’habituer à vivre nues. Mais regardez la dérive, comment Facebook a vendu déjà ces mêmes données à qui veut mieux influencer les présidentielles de ce monde. Vous croyez qu’on va s’arrêter en si bon chemin ? Qui va les utiliser en quelques années ?

Avez-vous remarqué ? La cybersécurité si prospère de nos jours, ne s'est jamais donné pour mission plus haute de protéger ou défendre la sphère privée ou l'identité des internautes mais travaille plutôt sur la protection des machines, des ordinateurs, des données économiques et des institutions.

Les intérêts personnels des individus ne comptent pas, c'est l'individu lui-même qui ne compte plus.

Que faire ?

Il est temps de regarder venir mais aussi de se manifester en citoyens. A quoi servent donc ces Big data, moniteurs de tout ce qui bouge? Des drones autonomes seront bientôt là pour nous suivre partout, pour notre "plus grand bien" encore. La vie privée aura-t-elle quelque valeur? Nous appartient-elle encore ? C’est quoi  être libre ?

Il ne se passe pas un jour sans qu'une nouvelle technologie remplace encore plus de ce que nous faisons normalement avec simple bon sens entre humains. Il semble que les Big data savent déjà mieux que nous ce que nous préférons, bientôt ce que nous déciderons et ce qui sera le mieux pour nous…

D’où la nécessité de poser la question suivante  : Quelle éthique sied à cette superbe technologie et au monde qui vient maintenant ? N’est-il pas le temps de redéfinir l’éthique de notre société ?

Existe-t-il encore quelque chose qui ressemble un tant soit peu à de la vieille éthique universelle apprise dans nos enfances; humaine, de Bien et de Mal, d’honnêteté, de conscience, d'humanisme, de compassion, de ce qui est bon, juste, beau et non seulement efficace, profitable et opportuniste ? Où est la Nature dans la société tout-technologique ?

Ceci nous force à réfléchir : Qui contrôle et qui décide cette évolution? Qui se sent responsable ? Qui veille ? Qui nous protège ? Au niveau de la Ville, de l’Etat et du Monde ?

Quelles règles éthiques assurer pour le monde présent et futur ? Ce n'est pas à nous de décider ? Et pourquoi pas nous? Si ce n’est pas, nous c’est qui ? Si pas maintenant, quand ?

Oui, nous pouvons voter et décider; pour cela, nous pouvons initier des observatoires et commissions d'éthique de la société civile et de notre Etat, habilités à discuter et agir démocratiquement. Pour cela, il faut pourtant commencer par faire quelque chose, commencer quelque chose comme dirait Hannah Arendt.

Et de paraphraser une vieille question philosophique… et sa réponse :

- Que faut-il faire pour perdre ; son bien, sa santé, ses droits, sa liberté, et même sa vie ?

- Rien

 

06:50 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |