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28/05/2018

L'aventure argentique

IMG_1358.JPGPhilippe Ledru, ancien photographe pendant 25 ans, à l’agence Sygma,  balaie d’un geste les problèmes qu’il a eus à récupérer son stock photos lorsque l’agence de photo-journalisme est vendue en 1999, à Corbis, société dirigée par Bill Gates plus tard revendue à Unity Glory, filiale de Visual China qui finira par conclure un accord avec Getty Images.

C’est alors la valse des archives, un fonds de plusieurs millions de photos  à la dérive, des milliers  d'entre elles perdues. Des photographes qui avaient quasi un statut d’indépendant avec des droits d’auteur protégés au cœur de l’agence Sygma s’associent et décident de se battre pour récupérer leurs clichés.

Après 12 ans d’âpres luttes et de procédures sans fin, Philippe Ledru parvient à récupérer 5m3 de photos, soit un camion.

Mais il ne veut plus en parler, du reste, ils ont tous signé un accord dans ce sens « on ne parle plus de cette affaire, tout a été réglé! »

Il reste quoi ? Il reste la mémoire photographique pour celui qui parle de l’argentique avec une certaine nostalgie.  Les clichés inédits de Simone Weil dans son ouvrage préfacé par Badinter « Mes combats »   sont signés Ledru. Un prochain ouvrage  à paraître et plus intimiste avec la collaboration de la famille seront aussi de son cru, celle qu’il connaissait si bien l’a laissé approcher dans cette sphère personnelle que seul un ami peut franchir.

Quel mémoire photographique ? Un instant inoubliable lorsque David Bowie à Cannes, le vire quasiment, sa cigarette à la main, une expression immortalisée entre l’amusement et l’agacement.

Philippe Ledru soutient qu’autrefois, on ne shootait pas à l’aveugle, mais il fallait se préparer à saisir une expression, un geste, un moment unique, l’argentique exigeait un travail soigneux et bien préparé, il fallait longuement cadrer son sujet. A Cannes, ce photographe des stars parvenait à les sortir discrètement de l’hôtel par les discrètes portes de service pour les faire poser dans un jardin, sur des escaliers, à l’abri des regards et de l’hystérie des foules. Aujourd’hui, c’est impossible ! Les stars sont prises au piège, des barrières partout, des gens qui photographient avec leur portable,  à tout va.   Cette vie filmée en permanence a banalisé l’image. Des caméras de surveillance partout, bientôt des drones-filmeurs, et se demander quels sont les moments de la mémoire dans ce flux ininterrompu d’images, qui va décider de l’instant historique d’un cliché ?

- Discours d’ancien combattant ? lui demandé-je. Il me répond, très fier pour celui qui « a couvert le Liban »  : -  j’assume entièrement  !

On subit une globalisation de l’image, il n’y a plus de moments exclusifs, les images sont banalisées jusqu’à l’infini. La distance n’existe plus et c’est elle sans doute qui faisait la force d’une photo, la puissance d’une image, la distance nécessaire à la réflexion.

Tandis qu’il me raconte ceci, il se retourne et voit sur son stand du Carrousel du Louvre où sont exposées ses photos dont celles de David Bowie, des personnes photographier ses œuvres au moyen de leur portable et il les interpelle; il leur  explique les droits d’auteur, le travail à respecter et s'explique, ses photos seront reproduites par milliers sur les réseaux sociaux et comment les récupérer, ensuite. Voilà ce qu’est devenue la photo, dit-il, des reproductions aveugles à l’infini et on ne sait plus en reconnaître l’auteur. On ne peut plus remettre une photo dans son contexte et pourtant le contexte est essentiel pour comprendre une photo et la situer dans son temps.

De l’argentique au numérique, de l’exception à la consommation de masse. Le numérique va-t-il détruire la photo, effacer  la mémoire, brouiller les pistes ?

 

 

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26/05/2018

Carrousel du Louvre - Strass et champagne

IMG_1345.JPGMonter et tenir  un stand au Carrousel du Louvre,  c'est sportif. Arriver par les sous-sols du Louvre où 200 exposants se préparent à accrocher leurs tableaux, transporter le matériel puis commencer à accrocher et à chacun son style; nos voisins du stand d'à côté sont des artistes chinois, ils se mettent en mode méditation devant le mur blanc, puis inspirant profondément, prennent une toile et la posent en un geste sacré, puis ils mesurent à l'aide d'un niveau la ligne parfaite tandis que nous plus classiques, on penche la tête et on suggère, un peu plus haut à droite, très légèrement, encore un pouce à gauche plus bas. . Plus loin, un artiste genre rasta, mange son sandwich au thon légèrement dégoulinant d'huile en  observant le regard perdu dans le vague, le mur, le tout semble totalement le dépasser, il est affalé sur sa chaise les jambes tendues devant lui.

Puis, il y encore d'autre artistes comme qui dirait un peu hagards dans cet endroit immense : tiens il y en a un qui sort des toilettes pour femmes et qui regarde longuement le panneau  en se demandant comment il a pu rater ça. 

Le vernissage est pour 19h, une longue queue de gens trépignent à l'extérieur, on entend les bouchons de champagne sauter, notre artiste Jacques Strauss est resté à l'hôtel se reposer, on va devoir se débrouiller pour accueillir les curieux parmi lesquels, des courtiers d'art, des galeristes dont un qui se demande comment on vend d'habitude et là on est fier de lui dire :

-Alors vous savez, nous,  on organise des portes ouvertes dans l'atelier du peintre une à deux fois par an et on s'y bouscule.

Un jeune agriculteur bio passionné de peinture admire  les oeuvres bouche bée, les gens déambulent un verre de champagne à la main, une amie artiste explique le symbole du Golem que nous expoosons: " en hébreu la vérité c'est emet אמת si vous enlevez le aleph la première lettre, souffle de vie,  vous aurez מת met qui signifie mort". Les curieux hochent la tête impressionnés par les explications savantes. Un homme déjà ivre tangue devant les peintures, le nez presque collé contre la toile,  adroitement on lui suggère de reculer pour mieux observer les perspectives et il y a celui qui drague, il se plante à un cm de votre visage et d'on ton langoureux vous sussurre:

-C'est vous l'artiste? Après vous avoir écouté, il vous complimente : Vous défendez quand même bien les couleurs du peintre!

Des femmes magnifiques déambulent,  longues et légères,  titubant sur leurs talons aiguilles, quelques observations entre artistes chuchotées  nous parviennent. 

-T'as vu ces croûtes immondes?

Devant notre stand, un photographe est prêt à me raconter comment il a sauvé des archives photos  de l'agence Sygma lorsqu'elle a été vendue, celui qui "a couvert le Liban" m'a promis de décrire dans le menu détail ce sauvetage. Puis, je tenterai plus tard,  encore une fois, aujourd'hui, de parler avec nos voisins artistes chinois qui sont timides dès que vous approchez, ils plongent la tête sur leur Iphone ou alors vous photographient sans relâche.

On attend plus de 100'000 personnes, tourne, tourne, le Carrousel.

 

suite .....à venir

 

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23/05/2018

Carrousel du Louvre - La Strauss attitude

IMG_1665.jpgComme je vous l'avais annoncé dans le billet "Lee Bae- Les 50 nuances de charbon" me voilà partie au Carrousel du Louvre avec le grand peintre Jacques Strauss que l'on accompagne à plusieurs pour ce qu'on pourrait appeler une consécration dans une carrière, à savoir, exposer au Carrousel du Louvre dans le cadre du Salon international d'art contemporain (26 et 27 mai, vernissage vendredi 25 mai.)

L'artiste a décidé de ne pas envoyer par transport ses vingt-quatre tableaux mais qu'on allait voyager avec dans un mini-bus loué, il était hors de question de laisser "ses enfants" tout seuls, donc non seulement on voyagera avec ses peintures mais on dormira avec. Chacun de nous prendra dans sa chambre d'hôtel situé à 300 mètres du Louvre, quatre ou cinq tableaux. J'imagine déjà la tête du réceptionniste lorsqu'il verra le défilé.

Une dizaine de Genevois sont de la partie et nous rejoindront à Paris, du côté parisien, nous comptons déjà une cinquantaine d'invités. Mon rôle se partagera entre tenir le stand de tableaux en compagnie du peintre et être sa chroniqueuse. Je me prépare à cette nouvelle tâche artistique en préparant des formules colorées.

Parisien médaillé, Médaille d'Or des Artistes de France, Toile d'Or décernée par la Fédération Nationale de la Culture Française, sociétaire et vice-président des Artistes de France, également sociétaire des Artistes indépendants au Grand-Palais à Paris, Jacques Strauss a suivi le processus classique de la plupart des artistes-peintres, d'abord figuratif, puis abstrait expressionniste.

Sa peinture à base de laques colorées est rutilante, lyrique et somptueuse, il est parmi les très rares peintres européens à utiliser ce matériau comme moyen d'expression. On dit de lui qu'il est le peintre de l'oxymore. Une émotion exprimée par le gestuel, la couleur et les signes où se confondent l'informel, le suggestif, le mental, ramenés à l'essentiel. Symphonies fantastiques de couleurs, de bleus profonds, de rouges intenses, de noirs étincelants, ses oeuvres sont un velours pour le regard et un défi pour l'imagination.

Cet éternel jeune homme qui fêtera bientôt ses 100 ans nous impressionne lorsqu'un d'un trait tandis qu'il écoute de la musique, il strie la toile d'un mouvement sûr,  il créé alors des paysages imaginaires, la force sublime de l'instant présent lui ouvre les portes de l'infini, une constellation s'échappe de son pinceau et le porte aux nues.  Pour lui, peindre c'est oublier le monde, rêver un univers serein, coloré, apaisant.  J'ose dire parfois avec un brin d'insolence, Strauss, c'est du Zao Wou-Ki mais en mieux et en plus propre.

 

la suite ..... à Paris

 

Le site du peintre

https://www.dj-strauss.com/

 

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22/05/2018

Danseurs d’alerte

migrants-12.jpgIls sont là les migrants à jouer à saute-mouton dans les champs, à se cacher entre les frontières réelles et celles de notre imaginaire;  des ombres fugitives perdues et qui interpellent. Une série de photos prises par Françoise Herquel, animatrice socio-culturelle, écrivaine valaisanne à ses heures, représentant des cardons pris,  en automne 2013,  et qui a inspiré son amie chorégraphe Brigitte Burdin . Le maire d’Archamps ainsi que ceux de Bossey et Collonges sous Salève, suivis par les maires côté suisse de Veyrier, Troinex, Bardonnex ont produit  un spectacle "Danseurs d'alerte" qui se déroulera, le 2 juin 2018, à 19h,  dans le hangar de Compesières et dont le visuel s'est inspiré de cette magie photographique.

Jouer à saute-mouton par-dessus les frontières, et danser une fable légère pour rappeler que les frontières se vivent, elles ne sont pas un frein mais elles peuvent rapprocher. Jouer à saute-mouton au-delà des préjugés, le temps d’un soir, être voisins et se souvenir qu’on partage des espaces communs qui nous sont chers lorsqu’on hérite des mêmes paysages et des lieux partagés par une mémoire collective.

Du mois de mars à juin 2018 , différents événements autour de la thématique « Frontière.S » ont invité à une réflexion citoyenne territoriale et une célébration de nos « Frontières ». Le spectacle « Danseurs d’alerte » vient parachever ce cycle et le clôturer.

Un regard artistique au cœur de l’exposition « Frontières" réalisée par le Musée National Français de l'Histoire de l’immigration et qui s’est donné pour mission de présenter des clés de compréhension , à la fois historiques et géographiques, et des témoignages de la traversée. Chaque commune participante a pu présenter sa propre vision de sa réalité locale.

Danser par-delà les barrières, par-delà les frontières, dans un souffle immense traverser l'espace sur une danse enivrante qui rappelle que les plus grandes frontières et celles qu’on suppose les plus infranchissables sont d'abord dans nos têtes.

Flyer_Danseurs_Alerte_recto.jpg

 

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21/05/2018

Une fouine dans le moteur

images-2.jpgA chaque fois que je raconte ce qui est arrivé, à ma voiture, on me demande si c’est un passage imaginaire d’un de mes romans et il me faut me défendre pour expliquer ce qui s’est vraiment passé et comment ça s’est produit.

Un jour, me rendant à Coppet, le témoin lumineux de ma voiture marque en rouge vif qu’il faut rajouter du liquie¨de de refroidissement que je m’empresse aussitôt de mettre. Une heure plus tard, le témoin s’allume à nouveau, inquiète, je m’arrête chez un garagiste au bord de la route pour lui demander de vérifier ce qui se passe, naturellement avec mon imagination débordante, je voyais déjà la flambée du véhicule en une explosion assourdissante, quelque chose de ce genre, épouvantable.

Le mécanicien ouvre le capot et découvre près du moteur, un os, un morceau de pain, une tranche de pizza, bref, le parfait salon d’une fouine qui s’était confortablement installée dans le moteur du véhicule, faisant salon et se réchauffant à la douce chaleur d’un moteur refroidi durant l’hiver, parfois rongeant quelques câbles électriques du véhicule pour se faire les dents. Et voilà la voiture définitivement hors d’usage !

La fouine et pendant tout l’hiver évidemment dès que je mettais en branle le moteur s’éclipsait rapidement pour revenir dès mon retour se réchauffer dans « son nid douillet». Les fils sont fabriqués avec des matières organiques; par soucis d'écologie, des normes européennes obligent les constructeurs à remplacer les traditionnels câbles et durites en plastique classique, par des matériaux faits à base d'amidon de maïs ou de pomme de terre, issus de la canne à sucre, d’arachides, huiles de poisson ou farines contenus dans les câbles recyclés, bref, un vrai garde-manger pour ces adorables rongeurs.

Certains véhicules sont équipés d’appareils à ultras-sons qui les éloignent.

 

Donc, je vous laisse vérifier dans votre moteur qu’il ne soit pas transformé en un « douillet petit coin » à fouines. Au printemps, les mâles sont particulièrement attirés par les câbles et pour marquer leur territoire, ils sont capables de passer après un autre concurrent qui a arrosé les fils et ronger davantage le matériel pour montrer son passage et faire disparaître toute odeur et toute trace du mâle précédent, et en attendant, en ce qui me concerne, marche et vélo, au programme.

 

 

 

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20/05/2018

Miracle!

images-1.jpgPar un mardi pluvieux tandis que le ciel gris se penche sur vous comme une larme immense, je traîne ma douleur dans une jambe droite au point que je décide, au milieu de la journée, de prendre ma voiture et filer chez moi avaler quelques anti-inflammatoires.

Arrivée au rondeau de Carouge, je vois une dame qui doit avoir plus de huitante ans faire  du stop, là, sous la pluie. Malgré, la douleur lancinante, je me dis que je peux sans doute encore faire quelque chose pour elle dans l'état pitoyable dans lequel je me trouve. Je m’arrête.  Tout sourire, elle ouvre la portière lentement, se hisse  péniblement dans la voiture, dépose à grand- peine  son lourd sac à main noir ouvert comme une bouche immense et son parapluie grenat à pois blancs. Une dame bienveillante qui attendait le bus, ferme prestement la portière derrière elle, en m’envoyant un baiser de la main et me remerciant d’avoir eu du cœur de prendre cette pauvre vieille dame sous la pluie.

- Vous allez où ?lui, demandai-je.

- A l’église arménienne.

- Vous êtes arménienne ?

- Non, je suis italienne, mais j’habite à Troinex près de l’église. Vous savez, continue-t-elle, je prie le bon Dieu, lorsqu’il pleut que quelqu’un me prenne en stop et bien sûr, j’explique à Dio ce que c’est le stop; je vais me mettre au bord de la route et tendre mon pouce. Elle roule magnifiquement les « r » en un français hésitant et continue à m’expliquer ce dialogue pré-stop avec Dieu. Je m’en amuse.

- Et surtout, continue-t-elle, j’implore Dieu de bénir celui ou celle qui me prendra.

Arrivées devant l’église arménienne, je lui propose de l’emmener au pied de son immeuble situé à quelques centaines de mètres, elle me demande alors  si je n'ai pas quelques contacts avec des régies parce qu'elle aimerait revenir en ville et se rapprocher des magasins et qu'elle pourrait échanger avec un appartement plus petit,  et qu'elle propose  "due balconcini"; je les imagine fleuris et tout le soin qu'elle peut en prendre puis en partant, elle m’embrasse avec effusion, sort de la voiture et postée quelques minutes, elle me fait de grands gestes d’adieu. Cette vieille dame, là, debout,  sur ce trottoir avec sa masse de cheveux blancs, tout de noir vêtue à l’exception d’un chemisier ton crème, son visage rond avec ses petits yeux bleus rieurs dégage quelque chose de joyeux, tandis qu’elle tient son parapluie à pois blancs. Elle continue à me saluer par de larges geste de la main qu'elle agite de façon énergique  et me bénir jusqu’à ce que je disparaisse de sa vue.

Agréablement distraite par cette « auto-stoppeuse », j’en ai oublié ma douleur. En sortant de la voiture, je ne ressens plus rien, toute tension a disparu et carrément, je gambade comme si je n’avais jamais eu mal après des heures de douleurs.

Ses bénédictions semblent avoir porté ses fruits. Miracle !

 

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19/05/2018

Affaire Maudet, affaire maudite

images.jpgA chaque nouvel épisode, dans cette boîte de Pandore qu'est devenue l'affaire Maudet ,  je me gratte la tête car la frontière est ténue entre la sphère privée et professionnelle.
Et voilà ce qui m'interpelle. Invitée en Inde, l'automne prochain avec à la clé une proposition d'un billet réduit payé en partie par les organisateurs, sur Air India, pour assister aux festivités du Millénaire des Rroms,à Kannauj en Inde,  nous partirons avec un groupe de musiciens rroms, de grandes figures de personnes engagées et last but not least,  Brigitte Macron, sous réserve de confirmation.
Sans doute, on nous invitera dans une chambre à plusieurs que je partagerais avec quelques amies Rroms et si par hasard, prise d'une soudaine compassion, Brigitte Macron aurait la bonne idée de me convier à partager sa suite dans un élan de solidarité,  dû à mon dos, souffreteuse que je serais sur un lit d'appoint, je refuserais d'emblée en invoquant mon statut de fonctionnaire suisse.

- Brigitte, merci pour l'invitation que je décline, à mon plus grand regret et pour le resto ce soir, j'ai préféré un plat de dhal et de naan (plat le plus populaire) .

Et se demander jusqu'où on pourra accepter et refuser, quelques centaines de francs vont si vite. Réduction sur le billet, réduction sur la chambre, repas offerts et vous avez déjà dépassé sans doute les 600 frs, alors que la Confédération recommande un cadeau d'une valeur maximum de 400 frs.

Mais le vrai fond de l'affaire, c'est que lorsqu'il y une contre-partie attendue par celui qui paie, ça devient carrément laid et devient tout simplement de la corruption. Affaire Maudet, affaire maudite, on ouvre la boîte de Pandore, accepter jusqu'où et pour quel retour précisément? Lorsqu'on reçoit un cadeau d'un certain montant, il est important d'en connaître les attentes précises, à moins d'être totalement naïf.

Et en conclusion, le plus simple c'est de se prendre en charge et payer en fonction de ses moyens et c'est exactement ce que je compte faire, me payer le billet plein tarif et la chambre et puis c'est se garantir une totale liberté d'expression, dans mon cas. Je pourrais couvrir l'événement en toute liberté pour mes chers lecteurs de cette blogosphère, m'abandonner à une douce impertinence sans que nul ne puisse interférer parce qu'on m'aurait offert qui sait quoi.

C'est le prix à payer pour une entière liberté d'expression ! Cette leçon vaut bien un billet sans doute.

 

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05/05/2018

Quand les ouragans font de la résistance

BANANES-kqE-U101036779693WSH-860x420@lafranceagricole.fr.jpgQuelques bribes de conversations lors de mon séjour en Guadeloupe me reviennent tandis que je continue la rédaction sur la résistance des esclaves africains dont il faudra sans cesse rappeler et marteler que oui, ils ont résisté et déjà en terre africaine, où on y découvre des figures féminines extraordinaires de reines stratèges et guerrières qui négociaient et guerroyaient comme la Reine Anna Nzinga Mbende d’Angola, des royaume de Ndongo et de Matamba (actuel Angola) au XVIIème siècle. Elle savait tirer profit de la concurrence entre les Portugais et les Hollandais se battant pour mettre main basse sur les richesses de son pays y compris sur les humains.On parlait de cette guerrière qui avait appris le Portugais pour communiquer avec ses ennemis,  dans toutes les cours européennes. Autre figure marquante, la prophétesse Yaya Kimpa Vita du Royaume du Congo qui sera brûlée vive par les Portugais, le même siècle et surnommée "La Jeanne d'Arc du Congo".

Des souvenirs qui remontent lentement de mon passage en Guadeloupe et de la posture post-coloniale ou franchement coloniale de quelques français de la Métropole qui donne ce genre de conversation légère et coupable tandis que j’annonçai avoir acheté d’excellents ouvrages d’auteurs guadeloupéens très engagés dans une démarche d’indépendance et qui revendiquent leur créolité.

  • Ils savent si bien écrire lorsqu’ils renoncent à leur langue ampoulée, d’un autre temps et d’une époque révolue. Et ces élans indépendantistes n’ont aucun sens, aucune logique, mais comment vivront-ils sans la France et avec quoi ? Ils exportent tout même leurs bananes quand les ouragans veulent bien leur en laisser quelques unes. Eclat de rire un brin moqueur !

Ou alors la version frivole d’une autre métro :

  • J’ai vécu longtemps en Martinique et avait un ami très sympathique, il est même venu, à Paris,  me rejoindre un temps et j’ai eu un enfant avec. Maintenant, j’ai pris ma retraite et ne veut plus vivre dans ce pays de "Békés" tout aussi insupportables, finalement les Martiniquais sont racistes et tellement prétentieux et je dirais même arrogants. Je trouve que les hommes guadeloupéens sont, "Ssssi gentils...." (elle insiste sur le "s" comme si elle imitait le sifflement du serpent), ils sont tellement plus drôles et tellement plus faciles à vivre et ils dansent si bien. Ah, la biguine ! A ces mots elle remue,  sur la chaise,  tout son corps replet,  les cuisses généreuses et débordantes engoncées dans un short en coton serré, le visage rond et rose légèrement suant tournoie sur son épais cou pour marquer le tempo du rythme effréné d'un orchestre qui joue sur la terrasse, en plein soleil;  les frisettes blondes de ses cheveux courts sautillent tandis qu'elle parle très fort tout en écarquillant ses yeux vert absinthe luisant comme des billes en vous fixant.  Doudou, dit-elle en levant le bras, apporte-moi encore un rhum.

Côté guadeloupéen, ça grince un peu des dents. L’avis d’une interlocutrice.

- Le mouvement indépendantiste a vraiment pris racine avec un fort ancrage chez les jeunes qui regardent les « ti-blancs » comme une éternelle menace et pour preuve, les postes importants sont laissés aux Métros surtout lorsqu’il s’agit de postes en lien avec l’économie ; on lâche le social ou la santé comme un vieil os rongé aux Guadeloupéens. Ont-ils tort, ces jeunes ? Nous sommes totalement dépendants de l’économie française et les ouragans n’y arrangent rien. Avant, il y avait un ouragan destructeur tous les trois ans, aujourd’hui, vous en avez deux dans la même année, alors que voulez-vous ? Mieux vaut que ce soit la France qui paie la facture car on n’y arriverait pas, il faut être réaliste et pragmatique, soupire-t-elle.

La solution ? Une transition pendant 15 ans qui accompagnerait la Guadeloupe dans son processus d’indépendance et payée par la France ; c’est une façon de continuer un processus de décolonisation et de payer la facture de l’esclavagisme. Nous pourrions nous allier à tous les pays des Dom-Tom, et avec la Martinique ne plus se regarder en chiens de faïence et créer l’équivalent d’un « Mercosur en Amérique latine »; une force économique commune et indépendante. En attendant, les ouragans balaient tous les projets futurs et la seule chose qu’on se dit, c’est que chaque fois qu’on s’en sort, on a bien de la chance ! Il faut être réaliste, on n'a pas les moyens de notre volonté d'indépendance si on ne nous tend pas la main.

 

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03/05/2018

Ethique 4.0

ethique, taopic.com.jpgUn billet co-écrit avec Ioan Tenner   http://wisdom.tenner.org

Il ne se passe pas un jour sans qu'une nouvelle technologie s’annonçant fièrement « disruptive » n'influence notre quotidien et ne change nos façons de travailler et de vivre.

Il ne se passe plus un jour sans que le fossé ne se creuse entre les valeurs morales instituées par ces évolutions technologiques et l’éthique de la masse de gens que nous sommes, qui utilisent ces technologies, s’y intègrent et s’y adaptent sans un débat public sur ce qui se joue en arrière-fond.

Qui entre nous, qui mandaté par nous, c’est donné le devoir et le temps d'évaluer les conséquences de ce que trafiquent les fameux algorithmes quand nous cliquons un like sur Facebook, quand j’accepte de donner mon numéro de téléphone en échange d’une connexion « gratuite » ? Qu'est-ce qu’on me prend quand je fais mes recherches sur Internet ou quand je paie avec ma carte de crédit ? Que se passe-t-il quand je recherche un emploi et je m'inscris sur toutes ces plates-formes ?

A qui sert tout ceci, ces Big Data ? Qui a le contrat social de gouverner ce changement de société ? J’apprends qu’à présent nous nous exprimons tous par "mots-clés". Tout ce que j'écris, je lis, je cherche, se transforme en "mots-clés". Mais des clés pour ouvrir quelle porte et à qui ?

Bien entendu, c’est le progrès, cette chose que nous croyons sacrée et inévitable, une amélioration de notre mode de vie. Tout ce monde veut notre bien, nous aider. Comment assurer pourtant que tous ces logiciels qui nous "veulent tous du bien" nous aident vraiment ? Qu’ils respectent une morale humaniste ?

A ce jour, on tâtonne dans un monde nouveau, numérique et artificiel, on le dit même post-humain. Nous y sont proposées comme "normales" des valeurs nouvelles, apparemment sans rapport aux valeurs morales désuètes des siècles passés. Tout ce qu’on peut dire on a le droit d’exprimer, tout ce qu’on peut imaginer on a le droit d’inventer, tout ce qu’on invente on a le droit de produire, vendre et appliquer. Il semble aussi se créer une nouvelle cassure sociale, une forme d'élitisme qui n’a plus rien à voir avec la démocratie libérale; les maîtres de technologie qui l'appliquent décident au-dessus des Etats ; tous les autres, les petits peuples qui font l’objet et qui utilisent ces progrès sans vraiment les comprendre le subissent plutôt que de le choisir. 

On l'a compris déjà, c'en est fait de la forme de liberté individuelle qui est la vie privée, de la confidentialité, le temps de se rendre compte on est arrivé à la transparence sans limites, apparemment inévitable. Les générations suivantes devront s’habituer à vivre nues. Mais regardez la dérive, comment Facebook a vendu déjà ces mêmes données à qui veut mieux influencer les présidentielles de ce monde. Vous croyez qu’on va s’arrêter en si bon chemin ? Qui va les utiliser en quelques années ?

Avez-vous remarqué ? La cybersécurité si prospère de nos jours, ne s'est jamais donné pour mission plus haute de protéger ou défendre la sphère privée ou l'identité des internautes mais travaille plutôt sur la protection des machines, des ordinateurs, des données économiques et des institutions.

Les intérêts personnels des individus ne comptent pas, c'est l'individu lui-même qui ne compte plus.

Que faire ?

Il est temps de regarder venir mais aussi de se manifester en citoyens. A quoi servent donc ces Big data, moniteurs de tout ce qui bouge? Des drones autonomes seront bientôt là pour nous suivre partout, pour notre "plus grand bien" encore. La vie privée aura-t-elle quelque valeur? Nous appartient-elle encore ? C’est quoi  être libre ?

Il ne se passe pas un jour sans qu'une nouvelle technologie remplace encore plus de ce que nous faisons normalement avec simple bon sens entre humains. Il semble que les Big data savent déjà mieux que nous ce que nous préférons, bientôt ce que nous déciderons et ce qui sera le mieux pour nous…

D’où la nécessité de poser la question suivante  : Quelle éthique sied à cette superbe technologie et au monde qui vient maintenant ? N’est-il pas le temps de redéfinir l’éthique de notre société ?

Existe-t-il encore quelque chose qui ressemble un tant soit peu à de la vieille éthique universelle apprise dans nos enfances; humaine, de Bien et de Mal, d’honnêteté, de conscience, d'humanisme, de compassion, de ce qui est bon, juste, beau et non seulement efficace, profitable et opportuniste ? Où est la Nature dans la société tout-technologique ?

Ceci nous force à réfléchir : Qui contrôle et qui décide cette évolution? Qui se sent responsable ? Qui veille ? Qui nous protège ? Au niveau de la Ville, de l’Etat et du Monde ?

Quelles règles éthiques assurer pour le monde présent et futur ? Ce n'est pas à nous de décider ? Et pourquoi pas nous? Si ce n’est pas, nous c’est qui ? Si pas maintenant, quand ?

Oui, nous pouvons voter et décider; pour cela, nous pouvons initier des observatoires et commissions d'éthique de la société civile et de notre Etat, habilités à discuter et agir démocratiquement. Pour cela, il faut pourtant commencer par faire quelque chose, commencer quelque chose comme dirait Hannah Arendt.

Et de paraphraser une vieille question philosophique… et sa réponse :

- Que faut-il faire pour perdre ; son bien, sa santé, ses droits, sa liberté, et même sa vie ?

- Rien

 

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