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05/05/2018

Quand les ouragans font de la résistance

BANANES-kqE-U101036779693WSH-860x420@lafranceagricole.fr.jpgQuelques bribes de conversations lors de mon séjour en Guadeloupe me reviennent tandis que je continue la rédaction sur la résistance des esclaves africains dont il faudra sans cesse rappeler et marteler que oui, ils ont résisté et déjà en terre africaine, où on y découvre des figures féminines extraordinaires de reines stratèges et guerrières qui négociaient et guerroyaient comme la Reine Anna Nzinga Mbende d’Angola, des royaume de Ndongo et de Matamba (actuel Angola) au XVIIème siècle. Elle savait tirer profit de la concurrence entre les Portugais et les Hollandais se battant pour mettre main basse sur les richesses de son pays y compris sur les humains.On parlait de cette guerrière qui avait appris le Portugais pour communiquer avec ses ennemis,  dans toutes les cours européennes. Autre figure marquante, la prophétesse Yaya Kimpa Vita du Royaume du Congo qui sera brûlée vive par les Portugais, le même siècle et surnommée "La Jeanne d'Arc du Congo".

Des souvenirs qui remontent lentement de mon passage en Guadeloupe et de la posture post-coloniale ou franchement coloniale de quelques français de la Métropole qui donne ce genre de conversation légère et coupable tandis que j’annonçai avoir acheté d’excellents ouvrages d’auteurs guadeloupéens très engagés dans une démarche d’indépendance et qui revendiquent leur créolité.

  • Ils savent si bien écrire lorsqu’ils renoncent à leur langue ampoulée, d’un autre temps et d’une époque révolue. Et ces élans indépendantistes n’ont aucun sens, aucune logique, mais comment vivront-ils sans la France et avec quoi ? Ils exportent tout même leurs bananes quand les ouragans veulent bien leur en laisser quelques unes. Eclat de rire un brin moqueur !

Ou alors la version frivole d’une autre métro :

  • J’ai vécu longtemps en Martinique et avait un ami très sympathique, il est même venu, à Paris,  me rejoindre un temps et j’ai eu un enfant avec. Maintenant, j’ai pris ma retraite et ne veut plus vivre dans ce pays de "Békés" tout aussi insupportables, finalement les Martiniquais sont racistes et tellement prétentieux et je dirais même arrogants. Je trouve que les hommes guadeloupéens sont, "Ssssi gentils...." (elle insiste sur le "s" comme si elle imitait le sifflement du serpent), ils sont tellement plus drôles et tellement plus faciles à vivre et ils dansent si bien. Ah, la biguine ! A ces mots elle remue,  sur la chaise,  tout son corps replet,  les cuisses généreuses et débordantes engoncées dans un short en coton serré, le visage rond et rose légèrement suant tournoie sur son épais cou pour marquer le tempo du rythme effréné d'un orchestre qui joue sur la terrasse, en plein soleil;  les frisettes blondes de ses cheveux courts sautillent tandis qu'elle parle très fort tout en écarquillant ses yeux vert absinthe luisant comme des billes en vous fixant.  Doudou, dit-elle en levant le bras, apporte-moi encore un rhum.

Côté guadeloupéen, ça grince un peu des dents. L’avis d’une interlocutrice.

- Le mouvement indépendantiste a vraiment pris racine avec un fort ancrage chez les jeunes qui regardent les « ti-blancs » comme une éternelle menace et pour preuve, les postes importants sont laissés aux Métros surtout lorsqu’il s’agit de postes en lien avec l’économie ; on lâche le social ou la santé comme un vieil os rongé aux Guadeloupéens. Ont-ils tort, ces jeunes ? Nous sommes totalement dépendants de l’économie française et les ouragans n’y arrangent rien. Avant, il y avait un ouragan destructeur tous les trois ans, aujourd’hui, vous en avez deux dans la même année, alors que voulez-vous ? Mieux vaut que ce soit la France qui paie la facture car on n’y arriverait pas, il faut être réaliste et pragmatique, soupire-t-elle.

La solution ? Une transition pendant 15 ans qui accompagnerait la Guadeloupe dans son processus d’indépendance et payée par la France ; c’est une façon de continuer un processus de décolonisation et de payer la facture de l’esclavagisme. Nous pourrions nous allier à tous les pays des Dom-Tom, et avec la Martinique ne plus se regarder en chiens de faïence et créer l’équivalent d’un « Mercosur en Amérique latine »; une force économique commune et indépendante. En attendant, les ouragans balaient tous les projets futurs et la seule chose qu’on se dit, c’est que chaque fois qu’on s’en sort, on a bien de la chance ! Il faut être réaliste, on n'a pas les moyens de notre volonté d'indépendance si on ne nous tend pas la main.

 

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Commentaires

"La solution ? Une transition pendant 15 ans qui accompagnerait la Guadeloupe dans son processus d’indépendance et payée par la France ; c’est une façon de continuer un processus de décolonisation et de payer la facture de l’esclavagisme."
Cette facture ne serait-elle pas largement payée, surpayée et sur-surpayée, depuis le temps que les Français entretiennent leurs danseuses des îles ?

Écrit par : Géo | 05/05/2018

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