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03/05/2018

Ethique 4.0

ethique, taopic.com.jpgUn billet co-écrit avec Ioan Tenner   http://wisdom.tenner.org

Il ne se passe pas un jour sans qu'une nouvelle technologie s’annonçant fièrement « disruptive » n'influence notre quotidien et ne change nos façons de travailler et de vivre.

Il ne se passe plus un jour sans que le fossé ne se creuse entre les valeurs morales instituées par ces évolutions technologiques et l’éthique de la masse de gens que nous sommes, qui utilisent ces technologies, s’y intègrent et s’y adaptent sans un débat public sur ce qui se joue en arrière-fond.

Qui entre nous, qui mandaté par nous, c’est donné le devoir et le temps d'évaluer les conséquences de ce que trafiquent les fameux algorithmes quand nous cliquons un like sur Facebook, quand j’accepte de donner mon numéro de téléphone en échange d’une connexion « gratuite » ? Qu'est-ce qu’on me prend quand je fais mes recherches sur Internet ou quand je paie avec ma carte de crédit ? Que se passe-t-il quand je recherche un emploi et je m'inscris sur toutes ces plates-formes ?

A qui sert tout ceci, ces Big Data ? Qui a le contrat social de gouverner ce changement de société ? J’apprends qu’à présent nous nous exprimons tous par "mots-clés". Tout ce que j'écris, je lis, je cherche, se transforme en "mots-clés". Mais des clés pour ouvrir quelle porte et à qui ?

Bien entendu, c’est le progrès, cette chose que nous croyons sacrée et inévitable, une amélioration de notre mode de vie. Tout ce monde veut notre bien, nous aider. Comment assurer pourtant que tous ces logiciels qui nous "veulent tous du bien" nous aident vraiment ? Qu’ils respectent une morale humaniste ?

A ce jour, on tâtonne dans un monde nouveau, numérique et artificiel, on le dit même post-humain. Nous y sont proposées comme "normales" des valeurs nouvelles, apparemment sans rapport aux valeurs morales désuètes des siècles passés. Tout ce qu’on peut dire on a le droit d’exprimer, tout ce qu’on peut imaginer on a le droit d’inventer, tout ce qu’on invente on a le droit de produire, vendre et appliquer. Il semble aussi se créer une nouvelle cassure sociale, une forme d'élitisme qui n’a plus rien à voir avec la démocratie libérale; les maîtres de technologie qui l'appliquent décident au-dessus des Etats ; tous les autres, les petits peuples qui font l’objet et qui utilisent ces progrès sans vraiment les comprendre le subissent plutôt que de le choisir. 

On l'a compris déjà, c'en est fait de la forme de liberté individuelle qui est la vie privée, de la confidentialité, le temps de se rendre compte on est arrivé à la transparence sans limites, apparemment inévitable. Les générations suivantes devront s’habituer à vivre nues. Mais regardez la dérive, comment Facebook a vendu déjà ces mêmes données à qui veut mieux influencer les présidentielles de ce monde. Vous croyez qu’on va s’arrêter en si bon chemin ? Qui va les utiliser en quelques années ?

Avez-vous remarqué ? La cybersécurité si prospère de nos jours, ne s'est jamais donné pour mission plus haute de protéger ou défendre la sphère privée ou l'identité des internautes mais travaille plutôt sur la protection des machines, des ordinateurs, des données économiques et des institutions.

Les intérêts personnels des individus ne comptent pas, c'est l'individu lui-même qui ne compte plus.

Que faire ?

Il est temps de regarder venir mais aussi de se manifester en citoyens. A quoi servent donc ces Big data, moniteurs de tout ce qui bouge? Des drones autonomes seront bientôt là pour nous suivre partout, pour notre "plus grand bien" encore. La vie privée aura-t-elle quelque valeur? Nous appartient-elle encore ? C’est quoi  être libre ?

Il ne se passe pas un jour sans qu'une nouvelle technologie remplace encore plus de ce que nous faisons normalement avec simple bon sens entre humains. Il semble que les Big data savent déjà mieux que nous ce que nous préférons, bientôt ce que nous déciderons et ce qui sera le mieux pour nous…

D’où la nécessité de poser la question suivante  : Quelle éthique sied à cette superbe technologie et au monde qui vient maintenant ? N’est-il pas le temps de redéfinir l’éthique de notre société ?

Existe-t-il encore quelque chose qui ressemble un tant soit peu à de la vieille éthique universelle apprise dans nos enfances; humaine, de Bien et de Mal, d’honnêteté, de conscience, d'humanisme, de compassion, de ce qui est bon, juste, beau et non seulement efficace, profitable et opportuniste ? Où est la Nature dans la société tout-technologique ?

Ceci nous force à réfléchir : Qui contrôle et qui décide cette évolution? Qui se sent responsable ? Qui veille ? Qui nous protège ? Au niveau de la Ville, de l’Etat et du Monde ?

Quelles règles éthiques assurer pour le monde présent et futur ? Ce n'est pas à nous de décider ? Et pourquoi pas nous? Si ce n’est pas, nous c’est qui ? Si pas maintenant, quand ?

Oui, nous pouvons voter et décider; pour cela, nous pouvons initier des observatoires et commissions d'éthique de la société civile et de notre Etat, habilités à discuter et agir démocratiquement. Pour cela, il faut pourtant commencer par faire quelque chose, commencer quelque chose comme dirait Hannah Arendt.

Et de paraphraser une vieille question philosophique… et sa réponse :

- Que faut-il faire pour perdre ; son bien, sa santé, ses droits, sa liberté, et même sa vie ?

- Rien

 

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Commentaires

Excellent article, merci beaucoup car il prend notre défense de chacun de nous en tant qu'individus.
Vous écrivez : "Il est temps de regarder venir mais aussi de se manifester en citoyens". Entre regarder venir et manifester, il y a prendre conscience de ce qui se passe vraiment. Or, toute cette organisation, infiltrée plus ou moins à notre insu rend service sur le moment - au coup par coup - et comme nous vivons dans un monde instantané, cela suffit à la majorité. On ne regarde pas si le geste même petit, confié ou plutôt délégué à autrui, ne nous impute pas d'une fraction de notre souveraineté et si, à force de répéter ces délégations, nous y perdons notre autonomie.
Il est bon qu'il y ait des articles comme celui-là pour nous permettre de mettre en évidence le maximum de dérapages très discrets et dont on ne prend conscience une fois qu'on se retrouve démunis. Il se peut qu'alors surgissent des manifestations qui font du bruit mais ne suffisent pas à renverser la vapeur.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 03/05/2018

Je partage vos questions et vous remercie pour ce billet. Je pense cependant que la technologie n'y est pour rien dans tout ça. Elle n'est qu'un outil qui permet l'expression de tout ce qu'il y a de meilleur et de pire dans l'humain. Alors forcément les conséquences sont plus visibles.
J'ai (enfin) compris la faillite des deux premiers pouvoirs, corrompus par le lobbyisme qui ne se contente plus de la salle des pas perdus puisque les principaux intéressés, et donc ceux qui en ont les moyens, mettent en place des députés qui siègent aux commissions comme nous l'a courageusement fait remarquer M. Poggia avec celle de la santé qui est composée à 80% de députés qui ont des mandats d'administrateurs auprès des conseils d'administration des grands groupes pharmaceutiques et des assurances maladie.
Je pensais, encore un peu naïvement, que la justice ferait son travail. Il suffit de jeter un oeil sur le blog de Michèle Herzog pour comprendre qu'il est malsain d'entretenir ce rêve.
Je suggère donc à chacun d'abord de se renseigner largement pour mieux comprendre ce qui se passe. Ensuite, c'est un peu plus difficile, mais il s'agit de s'exercer au sevrage de tous ces outils qui sont supposés optimiser notre quotidien mais qui, si on y regarde de plus près, contribuent à boucher le moindre petit interstice par un mouvement constant qui nous empêche de prendre du recul. Enfin, et c'est à peu près là que je me situe maintenant, il faut savoir dire non, stop, j'arrête de participer à cette mascarade.
Le reste suivra sans rien faire. Nous sommes tous directement responsables et il est aussi vain et inutile de tenter de chercher un bouc émissaire que de faire encore confiance en nos institutions pour espérer un minimum de bon sens et de justice sociale.

Écrit par : Pierre Jenni | 03/05/2018

Très bon billet qui confirme ce qui avait sauté aux yeux de nombreux anciens internautes qui déjà en 2001 avait senti le piège se refermant peu à peu sur l'humanité
On avait très vite trouvé une grande similitude entre Internet et la propagande nazie
Quand on voit la facilité avec laquelle on arrive à faire peur grâce à internet on se dit que cette technologie n'a plus rien à envier a ce qui en a conduit beaucoup dans le gouffre de la folie
Après vous avoir lu on se sent moins seuls
Bonne journée Djemâa

Écrit par : lovejoie | 06/05/2018

Merci Lovejoie pour ce retour, il est nécessaire de veiller et d'espérer la création d'un observatoire.
Bon dimanche à vous

Écrit par : Djemâa | 06/05/2018

Genève en tant que "République" selon ses constituants 2012, fait face à plusieurs problèmes, dont d'éthique, ici au niveau du financement (& de leur contrôle of course), des campagnes électorales d'individus en quête de siège.

Ceci dit, rien n'est résolu: à ce jour, la Chancellerie (voire qui d'autre), ne s'émeut pas du nombre incroyable de bulletins de vote déclarés "nuls" (plus de 3.35% en ce mai 2018, alors que nulle part en Helvétie, la courbe des moyennes générales ne dépassent qu'à peine le 1%).

cf Michel Piccand (les observateurs.ch) qui au vu des résultats des votations électorales de mai 2018, relève un pourcentage anormal de bulletins déclarés nuls.

Bizarrement, autant la TdG au quotidien que les blogs Tdg démontrent qu'une majorité d'électeurs est en rejet de Maudet. Bizarrement, le Maudet fut élu à une "majorité" dès le 1er tour.

A ce jour, nous électeurs ayant voté contre Maudet ne sommes que des on anonymes, mais aussi, des XX'XXX de citoyens qui veulent savoir qui contrôle le curseur auprès de la Chancellerie, justifiant la déclaration de tant de bulletins nuls?

3,38% de bulletins déclarés nuls, est un pourcentage anormal. Qui devrait motiver enquête.

Écrit par : divergente | 06/05/2018

Quelle serait la reussite si l'on arrive a appliquer tant soit peu des regles d'ethiques et que les hommes soit suffisement actifs dans le but de reussir cette tres difficile tache. Que les gens puissent etre tolerants aux autres etc...

Écrit par : Mihal Shema | 06/05/2018

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