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08/04/2018

Alléluia, les Réverbères de la Mémoire sont là !

2225092882.jpegHauts et élancés, dans leur forme majestueuse, les Réverbères de la Mémoire de Melik Ohanian sont déjà installés au Parc Trembley et seront inaugurés,  le vendredi 13 avril. Pour finir ma série sur un poète ou auteur par Réverbère, neuf au total, je clôture avec un invité et pas des moindres – Serge Venturini- poète philosophe, traducteur arménien-français, passeur de cultures et  qui nous présente le poète résistant : Missak Manouchian.

 

 

manouchian1.jpgMissak Manouchian ne nous est connu que par l'ignoble et infamante affiche rouge, placardée à Paris au printemps 1944 et stigmatisant les 23 résistants du FTP-MOI (Main d'œuvre Ouvrière Immigrée). Cette affiche tirée à 15 000 exemplaires voulait dresser la France contre les juifs (douze étaient juifs), et en fait tous des étrangers. Le groupe Manouchian fut l'un des fers de lance de la résistance, il fut l'honneur de la France.

Louis Aragon en fit un poème-symbole, en empruntant d'ailleurs beaucoup à la dernière lettre de Manouchian à sa femme Mélinée.

 

Tout avait la couleur uniforme du givre

À la fin février pour vos derniers moments

Et c'est alors que l'un de vous dit calmement

 

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

 

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

Adieu la vie adieu la lumière et le vent

Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

Quand tout sera fini plus tard en Erivan

 

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline

Que la nature est belle et que le cœur me fend

La justice viendra sur nos pas triomphants

Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant... (Louis Aragon)

Qui était Missak Manouchian ? Qui se cachait derrière ce front étendu, sourcils épais, ces yeux noirs et profonds pleins de défis, ce nez puissant, cette bouche hardie aux lèvres fermes, ce menton expressif, cette vigoureuse figure taillée à la serpe, cet énergique visage massif tout pétri de tensions saillantes ? Homme au cou large, visage à la peau mate qui me fait penser à celui de l’homme d’Orihuela, Miguel Hernández mort en 1942 ; faciès de terre, de fils de paysans endurcis qui auraient tant plu sans doute au sculpteur Camille Claudel.

Un homme fier d’un seul bloc —, un hardi dur à cuire, un inflexible résolu ; à la fois un insurgé, un stratège, un militant ouvrier, un poète et surtout, — un homme rude et chaleureux. Un homme d’abord, un humain sans haine. Ses derniers mots à Mélinée le prouvent, s’il faut encore des preuves.

Son itinéraire a été celui d’un errant entre le génocideur turc et le bourreau nazi, d’un orphelin déchiré certes, mais sans cesse entreprenant, intrépide et déterminé, et ceci dès l’enfance, en raison du génocide arménien perpétré par le gouvernement des Jeunes-Turcs en 1915. Si son dernier regard s’est tourné vers l’Arménie car il était Arménien, il mourut pour son pays d’accueil, en vrai patriote. « Bonheur à ceux qui vont nous survivre, a-t-il écrit, et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. »

Même si « la mort n’éblouit pas les yeux des partisans », je le vois, je l’entends crier, ce 21 février à midi, au Mont Valérien, à l’ultime instant de quitter ce monde, avec ses camarades : « Vive la France ! » La France était selon Missak la « Terre de la Révolution et de la Liberté. »

Suite ..................................................

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/manouchian....

 

Biographie fugitive de Serge Venturini

Serge Venturini n’est pas homme ou poète à s’épancher sur ses repères biographiques. Certes son sang corse ne fait pas qu’un tour, et sa passion pour les lettres arméniennes et russes éclate vite au grand jour.

Aussi il sera juste cité ici par ces quelques lignes.
Il est né à Paris le 12 octobre 1955, d'une mère de Figline di Prato dans la province de Florence et d'un père de Rutali, du Nebbiu, en Haute-Corse.
Etudes supérieures à Paris, Jussieu Paris VII.
Longs séjours au Liban, au Maroc, en Arménie, en Russie et en Pologne.
Professeur de Lettres dans le Val-d'Oise depuis 1996, date de son retour en France après quelques séjours à l'étranger.
Comme un frère en fureur, Alain Suied, il fut un «enfant-poète», et tôt reconnu par André du Bouchet, Yves Bonnefoy. A nous de le reconnaître maintenant car il est « plus qu’une lumière blanche comme la page », il est une voix qui éclaire, lucide, solaire, buisson ardent.

 Gil Pressnitzer

 

 

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Commentaires

Merci chère Djemaa,

Bravo pour vos luminaires de la mémoire en ces temps où les entenebreurs refleurissent sur le ordures. L'heure est au combat.
Gilles est mort désespéré.
La foudre pilote l'univers, disait Heraclite. Oui, le combat est père de tout.
Puisse la Tunisie, seul pays arabe un tant soit peu démocratique, devenir plus libre encore.
Grand merci pour Manouche.
Il mériterait d'entrer au Panthéon.

Amitiés

Fraternellement

Serge

Écrit par : Venturini | 08/04/2018

Je ne connaissais pas Missak Manouchian, merci de me l'avoir fait découvrir.

Écrit par : Luc | 09/04/2018

Merci de ce sujet, Chère Djemâa.

Si jamais et à tout hasard, en relation avec « l’affiche rouge » voici qui sera peut-être susceptible de vous intéresser:

https://edsigest.blogspot.ch/2016/08/souscription-sauveurs-et-combattants.html

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 09/04/2018

Aujourd’hui, la branche helvétique de la Fédération des associations allemandes de Suisse a acheté une double page de publicité dans la Tribune de Genève. Elle y a affirmé, citant les travaux d’ "historiens" tels que Robert Faurisson, que la Shoah était une invention, que c’était en réalité la population allemande qui avait été victime d’une tentative d'extermination par diverses milices, et que tout monument érigé à la Shoah sur le territoire genevois violait notre devoir collectif de justice face à l’histoire et constituait une insulte au peuple Allemand.

Que dirait-on de la Tribune de Genève si ce que j’énonce dans le premier paragraphe était vrai? Je doute que ce journal pourrait impunément poursuivre ses activités. A minima, sa rédaction sauterait.

C’est pourtant l’exact miroir de l'encart que la Fédération des Associations Turques de Suisse a publié ce jour dans la Tribune de Genève en rapport avec l’inauguration des Réverbères de la Mémoire.

Il n’est pas dans mes habitudes de prôner la violation de la liberté d’expression. La rédaction de la Tribune de Genève est dans son droit en acceptant de publier les pires horreurs, contre espèces sonnantes et trébuchantes, elle montre juste son vrai visage en offrant sa croupe au plus offrant

Dès lors, je suis également dans mon droit en appelant tout citoyen sensible au sens de l’histoire et de l’honneur, à résilier immédiatement son abonnement à ce torchon collaborationniste qu’est devenu la Tribune de Genève.

Que crève donc la presse écrite, puisque celle-ci a consenti à tomber aussi bas...

Écrit par : mikhail | 13/04/2018

Au-delà de la pathologie autour du déni du génocide arménien par les Turcs et toute la violence qu'ils y mettent prêts à acheter des pages entière dans les journaux y compris la Tribune de Genève , comment expliquer objectivement ce refus de l'évidence?
Certains prétendent que c'est la crainte du retour des Arméniens dans leur pays et leurs demandes justifiées de rétrocession des biens? Est-ce suffisant pour expliquer de telles réactions de la part des Turcs?
Qui peut nous éclairer là dessus? Nous avons aussi besoin des Réverbères pour éclairer nos pauvres lanternes dans cette confusion obscurantiste.

Écrit par : Zeno | 14/04/2018

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