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30/03/2018

Lee Bae – Les 50 nuances de charbon

large_1497992964.jpg24 mars 2018 - Saint-Paul-de-Vence- Fondation Maeght

Une cinquantaine de personnes s’agglutinent devant l’entrée de la Fondation pour le vernissage de l’artiste coréen Lee Bae et parmi elles quelques Coréens. Je m’approche de l’artiste et l’interpelle en anglais, puis constatant qu’il parle parfaitement le français, je le félicite dans cette langue sur son œuvre et lui demande comment prononcer son nom correctement: 

- Libé comme libération,  lâche-t-il,  un brin pince-sans-rire. Il se tient droit et demeure parfaitement serein face à l'agitation qui l'entoure comme si c'est un autre qui était l'objet de toute cette attention; un vague sourire sur les lèvres, d'un calme olympien, trônant au-dessus de la mêlée.

 Derrière nous deux personnes disent à haute voix:

- Ah ! Il y a beaucoup de Chinois.

- Mais non répond un autre, ce sont des Coréens et tu n’as pas intérêt à confondre, ils se sont fait la guerre.

- Je ne vois aucune différence, lui rétorque l’autre, on pourrait croire des Japonais.

- C'est encore pire, ne dis plus rien !

Je parle un peu plus fort pour couvrir de ma voix ces aberrations.

Pour ma part, je lui raconte notre rapport culturel au noir et notre appréhension face à cette couleur qui n’entraîne que des expressions négatives comme  : broyer du noir, travailler au noir*, l'humour noir, et de rappeler la chanson de Johnny « Noir, c’est noir. Il n’y a plus d’espoir… » 

Mais Lee Bae, lui, a décidé de faire du noir une couleur de lumière et montre les centaines de couleurs du charbon et d’énumérer : des noirs froids, des noirs chauds, des noirs un peu gris comme la cendre, des noirs brillants comme le métal, des noirs mats, le noir n’est pas seulement une couleur mais une profondeur.

1-8.jpgLee Bae décline le charbon sous toutes ses formes, après de grands tableaux, plus loin on peut apercevoir des fagots de troncs calcinés pendant quinze jours comme une céramique à plus de mille degrés puis refroidis durant quinze autre jours et ramenés de Cheongdo d’où est originaire le peintre sud-coréen. C’est la rencontre des pins de Corée et des pins de Saint-Paul de Vence, selon lui.

Dehors, dans la cour où les sculptures immenses de Giacometti se profilent longues et filiformes, un couple prend des photos ; l’homme arborant un pantalon rouge pétard, imite la démarche de la statue et Madame le photographie. Elle même est vêtue de rose, des chaussures à la tête, ça va du rose bonbon, au rose framboise, en passant par du fuchsia. Ils portent tous deux des lunettes d’intello, rondes. Je me dis qu’une démarche artistique reste toujours un effort pour les gens qui ne sont pas artistes. Tandis que sur le toit au-dessus de leur tête,  un banc est installé et invite ceux qui savent voler à s’y asseoir.

L’artiste m’annonce que son catalogue paraîtra le 6 avril et je l’invite à passer au Carrousel du Louvres - à Paris où il habite aussi, lui qui fait des allers-retours entre la Corée et la France - , où j’aiderai un artiste peintre à exposer ses laques et me prépare déjà à entendre quelques « absconsités » et cela sur trois jours, je me réjouis d’écrire quelques billets sur mon passage au  Louvres, à fin mai.

 

*L’origine de l'expression  travailler au noir : À une certaine période du Moyen Âge les artisans exerçaient sur la place publique et y vendaient leurs produits. Les professions étaient très réglementées, il était interdit de travailler après la tombée de la nuit. Ceux qui transgressaient la règle travaillaient donc "au noir", c'est-à-dire à la nuit tombée.

 

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