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10/03/2018

Les Réverbères de la mémoire – Yéghiché Tcharents (8)

2012968554.jpegRaconter pour se souvenir et se souvenir pour ne plus oublier;  les écrivains et les poètes sont les réverbères de la mémoire. Mais plus encore, les poètes sont le bruissement de l’âme d’un peuple;  une métaphore qui sied parfaitement à celui qui est considéré comme le plus grand des poètes arméniens : Yéghiché Tcharents (1897-1937).

Le héraut de la nouvelle nation arménienne créée en 1920 fut témoin du génocide de son peuple alors enrôlé dans les unités de volontaires arméniennes qui combattaient sur le front du Caucase aux côtés des armées russes, en 1915. Celui qui croyait dans les valeurs communistes bonnes pour cette jeune nation, finira par comprendre que Staline n’est qu’un dictateur et un oppresseur. La seule voie de salut devient pour le poète, le nationalisme et surtout lorsqu’il voit la Russie passer des accords avec la Turquie au détriment des Arméniens.

 Un désenchantement qui se traduira par l’urgence de s’unir : 

« Ô peuple arménien, ton seul espoir de salut réside dans ton unité ». Staline n’apprécie plus les vers du poète et malgré son :  « le nom de Staline se lève comme l’ombre du soleil au-dessus de l’Océan » le poète n’arrivera plus à lever les soupçons qui pèsent sur lui, considéré dorénavant comme l’ennemi de la révolution, taxé de terroriste et de nationaliste. Le système répressif s’acharnera sur lui.

Des vers nostalgiques qui redonnent un espoir nouveau au peuple arménien et l’invitent à revenir aux sources de sa mémoire collective :

De ma douce Arménie, j’aime la parole à saveur de soleil,

De notre lyre aux sons de deuil, j’aime la corde aux sanglots,

L’étincelant parfum de nos roses, - pareilles au soleil,

Et des filles de *Naïri, j’aime la danse pudique et

gracieuse.

*Naïri, lieu de légende et nom poétique de l’ancienne Arménie transformé en paradis perdu du poète.

 

Un poète, victime des purges et dont la fin tragique laisse entr’apercevoir ce qu’il a subi dans les geôles soviétiques d’Erevan: « un cadavre vivant qu’on dirait déchiqueté par des bêtes fauves » et dans sa cellule crasseuse, l’amoureux du verbe ensoleillé sombrera dans la pire des noirceurs. Mort en martyr, ses vers l’ont rendu immortel.

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J'ai proposé une démarche poétique pour soutenir l'installation des Réverbères de la mémoire qui consiste à présenter, un écrivain ou un poète par Réverbère dans le cadre de l'installation des neuf Réverbères de la mémoire qui auraient dû prendre place dans le Parc de Trembley, à Genève et oeuvre de l'artiste Melik Ohanian.

Et se demander, que savons-nous du génocide arménien?  Que connaissons-nous de  la culture arménienne, que savons-nous de ses écrivains et de ses poètes ? Un travail de déni sur le génocide semble avoir totalement occulté ce que nous devrions tous connaître, à savoir l'histoire d'un peuple et sa mémoire qui est devenue nôtre car je ne souhaite pas contribuer à l'amnésie générale et je m'y oppose par ces billets sur "les Réverbères de la mémoire", chacun résiste avec ses armes qui sont les siennes, pour moi,  les mots ! Et je ne me laisserai pas impressionner par les menaces, bien au contraire!

 

Les autres écrivains déjà présentés dans le cadre de cette performance poétique :

Valérie Toranian (1)

Harry Koumrouyan (2)

Hrant Dink (3)

Roland Godel (4)

Franz Werfel (5)

Zabel Essayan (6)

Parouïr Sévak (7)

Yéghiché Tcharents (8)

(9) surprise en début avril

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

Bonsoir,

Si vous avez un texte sur Tcharents, merci de me le faire parvenir.
Nous l'étudierons.
Je prépare un gros livre à propos de Tcharents et sa poésie.

Bonne soirée !

Écrit par : Venturini Serge | 10/03/2018

Cher Monsieur Venturini, bienvenu sur mon blog vous me voyez ravie de vous compter parmi mes commentateurs, on ne croise pas tous les jours un poète de telle renommée. Si c'est vous "le Poète du feu" surnommé le "Nuage rouge" alors je vous mets volontiers ma tribune à disposition pour un billet sur Missak Manouchian "poète de la résistance".
Bien à vous
« Écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres. » Faisons nôtre cette citation de Blaise Cendrars et qui vous est très chère.

Écrit par : Djemâa | 11/03/2018

Bonsoir à vous !
Merci pour votre soutien.
Je me sens bien seul avec mon travail.
Envoyez-moi votre chronique.
Je la lirai non sans plaisir...
Missak est un grand frère pour moi,
comme vous savez.
Gilles de Esprits Nomades est mort.
Je me sens de plus en plus seul.

Bonnes fêtes de Pâques.

Écrit par : Venturini | 01/04/2018

Cher Monsieur, laissez-moi citer votre ami Gilles Pressnitzer et mettre un lien vers votre site Esprits nomades pour y découvrir ce grand poète, trait d'union entre les
cultures.

"On n’écrit que pour irriguer une autre âme

Parler de soi est incorfortable et dérangeant. Aucun miroir ne saisit les brumes et les fumées, les joies et les doutes, qui montent de chacun. Surtout quand ce miroir est tenu à bout de bras, sans le recul du temps et cerné par sa propre finitude.

Toute approche personnelle semble préposthume ou narcissique, surtout pour quelqu’un qui toujours aura été écartelé entre ces deux affirmations péremptoires de René Char :

Qui laisse une trace laisse une plaie.

Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver."

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pressnitzergil/pressnitzergil.html

Écrit par : Djemâa | 01/04/2018

"Et se demander, que savons-nous du génocide arménien? "

Et bientôt du génocide des Kurdes!

Écrit par : Patoucha | 01/04/2018

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