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24/02/2018

Les Réverbères de la mémoire – Zabel Essayan (6)

2023765398.jpegRaconter pour se souvenir et se souvenir pour ne plus oublier;  les écrivains sont les réverbères de la mémoire.  En attendant l’œuvre « Les Réverbères de la mémoire » de Melik Ohanian qui consiste en neuf réverbères plantés dans le parc Trembley, à Genève,  et sujet à de multiples plaintes, pétitions, oppositions qui ont en freiné l’installation artistique, je présente pour chacun d’eux un écrivain et pas des moindres, aujourd’hui, Zabel Essayan.

Romancière, journaliste, née à Scutari (quartier de Constantinople) en 1878, elle témoignera dans le menu, à travers son œuvre « Dans les ruines » , du massacre d’avril 1909, en Cilicie. Enrôlée par la Croix-Rouge trois mois après le pogrom, elle se rend dans ce qui n’est plus que ruines, folie, et misère dans la ville d’Adana.

Au scalpel, de façon méthodique, elle met le doigt sur le mal;  une population turque fanatisée qui tuera en quelques jours plus de 30'000 arméniens, en Cilicie. L’impuissance, les atrocités, l’incompréhension, elle décrit l’agonie d’un peuple. C’est avec rigueur et sans ménagement qu’elle peint le tableau du désastre, et pour se faire, elle trempe sa plume dans un sang d’encre;  elle décrit et parfois s’effondre devant l’image impitoyable des veuves et mères devenues folles et des orphelins rachitiques. Sa pudeur éprouvée entre les lignes;  certains  silences qui en disent plus long que les mots dans "un pays où le soleil a cessé de briller pour tous."

Zabel Essayan rappelle que l’écrivain ne peut qu’être engagé, ou il n’est pas. Le devoir de raconter, de laisser des traces pour rappeler aux générations futures les formes que prennent les chemins de l’horreur et s’en méfier. Mythe, mensonge, préjugé, elle démonte les mécanismes de la « Bête » immonde qui s’était donné pour mission d’éradiquer toute trace d’Arménien sur leur propre terre, à savoir celle de l’empire ottoman.

Cette terre qui est aussi la sienne et qu’elle décrit admirablement dans son autobiographie «  les Jardins de Silidhar « : «dans le lointain s’étendait le ruban bleu et étincelant du Bosphore. Au-delà encore, c’était Constantinople dont la silhouette, rose le matin, prenait des teintes dorées…l'immense parc que formaient les  Jardins de Silidhar se transformait en flamboyante roseraie. » Ce peintre des couleurs dont la palette n'offrira plus que du gris et du noir et dont la noirceur même restera insuffisante pour raconter ce qu’elle a vu, de ses propres yeux.

Or, elle continuera à prôner la tolérance celle-là même  enseignée par son père ; "il n’y a pas au monde de mauvais peuple, il n'y a que de bonnes et de mauvaises gens."

 

Zabel Essayan mériterait carrément deux réverbères à son nom au Parc Trembley, mère de tous les écrivains engagés, chroniqueuse avant l’heure, celle qui a su raconter l’inénarrable……………….

Prise dans les filets des purges staliniennes quelques années plus tard, arrêtée par la Tcheka*, elle mourra après plus de six ans d’incarcération, alors malade tandis qu'elle est déportée vers la Transcaucasie, en 1943.

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 *Commission spéciale panrusse de lutte contre la contre-révolution et le sabotage créée en décembre 1917, à Pétrograd. 

 

 

 Prochain billet Parouïr Sévak (7), puis Yéghiché Tcharents (8) le plus grand poète arménien mort en détention en 1937. Un poète ou écrivain par réverbère en attendant les neuf réverbères du Parc Trembley. 

 

 

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Commentaires

Se souvenir du génocide arménien, très bonne idée, MAIS ce n'est pas une raison pour défigurer notre beau parc Trembley.

Alors que ce soit bien clair: "Les Réverbères de la mémoire" on n'en a jamais voulu, on n'en veut pas et on n'en voudra JAMAIS. Il ne fallait tout simplement pas choisir un projet de cette sorte qui dénature le paysage. Une statue ou un plaque aurait fait l'affaire. Que la commission d'incapables qui a pris cette décision prenne désormais ses responsabilités!

ET on ne baissera JAMAIS les bras! JAMAIS!

Écrit par : Société des Amis du Parc Trembley | 24/02/2018

@Société des Amis du Parc Trembley ! Vous menaceriez une oeuvre d'art ? Du sabotage ? vous tomberiez tout simplement sous le coup de la loi, et c'est du pénal.
Combien de parcs et jardins accueillent des installations esthétiques? ce ne serait pas la première fois. Amis du Parc, voyagez donc et visitez le monde !Sortez de votre pré carré, celui qui commence dans la tête et qui fait voir tout petit....tout minuscule.

Écrit par : proart | 24/02/2018

"« Les Réverbères de la mémoire » de Melik Ohanian qui consiste en neuf réverbères plantés dans le parc Trembley, à Genève,"

Pourquoi ce parc!? Et Genève!?

Tiens! Pourquoi pas devant le Parlement européen qui refuse une exposition de caricatures israéliennes qui dénoncent les violations des droits de l’homme en Iran... Là ce serait une proposition autre qu'"israélienne"!

http://www.lphinfo.com/parlement-europeen-refuse-exposition-de-caricatures-israeliennes-denoncentnt-violations-droits-de-lhomme-iran/

"Combien de parcs et jardins accueillent des installations esthétiques?"

Pas pour d'autres pays! Sinon, donnez des exemples!

Écrit par : Patoucha | 24/02/2018

@proart: Mais qui a parlé de sabotage? C'est vous pas nous, alors prenez bien garde de ne pas nous attribuer des paroles et des actes qui ne sont pas et n'ont jamais été les nôtres, car ce n'est rien de moins que de la calomnie et ça tombe sous le coup de la loi.

Écrit par : Société des Amis du Parc Trembley | 24/02/2018

J'oubliais:

https://visit.brussels/fr/article/mixity-walks-le-quartier-europeen

Écrit par : Patoucha | 24/02/2018

Le Symbole Statue de la Liberté émane d'un groupe de républicains français dénonçant le régime autoritaire de Napoléon III et qui décida de sa construction pour mettre en avant l'idée de liberté des peuples et en mettant aussi en avant la liberté acquise des américains 100 ans avant.

Autrefois, les Américains voyaient en elle le symbole de l'envahissement de leur pays par les Européens. Aujourd'hui, ce monument est un des plus visités au monde

Écrit par : proart | 24/02/2018

@proart

1/Aucun rapport!

2/ Vous ne m’apprenez rien..... je l’ai visitée en 2007!

Pourquoi pas un mémorial de ce génocide en Arménie!?

Écrit par : Patoucha | 24/02/2018

Aujourd’hui c’est au tour des Kurdes dans le silence de la communauté internationale et l’ONU qui sans crainte de réprésailles, passe son temps à condamner Israëlienne à coups de mensonge. Ces pleutres, s’attaquant à l’Iran et à la Turquie islamiste.... ? Vous n’y pensez pas!

Zabel Essayan..... Qu’elle magnifique femme, tombée entre les mains de sanguinaires!
Staline, Hitler, Bachar el Assad, Erdogan....? Des enfants du diable! Un ventre de mères maudites!

Écrit par : Patoucha | 24/02/2018

Les Kurdes ? Un prêtre arménien qui devait être assassiné par un Kurde lors du génocide, lui a rétorqué, aujourd'hui, nous les Arméniens sommes le petit-déjeuner, demain vous serez le déjeuner. Les Turcs se sont tout simplement remis à table et comme l'avait prédit le prêtre.
Les Kurdes étaient devenus instruments d'une politique décidée par les Jeunes Turcs, ils rallièrent ces tribus en invoquant la solidarité musulmane contre les Chrétiens et de vendre du rêve à des criminels de droit commun recrutés au sein d'une organisation et offrir à chacun des kurdes de cet escadron de la mort , le Paradis pour sept chrétiens passés au fil de l'épée et avec des promesses de biens et de terres volés aux Arméniens.
A la différence des Turcs, les Kurdes ont reconnu le génocide arménien car ils y ont largement participé eux aussi.

Écrit par : Aris | 25/02/2018

Mes enfants ont carrément grandi dans le Parc Trembley, si je devais y repasser aujourd'hui,avec eux et sans doute un jour avec mes petits-enfants, à la vue des Réverbères de la Mémoire, je me ferais un devoir de leur expliquer en quoi consistait le génocide arménien, et le silence assassin. Je me ferais un devoir de leur expliquer que d'autres génocides se déroulent sous nos yeux et qu'il est toujours bon de rester attentifs aux différentes formes que prennent "La Bête"immonde.
Et du reste, lors de réunions de famille, j'explique la démarche des Réverbères de la mémoire et j'explique, et je raconte, et je décris et je tente de convaincre comme sur ce blog.
Voilà un exercice de mémoire auquel nous sommes tous tenus.

Écrit par : Djemâa | 25/02/2018

Je passe corriger ce que l’iPad m’a imposé :(

1/ - Israël pour « Israëlienne » et cet orthographe pour Israélienne.....

2/ - Quelle pour Qu’elle.....

Écrit par : Patoucha | 25/02/2018

Les colonnes de Buren- Exécrées puis admirée.Massacre», «contresens», «saccage du Palais-Royal», «attentat permanent à l'esthétique», il y a 30 ans, l'œuvre de l'artiste Daniel Buren est édifiée dans la cour du Palais-Royal. Elle suscita une telle polémique qu'elle faillit ne jamais être achevée.
Elle pose la question de l'installation d'une œuvre contemporaine dans un site historique classé. Les opposants aux «colonnes de Buren» reprochent à l'artiste et au ministre de la Culture Jack Lang de défigurer le lieu. Les pro-Buren les qualifient de passéistes. Le débat est passionné. Pétitions des riverains, courriers, questions parlementaires, graffitis et insultes sur les palissades du chantier. Une bataille judiciaire s'ouvre qui mène à l'arrêt des travaux en février 1986.

Le projet -intitulé «Les Deux Plateaux» - retenu en 1985 pour l'aménagement de la cour d'honneur du Palais-Royal provoque un tollé général.

Tollé qui trouve son origine dans le souhait du président François Mitterrand de réaménager la cour d'honneur du Palais-Royal. Ce vaste espace de 3.000 mètres carrés, dans le Ier arrondissement de Paris, est transformé en parking par les fonctionnaires du Conseil d'État. En juin 1985 l'État passe une commande publique à l'artiste français Daniel Buren. Son projet est «constitué de deux plateaux distincts» sur lesquels figurent un alignement de 260 polygones de marbre de taille inégale, striés de blanc et de noir. Il comprend également une fontaine souterraine et un jeu de lumières.

Écrit par : proart | 25/02/2018

" sans doute un jour avec mes petits-enfants, à la vue des Réverbères de la Mémoire, je me ferais un devoir de leur expliquer en quoi consistait le génocide arménien, et le silence assassin."

Pauvres petits-enfants!Ils auront le temps de l'apprendre à l'école ou sur internet! Ne gâchez pas leur cerveaux d'enfants avec vos idées d'adulte: "Je me ferais un devoir de leur expliquer que d'autres génocides se déroulent sous nos yeux...."

Les enfants des déportés revenus des camps de la mort, n'ont pas été élevés dans cette optique... de haine qu'engendre le racisme. Ils ont eu le temps d'apprendre ces atrocités dans le cours de leur vie!

Écrit par : Patoucha | 25/02/2018

Au nom du respect de la mémoire du génocide arménien, je ferme les commentaires.

Écrit par : Djemaa | 26/02/2018

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